‹ Le peupleChapitre 37 sur 188 · U INFLUENCE DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

U INFLUENCE DÉMOCRATIQUE

ment. On vit alors quel ûnmeiHie et puissant consommateur est le peuple, quand il s'en mêle. Les magasins âœent vidés d'un coup. Les machines se remirent à travailler avec furie; les cheminées filmèrent... Ce fiit une révolution en France, peu remarquée, mais grande ; révolution dans la pro*preté, embellissement subit dans le ménage pau-* vre; linge de corps, linge de lit, de table, de fenêtres : des classes entières en eur^t, qui n'en avaient pas eu depuis l'origine du monde.

On le comprend assez, sans autre exemple : la machine, qui semble une force tout aristocratique par la centralisation de capitaux qu'elle suppose, n'en est pas moins, par le bon marché et la vulgarisation de ses produits, un très-puissant agent du progrès démocratique; elle met à \^ portée des plus pauvres une foule d'objets d'utilité, de luxe même et d'art, dont ils ne pouvaient approcher. La laine, grâceà Dieu, a desc^du partout au peuple , ^t le réchauffe. La soie commence à le parer. Mais la grande et capitale révolution a été l'indienne. Il a fellu l'effort combiné de la science et de l'art pour forcer un tissu rebelle , ingrat, le coton, à subir chaque jour tant de transformations brillantes, puis transformé ainsi, le répandre partout, le mettre à la portée des pauvres. Toute

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femme partait jadis une robe bleue ou noire qu'elle gardait dix ans sans la laver, de peur qu'elle ne s'en allât en lambeaux. Aujourd'hui, son mari, pauvre ouvrier , au prix d'une journée de travail , la couvre d'un vêtement de fleurs. Tout ce peuple de femmes qui présente sur nos promenades une éblouissante iris de mille couleurs, naguère était en deuil.

Ces changements qu'on croit fiitiles, ont une portée immense. Ce ne sont pas là de simples améliorations matérielles, c'est un progrès du peuple daûs l'extérieur et l'apparence, sur lesquels les hommes se jugent entre eux; c'est, pour ainsi parler, Yégalité visible, D s'élève parla à des idées nouvelles qu'autrement il n'atteignait pas ; la mode et le goût sont pour lui une initiation dans l'art. Ajoutez, chose plus grave encore, que l'habit impose à celui même qui le porte ; il veut en être digne, et s'eflforce d'y répondre par sa tenue morale.

n ne faut pas moins, en vérité, que ce progrès de tous, l'avantage évident des masses, pour nous faire accepter la dure condition dont il faut l'acheter, celle d'avoir, au milieu d'un peuple d'hommes, un misérable petit peuple d'hommes-machines qui vivent à moitié, qui produisent dés choses merveilleuses, et qui ne se reproduisent pas eux*

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mémes^ qui n'engendrent que pour h mort» et ne se perpétuent qu'en absorbant sans cesse d'autres populations qui se perdent là pour toujours.

Avoir, dans les machines, créé des créateurs, de puissants ouvriers qui poursuivent invariablement l'œuvre qui leur fut imposée une fois, certes, c'est une grande tentation d'orgueil. Mais à côté, quelle humiliation, de voir en face de la machine, l'homme tombé si bas! . . La tète tourne, etleoœur se serre, quand, pour la première fois, on parcourt ces maisons fées, où le fer et le cuivre éblouissants, polis, semblent aller d'eux-mêmes, ont l'air de penser, de vouloir, tandis que l'homme faible et pâle est l'humble serviteur de ces géants d'ader. c Regardez, me disait un manufacturier, cette ingénieuse et puissante machine qui. prend d'affreux chiffons et, les £ûsant passer, sans se tromper jamais, par les transformations les plus compliquées, les rend en tissus aussi beaux que les plus belles soies de Vérone ! » J'admirais tristement; il m'était impossible de ne pas voir en même temps ces pitoyables visages d'hommes, ces jeunes filles fanées, ces enfants tortus ou bouffis. Beaucoup de gens sensibles, pour ne pas trop souffrir de leur compassion, la font taire, en disant • bien vile que cette population n'a une si triste

QUI tiamm des magbuibs. m

appflffenee que parce qu'elle est mauvaiie^ gâtée, fonciër^QBeut corpompué. Us la jugent ordinairement sur le,m(»nent où elle est le plus choquante à voir» aur Vaspect qu'elle présente à la sortie de la manufacture, brsque la cloche la. jette tout à coup dans la rue. Cette sortie est toujours bruyantip. Les hommes parient très-haut, vous diriez qu'ils disputât; 1^ filles s'appeQent d'une voix criarde ou rarouée ; les enfants se battent et jcsttent des pierres, ils s'agitent avec violence. Ce spectacle n'est pas beau à voir^;^ le passant se détourne; la dame a peur,, die croit qu'une émeute commence, et prend une autre ri^.

Il ne faut pas se délayraer. Il &ut eirt^er dsms la maiHifacture» quand elle est «i travaU, et l'on comprend cpie. ce ^lefice, cette captivité pendant de longues heures, commandeait, à la sortie, pour le rétabtissement de l'équiUbre vitd, le bruit, les cris, le mouvement. Cela est vrai surtout pour les grands ateliers de filage et tissage, véritable en(&r de l'ennui. Toujours, toujours, toujours, c'est le mot invariable que tomie à votre oreille le roulement automatique dont tremblent les planchers. Jamais l'on ne s'y habitue. Au bout de vingt ans^ emnme au premier jour, l'ennui, Tétourdissement sont les mêmes> et l'afiadissement. Le cœur bat-il

dans cette foule? bien peu, son acttoti est i^ôminé suspendue; il seihble> pendant ees longes heures, qu'un autre oœur, commun à tmis^ ait pris la place^ cœur métallique, indifférent, impitoyable^ et que ce grand bruit assourdissant dans sa régularité, n'en soit que le battement.

Le travail solitaire du tissa^and était bieti moins pénible. Pourquoi? e'est qp^*û pouvait révei". La maèfaiiie ne comporte aucuiie réirerie, nulle distrà^tiin» Voua toudribi un moment ralmilir le mouveitoMt) sauf à le presser plus tattl^ tous m le pourriez pas. L'infatigable chariot aux cent broches est à peine repoussé, qu'il refient à vous. Le iisswand à la main, tîss^ Vite ou tefatehieut bekm qu'il respire ieiltement 4m vite ; il agit comme il vit; le métier se Conforme à l'homme. Là^ au contraire, il faut bien que l'homme se conforme au métier, que l'être de sang et de chsdr où la vie varie sdon les heures, subisse l'invariabihté de cet être d'acier.

Il arrive dans les fravaux manuels qui suivent notre impulsion, c^ue notre pensée intime, s'identifie le travail^ le met à son degré, et que l'instrument inerte à qui l'on donne le mouve^ ment, loin d'être un obstacle au mouvement spirituel en devient l'aide et te compagnon. Les

DB L'OimUtÉ SOLITAtRB. S^

tiMâr^s mystiques du moyen âge ftffeut célèbres sous le nom de Mlûrds, pprbé qu'en eSéU tout en trafvâHsÉif» i\6 Mlaient, chanbdeiit à voix basse, ou du moins en esprit, quelque chant dtf nourrice. Le liiythme de la navrtte, lancée et râ^ menée à temps égatlx, s'assôeiait au rhythme dil cosnr ; le soir, il se trouvait sotivMit qu'Avec! là toile, s'était tinsue, aux mêmes ilombféë^ tm hytene> më complainte.

kûM qtid changent ^oiàr eelAi qui èèt ferdé de quitter le travail dMUMtiique pour eiitrer k là mauufàetul^t QUittef Mil p»»fté 'éfiez â<H\ lés meubleii ventidûlus de la flftiiHe» tant île vit^b choses aimées*, cela eét dur, plus du^ ëneom de renoncer à la libre possession do soff imé. Ceé vastes atefi^rs tout hlmek, tout i^bfe ^ inondés de lumière, blessent Tœil accoutumé aux ombres d^an logis obscur. Là, nuHe obicurité oii la pensée se plonge, nul angle sombre oii fimagiiiatii»! piilsse sœpéndré son rêve ; {loint d'illusion pos« sible , Sous un tel jour y qui «us eei^se avénitdu^ Mment dfe là réalité: Ne nous étonnons pas si nos tiëselrailds dé Roueit^ nos tisserands fknçaifii da

qa'écriTîl Ton d'eax : Noirét, Mémoires d*aa ouvrier RoueniMis , i856« li déel«re qa*ils ne font plm d'apprentis.

40 infORAUTÊ PRBPQIBi PATALB

Londres, ont résilié à cette nécesàté, de tout leur courage» de leur stoiquje.patieiice , aimant mieux jeûner et mourir, mais mourir au foyer. On leis a Vus longtemps lutter du faible bras de Thomme , d'un bras amaigri par la &^m, confire la fécondité Inillante, impitoyable, de ces terribles Brim^ées de l'industrie qui, jour et nuit, poussés^ par la i^^ap^ur, feravâUleat de mille bras à la fcis; à chaque perfectionnement de la machine, son rival infortuné ajoutait à son travafl, diminuait de sa nourriture. Notre eobnie des tkksenmds de Londres s'est étante ainsi peu àpeu. Pauvres gens, si honnêtes» d'une vie si résignée et si innocente,.pour qui Tin-* ^ence et la faim ne dirent jamais une tentation ! Dans leur misérable Spitsdfield, ils oultivaiept les fleurs avec intdUgwoe; Londres mmait à les vi-* siter.

J'ai parlé tout àPheure des tisserands de Flandre au moyen âge, des Lollards,Béghards,.comme on les appelât. L'Église, qui souvent les persécuta comme hérétiques , ne reprocha jamais à ces réyeurs qu'une seule chose : Y amour ; l'amour exalté et subtil pour l'invisible amant, pour Dieu ; ptffois aussi l'amour vulgaire, sous les formes qu'il prend dais les centres populeux de l'industrie, vulgaire, et néanmoins mystique, enseijgnant

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