‹ Le peupleChapitre 27 sur 188 · U IL SUCCOMBE · texte numérisé non relu

U IL SUCCOMBE

du marché, et qui la même nuit, allait (comme on en trouve encore) dormir avec ses sœurs au fond d'un pot, enterré dans la cave.

Celui d'aujourd'hui n'est plus cet homme-*là; il a le cœur plus haut, il a été soldat. Les grandes choses qu'il a faites en ce siècle l'ont habitué à croire sans difficulté l'impossible. Cette acquî** sition de terre, pour lui, c'est un combat; il y va comme à la charge, il ne reculera pas* C'est sa bataille d'Âusterlitz ; il la gagnera, il y aura du mal, il le sait, il en a vu bien d'autres som V Ancien.

S'il a combattu d'un grand cœur, quand il n'y avait à gagner que des bsdles, croyez-vous qu'il y aille mollement ici, dans ce combat contre la terre? Suivez-le avant jour, vous trouverez votre homme au travail, lui, les siens, sa femme qui vient d'accoucher, qui se traîne sur la terre humide. Â midi, lorsque les rocs se fendent, Iprsque le planteur fait reposer son nègre, le nègre volontaire ne se repose pas,.. Voyez sa nourriture, et comparez-la à celle de l'ouvrier ; ce^i-ci a mieux tous les jours que le paysan le dimanche.

Cet homme héroïque a cru, par la grandeur de sa volonté, pouvoir tout, jusqu'à supprimer le temps. Mais ici ce n'est p^is comme en guerre; le Hmp^.ne se supprime pas; il pèse> la lutte dure

SON IRBITATION. 15

et se probnge eDtre l'usure que le temps accumule, et la force de Thomme qui baisse. La terre lui rapporte deux, l'usure demande huit, c'est-àdire que l'usure combat contre lui comme quatre hommes contre un. Chaque année d'intérêt enlève quatre années de travail.

Étonnez-vous maintenant si ce Français, ce rieur, ce chanteur d'autrefois, ne rit plu? au-, jourd'hui ! Étonnez-vous, si, le rencontrant sur cette terre qui le dévore, vous le trouvez si sombre... Vous passez, vous le saluez cordialement; il ne veut pas vous voir, il enfonce son chapeau. Ne lui demandez pas le chemin; il pourrait bien, s'il vous répond, vous faire tourner le dos au lieu oh vous allez.

Âin$i le paysan s'isole, s'aigrit de plus en plus, n a le cœur trop serré pour l'ouvrir à aucun sentiment de bienveillance. Il hait le riche , il hait son voisin, et le monde. Seul, dans cette misérable propriété, comme dans une île déserte, il devient un sauvage. Son insociabilité , née du sentiment de sa misère, la rend irrémédiable ; elle l'empêche de s'entendre avec ceux qui devraient être ses aidas et amis naturels^, les autres paysans ; il mourrait plutôt que de faire un pas vers eux. D'autre

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