V. Voici encore : sur l'avenir des peuples livrés à
^Eba^trit du mal :
^^Fît Mon âme prise de tristesse, cherchait Dieu pour se ■^T'epoaer en lui quelques instants et y puiser, avec un peu de calme, les forces nécessaires au travail de la vie.
< Une église était là, j'y entrai et comme je me recueillais en moi-même, tout à coup des paroles interrompues, brisées, frappèrent mon oreille. Et mes regards se portant liu
cfitêd'où Tonaitlavoix. j'aperçuaun homme ft| dont les cheveux plats retombaient le long de ses jones crenaes, et ses yeux fixés dans l'ombre révélaient l'inquiétude et la peur. Près de lui, k droite était un esprit de lumière, à gauche un affreux démon.
<i L'esprit de lumière disait : Soude tes reins, compte, n tu peux, les iniquités amassées au fond de ta coosciencQ : Tant d'inHimes abus de ton pouvoir, d'imioceuts sacri- Ûés aux passions de ceux qui distribuent les faveurs, les richesses ; qu'a été pour toi la loi ? qu'a été pour toi la justice? un calcul d'intérêt, rien de plus. Tu as trafiqué des souffrances et des pleurs, et de la vie du faible ; ponr monter, tu as mis le pied sur son cadavre. As-tu cru c^Ier tes prévarications à celui qui voit tout ? Quand tu mentais solennellement, crois-tu que Dieu ne t'entendit pasT Crois-tu que son œil ne perçât pas le voile de ton h^'fiocrisie détestable? Insensé ! Le dernier de ses ministres ta 8ui\Tait à l'odeur de crime qui a' exhale de toi ; et tu as cm te cacher de lui dans la fange de ton àme ! La colère approche, la voilà tout près; jette entre elle et toi un repentir, s'il t'en reste.
Et le prévaricateur se tordait dans sa secrète angoisse ; il cherchait en lui-même le repentir, et ne trouvait que le remords et, à côté du remords, la peur.
« Le démon à son tour murmurait : Laisse dire ce rêveur qui ne comprend rien à la raison d'Etat. Quel pouvoir subsisterait avec ces scrupules ? il est bon que quelquesuns meui'ent pour le salut de tous, et la grande morale tue ta petite.
N'eat-il pas écrit dans ton livre : obéis aux puissances
Wiesî Qui leur résiste, qui les inquiète est donc >able.
a les punis de cela, le reste est de pure forme. ^8t-ce que les autres ne font pas comme toi ? veux-tu s te dépassent, qu'ils te ravissent la rticompense du e?
s servi, sers mieux encore ; il est trop tard pour reculer. Perdras-tu donc tes complaisances , tes veilles soucieuses, tes nuits tïoublée.'* par cette vois interne qu'on n'étouffe jamais ? Renonceras-tu au fruit convoité à l'instant où tu vas l'atteindre ?
« Le démon, se penchant à l'oreille de l'homme, ajouta quelques mots plus secrets que je ne pus saisir: et celui-ci semblait les recueillir avec avidité.
Je ne sais ce qui se passa en lui , mais je vis le fi-ont de l'ange de lumicTe s'obscurcir: ses yeux se détourner pleins d'horreur, et comme il s'élevait dans les aire, cette parole tomba : maudit pou}- i'élernih-.'
VI. C'était au milieu de la nuit, alors que l'âme à peine envahie par le sonuneil semble errer sur des disions indécises et tristes.
« Soudain, il me sembla qu'un souftle m'emportait sur des pentes escarpées tie roches nus, semées ça et lii comme les ruines d'un monde écroulé ; et une pâle lueur éclairait au-dessous une plaine couverte d'une grande multitude. Elle allait et venait, agitée d'un mouvement confus, pareille à une mer dont les flots, poussés par don vents opposés, viennent se briser sur le rivage y laissant une bande de sale écume.
« Kt celui dont le souffle m'avait porté lii-bas me dit :
« Ainsi ileviemient les peuples en qui la vis s'est éteinte, où chacun, courbé vers la terre, a'a*pire qu'à ce qu'elle peut domier, n'a de règle que ses convoitises, de but que sot.
Vois cette poussière d'hommes : ce fut autrefois dqp nation. Qu'en reste-t-il ? Plus de liens, plus de croyanc**. plus de commune pensée, plus d'amour ; tout est mort en elle, exceptés les appétits de la bête; elle a tout perdu, jusqu'à l'instinct de ses destinées. Cherche en elle qoelqae trace du sentiment d'elle môme, de dignité, d'honneur. d'élan généreux, de ce qui fait qu'on meurt pour tnMt«r de vivre. Je l'ai livré pour son châtiment au génie mémo de la bassesse, à la plus abjecte tyraïuiie qui ait jaraaii étouO'é dans sa fange un peuple qui u'en est plus un. >
II y avait dans cette voix moins encore de rajOV-
che que de douleur et de tristesse amère.
< Après un court silence ; qu'y a-t-il là. dit-elle, qui sut de l'homme? regJirde : cela se meut: mais les bmtfli aussi se meuvent, et les vers se meuvent. Peuple naguère si grand que tous les autres contemplaient marchant sur des hauteurs et, couronné de lumière, leur ouvrant la route de l'avenir, qu es-tu devenu? Qu'as-tu fait de mes donat Jlla maiu t'avait béni, j'avais versé en toi une vertu saute, je t'avais choisi pour accomplir mon œuvre.
Et maintenant ! . . .
« Mais tu n'es pas descendu de toi-même ; on pendant ton sommeil, puis on t'a roulé sur la pente. Sans défiance et sans prévoyance, tu as bu à la cnupe envenimée qu'on te présentait : C'est pourquoi tu revivras.
Qui jamais prévalut contre moi ? J'ai riéposé au fond du
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mal même le germe irapérissaMe de biens qui se développent en leur temps ; comme sur le lit des mers, j'ai semé une moisson invisible de plantes, qui peuàpeu montentdu . fond de l'abime et s'épanouissent à la surface. >
Vn. Je continue à transcrire encore une de ces pages qui semblent avoir retracé à l'avance l'état de dégradation où la France est aujourd'hui descendue,
« Voici ce que j'ai dit, moi le Seigneur Dieu : Malheur aux nations qui m'oublient, aux peuples qui rompent avec moi ! Parce que tu m'as banni de tes pensées et rejeté de ton cœur, que tu n'as voulu d'autre maître que toi même ; parce que tu t'es enveloppé dans ton orgueil comme un roi de théâtre dans sou manteau de pourpre ; parce que tu as choisi les sens pour tes conseils ; que tu as dit aux convoitises, soyez ma loi ; et a la matière : soit mon bien; parce que tu as renoncé à tout ce qui te faisait grand ; j'ai versé sur toi des ténèbres pleines de fantômes; je t'ai envoyé l'esprit de vertige et l'esprit de mensonge. Je t'ai Ôlé l'intelligence etjusqu'au désir de la liberté.
« Du cloaque où croupissent et fermentent les balayures de tes cités, les couaciences corrompues, les âmes pourries, j'ai fait monter ce qu'il y a de plus vil, de plus abject, pour dominer sur toi. Je t'ai abaissé au-des-sous de ce que iamais on vit de plus bas. Je t'ai courbé sous le fouet et le bftton ; je t'ai rendu enviable le sort même de la bête de somme qu'on ménage parce qu'elle a son prix. Répondsmoi, est-ce assez d'opprobe ? Est-il une misère qui ne soit tienne? une douleur qui ne pèse sur ton corps, sur ton âme, une honte que l'on t'ait épargnée ?
» Mon joug t'importunait, tu l'as secoué, tu m'as renié