‹ Le peupleChapitre 103 sur 188 · L*ENFANT LE PERD EN GRANDISSANT · texte numérisé non relu

L*ENFANT LE PERD EN GRANDISSANT

Une chose frappe toujours en observant les enfants et les mourants, c'est la noblesse parfaite dont la nature les enipreint. L'homme nait noble, et il meurtnoble ; il faut tout le travail de la vie pour devenir grossier , ignoble , pour créer l'inégalité.

Voyez cet enfant que sa mère à genoux nommait si bien son Jésus... La société , l'éducatioo, l'ont changé bien vite. L'infini qui était en lui, et qui le div^iisait, va disparaissant ; il se caractérise, il est vrsgi, se précise, mais se rétrécit... La logique, la critique , taille, sculpte impitoyablement dans ce qui lui semble un bloc ;. dur statuaire dont le fer mord dans la matière trop tendre, chaque coup abat des pans entiers^ . . Âh ! que le voilà déjà maigre , mutilé ! La noble ampleur de sa nature, où est-elle maintenant?... Le pis, c'est que, sous l'influence d'une éducation si rude, il ne sera pas seulement faible et stérile, mais deviendra vulgaire.

Quand nous regrettons notre enfance, ce n'est pas tant la vie> les ann^s qui alors étaient devant nous, c'est notre noblesse que nous regrettons. Nous avions alors en effet cette naïve dignité de

choses qui nous sont propres, que nous n'examinons plus, et alors, obscurcie de nouveau, faire partie de nos instincts.

Page 1