Augustin Thierry, VIT
de le remettre au Cahier ; que le Roi le regardait comme présente et reçu, et qu'il en déciderait, au contentement du Tiers État.
Le Tiers État comprit qu'on voulait éluder : son émotion fut vive. Trois jours durant, il discuta s'il se conformerait aux ordres de la reine ; enfin il s'arrêta à ceci : que le texte de l'article ne serait point inséré dans le Cahier général, mais que sa place y resterait formellement réservée. En eflfet, sur les copies authentiques du Cahier, à la première page, après le titre : Lois fondamentales de rÉtat^ se trouvait un espace vide, avec cette note : a Le premier article, extrait du procès-verbal de la Chambre du Tiers État, a été présenté au Roi, par avance du présent Cahier et par commandement de Sa Majesté, qui a promis de le répondre. »
Cette réponse ne vint point. Une reine gouvernée par des étrangers ajourna la question d'indépendance de la Couronne et du pays. Ainsi que le remarque Augustin Thierry, ce ne fut qu'au bout de soixante-sept ans que les droits de l'Etat, proclamés cette fois dans une assemblée d'évêques, furent garantis par un vote solennel, obligataire pour tout le Clergé de France. Mais la célèbre déclaration de 1682 n'est, dans sa partie fondamentale^ qu'une reproduction presque textuelle de l'article ajourné du Cahier de 1615, et c'est au Tiers État que revient ici l'honneur de l'initiative, un des titres les plus glorieux de son histoire. Cette déclaration est ainsi conçue : « Nous
déclarons que les rois et les souverains ne sont soumis à aucune puissance ecclésiastique par Tordre de Dieu dans les choses temporelles ; qu'ils ne peuvent être déposés, ni directement ni indirectement, par Tautorité des chefs de rÉglise ; que leurs sujets ne peuvent être dispensés de la soumission et de Tobéissance qu'ils leur doivent, ni absous (déliés) du serment de fidélité; et que cette doctrine, nécessaire pour la tranquillité publique et non moins avantageuse à TÉghsc qu'à l'État, doit être inviolablement suivie, comme conforme à la parole de Dieu, à la tradition des saints Pères et aux exemples des saints *. » L'opinion publique rendit hommage à la fermeté de la Chambre du Tiers État de 1615, et le vengea suffisamment. Pendant que le Pape félicitait le Clergé et la Noblesse d'avoir aidé la Reine à jouer le peuple, le bon sens parisien lança ce quatrain prophétique :
Noblesse ! ô Clergé ! les aînés de la France ! Puisque Thonneur du Roi si mal vous maintenez, Puisque le Tiers Etat en ce point vous devance, Il faut que vos cadets deviennent vos aînés.
Le Cahier du Tiers État de 1615 est un vaste programme de réformes, dont les unes furent exécutées par les grands ministres du xvii* siècle, et les autres se firent attendre jusqu'à l'an de délivrance 1789 ',
Le principal représentant ou président du Tiers État,