FALSIFICATIONS
Ce qu'il y a de singulier, c'est que c'est justement par honneur qu'il ment tous les jours, pour faire honneur à ses affaires. Le déshonneur pour lui, ce n'estpas le mensonge, c'est la faillite. Plutôt que de /ixi7/ir, l'honneur commercial le poussera jusqu'au point où la fraude équivaut au vol, où la falsification est l'empoisonnement.
Empoisonnement bénin, à petite dose, je le sais, qui ne tue qu'à la longue. Quand même on voudrait dire qu'ils ne mêlent aux denrées que des substances innocentes^, sans action, inertes, l'homme de travail qui croit y puiser la réparation de ses forces, et qui n'y trouve rien, ne peut plus se refaire, il va se ruinant , s'épuisant , il vit ( pour parler ainsi) sur le capital, sur le fonds de sa vie; elle lui échappera peu à peu.
Ce que je trouve de coupable, dans ce falsificateur qui vend l'ivresse, ce n'estpas seulement d'empoisonner le peuple, c'est de l'avilir. L'homme fatigué du travail , entre confiant dans cette boutique; il l'aime comme sa maison de liberté; eh bien! qu'y trouve-t-il? la honte. Le mélange
1 II a été constaté juridiquemeni que beaacoap de ces sobstances n*étaient nullement innocentes V. le Journal de chimie médicale , les Annales d'Hygiène, et MM. Garnier et Harel, FtUêifUmimi deê iuhiêa enalimenkUrei, 1844.
g2 CONCURRENCE
Spiritueux qu'on lui vend sous le nom de vin, produit, dès qu*il est bu, Teffet qu'une double et triple quantité de vin n'eût pas produit; il s'empare du cerveau, trouble l'esprit, la langue, le mouvement du corps. Ivre et la poche vide, le marchand le jette à la rue. . . Qui n'a le cœur percé, en voyant quelquefois, l'hiver, une pauvre vieille femme, qui a bu le poison pour se réchauffer, et qu'on livre, en cet état, pour jouet à la barbarie des enfants?... Le riche passe, et dit : « Voilà le peuple! >
Tout homme qui peut avoir, ou emprunter, mille francs, commence hardiment le commerce. D'ouvrier, il se fait marchand, c'est-à-dire homme de kisir. Il vivait au cabaret, il ouvre un cabaret, n s'établit, non pas loin des anciens : au contraire, au plus près, pour leur soutirer la pratique ; il se flatte de la douce idée qu'il tuera le voisin. Immédiatement, il a des pratiques en effet, tous ceux qui doivent à l'autre et qui ne paieront pas. Au bout de quelques mois, ce nouveau est devenu ancien ; d'autres sont venus tout autour. 11^ languit, il périt; il a perdu l'argent, mais de plus, ce qui valait mieux, l'habitude du travail... Grande joie parmi les survivants, qui peu à peu finissent de même. D'autres viennent, il n'y paraît