Jacques Clément
5. Les cardinaux Gaétan et de Plaisance, légats ; le cardinal de Pellevé, et l'archevêque de Lyon, primats.
comme d'inlidèles et huguenots, quelque francs catholiques qu'ils aient toujours été. »
... « Art. XIL Cantonnez-vous et installez-vous tyranniquement dans les villes du roi, depuis le Havre jusqu'à Mézières, et depuis Nantes jusqu'à Cambrai ; soyez vilain, renégat et perfide; n'obéissez ni à Dieu ni à Roi, ni à Loi; ayez, là-dessus, en main un peu de Catholicon^ et le faites prêcher en votre canton, vous serez grand et catholique homme *. »
... « Art. XVI. Voulez-vous bientôt être cardinal? Frottez de higuiero une des cornes de votre bonnet : il deviendra rouge et serez fait cardinal , fussiez-vous le plus incestueux et ambitieux primat du monde ! ^ »
... « Art. XVIII. Que quelque sage prélat ou conseiller d'État, vrais catholiques français, s'ingèrent de s'opposer aux renardes entreprises des ennemis de l'État ; pourvu qu'ayez un grain de Catholicon sur la langue, il vous sera permis de les accuser de vouloir, tandis que Dieu s'endormira, laisser perdre la religion catholique comme en Angleterre. »
... « Art. XX. Que l'Espagne mette le pied sur la gorge à l'honneur de la France ; que les Lorrains s'efforcent de voler le légitime héritage aux princes du sang royal ; qu'ils leur débattent furieusement ou leur disputent cauteleusement la Couronne; servez-vous, là-dessus, de Catho-
i. AUilération et jeu de mots à la Rabelais.
2, Allusion à l'archevêque de Lyon, Pierre d'Espinac.
licon : vous verrez qu'on s'amusera plutôt à regarder hors de saison quelque dispute de la chappe à Tévèque sur le perron du plessis *, qu'à travailler à rames et à voiles pour faire lâcher prise aux tyrans matois qui tremblent de peur. »
On peut voir déjà dans ce beau passage comment, parmi les railleries gauloises, cet éloquent pamphlet rencontre , quand l'idée le demande et quand le sentiment s'échauffe, des expressions de grand vol. Cela tout à coup s'enlève d'un souffle puissant.
Interduni tamen et vocem comœdia toUit.
Tels sont quelques-uns de ces articles écrits en guise de recommandation, sur la pancarte du charlatan espagnol.
« Quant au charlatan lorrain , il n'avait qu'un petit escabeau devant lui, couvert d'une vieille serviette, et, dessus, une tire-lire d'un côté, et une boite de l'autre, pleine aussi de Catholicon, dont toutefois il débitait fort peu, parce qu'il commençait à s'éventer, manquant de l'ingrédient plus nécessaire, qui est l'or; et sur la botte était écrit : « Fin galimatias, alias Catholicon composé, pour guérir les écrouelles. » Allusion à la croyance naïve selon laquelle les rois de France avaient le pouvoir de
1. Jeu de mots faisant allusion à la discussion tbéologique qui avait eu lieu à Tours entre du Perron et du Plessis Mornay. — Disputer de la chappe à Vévéque, c'est disputer l'un contre l'autre pour une chose où un tiers a seul intérêt.
guérir par simple attouchement ce mal horrible. Cela veut donc dire : Pour faire passer la Couronne de France dans la maison de Lorraine.
Voilà l'abrégé du brillant prologue où sont célébrées les merveilles de « cette quinte-essence catholique, jésuitique, espagnote. »
A la parade des deux charlatans succède la procession solennelle, destinée à appeler sur les États de la Ligue les bénédictions du Ciel. — Dans la réalité, il n'y eut point alors d'autre procession que celle des députés , lorsque, enfin arrivés, ils allèrent faire leurs dévotions à Notre- Dame de Paris, selon l'usage. Quant à la procession de moines portant des armes, soit sur leurs robes, soit pardessous, procession si plaisamment décrite dans ce chapitre et représentée dans plusieurs estampes, avec ce mélange de costumes religieux et guerriers, c'est la parodie des diverses manifestations cléricales qui eurent lieu pendant le siège de Paris , notamment celle de 1590. Les auteurs de la Satyre mêlent tout cela ensemble pour rendre le spectacle plus divertissant, et assaisonnent la farce de traits drolatiques :
« On y voyait, entre autres, les quatre Mendiants, qui avaient multiplié en plusieurs Ordres, tant ecclésiastiques que séculiers ; puis les paroisses, puis les Seize, quatre à quatre, réduits au nombre des apôtres *... Tout cela mar-
i. Parce que le duc do Mayenne en avait fait pendre quatre, Louchard, Anroux, Ameline et Simonot,
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chait en très belle ordonnance catholigue, apostoli-
gue*. »
En ces temps de révolution, les femmes, aussi bien que les hommes, avaient pris part aux manifestations publiques. La Ligue eut ses aventurières, comme plus tard la Fronde. Mesdames de Mayenne , de Nemours , de Montpensier, avaient harangué le peuple dans les rues ; la Satyre les fait donc figurer, elles aussi, dans la procession de la Ligue.
La procession finie, les Etats s'ouvrent enfin. La Satyre donne successivement, avec plus d'ironie que de vraisemblance, non seulement les harangues, mais les pensées secrètes, de Mayenne, du Légat, du cardinal de Pellevé, de l'archevêque de Lyon, de M. Rose, naguère évêque de Senlis,. à présent grand-maître du collège de Navarre et recteur de l'Université de Paris ; puis le discours de M. de Rieux, sire de Pierrefonds, comme représentant la Noblesse, et enfin celui de M. d'Aubray, comme représentant le Tiers Etat.
Chaque discours est d'un style différent, approprié au caractère du personnage, et du groupe qu'il représente. Chaque orateur se peint, lui et les siens, avec des nuances variées, dans ses bouffonnes et naïves confessions. L'obésité du gros duc Mayenne se retrouve dans son style : « Par notre bonne diligence, dit-il, nous avons fait que