LE FRANÇAIS A BEAUCOUP D'INDIVIDUALITÉ, ET NE SE
Révolution, par la guerre. Un tel homme à coup sûr est difficile à conduire , difficile à associer. Pourquoi? précisément parce que, comme individu, il a beaucoup de valeur.
Vous faites des hommes de fer dans votre guerre d'Afrique, une guerre très-individuelle qui oblige sans cesse l'homme à ne compter que sur soi; nul doute que vous n'ayez raison de les vouloir et former tels , à la veille des crises qu'il nous faut attendre en Europe. Mais aussi, ne vous étonnez pas trop, si ces lions, à peine revenus, gardent, tout en se soumettant au frein des lois, quelque chose de Findépendance sauvage.
Ces hommes , je vous en préviens, ne se prendront à l'association que par le cœur, par l'amitià Ne croyez pas que vous les attellerez à une société négative où l'âme ne sera pour rien, qu'ils vivront ensemble, sans s'aimer, par économie et par douceur naturelle, comme font, par exemple à Zurich, les ouvriers allemands. La société coopérative des Anglais, qui s'unissent parfaitement pour telle affaire spéciale, tout en se haïssant, se contrecarrant dans telle autre où leurs intérêts difiFerent^ çUe ne convient pas davantage à nos Français. Il faut une société d'amis à la France ; c'«st son désavantage industriel, mais sa supériorité sociale, de
CONTENTE PAS D'UNE SOCIÉTÉ NtGÀTfVB, COOPÉRATIVE.^^
n'en pas comporter d'autres. L'union ne se fait ici ni par mollesse de caractère et communauté d'habitudes^ ni par âpreté de chasseurs qui se mettent, comme les loups, en bande pour une proie. Ici, la seule union possible^ c'est l'union des esprits.
Il n'est guère de forme d'association qui ne soit excellente, si cette condition existe. La question dominante, chez ce peuple sympathique, est celle des personnes et des dispositions morales. < Les associés s'aiment^ils? se conviennent-ils? » voilà ce qu'il faut toujours se demander en premier lieu^ .
1 Dans Tassociation, la forme est importante sans doute, mais elle ne vient qn'en seconde ligne. Rétablir les anciennes formes , les cofporiUioM 9, les tyrannies indostriçUes , reprendre les entraves ponr mieux marcher, défaire Tœuvre de la Révolution, détruire à la légère ce qu*on a demandé pendant tant de siècles, cela me paraît insensé. — D*autre part, imaginer que TÉtat qui fait si peu ce qui est de son ressort naturel, pourrait remplir la fonction de fabricant, de marchand universel, qu'est-ce autre chose que te remettre de toute chose au fakotiimnaire ; ce fonctionnaire est-ce an ange? investi de cet étrange pouvoir, sera-t41 moins corrompu que le fabricant on le marchatid? Ce qui est sûr, c'est qu'il n'aura nullement leur activité. — Quant à la communauté^ trois mots suffisent. La communauté naturelle est un état très-antiqne, très-barbare, très-improductif. La communauté oolontaire est un élan passager, un mouvement héroïque qui signale une foi nouvelle, et qui retombe bientôt. La communauté forcée y imposée par la violence, est une chose impossible à une époque où la propriété est infiniment divisée, nulle part plus impossible qu'en France. — Pour revenir aux fonnes possibles d'association, Je erols qu'elles doivent