CHAPITRE IV. 1 V 1 S
La Patrio. Les nationalités vonl-eUe» disparaître?
Les antipathies nationales ont diminué, le droit des gens s'est adouci, nous sommes entrés dans une ère de bienveillance et de fraternité , Si l'on veut comparel» ce temps aul temps haineux du moyen âge. Les nations se sont déjà quelque peu mêlées d'întérêtè, ont copié mutuellement leurs modes, leurs littératures. Est-ce à dite pour cela que les nationalités s'affaiblissent? Examinons bien.
Ce qui s'est affaibli bien certainement, c'est, dans chaque nation , la dissidence intérieure. Nos provincialités françaises s'effacent rapidement. L'Ecosse et le Pavs de Galles se sont rattachées à l'unité Britannique. L'Allemagne cherche la
LE8PR0VINGIALITÉSDISPÀRUESAU PROFIT DE LA NAnONALITÉ 259
sienne, et se croit prête à lui sacrifier une foule d'intérêts divergents qui la divisaient Jusqu'ici.
Ce sacrifice des diverses nationalités intérieures à la grande nationalité qui les contient, fortifie celle-ci, sans nul doute. Elle efface peut-être le détail saillant, pittoresque, qui caractérisait un peuple aux yeux de Tobservateur superficiel ; mais elle fortifie son génie , et lui permet de le manifester. C'est au moment oii la France a supprimé dans son èein toutes les Frances divergentes, qu'elle a donné sa haute et originale révélation. Elle s'est trouvée elle-même, et, tout en proclamant le futur droit comiïiun du monde, elle s'est distinguée du monde plus qu'elle n'avait fait jamais.
On peut en dire autant de l'Angleterre; avec ses machines, ses vaisseaux, ses quinze millions d'ouvriers, elle diffère aujourd'hui de toutes les nations bien plus qu'au temps d'Elisabeth. L'Allemagne qui se cherchait à tâtons aux dix-septième et dix-huitième siècles, s'est enfin découverte en Goethe, Schelling et Beethoven ; c'est depuis lors seulement qu'elle a pu sérieusement aspirer à l'unité.
Loin que les nationalités s'effacent, je les vois
260 m VA SE FORTIFIANT.
chaque Jour se caractériser moralement, et, de collections d'hommes qu'elles étaient, devenir des personnes. C'est le progrès naturel de la vie. Chaque homme, en commençant, sent confusément son génie ; il semble.dans le premier âge que ce soit un homme quelconque ; en avançant, il s'approfondit lui-même , et va se caractérisant au dehors par ses actes, par ses œuvres; il devient peu à peu tel homme, sort de classe, et mérite un nom.
Pour croire que les nationalités vont disparaître bientôt, je ne connais que deux moyens : 1** ignorer l'histoire, la savoir par formules creuses, conune les philosophes qui ne l'étudient jamais, ou encore par lieux communs littéraires, pour en causer, comme les femmes. Ceux qui la savent ainsi, la voient dans le passé comme un petit point obscur, qu'on peut biffer, si l'on veut. — 2* Ce n'est pas tout; il faut encore ignorer la nature autant que l'histoire, oublier que les caractères nationaux ne dérivent nullement de nos ce^rices, mais sont profondément fondés dans l'influence du climat, de l'alimentation , des productions naturelles d'un pays, qu'ils se modifient quelque peu, mais ne s'effacent jamais. — Ceux qui ne sont ainsi liés ni par la physiologie ni par l'his-