‹ Le peupleChapitre 25 sur 188 · IL EMPRUNTE · texte numérisé non relu

IL EMPRUNTE

assis sur une borne, le commissionnaire savoyard? i\ rêve au petit champ de seigle, au maigre pâturage qu'au retour il achètera dans sa montagne. Il faut dix ans! n'importe*... L'Alsacien, pour avoir de la terre dans sept ans, vend sa vie, va irieurir en Afrique*. Pour avoir quelques pieds de vigne, la femme de Bourgogne ôte son sein de là bouche de son enfant, met à la place un enfant étranger, sèvre le sien, trop jeune : < Tu vivras, dit le père, ou tu mourras, mon fils; mais si tu vis, tu auras de la terre ! >

N'est-ce pas là une chose bien dure à dire, et presque impie?.,. Songeons-y bien avant de décider. « Tu auras de la terre, i cela veut dire : < Tu ne seras point un mercenaire qu'on prend et qu'on renvoie demain; tu ne seras point serf pour ta nourriture quotidienne, tu seras libre!... > Libre ! grande parole, qui contient en effet toute dignité humaine : nulle vertu sans la liberté.

Les poètes ont parlé souvent des attractions de l'eau, de ces dangereuses £siscinations qui attiraient le pêcheur imprudent. Plus dangereuse, s'il se peut, est l'attraction de la terre. Grande ou petite,

1 LéMi FMoher, La eoloaie des Savoyards A Paris, Revue des Deux*) Muttées,' tor. 1884, IV, 348.

9 Voir plus bas, p. S5, iiq(9« '^

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