NÉCESSAIRES L'UN A L'AUTRE
cette âme captive dans son rapport avec le monde, la changer? non; mais Taider à être elle-même, écarter l'obstacle qui Tempêchait de déployer ses ailes.
Tout cela deviendrait facile, si chacun des deux comprenait qu'il ne trouvera qu'en l'autre son aflSranchissement. L'homme de science et de culture, aujourd'hui serf des abstractions, des formules, ne reprendra sa liberté qu'au contact de l'homme d'instinct. Sa jeunesse et sa vie qu'il croit renouveler dans de lointains voyages, elle est là, près de lui, dans ce qui est la jeunesse sociale, je veux dire dans le peuple. Celui-ci, d'autre part, pour qui l'ignorance et l'isolement sont comme une prison, il étendra son hcnrizoo , retrouvera l'air libre, s'il accepte la communication de la science, si, au lieu de la dénigrer par envie, il y respecte l'accumulation des travaux de l'humanité, tout l'effort de l'homme antérieur.
Cette assistance, cette culture mutuelle, forte et sérieuse, qu'ils trouveront l'un dans l'autre, elle suppose, je l'avoue, dans tous les deux une magnanimité véritable ; nous les appelons à l'héroïsme. Quel appel plus digne de l'homme?...
plus naturel aussi, dès qu'il revient à hii et se relève, avec la grâce de Dieu.
CÛNGUinŒNCES, ENVIES. 235
L'héroïsme du pauvre, c'est d'immoler l'envie, c'est d'être lui-même assez haut au-dessus de sa pauvreté, pour ne pas même vouloir s'informer si la richesse est gagnée bien ou mal. L'héroïsme du riche, c'est, tout en connsûssant le droit du pauvre, de l'aimer et d'aller à lui.
€ Héroïsme?... N'est-ce pas là le plus simple devoir ? > Sans doute , mais c'est justement parce qu'il y a devoir, qa% le cœur se resserre. Triste infirmité de notre nature; nous n'aimons guère que celui à qui nous ne devons rien, l'être abandonné, désarmé, qui n'allègue nul droit contre nous.
Il faut des deux côtés que le cœur s'élargisse. On a pris la démocratie par le droit et le devoir, par la Loi, et l'on n'a eu que la loi morte. .. Ah ! reprenons-la par la Grâce.
Vous dites ; « Que nous importe? nous ferons de si sages lois, si artificieusement dressées et combinées, qu'on n'aura que faire de s'aimer... > Pour vouloir de sages lois, pour les suivre, il faut aimer d'abord.
c Comment aimer? Ne voyez^vous les insur* montables barrières que l'intérêt élève entre nous? Dans la concurrence accablante où nous, nous débattons, pouvons-nous bien êtreassez simples pour