‹ Le peuple hier, aujourd'hui,demainChapitre 6 sur 11 · Quel est le but de l'impôt · texte numérisé non relu

Quel est le but de l'impôt

11 est exactement indiqué dans sa définition même J.-B. Say : « C'est cette portion des produits d » nation qui passe des mains des particuliers aux main » gouvernement pour subvenu* aux dépenses publique

Nous avons dit sur quoi est prélevé l'impôt, su travail. Celui-ci doit être libre et pour cela il a besoin d' protégé ; la protection est un autre genre de travail soldat qui porte les armes, le magistrat qui juge, ra< nistrateur qui préside à l'organisation de tous les sen publics, ne sont pas moins nécessaires que celui produit toutes les choses utiles.

mporte donc que la plus grande sagesse préside k la ssémination de l'impôt et que celte charge qui pèse sur travail soit allégée par une prudente et équitable imimstratioo .

L*impôt, dit A. lilanqui, est un mal nécessaire, riiilêrêt iblîc exige qu'il soitaussî faible que pusnible. Les impOts t J.-B. Say, appauvrissent le peuple ; nous l'avons suffiimment démontré.

Il faut rechercher toujours les combinaisons qui en sndent la répartition plus équitable.

L'impôt sur le revenu, considéré dans ses conséquences, itoinbe toujours sur la valeur des choses usuelles ou de ^sommation ; et quand à l'impôt foncier il retombera ujours. quoiqu'on fasse, sur le fermage, c'est-à-dire sur

travail agricole.

^Hie Peni

Peuple et le droil pollllqae (suite).

On pourrait supposer à pi-ioi-i que les impôts les us lourds devraient se rencontrer toujours sous l'empire js gouvernements monarchiques et que les gouverne- ,ants démocratiques, alors que le peuple concourt luiême à l'institution du pouvoir représenté par ses manitalres , devraient être les moins chargés «l'impôts.

C'est le oonfraii*e qùî s'observe aujourd'hui ; Iob cbaiges qui pèsent sur le travail n'ont , à aucune époque, été plus onéreuses.

11 y a là , il faut le dire , une contradiction qui étonne et que la raison se refuserait fi croire si le fait ne s'imposait par sa réalité.

C'est ce fait qu'il faut examiner dans ses causes et dans ses résultats.

Il faut bien reconnaître , malgré l'assertion de Montesquieu, l'inaptitude absolue des masses populaires pour l'appréciation du choix de leurs ilélégués à la participation du pouvoir souverain . L'expérience de ces dernières années a [surabondamment démontré l'ineptie et Tincapacité de tous ceux qui se sont succédés au pouvoir depuis plus de quinze ans et que. durant cette longue période, nous n'avons pas vu poindre un seul homme vraiment capable de gouverner la France.

Tous les hommes que le suffrage universel a Dût ses délégués . choisis souvent dans les couches sociales dites nouvelles . récemment parvenus à la richesse ou dépouillés de fortune et avides d'en acquérir, songent à leur ambition et à leur intérêt . bien plus qu'à l'économie de la fortune publique ; ceci est le moindre do leur souci, et loin de ménager les intérêts du peuple, ils font du revenu de l'impôt un usage abusif et un gaspillage honteux.

Comme ils sont tous également avirles , qu'ils soient riches ou pauvres , ils commencent par prélever h leur profit une bonne part de ce revenu ; ils créent , soit pour eux-m^mes. soit pour leurs parents" et leurs amis, des places largement subventionnées et inutiles. Ils prennent d'abord des millions pour eux-mfimes comme délégués du

-Tfl-

■ souverain , puis pour des ministres , des si tâires , des sous-secrétaires fie plusieurs degrés , pour un président et toute sa maison (pour une présidence, jugi^e un joui'par l'honorable M. Grévy comm» abt^olument inutile , mais bonne a occuper le lendemain, par dévouement sans doute au vœu national ). El tout cela absorbe des sommes énormes prélevées sur l'impôt sans nul profit que pour eux-mêmes.

Voilà oii aboutit et aboutira toujours le suffrage populaire dans la désignation des délégués h la défense des intérêts du peuple.

Trompé par les habiles qui l'exploitent, fasciné par des promesses de dévouement, par des engagements solennels à l'heure de l'élection et oubliés toi^ours l'heure d'après , le peuple est invariablement dupé.

Il a cru à la bonne foi , à l'honnêteté de ses mandataires , et il ne trouve que des êtres avides , égoïstes . âpres k la curée des places et à la sauvegarde de leurs intérêts personnels. H ne voit que des vampires qui s'engraissent de la fortune publique . sans songer que les trésors qu'ils gaspillent sont le fruit de son travail et rie ses sueurs..

Un jour viendra sans doute , et plaise à Dieu que ce soil bientôt, oii ce peuple , en possession de tous ses droits et de la plénitude de sa liberté d'action, demantiera à ceux qui l'ont trompé un compte rigoureux de tous leurs actes et leur en fera porter la mipouiiiiblllté.

« Je vous avais chargé , leur dira-t-il , de la défense de tous mes intérêts ; vous en aviez pris l'engagement solennel et , pour mon malheur, j'ai eu foi en votre

parolo. Trois choses vous étaient spécialement sig et vous aviez promis de les soutenir.

I 1. Vous aviez à concourir à la protection du i

j national : du travail , richesse du peuple , du trav

j est pour lui la condition de son existence et de ce

sa famille.

Qu*avez-vous fait pour protéger le travail ? RIei i Au lieu de le conserver au pays , vous Tavez 1

i rêtranger; vous avez ouvert nos frontières à to

produits fabriqués ailleurs à notre préjudice. Si le travail abondait , nors pourrions nous procu

choses utiles , même à un prix plus élevé. Pour le

qui les paye un peu moins, cela est commode ; mai<;

qui n'avons que notre travail , si celui-ci nous est i nous ne pouvons pas profiter de l'extrême bon man

I ce qui profite au riche seul ne nous empêche ]

I mourir de faim.

] On a vanté depuis vingt-cinq ans les avantages

) • vie à bon marché ; mais il a été surabondamment d

j tré, et Texpérience ne Ta pas démenti, que ce n'étai

nous qu'une odieuse et insultante ironie.

, )" 2. Vous vous étiez engagé solennellement, un j

sauvegarder l'impôt des prodigalités et du gaspi l'impôt prélevé sur le travail sous toutes ses fonn<

Qu'avez -vous fait de cette promesse?

Vous avez prélevé d'abord de gros revenus pour mômes , pour vos amis , vos créatures et pour to hommes du pouvoir. Vous avez créé un président (r inutile, de son propre aveu à lui-même) pour n( faire, sinon pour servir d'écran au pouvoir effectif e

signer la grâce des assassins. (Mais h co compte nous pouvons vous demander h quoi sort la magistrature qui condamne les coupables, puisqu'il y a un pouvoir suprême pour les absoudre.)

La plupart d'entre vous ne se contentent pas des gages de Député , mais y adjoignent de petits profits sous toutes les formes . qui viennent grever encore les ressources de l'impdt

Puis , après avoir dévoré cette première part , voue avez engagé la France dans une guerre lointaine la plus absurde . In plus foUe qui fut jamais . qui , sans nul profit pour l'avenir, imposera pour longtemps des dépenses profiigieuses qu'on ne pourra couvrir ([ue par de nouveaux emprunts.

Or, les emprunts sont des dettes , et pour solder les arrérages et l'amortissement il faudra créer de nouveaux impôts. Aujouni'hni vous n'avez pas osé les créer, vous en laissez la charge k la législature prochaine ; mais le peuple se rappellera tout k l'heure que c'est sur vous qu'en pèse la responsabilité.

Les surcharges il'impôts sous toutes les formes , quand déjà elles sont portées à des limites extrêmes , sont devenus insupportablas et conduiront la République à la

Mais sur qui pèsera la responsabilité de pareils désastres , sinon sur vous , mandataires a^nrles et ineptes qui nous avez trahis?

Je n'ai parlé ici que des conséquences pour nos ilnances rfe cette guerre stuptde ; mais nos enfants, les enfants du peuple, fauchés en nombi*e qu'on n'ose paa avouer, par un climat horriblement meurlrier bien plus que par les balles

Tonkinoises et les procédtia d'un peuple sauvage, qo'oa envoie là du nord comme du midi, sans nulle préparation d'acclimatement, dépourvus de presque tous inoyens d'abri contre des saisons fantasques et les dangers d'un sol dévorant, abandonnés sans secours médicaux suffisant» à des causes de mort presque inévitable ! Nos enfante, rpii nous les rendra î

3. Il y a un autre sujet sur lequel vos engagements lt« plus formels s'étaient ouvertement prononcés,

Vous saviez, comme tout le monde, l'importance dans notre pays de l'industrie agricole. L'apriculturo, la grande nourricière de la France, est en souflrance depuis bien des années ; les lois protectrices, autrefois si efficaces, ont été successivement oubliées.

Les productions de notre sol, grâce a la librt* entrée à nos frontières des produits étrangers, sont descendues à des prix qui ont abaissé progresstvemuitl la rémunératioa du travail. Aujourd'hui ces prix sont devenus si bas que nulle concurrence n'est possible et que toutes nos productions constituent l'agriculture en perte désastreuse. Une pareille situation ruine le fermier et supprime en même temps le revenu du propriétaire ; cela va même au délaissement complet des grandes exploitations qui ne trouvent plus de bras pour les cultiver.

La ruine de l'agriculture, qu'on le sache bien, c'est la ruine de la France. Quand notre pays cessera de produire du blé et du bétail ; quand il tirera de l'étranger tout ce qui fait vivre, il aura beau payer ces produits ii très bas prix si les ressources lui manquent poui* les solder : si l'ouvrier ne travaille plus, negagnerien.si le propriétaire

lie reçoit plus de fei'raago3 et laisse sa terre an friche, que deviondi'a la richesse du pajs? qui payera les impôts?

Ce sera la ruine à courte date.

Que fait le bas prix des cliuses aécessaires quand on n'a rien pour les payer? On a, dit-on. la vie â bon marché ; mais cela aempêche pas l'ouvrier de mourir de faim.

Autrefois les produits du sol coûtaient un peu plus cher; mais ils étaient le fruit de autre propre travail : l'ouvrier gagnait de quoi se les procurer ; mainteuant Us nous viennent du sol étranger, là où la terre est sans valeur, le travail sans charges, puisqu'il est opéré par des esclaves. Ces produits, qui croissent presque sans labeur, n'ont que des prix de revient excessivement bas. La chair du bétail ne coûte que la prépai-atiou et on l'estime moins que la peau de l'animal qu'on utilise avec plus de soins. Ces produits à de si bas pris étaient jadis arrêtés à la frontière et n'(5taieut admis à la concurrence que grâce h an droit pret(^cleur qui eji mettait la valeur en équilibre avec la production nationale. Ce droit, sauvegarde du travail, devenait l'un des grands éléments de la fortune publique et concourait pour une bonne part *à la décharge de l'impôt.

Celui-ci était alors le plus léger possible ; et lorsque, par suite de gueiTes pour la défense ou l'honneur national, des dépenses considérables étaient imposées au pays, ces droits parvenaient rapidement à l' exonérer des emprunts nécessités par les impérieuses exigeiices du moment.

Aujourd'hui il n'en est plus ainsi: sous le régime démocratique, sous l'empire du suffrage populaire souverain, après de prodigieuses dépenses pour la guerre, apr6s d'immenses gaspillages aux jours des révolutions, on ne

peut plus songer au moindre amortissement de nos deU( publiques ; on ne connaît plus le moindre dégrèvemeni nous n'avons plus de droits protecteurs ; nous courons grande vitesse à la banqaeroate et à la raine.

Les états de TUnion américaine ont eu aussi, il y 20 ans, à subir les charges d'une guerre désastreuse ; d dépenses énormes en ont été la suite; mais, grâce i système protectionniste, grâce aux droits considérabl imposés à leurs frontières sur les produits du travi étranger, ils sont parvenus en douze années à amortir u dette prodigieuse et à diminuer chaque année les charg de Timpôt.

Cet exemple est une leçon dont la France ferait sa doute son profit, si elle n'était fascinée par un malheure système économique qui l'appauvrit et la ruine.

Ije Peuple et le droit politique, lies dansera imminents.

Tel est donc l'étrange système qui nous régit aujoi

d'hui: Lie peuple, investi du droit politique, du droit civil,

! dioit individuel, de tous les droits enfin qui jadis étai(

l'apanage du privilège et de la richesse ; le peuple n'a i ; cessé d'être esclave, nous l'avons démontré.

Avec tous les droits il possède toutes les libertés ; m ce n'est pour lui qu'un leun'e de plus ; le peuple qui

^^TOvre dt^pend de son travail : et si celui-ci fait défaut, il lui peste la liberté do mourir de faim, ou de se pourvoir par la foree des exiftences de la vie.

Le droit de vivre est le droit de tous et il implique celui de la résistance contre la faim.

L'esclave d'autrefois n'avait conscience ([ue de sa nullité; il ne pensait pas, il vivait comme l'animal, il appartenait a un maître qui avait iiitérC't à le conseiTer pour son usage, qui le nourrissait tanl qu'il pouvait lui être utile et le laissait mourir ou le tuait quand il n'en pouvait plus tirer parti.

L'esclave moderne pense et agit dans la conscience de ses droits : et dans cet état, il souflre bien plus que l'esclave antique ; il souffre de la vue de toutes les jouissauces qui ravonnentaulour delui.

11 se dit : Je suis pauvre, mais demain je pois être riche, il voit tous les jours passer devant lui des riches qui, hier encore, étaient pauvres comme lui ; et ce sont ceux-là mâines qui étaleut avec le plus d'insolence uti faste et un Inie que ne montraient pas les anciennes fortunes.

Qui ne connaît aujourd'hui ces tas de jouisseurs effrontément prodigues qui sont fils ou petits-lils d'ouvriers et d'artisans des plus bas étages, dont les pères ont vécu lillLgtemps dans la détresse et la misère ? Le peuple qui ftAt cela se demande le secret de ces soudaines élévations : et les vieillards se rappellent que telle fortune eut pour origine l'achat & des prix défisoires des grands Uens des communautés religieuses, des églises et des émigrés, volés par l'Etat pendant la grande Révolution; qae telle autre eut pour point de départ te trafic sur ces liions et sur toutes les vateui'» à la même époque , qu'une

tî

autre fut le fruit des audaces de la contrebande ; qu plus grand nombre d^entre elles enfla se sont élevées ( rindustrie par le travail ardu du peuple qui en a vécu j uste quelque temps, mais n*a jamais rien recueilli, au p de rinvalidité et de la vieillesse, de ces gains fabuleu: s'étalent à ses yeux éblouis.

Le peuple, qui réfléchit, qui s*indigue dans sa prof< misère, sous le cri de la faim, terrible conseillère, réveil des passions haineuses que lui soufre de tous < une presse venimeuse, le peuple se dit : Je puis coj tous ces gens-là être riche demain

Autrefois, élevé sousTempire des croyances religie retenu par la crainte des châtiments de Tautre vie, a peur de Dieu son créateur, le peuple n*osait troi Tordre établi ; il souffrait en patience sa misère, esp^ que les peines de ce monde lui seraient comptée mérites dans la vie future ; il souffi*ait à Texemph Christ son sauveur, qui passa sur cette terre en légua tous Texemple des plus subUmes vertus et promett après ces jours crépreuves, la juste rémunération c I peine et du sacrifice.

i Sous Tempire de cette doctrine qui a régénéré le nu

î i il y a 18 siècles, le pauvre prolétaire vivait heureux

i î ' sa niisi&re ; il travaillait sans se plaindre des difficulté

Texistence, des soufirances de toutes sortes, se di qu'après tout, cette vie est bien courte et que la deri heure qui sonnera, marquera celle du repos et d récompense ; que le riche qui jouit ici-bas reçoit peut^ le salaire de quelques rares vertus suivi bientôt jugement sévère et du châtiment de son égois: RecepisU bona Iwi.

e doctrines aujounrhui ont porrtu leur prpstige ; le bple qu'on a corrompu à plaisir, auquel on a ravi toutes i croyances qui faisaient son bonheur, en même temps qu'elles étaient la wauTegardo du riche ; le peuple qui ne croit plu» ni à Dieu, ni à l'âme, ni à la vie future, veut icibas posséder la richesse et jouir à son tour.

n crie, il menace, U réclame le droit à la vie facile, le droit à la fortune ; et les maîtres du jour commencent à s'effrayer de sou audace ; ils espèrent l'apaiser par des paroles <Ie pitié, <les témoignages de sympathie ; mais quant à se dépouiller pour lui, jamaL<4.

La crainte du pillage de leur propre fortune leur a fait imaginer un moyen li'enrichir le peuple. Ils lui insinuent qu'il y a des fortunes qu'il pourra piller impunément et qui suffiront à l'enrichir. Us lui montrent les biens des églises el des communautés religieuses comme une proie facile h .<jaisir «ans daugers, promettant pour la spoliation le concours de l'Etat.

Us ont même, dans leur effronterie cynique, supputé, il y a quelques années, la valeur réeUe de toutes ces propriétés ; Us les ont marquées d'un signe sur la carte de France et en ont porté le prix à des centaines de miUions. Us ont fait plus, eus, les maîtres d'un instant au sein de nos as-semblées législatives, ils ont connnencé an profit de l'Etat cette odieuse spoliation, et la voie tracée, ils voudraient y engager le peuple.

Mais celui-ci ne se laissera pas prendre à ces grossiers appâts. A la carte sus-indiquée il répondra par une autre portant la marque de toutes les possessions des hommes qui depuis 18 ans ont gouverné l'Etat et ont élevé leurs s fortunes au préjudice de la fortune publique ;

dbnnant même un trait plus accentué aux soudaines élévations des jours de nos plus grands désastres, fruits de rapines et de brigandages ostensiblement reconnus et dont tous les tenants du pouvoir de la Défense nationale ont offert le plus honteux exemple.

Non, le peuple ne sera plus dupe de ces habiletés. C^est à ces hotnmes, à eux seuls, qu*il va demander compte de leurs honteuses fortunes et en appeler, s'il le faut, au droit de la force pour les traiter selon leur mérite.

Le peuple à Theure qu'il est n'a plus d'illusions par rapport aux vaines promesses de ses délégués au pouvoir. En face d'une misère jusque-là inconnue, sans travail pour ses bras, sans pain pour ses enfants, il demande aujourd'hui à ne pas mourir de faim. Il attend jusqu'à la fin du jour réponse à ses justes demandes et il ajoute que demain il ne demandera plus, il agira

L'heure terrible est proche ; que va-t-il advenir ?

Bésamé de la situation prénente.

1. Voilà donc l'étape où est arrivée en ce moment la Société française : l'imminence d'une révolution la plus terrible qui se soit jamais annoncée.

Ce n'est pas d'hier d'aiUeurs que se préparent les événements prochains. Un publiciste éminent en pronostiquait déjà il y a 40 ans l'inévitable invasion : « Je suis

nstemé, écrivait alors J. Balinèa, quand jo considère les doctrines socialUlea absurdes répandues par certains écrivains autour de nous.

« La Sociétt^ repose sur des bases qu'on ne saurait ébranler sans faire crouler l'édifice. Voici que la propriété est déclarée un vol; la religion est outragée: toutes les digues qui contenaient te torrent des passions sont brisées, l'autorité est foulée aux pieds. Si de telles doctrines se propagent, la Société coiilinuera-t-elle d'exister? ou bien toucherions-nous îi la fin du monde?

<. Ce qui est indubitable c'est que nous marchons à une dissolution sociale ou à un état de société tel que les prévisions buraainesne se sauraient deviner. Si Dieu ne nous éclaire , si ces écoles insensées achèvent de prendre faveur, nous retournons aux siècles de barbarie, et la première victime de ces doctrines sera la France »

« Rien n'agit aujourd'hui sur la masse du peuple, si ce n'est la soif ardente d'améliorer sa situation, de trouver des aises, d'obtenir les jouissances dont les classes ncbes sont en possession. Mais rien pour les consoler dans leur infortune, rien pour rendre le.s maux présents supportables, en vue de l'espérance d'un avenir meilleur ; rien pour leur inspirer le respect de la propriété, l'obéissance aux lois, la soumission au gouvemetnent : rien pour faire naître dans leur esprit la recoimaissance envers les classes puissantes ; rien pour tempérer leurs haines, diminuer leur envie, adoucir leur colère ; rien poui- élever leurs pensées au-dessus des cho,sesdelalerre. pour détacher leurs désirs des plaisirs sensuels ; rien pour former <lans leur cœur une moralité solide, capable de les contenir sur le penchant du vice et du crime.

« Les hommes qui tiennent aujourd'hui le pouv(^ De connaissent que trois moyens pour mettre un fir^ i l'ascendant des masses populaires, et ils les reg&Hent comme suffisants. Ces moyens, les voici : Intérêt priïé bien entendu ; force publique hien employée; ainolissement des corps suivi de l'affaiblissement de Tesprit, ce qui éloigne le peuple des moyens violents.

1* Faisons entendre au pauvre, dit la Philosophie, qu'il a intérêt à respecter la propriété du riche, que ses facultés et son travail sont aussi une propriété, laquelle demande aussi à être respectée â son tour.

2" Maintenons une force publique imposante toujours prête à se porter sur le point menacé pour y litoufler le« tentatives de désordre: organisons une police qui s' étende comme un immense filet sur la société et au regard de laquelle rien ne puisse échapper.

3° Rassasions le peuple de toutes sortes de jouissances à bon marché, fournissons-lui les moyens d'imiter, dans ses grossières orgies, les plaisirs raffinés de nos salons et de nos théâtres ; par là ses mœurs s'énerveront, le peuple deviendra impuissant à opérer de grands bouleversements ne sentant que faiblesse dans son bras et lâcheté dans son cœur.

Arrêtons-nous un instant k examiner ces moyens.

« I. Il est facile sans doute d'écrire dans de belles pages que le pauvre est intéressé à respecter la propriété du riche, que. par cette seule considération, il doit S6 soumettreà l'ordre établi et cela sans faire ressortir en rien les principes de moral. Mais la difficulté consiste à les faire entendre de la même manière au malheureux pore de

i, encliainé tous le jour aux plus rudes travaux, peut h peine gagner de quoi nourrir sa famille. Est-il étrange qu'une pareille th(5orie ne trouve pas d'accueil favorable près de ces mist^rahlea dont Tintelligence iie peut s'slever justpi'à saisir la parfaite f^galiti? entre le ricfie et le pauvre. Si l'on veut fonder exclusivement sur l'intérêt privé le respect dû à la propriété, les paroles adressées ici aux pauvres ne sont qu'une solennelle imposture ; il est faux que son intérêt privé soit d'accord avec l'intérêt du riche.

« Supposez la révolution la plus eâroyable ; flgurezvous que l'ordre établi soit radicalement boulevei-sé, que le pouvoir succombe, que toutes les institutions s'engloutiaseirt, que les lois disparaissent, que les propriétés se partagent ou restent abandonnées au preuder qui s'en emparera ; à l'instant le riche perd, cela n'est pas douteux; mais voyons ce qui arrive ou peut arriver au pauvre. Lui Yolera-t-on son misérable avoir? nul n'y songera; la misère ne tente pas la cupidité. Vous me direz que le travail lui manquera et que la faim viendra à la suite, cela est vrai ; mais ne voyez-vous pas que le pauvre dans ce cas est un Joueur à beau jeu, pour qui la chance de perte provenant du travail est compensée par les probabilités d'obtenir une part dans un riche butin? Vous ajoutez qu'il ne lui sera pas permis de garder cette part ; mais faites attention que, si le sort vient à changer sa pauvreté en richesse, il ne manquera pas d'imaginer aussitôt uii ordre nouveau, un gouvernement qui lui garantira les droits acquis et empêchera de détruire les faits cousommés. Lui luauquerait-U par hasard quelque exemple à suivre

en cf-tte occurrence? Des exemptes récentsoit-ilsdonc pu ai Eacilemeot s'oublier ? Le pauvre voit bien qu'un grasd nombre de ses semblables soufirirn sans compensatJoil ; il n'ignore pas qu'il lui arrivera peut-être à lui-même de retomber au nombre des malheureux ; mais supposez qu'il n'ait d'autre guide que l'intérêt, supposez que les infortunes nouvelles dans leur dernier excès, ne puissent lui apporter que la faim et la nudité, choses auxquelles il se trouve si bien accoutumé, soit par la faible rétribuait de son travail, soit par les fréquentes interiiiptions du I travail même et les vicissitudes de l'industrie, vous ne pourrez pas cependant taxer de témérité l'audace avec laquelle il se jettera en avant, au risque d'augmenter quelque peu ses privations, mais avec l'espérance de s'en délivrer peut-être pour toujours.

C'est là une question de calcul ; et lorsqu'il s'agit de l'intérêt privé, on ne saurait reconnaître à la Philosophie le droit de régler elle-même les comptes du pauvre.

II, La force publique et la vigilance de la police sont les deux ressources sur lesquelles se fonde la principale espérance : et à coup sûr ce n'est pas sans raison, car si. â l'heure qu'il est. le monde n'est pas bouleversé de fond en comble, c'est à l'une et à l'autre qu'on le doit. On a compris aujourd'hui qu'après tant de discussions, tant d'essais et de réformes, les questions de gouvernement. d'ordre public ont fini par se résoudre en des questions de force. La classe riche a les armes k la main pour résister aux tentatives de la classe pauvre ; et au-dessus de l'une et de l'autre sont les armées pour maintenir la tranquillité à coups de canons lorsqu'il en est besoin.

Nous comprenons qu'à l'heure présniito les nations Européennes préparent et entretiennent, au prix des plus grainis sacrifices qui épuisent et écrasent les peuples, des armées formidables en vue de leur défense territoriale et lie leur liberté. Mais ne croyez pas que ce soit là le seul but ; ces armées sont destinées à réprimer les désordres toujours imminents au sein des nations dépourvues de tout {rein moral et religieux,

ill. L'asservissement du peuple par un ti-avail énervant et -sans trêves ; sa corruption et son abrutisse tuent par les passions et les vices sont con-'^idérés par quelques hommes comme un élément de l'ordre, puisque par là on brise ou du moins l'on affaiblit le bi-as qui poun'ait porter les coaps.

Il est évident qu'un genre de vie purement matériel et dépounu du stimulant des principes iiioraus et religieux ânit par éteindre les sontiuieuls et dépouille l'&iue de toute énergie.

Voilà donc les trois grands ressorts préconisés aujourd'hui pour maintenir la stabilité sociale ; on pourra bientôt jugera répreuve leur incapacité.

On ne voit toujours en présence que la richesse d'une part possédée par un nombre relativement minime d'individualités âpres et avides ; d'autre part la masse prodigieuse du peuple ne possédant rien et prétendant au droit de posséder et de jouir à son tour.

Quelles barrières opposer à ce débordement d'audace î Toutes ont été renversées pièce à pièce. Il n'y a plus debout que la force,

La force c'est le nombre ; mais le nombre exaspéré par

la misère et les privations de toutes sortes. En face des prodigieuses richesses que son travail a produit le peuple n'est plus comme l'esclave d'autrefois écrasé par les brutalités d'un maître : il vit aujourd'hui dans la conscience de sa liberté, de sa force et de son droit »

IL « Et cependant il n'y a pas si loin qu'on ne pense de l'Economie politique grecque et romaine, cruelle, inexorable, insatiable h l'Economie politique du plus beau pays de l'Europe.

> Dans notre belle France, si riche et si féconde, plusieurs millions d'hommes ne mangent pas de pain et ne boivent que de l'eau. Le sol abonde sous leurs pieds, mais l'impôt pèse sur leurs têtes; et l'odieux gabelleux dû moyen- âge n'a fait que changer de nom et d'habit. Si l'on découvre une plante nouvelle, le tabac pai* exemple, la loi en défend la culture. Ces pauvres iiUes de Lyon, dont les doigts de fée tissent le satin et la popeline n'ont pas de chemise ; les Canuts qui décorent de leurs tentures magnifiques nos palais et nos temples manquent souvent de sabots, »

« De tout temps la misère a existé et il sera difficile qu'elle disparaisse de ce monde tant que les fléaux qui assiègent l'humanité, tels que incendies, inondations, famines, guerres et maladies, et aussi l'inconduite, ne prendront pas fin. Autrefois le mal était passager, accidentel, il ne jetait pas des racines profondes et presque indestructibles dans certaines localités ; une charité bien ordonnée et des dévouements sublimes parvenaient, sinon à triompher totalement de la misère, du moins à la rendre supportable. »

AnjoaniDni, surtout dans les centres manufactuners, I misère est horrible, repoussante ; elle y est endémique j lie ravage des classes entières, et loin de faiblir sous les Boris qu'on fait pour la déti-uire, elle semble grandir r«c la richesse du pctys.

Que voyons-nous dans nos grands centres industriels ï M hommes, des femmes, des enfants qu'une concurrence fi"énée livre k des travaux excessifs ; des faiiiillea à peine fttues souffrant du froid, logi^es dans des bouges; une ourriture malsaine, un salaire souvent dérisoire et près-, ue incapable, suivent l'expression anglaise, de faire wir l'âme au corps enfin partout une démoralisation jmplète. >

On ne peut méconnaître, ii la vue de pareilles souf- ■ances. un mal récent, un vice profond inhérent à notre ouvelle organisation sociale, c'est-à-dire le {

• Les progrès industriels qui accroissent le capital ccroissent en même temps les cupidités égoïstes, les luissaiices et le luxe ; mais ne font rien pour le peuple non d'augmenter sa misère.

» La prospérité matérielle multiplie. àmesurequ'ellese àveloppe, la génération de ceux qui n'ont rien ; généition immense grandissant avec une fécondité redoutable Il sein même de la misère et qui un jour, dans sa nudité Jreuse, se rencontre face à face avec des prospérités près et cruelles, étalant dans le prodige d'une possession ni étonne jusqu'aux heureux eux-mêmes des prodiges égoïsme qui désespèrent les malheureux ; deux fois lalheureux et deux fois désespérés, de tout ce que le

progrès matériel étale à leurs regards et de tout ce que régolsme des hommes arrache à leurs désirs.

> Adorateurs d'une félicité égoïste, ah ! recueillez-vous et songez à ceci : d'un côté le capital qui monte, de raatre la misère qui s'accroît ; d'une côté une minorité fastueuse qui va se couvrant de plus on plus d'or, de pourpre et de soie ; de l'autre une majorité nécessiteuse dont les haillons font à ces prospérités des contrastes menaçants. D'un côté, au milieu de vos capitales, des magnificences ^qui crient avec éclat le progrès ! de l'autre, au fond de la société, des appauvrissements qui crient avec douleur, si ce n'est avec désespoir ; décadence ! En un mot d'un côté le progrès dans la matière, de Tautre le progrès dans la misère ! Voilà la réalité » (1)

Cette réalité, semble-t-il, n'étonne ni n'eflraie nos savants Economistes modernes : « On ne saurait douter, dit A. Blanqui, que la misère publique ne soit un grand fait social particulier aux états modernes et qui se manifeste de plus en plus à mesure que la civilisation se répand. » (2)

On se plaît néanmoins à vanter les heureux eflfets de la

religion pour moraliser les classes ouvrières Ils sont

sur ce point tous d'accord; mais ils ajoutent que ces idées ne sont plus de notre temps. « La religion, dit A. Blanqui, a eu ses beaux jours, Tindustrie aui*a les siens »

« Les beaux jours de l'industrie !... » Ah, nous les connaissons

(1) P Félix, Conférence de N.-D., 1856.

(2) Tome2, p. 241.

« La religion n'est plus de notre temps ! »

Eh bien faites donc l'ouvrier moral sans religion. Vous ulez lui ravir toute croyance religieuse et vous n'avez m à mettre à sa place.

Je vous attends demain; quand vous aurez abruti lomme vous verrez de quelle fureur est capable ce 3nstre déchaîné ; et les premières victimes qu'il dévora ce sera vous, ses maîtres ineptes et imprévoyants

En exposant ce qui pourra replacer la sociéU» sur ses aies bases : la stabilité dans l'ordre, le i-espect des droits des devoirs de chacun, nous dirons ce que sera le evple demain.

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