Voir Auguste Vitu, Histoire civile de l'Armée, livre IV
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laboureur dans son pays devint en Angleterre riche et puissant chevalier *.
D'autre part, ce fut sous le règne guerrier de Philippe- Auguste que s'organisèrent les célèbres corporations d'arbalétriers qui jouèrent un rôle important dans les batailles féodales : confréries d'élite, auxquelles le roi accordait des privilèges et qu'il prenait sous sa protection, à la charge d'être à son tour soutenu par elles dans les luttes contre les seigneurs. Le nombre des arbalétriers dans chaque ville étant limité, les places vacantes devenaient l'objet de l'ambition et de l'émulation de tous. Le grandmattre des arbalétriers avait le commandement supérieur de tous les hommes à pied, aventuriers ou gens de milice, et prenait rang après les maréchaux de France. Il avait en même temps la direction des engigneurs *, des ouvriers, des pionniers, de tous les hommes enfin chargés des travaux de guerre et de l'exécution des machines de jet et de percussion.
Les croisades développèrent sur une grande échelle l'enrôlement soldé ; la raison en est facile à saisir : dans le droit féodal, il n'y avait aucune obligation de service
1. Voir Augustin Thierry, Histo're de la conquête de VAngleten^e par les Normands j t. I, pa^sim.
2. Engigneurs ou engeigneurs^ faiseurs d'engins, ou machines, ou pièges, d'où est venu le mot ingénieur, soit par corruption, soit par un inconscient retour à Fétymologie : car engin lui-même venait d'mgenium, Engeignei% prendre au piège, se retrouve dans ces deux vers de La Fontaine :
Tel, comme dit Merlin, cuide (croit) engeigner autrui, Qui sonvcQt s'cngeigne lui-même.
militaire hors du royaume; les seigneurs qui voulaient emmener leurs hommes en Terre Sainte furent donc obligés de les défrayer de tout et de leur donner une solde. Cette habitude se propagea, et le service des fiefs acheva de se transformer en service salarié. Les princes s'accoutumèrent à compléter leurs armées par des enrôlements mercenaires, faits soit dans leur propre pays, soit à l'étranger. Cela ôta aux armées leur caractère national. La plupart des grandes affaires s'entreprenaient par expéditions d'aventuriers à gages.
Philippe le Bel, ayant à faire la guerre aux Flamands, crut devoir encore plus que ses prédécesseurs soudoyer des troupes étrangères. Philippe de Valois et plusieurs autres princes firent de même. Les rois de France prirent successivement et parfois simultanément à leur service diverses bandes de différentes nations, dont l'activité, quoique mercenaire, leur fut souvent utile et alla, dans quelques occasions, jusqu'au dévouement héroïque : Écossais, Anglais, Irlandais, Italiens, Corses, Allemands, — Suisses principalement, — Savoyards, Piémontais, Albanais, Grecs, Flamands, Wallons, Espagnols, Basques, Danois, Suédois, Hongrois, Croates, Polonais, se signalèrent sous les différents règnes. Les derniers Suisses soldés par la royauté française, et qui très loyalement la défendirent jusqu'à la fin, ont disparu en 1830 avec la branche atnée des Bourbons.
Sous Philippe le Bel, on voit presque partout le service
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personnel remplacé par une subvention au Roi. En 1303^ tous les Nobles et tous les roturiers ayant un revenu de vingt livres en terre durent servir en personne pendant quatre mois ou se racheter, le Noble en payant la moitié de son revenu, le roturier le cinquantième de ses biens. Philippe le Bel voulait surtout de l'argent : aussi « les commissaires sur le fait des aides » reçurent-ils l'ordre « de montrer au peuple comment, par cette voie de finer (financer), ils seraient hors du péril de leurs corps, des grands coûts de chevaux et de leurs dépens, et pourraient entendre (donner leur attention) à leurs marchandises, et les biens de leur terre administrer *. »
Voilà comment l'impôt se substitua peu à peu au ser-* vice militaire, et comment, en enrôlant les compagnies soldées, la royauté s'affranchit du prétendu hommage des seigneurs, qui était en réalité un assujettissement pour elle autant que pour eux. Elle se réserva le droit exclusif d'organiser des compagnies de gens de guerre ; les compagnies libres furent formellement interdites par l'Ordonnance de 1439, qui, après avoir établi l'unité de l'armée, prit soin d'établir aussi l'unité de l'impôt : privant les seigneurs du droit de lever des troupes, elle leur interdisait également le droit de lever des subsides^ leur défendant soit d'entraver la perception de l'impôt royal, soit d'y rien ajouter.
S'il arrivait qu'à la fin d'une guerre on jn'eût pas de