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ENSEIGNEMENT SUBTIL, ÉDUCATION CRUELLE

Le moyen âge est pour lui un terrible pédagogue ; il lui propose le symbole le plus compliqué qu'on ait enseigné jamais, le plus inaccessible aux simples. Cette leçon subtile que l'Empire romain, dans sa plus haute sagesse, avait eu peine à entendre, il faut que l'enfant des Barbares, le fils du serf rustique, perdu dans les bois, la retienne et la comprenne. Il la retient, la répète; pour la comprendre, cette épineuse formule, byzantine et scolastique, c'est ce que la férule, les coups, les fouets, n'obtiendront jamais de lui.

L'Ëglise, démocratique par son principe d'élection, fut éminemment aristocratique par la difficulté de son enseignement et le très-petit nombre d'hommes <jui y purent vraiment atteindre. Elle damna l'instinct naturel comme pervers et gâté d'avance, et fit de la science, de la métaphysique, d'une formule très-abstraite, la condition du sainte

1 Si Ton répond que les esprits non cultivés (ce quij pour ce tempi" là, veut dire iout le monde, on A peu prés) étaient dispensés de comprendre, il faudra avouer qu'une si terrible énigme imposait, sous peine de damnation, Tabdlcalion générale de Tintelligence humaine entre les mains TIe quelques doctes qui croyaient en savoir le mot. Voyer. aussi le résultat. L'énigme une fois posée, une fois entourée de ses commentaires, non moins obscurs, le genre humain se tait, il reste en face muet et stérile. Dans une période immense, aussi longue que toute la période brillaDle de raniiquité, du cioqaiéme au onzième

L'AMOUK ET LIMJMANITÉ; RÉCLAMENT. i77

Tous les mystères des religions d'Asie, toutes les subtilités des écoles occidentales, en un mot, tout ce que le monde contient de difficultés d'Orient et d'Occident, tout cela, pressé, entassé dans une même formule ! < Eh bien ! oui, nous dit l'Église, c'est le monde tout entier dans une prodigieuse coupe. Buvez-la au nom de l'amour! » Et elle apporte ici, à l'appui de la doctrine, l'histoire, la touchante légende ; c'est le miel au bord du vase...

< Quoi qu'il contienne, je boirai, si vraiment l'amour est au fond. * Telle fut la réponse du genre humain. Ce fut là la vraie difficulté, l'objection, et c'est l'amour qui la fit, non la haine, la superbe humaine, comme on le répète toujours.

Le moyen âge avait promis l'amour et ne l'avait pas donné. Il avait dit : < Aimez , aimez ^ ! » mais

siècle, il hasarde à peine quelques prières, quelques légendes enfan- Unes, et encore ce mouvement est-il arrêté par la défense expresse des conciles carlovingiens.

1 Non-seulement, il avait dit, mais il avait voulu sincèrement. Cette touchante aspiration à Tamour est ce qui a fait le génie du Moyen âge, et ce qui lui assure notre sympathie étemelle. Je n'efface pas un mot de ce que J*en ai dit au second volume de Vttiêtoiré de France, Sen* lement, j'ai donné là son élan, son idéal ; aujourd'hui, dans un livre d'intérêt pratique, Je ne puis donner que le réel, les résultats. ~ J'ai exprimé (à la fin du même volume, imprimé en 1855), l'impuissance de ce système, et l'espoir qu'il échappera à sa ruine , et parviendra à

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