ASSOCIATIONS FROHAGÈRES DU JURA
tout que la mise et le profit. Chacun apporte son lait au fromage commun, et partage proportionnellement dans la vente. Cette économie collective n'exige aucun rapprochement moral, elle met Tégoïsme à Taise, et peut se concilier avec toute la sécheresse de l'individualisme. Elle ne me semble pas mériter le beau nom d'association.
Celle des pêcheurs de Normandie le mérite éminemment; elle est morale et sociale tout autant qu'économique. Qu'est^-ce au fond? une jeune fille sérieuse, honnête, qui, de son travail, de ses veilles, de sa petite épargne, commandite les jeunes gens, met sur leur barque sa fortune, avant d'y mettre son cœur ; elle a droit de connaître , de choisir, d'aimer le pêcheur habile, heureux* Voilà une association vraiment digne de ce nom; loin d'éloigner de l'association naturelle de la famille, elle en prépare le lien, — et par là, elle profite à la grande association, à celle de la patrie.
Ici, mon cœur m'échappe, et ma plume s'arrête... Je dois avouer que la patrie, la famille, y profiteront peu maintenant. Les associations du filet n'existeront bientôt plus que dans l'histoire;
d'argent et de Jonimmees, ont mis rintérét sons \èan pieds, et frappé covrageasenent le Baal de It Boofse... le Baal 1 non, le Holoch, l'idole qui dévorait des hommes.
t48 PLUS B'ASSOGlATiONS EN FRANGE,
elles sont déjà remplacées, sur plusieurs points de la côte, par ce qui remplace tout... par la banque et par l'usure.
Grande race des marins normands, qui la première trouva TAmérique , fonda les comptoirs d'Afrique, conquit les deux Siciles, l'Angleterre ! ne vous retrouverai-je donc plus que dans la tapisserie de Bayeux?... Qui n'a le cœur percé, en passant des falaises aux dunes, de nos côtes si languissantes à celles d'en face qui sont si vivantes, de Tinertie de Cherbourg ^ à la brûlante et terrible activité dePortsmouth?... Que m'importe que le Havre s'emplisse de vaisseaux américains, d'un commerce de transit, qui se fait par la France^ sans la France, parfois contre elle ?
Pesante malédiction ! punition vraiment sévère de notre insociabilité ! Nos économistes déclarent qu'il n'y a rien à faire pour la libre association. Nos académies en effacent le nom de leurs concours. Ce nom est celui d'un délit, prévu par nos lois pénales... Une seule association reste permise, l'intimité croissante entre Saint-Cloud et Windsor. •
^ Ineriie miritine ; mais les maçoos ne manquent point, pas pins qu'aillenrs. Un ingénleor met ,ane louable activité à terminer la
digne.
âSSOCUTIONS agricoles qui se DlSSOLVËiNT. 2|9
Le commerce a formé quelques sociétés^ mais de guerre, pour absorber le petit commerce, détruire les petits marchands. Il a nui beaucoup, gagné peu. Les grosses maisons de commandite qui s'étaient créées dans cet espoir, ont peu réussi. Elles ne sont pas en progrès; dès qu^il s'en forme une nouvelle, les autres souffi^nt et languissent. Plusieurs sont déjà tombées, et celles qui subsistent ne tendent point à s'accroître.
Dans les campagnes, je vois nos très-anciennes communautés agricoles du Morvan, de Berri, de Picardie, qui peu à peu se dissolvent et demandent séparation aux tribunaux. Elles avaient duré des siècles ; plusieurs avaient prospéré. Ces couvents de laboureurs mariés qui réunissaient ensemble une vingtaine de familles, parentes entre elles, sous un même toit, sous la direction d'un chef qu'elles élisaient, avaient pourtant sans aucun doute de grands avantages économiques*.
Si, de ces paysans, je passe aux esprits les plus cultivés, je ne vois guère d'esprit d'association dans
1 Mais vraUemblAblement elles gênaient trop les deux sentiments qui caractérisent notre époque, l*amour de la propriété personnelle, et celui de U famille. Lire une trés-cnrieuse brochure de M. Duptn aîné : Sxeursûm dam la Nièvre^ 1840. V. aussi mes Origines d» droite sur la eoUaboraiiOf les parumniert, le ehanleau, vivre à un pain et un potf etc.
^ LÀ riUNGE EST-ELLE MOINS SOCIilBLET
la littérature. Les hommes les plus naturellement rapprochés par les lumières, pasire^time et Tadmiration mutuelle, n'en vivent pas moins isolés. La parenté du génie même sert peu pour rapprocher les cœurs. Je connais ici quatre ou cinq hoQimas qui sont certainement l'aristocratie du genre humsiin , qui n'ont de pairs et de Juges qu'entre eux. Ces hommes qui vivront toujours, s'ils avaient été séparés par les siècles , auraient regretté amèrement de ne point s'être çpnnus. Us vivent dans le même temps, dans la m^\ne ville, porte, à porte , et ils ne se voient point.
Dans un de mes pèlerinages à Lyon, je visitai quelques tisseurs, et à mon ordinaire, je m'informai des maux, des remèdes. Je leur demandai surtout s'ils ne pourraient, quelle que fût leur divergence d'opinions, s'associer dans certaines choses matérielles, économiques. L'un d'eux, homme plein de aebs^ et d'une haute moralité , qui sentait bien tout pe-que j'apportais dans ces recherches de cœur et de bonne intention, me laissa pousser mon enquête plus loin que je n'avais fait encore. € Le mal, disait41 d'abord, c'est la partialité du gouvernement pour les fabricants. — Et après? — Leur monopole, leur tyrannie, leur exigence... —