‹ Le peuple hier, aujourd'hui,demainChapitre 8 sur 11 · PREMIÈRE SOLUTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SOLUTION

IVouM retournonii au Pa{|aiil0iiie«

I. — Les tendances modernes sont à la destruction de toutes les croyances religieuses. Celles-ci, cependant, sont encore, au sein des peuples les plus civilisés, le frein qui les retient dans la voie de l'ordre et prévient Texplosion de toutes les turpitudes et de tous les crimes.

On veut aujourd'hui changer tout cela ; on feint d'oublier que c'est la religion qui un jour a sauvé le monde, alors qu'il sombrait dans la plus honteuse barbarie.

Qui donc au déclin du XIX* siècle de l'ère du Christ songe à faire reculer la race humaine en deçà de près de 2,000 ans ? Nous dirons plus tard, en les voyant à l'œuvre, ce qu'il faut penser de cette poignée de rêveurs.

De beaux restes des croyances antiques subsistent encore autour de nous: on pourrait les prendre pour bases de progrès nouveaux vers la civilisation et la paix sociale ; on y reviendra sans doute , éclairé par les sinistres résultats d'une expérience aveugle.

On préfère auparavant tenter l'épreuve de la destruction de toute foi dans les âmes ; voyons ce qui adviendra.

II. — Le peuple tout à l'heure croyait en Dieu et à la vie future ; il croyait a Tâine survivant a la mort et devant

recevoir, par delà ce monde, la récompense ou le cbatiment de ses œuvres.

On a dit au peuple, qu'il n'y a pas de Dieu, que ce uom n'a «té ijiventé que pour elïrayer les aota ; que ce monde s'est fait tout seul, un ne sait trop comment, mais à coup sûr, sans Dieuj qu'il n'y a pas d'âme dans l'homme, qu'il n'est qu'une bête comme toutes les autres que nous employons à notre sHi'vice et à nos plaisirs: que comme elles nous mourons tout entier ; que nous ne sommes «nr ce globe, qui appartient h tous, que pour jouir de la plus grosse part de plaisir aux dépens rie tout ce qui nous entoure, jusqu'à l'Iieure ou notre machine, rtéfruite et usée sans retour, ae «era plus qu'une ma^se putride li\Tée au fond d'une fosse im pâture aux vers ; et cela pour l'éternité.

■Voilkce qu'on vous apprend, ô Peuple : voilà les ensei- (piements auxquels on vous convie d'assister aujourd'hui.

Le peuple retiemlra vite ces leçons.

Exposons, pour son en^eigneraeiit, ce qui s'en est suivi autrefois, alors que se ti-ouvaieiit effacés tes souvenirs de la Révélation antique.

• Au commencement le travail n'était pas iiéces.-jaire à l'homme pour vivre : la terre fournissait d'elle-même à tous ses besoins. Mais l'honime fit le mal: et comme il s'était révolté contre Dieu. la terre se révolta contre hii.

Depuis lors donc. Dieu a condamné tou5.les hommes au travail, et tous ont leur labour, soit du corps, soil de l'esprit; et ceux qui disent: « je ne travaillerai poinl, sont les plus misérables. Car, comme les vers dévorent nu cadavre, les vices les dévorent, et si ce ne sont les vices, l'est l'ennui. Et coiuiin' Dion voulut que l'honiiiie

tmvaiUàt, il cacha un trésor dans le travail, parce qu*il est père, et que 1 -amour du père ne meurt point.

T> Et Dieu leur donna encore ce précepte : aidez-vous les uns les autres,car il y en a parmi vous de plus forts et de plus faibles, d'infirmes et de bien portants ; et cependant tous doivent vivre. Et si vous faites ainsi tous vivront, parce que je récompenserai la pitié que vous aurez eu envers vos frères et je rendrai votre sueur féconde. >

Et ce que Dieu a promis s'est vérifié toujours, et jamais on n'a vu celui qui aide ses frères manquer de pain.

» Or, il y eut autrefois un homme méchant et maudit du Ciel. Et cet homme était fort, et il haïssait le travail, de sorte qu'il se dit : Gomment ferai-je? Si je ne travaille point, je mourrai, et le travail m'est insupportable. .\lors il lui entra dans le cœur une pensée de l'enfer. Il s'en alla de nuit et saisit quelques-uns de ses frères pendant qu'ils dormaient et les chargea de chaînes. « Car, disait-il, » je les forcerai avec les verges et le fouet, à travailler pour moi et je mangerai le fruit de leur travail. Et il fit ce qu'il avait pensé ; et d'autres, voyant cela, en firent autant, et il n'y eut plus de frères, il y eut des maîtres et des esclaves. ^

» Longtemps après, il y eût un autre homme plus méchant que le premier et plus maudit du Ciel. Voyant que les hommes s'étaient partout multipliés et que leui' multitude était innombrable, il se dit: « Je pourrais bien peut-être en enchaîner quelques-uns et les forcer à travailler pour moi, mais il les faudrait nourrir et cela diminuerait mou gain. Faisons mieux : qu'ils travail-: lent pour rien ; ils moun'ont à la vérité, mais comme

ieur nombre est grand, j'amasserai des ricliesses avant qu'ils aient dimiimé beaucoup, et il on restera toujours assez. > Or, toute cette multitude vivait de ce qu'elle recevait de son travail.

Ayant donc parlé de la sorte, il s'adressa eu particulier & quelques-uns et leur dit: Vous travaillez pendant six heures et l'on vous donne une pittce de monnaie pour votre travail. Travaille?: pendant douze heures et vous gagnerez deux pièces de monnaie, et vous vi\Tez bien mieux, vous, vos femmes et vos enfants. » Et Us le crurent.

U leur dit ensuite: « vous ne travaillez que la moitié des jours de l'année; travaillez tous les jours de l'aiinée et votre gain sera double. » Et ils le crurent encore.

Or, il arriva de lâ que la quantité de travail étant devenue plus grande de moitié, sans que le besoin fut plus grand, la moitié de crus qui vivaient auparavant de leur labeur ne trouvèrent plus personne qui les employât.

Alors l'homme méchant qu'Us avaient cru, leur dit : t Je vous doimerai du travail â tous, â la condition que vous travaillerez le même temps et que je ne vous paierai que la moitié de ce queje vous pavais : car je veux bien vous rendre service, mais je ne veux pas me ruiner. »

Et comme Us avaient faim, eux, leurs femmes et leui*» enfants, ils acceptèrent la proposition de l'homme méchant, et ils le bénirent ; car, disaient-ib. U nous ilonne la Tie. >

Et continuant de les tromper de la même manière, l'homme méchant augmenta toujours plus leur travaU et diminua toujours plus leur salaire.

Et ils mouraient faute du nécessab-e, et d'autres s'empressaient de les remplacer ; car l'indigence était déve-

nue si profonde dans le pays, que des familles entières se vendaient pour un morceau de pain.

Et rhomme méchant qui avait menti à ses frères, amassa plus de richesses que Thomme méchant qui les avait enchaînés.

Le nom de celui-ci est tyran . Tautre n*a de nom qu*en enfer. »

m. Tel fut le premier pas dans la voie de lesclavage. Le mal depuis ce temps n'a pas cessé de s'étendre. La gueiTe a fait prévaloir paii;out le droit de la force, et les chaînes de la servitude se sont étendues au point de dépasser presque partout le nombre des hommes libres.

Tel a été le monde Païen.

Ainsi que nous Tavons remarqué déjà, les esclaves étaient si nombreux à Athènes, à Sparte, à Rome, qu'ils jetaient la frayeur dans Tâme des citoyens libres et faisaient incessamment redouter leur puissance. On en diminuait le nombre par d'horribles massacres.

Qu'est-ce qui pouvait retenir dans ces elcèsde férocité? rien. Ce n'étaient pas des hommes, c'étaient des esclaves, moins que des animaux utiles.

Les esclaves sont nos ennemis, disait Caton; cela servait d'excuse aux inventions de la plus odieuse tyrannie.

Jamais on ne voulut leur donner un costume spécial, de crainte qu'ils ne pussent se compter et prendre conscience de leur nombre.

Ils se comptèrent cependant un jour, dans la campagne de Rome et vinrent , sous Spartacus , menacer la ville de pillage et d'incendie.

Oii dit qu'au mointiiit 'tVti vtiuii' aux [nains . Is chef de 70,000 hommes leur tint ce lang:age :

1 Chers et misiirables compagnons d'il i fortune, avonsnous rt'Nohi de porter jusqu'au bout les injures du sort qui nous a été fait î L'humanité n'eniste pas pour nous ; rebuts du monde, saisis dès nos premiers jours par la main de fer de la destinée, nous n'avons servi jusqu'à prHssnt qu'a récréer nos maîtres par des spectacles barbares , où a nourrir, par nos travaux , leur faste , leur mollesse et leur volupté. Il est vrai, nous avons fui, nous sommes librejs; mais vous comprenez bien que cette liberté u'est encore que la servitude ; tout l'empire, toute la terre e»( conti'e nous ; nous n'avons pas d'amis, pas de patrie, pas d'asile.

» Mais avons-nous besoin d'autres amis, d'autre patrie, d'autre asile que nous-m^^mes ? Considérons qui nous sommes, et comptons-nous d'abord. Ne sommes-nous pasle plus grand nombre ? Qu'est-ce que nos maîtres ? une poignée de patriciens dont nous peuplons les maisons, qui ne respii-ent que parce que nous u'avous pas le courage de porter la luain sur leur poitrine pour les étouffer. Et si la chose est comme je le dis. si nous avons la force du plus grand nombre, si c'est l'humanité presque entièm qui est esclave d'une horde jouissant de tout et abusant de tout, qui est-ce qui nous empêche de nous lever, d'étendre nos bras une fois en ce monde, et de demander aux Dieux qu'ils décident entre nous et nos oppresseurs.

> Nous n'avons pas seulement le nombre, nous avons rintelligenco aussi ; beaucoup d'entre nous ont enseigné il leurs maîtres, ou enseignent à leurs enfants les lettres humaines: nous savons ce qu'ils savent, et ce qu'ils

savent, ils le tiennent de nous ; c'est nous qui sommes leurs grammairiens, leurs philosophes, et qui leur avons appris cette éloquence qu'ils portent en Fcn^ura^ pour y opprimer tout Tunivers.

» Enfin nous avons plus que le nombre et Tintelligence. nous avons le droit ; car, qui nous a fait esclaves ? qui a décidé que nous n'étions pas tous égaux ? Où est le titre de notre servitude et de leur souveraineté î Si c'est la guerre, faisons la guerre à notre tour ; essayons une fois la destinée, et méritons par notre courage qu'elle se prononce pour nous. »

Ayant dit cela, Spartacus étendit les mains vers le ciel et vers la mer ; son geste acheva sa parole. La foule, qui l'avait écouté, se leva sentant qu'elle avait un capitaine.

Ils fuirent vaincus pourtant, malgré le nombre et le courage; et Pompée, venant mettre le sceau à leur défaite, n'eut qu'à écrire quelques lignes au Sénat pour lui apprendre que ces vils esclaves, un moment sa terreur, étaient rentrés dans leur légitime néant.

D'afireux massacres par les esclaves sont relatés dans l'histoire.

Chez les Scytes, un jour que l'armée toute entière était occupée hors du pays, les esclaves se révoltèrent, firent un massacre général de tous les hommes libres, ne réservant que les femmes et les filles de leurs maîtres pour sunirà eUes.

L'armée à son retour fut arrêtée aux frontières par le peuple révolté et, après plusieurs défaites, fut forcée de chercher une autre patrie.

Le môme fait arriva à Tyr : Les esclaves après un maa-

i général de leurs maîtres orgaiiUèreiit un gouvernement qui n'eut qu'une courte durée et fut transformé bientôt on monarchie. L'histoire, relatée par les auteurs anciens, paraît assez intéressante pour mériter l'attention.

« Les "Tyrieus sont issus des Phéniciens qui forcés par un tremblement de terre irabandoniier le sol de leur patrie, vinrent s'établii' d'abord près du lac Assyrien et plus tard sur le rivage de la nipr ; ils y fondèrent une ville qu'ils nommèrent Sidon. parce que le poisson abondait dans ces parages, car Sidon. en langue phénicienne, signifie pomon. Longtemps après le roi d'Ascalon ayant pris leur ville, ils s'embarquèrent et allèrent fonder la ville de "Tyr, un an avant la chute de Troie.

Souvent harcelés par les Perses ils restèrent enfin vainqueurs. Mais leurs forces étaient épuisées, et ils subirent les plus indignes violences de la part de leurs esclaves. CeuK-ci, ayant ourfli une conspiration, égorgent leurs maîtres et avec eux tous leshommesUbres; ils s'emparent de la ville et du gouvernement, occupent les maisons, épousent les veuves de leurs maîtres ; et, sans être libres eux-mêmes, procréent une postérité affranchie. Parmi tant de milliers d'esclaves, un seul d'un caractère plus doux se laissa toucher au malheur de son vieux maître et du jeune fils de celui-ci. Loin de les traiter avec cruauté il ne seutit pour eux qu'une tendre pitié ; il répandit donc le bruit de leur mort et le.s cacha à tous les regards.

Bientôt les esclaves délibérèrent sur le sort de l'empire, et décident de nommer roi, comme le plus agréable aux Dieux , celui d'entre eus qui le prender aurait aperçu le soleil levant. Il vint annoncer cette nouvelle à StratoD , ( c'était le nom de son maître ) dans le lieu qui lui servait

d'asile. InBtniit par ses conseils, tandis que tous les autres, réunis dès le milieu de la nuit dans unn même plaine, tiennent leurs yeux vers l'Orient, lui seul dirigea ses regards vers l'Occident. Chercher à l'Occident le lever du soleil semblait d'abord à tous un acte de folie ; mais lorsque à l'approche du jour, les points les plus élevés de la ville se dorèrent de ses rayons, il y montra le premier, à ses compagnons dans l'attente, l'éclat de ce soleil que cherchaient vainement leui's regards.

Cet artifice parut supérieur au génie d'un esclave ; al comme on voulait connaître l'origine du conseil, il fitt forcé de désigner son maître. On sentit par là la sap6* riorité de l'homme libre sur l'esclave ; on C(Rnprit qW celui-ci, inférieur en adi'osse, ne l'emportait qu'en cruauté.

« Le vieillai'd et son fils furent épargnés et comme ils semblaient conservés par un bienfait des Dieux, Straton reçut le titre de Roi. Après sa mort, le trône pasaa à son fils puis à ses neveux.

« L'attentat des esclaves de Tyr fut pour l'univers un exemple redoutable. Aussi Alexaudre-Ie-Grand . faisant longtemps après la guerre en Orient, pour venger en quelque sorte le repos des peuples, s'empara de la ville et fit mettre eu croix, en mémoire de ces anciens forfaits, tous ceux qui avaient survécu au combat. La postérité de Straton fut seule conservée et replacée sur le Irône ; des hommes de [laissance libre, étrangers h ces crimes, viureut peupler l'Ile et , succédant à la race auèaiitie des esclaves, furent le germe d'une population nouvelle, »

IVouii retouruoiiw un PHgMiiliiime (futitc).

fî. L'esclavage n'a pas cessé aujourd'hui, nous croyons l'avoir démontré ; mais la condition do l'esclave moderne n'est plus la même.

L'homme n'est plus la propriété d'un maître ; U s'appartient, il a conscience de ses droits ; tous ceux qui étaient jadis l'appanage de la richesse, il les a conquis les uns après les autres ; il n'y a plus de privilèges dont il ne jouisse îi son tour: il a le droit de propriété de luimême, il a lo droit civil, il a le droit politiqiie dans toute sa plénitude, il en use K son gré et, eu égard à la puissance du nombre, il est devenu le I^iuple souverain et. par ses délégués, il est le gouvernement.

Nous ne dirons plus rien de cette ironie stupide du gouvernement populaire que tout le monde méprise et auquel on n'ose toucher. Nous remarquons seulement qu'il est exploité par l'habileté et l'intrigue, et que la délégation du pouvoir tombe le plus souvent aux mains de l'indignité et de l'ineptie.

Voici donc en prè.ience. d'une part, le peuple, représentant l'esclave antique, pauvre. souSrant, manquant souvent de travail et de pain ; d'autre part une coterie infime d'hommes qui ne diffèrent des autres que par la

Or, la lutte imminente de l'esclave moderne n'est plus

pour la liberté, non plus pour l'esistence. mai»! pour la vie facile, aisée, qui donne rlroit à toutes les jouissanons.

Le peuple jusqu'ici s'est vu trompé par la plupart de ceux auxquels il s'est couâé ; toutes les promesses -le dévouement n'ont été que <le vils mensonges, il ne vput plus être dnpes de la fourberie et de l'intrigue,

il est le nombre, il est la force, il on usera comme d'un droit; ce droit qu'on no cesse de faire briller à sesjâux sans qu'on lui parle jamais de devoirs; qui Tea empêchera ?

Ce droit à la richesse, à la jouissance, lui appartient désormais , il agira quoiqu'il lui en coûte . saiis oul^ remords ; il prendra la richesse partout.

Qu'on ne lui parle pas du droit de posséder, du respect de la propriété d'autrui ; ne lui a t-on pas démontré que la propriété a une origine injuste qu'elle a le vol à sa base? Et le peuple, qui ne raisonne pas, l'a cru.

Il volera donc sans nul souci, non pour partager avec les tenants de la fortune, car ceux-ci en ont assez longtemps joui. C'est maintenant le tour des autres. Chacun prendra et gardera ce qu'il pourra. Puis, après le dépouillement des riches, ce sera, entre les piUards, la guerre la plus féroce et la plus hideuse: les massacres, l'iucendie et la destruction do ce qu'on ne pourra posséder seul.

Dans une caverne oii des brigands se partagent le butin de la nuit, la possession du même objet met le poignard aux mains des plus avides, et on ne fait cesser le conflit que par la destruction de l'objet convoité.

II. Le peuple, a dit Marat, c'est la force, mais avant tout c'esl la bfute; et Marat le conuaissait bien. Or

qu'attendre 'l'une telle force, sinon chaos et Hustructioii ; force irrésistible qui brise tout obstacle et que nul frein ne peut arrêter !

Les nations effrayées de l'audace des niasses populaires essayeront de les dompter par la vigueur des lois, sauvegardes de la Société; mais coittro les retours incessants des tentatives révolutionnaires leur puissance s'usera.

Que dire de colles qui, loin do lui résister, pactisent avec l'éineute et semblent protéger la révolution.

Un tel peuple, mis au banc d(i tous ses voisins, dominé par une presse infâme, à laquelle son gouvernement obéit toujours, est voué, à courte date. & une affreuse anarchie et bientôt à l'anéantissement.

Comme son principe le conduit au prosélytisme, il lance ses émissaires à la conquête des peuples qui l'entourent ; mais ses yoisins ne l'entendent pas ainsi; tous mettent une barrière à sa propagande funeste, et si quelques uns de ses agents ont pu. par habileté et hypocrisie, franchir ces limites et tenter de les corrompre, ils sont d'abord ramenés aux frontières avec avis et défense au pouvoir de renouveler ses épreuves sous peine de sévères ehâtiments.

Une infrancliiasable barrière otreint donc d€vtous côtés on peuple propagateur ostensible des révolutions.

11 devient le refuse de tous tes anarchistes étrangei*8 dont le travail chez eux est trop compromettant et qui trouveront ici un emploi iructueusL de leurs bras ; l'expéllence a démontré que ce ne sont pas les moins hardis ii la destruction.

Voyona-le à l'œuvre : c'est un champ clos sur lequel se fixent tous les regards. Les peuples qui l'entourent sont

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eu armes pour refouler, comine dans uno sentioe iimnonAB, tous ceux qui teuteraicnt d'en sortir pour les îiifôcter. La révoIntloM cnI an*' pvntc dont touw les peuple* HaluH ont Intérêt jt «e gMrantlF.

La lutte qui va s'ouvrir sera teiTÎble et nul ne peut prévoir ni sa violence ni sa durée.

On a vu ce çu'a été la révolte des esclaves à diverses époques: un massacre général, féroce, impitoyable. n'épargnant ni maîtres, ni femmes, ni enfants. Ceux qui preniii-ont part à cette guerre, ne sont pas ceux qui représentent les esclavfts anciens, mais toute la masse du peuple formant les sept huitièmes de la population contre le nombre inâme de ceu^ qui, satisfaits et repus, étalent un luxe insultant aux convoitises des malheureux.

La lutte débute déjà sous un aspect sinistre ; les premières éprouvai dont nous sommes aujourd'hui témoins donnent l'idée de son caractère- Ce n'est pas la guerre au grand jour de deus armées en présence, c'est quelque chose de plus terrible, c'est la guerre Sociale.

C'est l'action contre une Société presque sans défiance d'un ennemi caché et partout répandu, qui combine dans l'ombre ses moyens d'attaque, en médite les effets, attend l'occasion et vient frapper son coup sûr h l'heui-e et à la place où on s'y attend le moins.

Lesmoyens d'action ne sont pas seulemen les forcée individuelles ; la binite bumoino prend à sou service les engins fonnidables inventés par la science moderne. Le géme de la destruction pousse chaque jour ses recherches à de nouvelles limites: on dédaigne la puissance de la poudre qui cède le pas à la dynamite, on attendant mieux.

Et ici ce n'est plus pour possodei' la ricliusse el jouir qu'on procède de cette façon c'est uniquement en vue do généraliser les misères ; c'est la fureur salanique de l'anéantissement total de la SociL^tê...

Et puis après ?

m Nous savons que tous ces attentats, si terribles dans leurs conséquences, sont organisôs et dirigés par des chefs qui se croient toujours capables de les arrêter à leur gré j ce sont les dompteur)».

Mais quelJe est la &i des dompteurs des fauves 7 en voit-on beaucoup qui, comptant sur leurs prestiges, sur la &scination de leurs regards, aient pu toujours commander à la force ou b, la cniaiitL' ? Tous, victimes de leur présomption et de leur audace, ont trouvé la mort sous la dent de leurs féroces jouteurs.

Le sort des Dompteurs populaires, quelquefois un peu retardé, n'est jamais différent.

Leur habileti', leur souplesse aujourd'hui les rendent pour quelque temps maîtres de la place.

Ih parviennent à f3ii*e croire à leur dévouement aui intérêts et au bien-être du peuple, et sous ce prestige mensonger, pauvres et bosogiieus, ils parviennent à une scandaleuse fortune ; mais l'illusion ne dure guère et le peuple qu'ils ont toujours âatté. qu'ils ont trompé toujours, finit par reconnaître à quels misérables caractères il s'était confié.

Dès lors, quaiid s'est ouverte la guerre h la richesse, ce n'est pas aux fortunes modestes et dissimulées qu'il s'adi'esse d'abord, mais plutôt aux richesses tapageuses .et grandissantes chaque jour, de ceux qui se soûl déclarés ses maîtres, ses conseillers, ses dompteurs.

Ou cnliiiid aloi-s do beaux cris de fureur ot d'indigiiatioi) contre les travailleurs ingrats qui oublient leurs amis d'hiwr et leurs bienfaiteurs. C'est alors qu'ils conseilleiit au peuple de s'en prendre k d'autres fortunes, à celle de ta noblesse et des communautés religieuses ; celles-ci dn moins ne se défendent pas. elles se laisseront déponiUer et piller en silence comme elles l'ont fait il y a près d'un siècle. Mais prendre la fortune des amis du peuple, c'est uu vol qu'on ne pardonnera jamais.

Cependant dans la guerre Sociale, nulle exception, nulle faveur; le vol n'est pas réglementé, ce n'est pas la réserve pour le partage : ce u'ssl pas même la possession individuelle de ce que chacun a saisi : c'est la lutte acharnée entre toutes les convoitises ; l'objet emporté est repria par un autre, puis par un autre encore et pour qu'il ue devienne la propriété d'un seul ou le voue à la destruction. Puis après le vol, l'incendie, le pillage, la guerre entre les brigands, la destruction

Qui aiTètera ce pillage, qui tem cesser ce massacre horrible de tout uu peuple? Les Dompteurs vouilrout l'essayer; furieux d'être à leur tour victimes de ceux qu'ils ont trop souvent guidés, ils tenteront en vain l'essai de leurs flatteries et de loui's mensonges ; on poui'i-a toujours leur jeter à la face le trait du satyrique d'Aquin : Quis tuierit Gracchos de seditione guœrentes ?

IV. Voilà donc, * Peuple. la voie oii l'on vous entraîne; ceux qui vous guident , fos dompteurs , s'étonnent de votre mollesse fa les suivre ; ils ne trouvent avec eux que les êtres corrompus et gangrenés de vices, capables de tous les crimes, les brutes en un mot, dont le nombre

leur parait petit, elil^ craignent que vous les di^Iaissiez bientôt.

Us comprennent que votre patience à souffrir dépend d'un reste lie foi chrptieune qui subsiste encore en vous. Voilà cG qu'ils veulent dûlraii-e à loutprîx; Us ne croiront pouvoir compter sur rous qu'après vous avoir totalement abratis.

Une secto animée d'un esprit vraiment sataniquo . iasui^ée contre toute société , travaille à corrompre les masses populaires , à anéantir en elles toutes croyances religieuses pour les reu'lre plus dociles à ses perfides conseils.

Sa seule prétention e-<t do révolutionuer le monde et de ne créer que des ruines pour arriver à cet infernal chaos, que j'ai montré comme tonne de son action.

Cette secte, infime par le nombre, n'est forte que par son audace contre la société et par le mépris que celle-ci lui oppose.

Toutes les révolutions qui, depuis deux siècles, ont agité les peuples, ont été son œuvre. Elle est coupable de tous les dîmes sociaux et politiques qui ont, depuis ce temps, effrayé le monde. Les nations, êniuês de son audace, ont paru quelquefois vouloii' sévir contre elle ; mais en face d'une volonté énei^que, la secte s'efface, se dissout et disparaît. Jamais l'action répressive contre elle ne s'est sufSsamment accentuée ; l'infernale habileté de ses chefs la rend insaisissable ; et alors que, sous le coup de la peur, elle s'est fait oublier, qu'elle a préparé dans l'ombre ses odieux complots, elle reparait au jour plus ardente que jamais et continue son œuvre avec touty la criminelle

perfidie qu'on lui connaît.

Cette puissance n'est pas de l'hoiiinie; c«lui-ci n'est qua l'inslTument d'une force occulte qui l'enli-aîne et le pousse vers tout ce. qui peut entraver le règne de Dieu sur le monde : C'est la force destructive de l'esprit infernal.

Un publiciste célèbre, il y a plus de 5() ans. docrivait comme il suit , l'action de cette secte ; et . si fantaisista que soit le tiibleau . il aeinble bien reproduire une page d'histoire toute moderne.

« Un jour Satan ras.?embla les siens et leur dit : nooi avons beau tenter les hommes de mille manières, U pousser sur la pente où l'on descend si vite, notre œuvn avance peu : ce que nous gagnons d'un côté, nous lA perdons de l'autre. D'où vient cela î

> Chacune des puissances infernales se vantant alld* même accusait les autres, de sorte que lacolëre et là hainfl s'allumant, on n'entendit bientôt plus que des sons discoi dants. des cris aigus, le sifâement d'haleines embrasèeit raêlti d'accents de fureur, de menaces et de blasphèoiei; Un combat terrible allait s'engager dans les gouSrel ténébreux, lorsque le Roi des légions tombées, se dressant tout à coup, sa voix formidable et lugubre fironda commS un tonnerre souterrain.

•» Silence, dit-elle ; et le silence se fit.

» Ce que voua ne savez pas, reprit Salan, je le ! moi. Nos efforts ont été en partie stériles, parce que miA concertés. Us ont manqué d'ensemble. Gliacun de vi selon SOS caprices, a semé au hasard sans calcul et satU prévoyance, et c'est pourquoi au temps de lamoissoiinom avons eu des épis et point de gerbes. S'il continuait d être ainsi , autant vaudrait céder l'empire. Croj-ez-vou^ que Satan s'y résolve ? Non. éternellement non.

» Je veux bâtir la cité rlu mal, j'en veux jeter les fondeinentB sur cette terre que me dispute une puissance rivale. Pour cola, sans doute, il faut de l'audace ; mais il faut aussi de la prudence. Ne précipitons rien. Etablissons d'abord un centre d'où rayoïme notre action, d'oii elle s'utende de proche en proche el s'insinue par mille voies diverses jusqu'aux extrémités du grand corps qu'ils appellent Société. Soufflons dans ses entrailles le l'eu qui nous pénètre et qu'il les dévore sourdement.

• Des acclamations forcenées accueillirent les paroles de Satan.

» Et la terre, prise d'un soudain frisson, tressaillit; Et dans le lieu le plus bas d'une vaste cité, je vis une multitude que je ne saurais noiubrer. Ces figures horribles avaient les traits de l'homme, mais n'en avaient pas l'expression. Leurs fronts déprimés, leurs joues striées de rouge et semées de plaques violettes portaientrempreinte hideuse du crime lâche et du vice brutal. Ou lisait dans leurs yeux ardents, dans leurs obliques regards, tous les instincts de la bête de proie. 11 y en avait de toutes sortes, depuis le mendiant couvert de haillons jusqu'à celui qui étale sur des habits splendides , les signes prostitués d'une gloire menteuse et d'un honneur inl'àme. » D'un siège élevé, le maître dictait à la foule ses ordres. 11 les divisa en deux bandes. L'une devait se montrer au grand jour, l'autre se glisser invisible dans les lieux publics et jusque dans le secret, partout sacré, du foyer domestique. Je ne sais quoi de repoussant, comme le sourire du mal, plissait les lèvres do celui qu'entourent silencieuses toutes ces larves humaines. >. A celles destûiées h se cacher dans l'ombre, il

Voici quels seront vos Dieux : le mensonge, le paiîm. l'hypocrisie, la corruption. Vous répandrez partout U flyfiance. Quelquefois aussi vous entlormîrez , pour li mieux conduire à vos fins, la simplicité crêdiile. Vous fouillerez les cœurs pour y découvrir las gennes du viee qu'ils peuvent receler, et au prix convenu, vous fouroirei à chacun sa pâture. Procédez avec art, attirez, engagea, voilant les conséquences jusqu'à ce qu'il n'y ait plu« de retoui'. Et les besoins extrêmes vous seront tin putdsaiit moyen ; vous direz à la faim : vends-moi celui-ci. celoî-là. et, si elle hésite vous montrerez au père la fosse béante qui attend sa femme, ses enfants, et vous ferez retenUr

leurs cris d'angoisse à son oreille Allez. Et il leur

jeta (les pièces d'or sur lesquelles ils se ruèrent ardemment.

«Aux autres il dit: VosDieux, àvous.serontla et la violenco. Vous menacerez le faible, le pauvre, le désolerez de vos persécutions , vous lui 6tere< te morceau de pain qu'il a trempé de ses sueurs, s"U ne se prête promptement à tout ce que vous voudrez de lui.

< Qu'on obéisse avec la rnuette docilité do la bâte de somme. Qu'on pense comme nous, ou qu'on ne pense pas. ou qu'on porte la peine d'une pensée rebellu. Je vous aï choisis pour une œuvre conforme à votre nature Vous aurez vos fêtes, où il y aura îles pleurs, dos blessures, do sang ; du sang qui coulera sans danger pour vous . sans qu'on vous résiste, car c'est là notre courage à nous,

» Cela dit. tous se dispersèrent.

• Et il me semblait que j'étais livré à un rêve horrible, quand tout à coup un bruit confus me tira de ma stupeur. C'étaient (les voix de colère mêlées rie craquerueots.

rSes membres brisés , des plainteh déchirantes et

I riree sauvages j et je vis une foule de jeuneK gens, fenfants meurtris, ensanglantiis, qu'on pressait et qu'on entassait dans Icts cloaques, d'où les bandes enivrées de l'esprit de Satan étaient sorties ; et les portes bardées de fer s'ouvrirent et se refermèrent, et il se fit un affreux silence.

» Comme je méditais ces choses en moi-même, affaissé de tristesse et rempli d'effroi, voilà que dans la grande cité hantée toujours des mêmes larves hideuses tombe fauchée par la mort une foule plus nombreuse encore que la première, composée d'êtres de tout âge, de tout sexe et de tout rang. Le fléau terrible, la peste faisait son œuvre : et tous ceux qu'il Louctiait, palissaient, s'aS'aissaient et, d'heure en heure, ot parfois en quelques minutes seulement, c'était fini. Et l'on voyait le matin, sans cortège , sans prières . emporter en silence d'immenses convois de cercueils,,..*.

» Et de mon âme, remplie il'une indicible angoisse . ce cri s'échappa : Seigneur, Satan aurait-il vaincu î

» Et une voix me dit: regarde! Et je levai les yeux, et vifl, dans la lumière divine, les martyrs qui souriaient, »

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