‹ Le peupleChapitre 136 sur 188 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

L*ainitlé.

C'est une grande gloire pour nos vieilles communes de France , d'avoir trouvé les premières le vrai nom de la patrie. Dans leur simplicité pleine de sens et de profondeur, elles rappelaient V Amitié K

La patrie c'est bien en effet la grande amitié qui contient toutes les autres. J'aime la France, parce qu'elle est la France > et aussi parce que

^ La patrie n*étaU encore que dans la commane. On disait VamiM de Lille, Vamitié d*Âire, etc. Voir Michelet, Histoire de France, V, 515.

224 LA GRANDE ÂMITlÊ OU PATIIIE.

c'est le pays de c^ux que j'aime et que j'ai aimés.

La patrie, la grande amitié, où sont tous nos attachements, nous est d'abord révélée par eux; puis, à son tour, elle les généralise, les étend, les ennoblit. L'ami devient tout un peuple. Nos amitiés individueUès sont comme des premiers degrés de cette grande initiation , des stations par où l'âme passe, et peu à peu monte , pour se connaître et s'aimer dans cette âme meilleure , plus désintéressée, plus haute, qu'on appelle la Patrie.

Je dis désintéressée, parce que là où elle est forte, elle fait que nous nous aimons, malgré l'opposition des intérêts, la différence des condi* tiens, malgré l'inégalité. Pauvres, riches, grands et petits, elle nous enlève tous au-dessus de toutes nos misères d'envie. C'est vraiment la grande amitié, parce qu'elle rend héroïque. Ceux qui se sont liés en elle, sont solidement liés; leur attachement durera tout autant que la Patrie. Que dis-je? Elle n'est nulle part plus indestructible que dans leurs âmes immortelles. Elle finirait dans le monde et dans l'histoire, eHe s'abîmerait au sein du globe, qu'elle survivrait comme Amitié.

Il semble, à entendre nos philosophes, que

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