‹ Le peuple et la bourgeoisieChapitre 91 sur 111 · Annales de la Cour et de Paris, II · texte numérisé non relu

Annales de la Cour et de Paris, II

sous LOUIS XIV 265

« Le 12 juin, à Marly, dit le Journal de Dangeau de cette année même, le Roi s'amusa, l'après-dînée, à aller voir une fontaine nouvelle, qui sera plus belle qu'aucune qui soit ici. Le Roi fait faire aussi un mail sur les hauteurs, auprès des gerbes de la rivière ; il veut que rien ne manque ici de tout ce qui peut divertir les courtisans * . )> — Divertir les courtisans, voilà le point! Amuser ce peuple d'oisifs, qui a pour unique fonction d'adorer le maître. Cinq semaines après, madame de Maintenon se plaint tout bas de ce qu'on fait encore un corps de logis : « Mîirly sera bientôt un second Versailles. Je n'ai pas plu dans une conversation sur les bâtiments. Ma douleur est d'avoir fâché sans fruit. Il n'y a qu'à prier et à souffrir! Mais le peuple, que deviendra-t-il ^? » Lorsqu'elle se hasardait à demander au Roi de l'argent pour les pauvres, il répondait : « Un roi fait l'aumône en dépensant beaucoup. » — Nous connaissons, pour l'avoir vue reparaître pendant dix-huit ans, cette étrange économie politique, qui consiste à dépenser follement le fruit du travail de tous, pour satisfaire les fantaisies de quelques-uns.

C'était le gaspillage en haut, et le pillage à tous les degrés. Lorsque 50 millions entraient dans les caisses du Trésor, c'est que plus du double de cette somme était sorti de la bourse des contribuables : la moitié restait dans les mains et dans les poches des publicains de toute sorte.

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