‹ Le peupleChapitre 35 sur 188 · ÉBUGRE DANS LA VILLE · texte numérisé non relu

ÉBUGRE DANS LA VILLE

plaintes de l'ouvrier, par les peintures terribles qu'on lui fait de sa situation. Il ne comprend pas» lui qui gagne un franc ou deux, qu'avec des salaires de trois, quatre ou cinq francs, on puisse être misérable, c Mais les variations du travsdl? les chômages? > Qu'importe? Il économisait sur ses faibles journées, combien plus aisément sur un si gros salsdre il épargnera pour: le mauvais temps !

Même en mettant le gain à part, la yïe est plus douce à la ville. On y travaille généralement à couvert ; cela seul, d'avoir un toit sur la tête, semble une grande amélioration ; Sans parler de la chaleur, le froid dans nos climats est une souflôrance, pour ceux même qui y semblent le plus h^itués. J'ai passé pour ma part bien des hivers sans feu^ sans être moins sensible au froid. Quand la gelée cessait, j'éprouvais un bonheur auquel peu de jouissances sont comparables. Au printemps, c'était un ravissement. Ces changements de saisons, » indifférents pour les riches, font le fond de la vie du pauvre, ses vrais événements.

Le paysan gagne encore en entrant à la ville, sous le rapport de la nourriture; elle est, sinon plus saine, au moins plus savoureuse. H n'est pas rare, dans lès premiers mois du séjour, de le voir

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engraisser. En récompense, son teint diange, et ce n'est pas en bien. C'est qu'il a perdu, danô sa transplantation, une chose très-vitale, et mêipe nutritive, qui seule explique comment les travailleurs de la pampagne restent forts avec des alinients très-peu réparateurs ; cette chose, c'est l'air libre, l'air pur, rafraîchi sans cesse, renouvelé des parfums végétaux. L'air des villes est-il aussi malsain qu'on le dit, je ne le crois pas ; mais il l'est à coup sûr dan^ les misérables logis oii s'eataséent la nuit un si ^and nombre de pauvres ouvriers, entre les fdles elles voleurs.

Le paysan n'a pas^compté cela. U n'a pas compté davantage qu'en gagnant plus d'argent à la ville, il perdait son trésor, i— la sobriété, l'épargne, l'avarice, s'il faut trancher le mot. Il est facile d'épargner, loin des tentations de dépense, lorsqu'un seul plaisir se présente, celui d'épargner. Mais combien est-ce dilBctle, quelle force faut-il, quelle domination de soi^^-même, pour tenir l'argent captif et la poche sœllée, quand tout sollicite à l'ouvrir! Ajoutez que la Caisse d'épargne qui garde un argent invisible, ne donne nijdlement les émotions du trésor que le paysan enteir^ et déterre avec tant de plaisir, de mystère et de peur ; encore moins, y a-^t-il là le charme d'une jolie pièce de

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