L*HOMME NAIT AMI DE L*HOMME. 22S
rhomme est un être tellement insociable» qu'à grand'peine^ par tous les efforts de Tart et de la méditation, pourront-ils inventer la machine ingénieuse, qui rapprocherait l'homme de l'homme. Et moi, pour peu que j'observe, à sa naissance même, je le vois déjà sociable. Avant d'avoir les yeux ouverts, il aime la société; il pleure, dès qu'il est laissé seul... Comment s'en étonneraiton? au jour qu'on dit le premier, il quitte une société déjà bien ancienne, et si douce ! Il a commencé par elle ; vieux de neuf mois, il lui faut divorcer, entrer dans la soUtude, chercher à tâtons s'il pourra rétrouver une ombre de la chère union qu'il avait, qu'il a perdue.
Il aime sa nourrice et sa mère, et les distingue peu de lui-*-mème. . . Mais quel est son ravissement, quand il voit pour la première fois un autre, un enfant de son âge, qui est lui, qui n'est pas lui! Â peine, retrouvera-t-il quelque chose de ce moment dans les plus vives joies de l'amour. La famille, la nourrice, la mère même pour quelque temps, tout cède devant le camarade, il a fait tout oublier.
C'est là qu'il faut voir combien l'inégalité, cette pierre d'achoppement des politiques, embarrasse
peu la nature. Elle s'amuse au contraire, dans