LA BOURGEOISIE ET LE PEUPLE SOUS LOUIS XIV
Ascension de la bourgeoisie. — Misère du peuple.
Le Béarnais, devenu roi de France, s'était attaché à flatter la bourgeoisie, à qui il devait en partie le trône, et à lui confirmer tous ses privilèges. Pour guérir les plaies de la guerre civile, il avait développé l'industrie, le commerce, le travail sous toutes ses formes. « Si tost qu'il fut maistre de Paris, on ne vit que maçons en besogne. >» Il planta partout des mûriers. Sully, quoique rechignant d'abord, imita enfin son exemple. On élève des vers, on tisse la soie. Le Roi donne aussi l'impulsion au commerce avec le dehors. Il s'occupe des colonies d'Amérique : dès 1598, il nomme le sieur de La Roche « lieutenant général du Roy es pays de Canada et autres »; puis un sieur Chauvin ; puis le commandeur de Chasles, gouverneur de Dieppe ; ensiïite le sieur de Monts : par eux la France commence à prendre pied sur le Nouveau Monde,
dans lequel les Normands, pêcheurs de morue, et les marins rochelois et basques étaient arrivés, sans le savoir, longtemps avant Christophe Colomb , avant Sébastien Cabot lui-même. — Un Dieppois, Samuel Champlain fonde Québec. — Le Roi mstitue , d'autre part, une compagnie des Indes orientales, pareille à celle qui commençait à faire la fortune de la Hollande.
Ces traditions de Henri IV et de Sully furent reprises par Richelieu. Esprit élevé, politique, il honora de toutes les manières le travail, soit des mains, soit de l'esprit, et, quoique enfant de la Noblesse, favorisa pour la dompter au profit de la monarchie, c'est-à-dire de l'unité nationale, l'avènement du Tiers État. Comprenant que dans l'industrie et dans le commerce résident les principaux éléments de la prospérité publique, il fit en sorte que cette double carrière fut de plus en plus entourée de considération et d'honneur. D'autre part, rasant les châteaux, repaires de tyrannie, de brigandage, comme avaient fait, de siècle en siècle, Charles V, Louis XI, Henri IV, il donna ainsi satisfaction aux antiques et justes ressentiments de la bourgeoisie et du peuple.
Il est vrai qu'en même temps il comprima les vieilles libertés des villes et des provinces, dans le ferme dessein de créer une centralisation puissante. De sorte que « les classes mêmes à qui devaient profiter le nivellement des existences nobiliaires et l'ordre imposé à tous furent moins frappées de l'avenir préparé pour elles, moins sensibles à
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l'excellence du but, qu'indignées de la violence des moyens et choquées par l'excès de l'arbitraire *. »
Après la mort de ce grand ministre, et après celle de Louis XIII, qui le suivit de près dans la tombe, la France, grâces au droit divin et à l'hérédité monarchique, tomba entre les mains d'un enfant de quatre ans, d'une femme espagnole et d'un cardinal italien. A la bibliothèque de Pétersbourg, on montre une feuille de papier sur laquelle le petit roi Louis XIV, instruit par eux, a écrit six fois de suite en grandes lettres :
V hommage est dû aux Rois.
Ils font tout ce qui leur plaît.
On aperçoit où de pareilles maximes devaient conduire un jeune prince, de quelque bon sens naturel qu'il pût être doué. Après les troubles de la Régence et de la Fronde, son orgueil n'oublia jamais les humiliations qu'il avait subies en se voyant forcé de fuir devant ses sujets et de se sauver à Saint-Germain ; mais tout ce qu'il fit pour lui seul, en vue d'affermir son autorité et de rendre son pouvoir plus absolu que n'avait jamais été celui d'aucun de ses prédécesseurs, profita à l'élévation de la Bourgeoisie par l'abaissement de la Noblesse. Voulant détruire l'indépendance des seigneurs, il attira la Noblesse à la Cour, afin de changer en courtisans ce qui restait de châtelains féodaux. Richelieu avait, comme Tarquin,