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MISERE DE QUELQUES FONGTIONNAIHES. 9S

Un garçoia boulanger à Paris * gagne plus que deux douaniers, plus qu'un lieutenant d'infanterie, plus que tel magistrat, plus que la plupart des professeurs; il gagne autant çwe six maîtres d'école !

Honte! infamie!... Le peuple qui paye le moins ceux qui instruisent le peuple (cachons-nous, pour Tavouer), c'est la France.

LaFranced'aujourd'hui. — Au contraire, la vraie France, celle de la Révolution, déclara que renseignement était un sacerdoce, que le maître d'école était l'égal du prêtre. Elle posa en principe que la première dépense de l'État, c'était l'instruction. Dans sa terrible misère, la Convention voulait donner cinquante-quatre millions à l'instruction primaire*, et elle l'eût fait certainement, si elle eût duré davantage. . .Temps singulier où les hommes se disaient matérialistes, et qui fut en réalité l'apothéose de la pensée, le règne de l'esprit !

Je ne le cache pas ; de toutes les misères de ce temps-ci, il n^y en a pas qui me pèse davantage. L'homme de France le plus méritant, le plus mi-

1 Je veux dire en général Tonvrier de salaire moyen sans chômage d*hiver. V. pins haut, p. 52, note.

s Trois mois après le 9 thermidor (27 brumaire, an III], sar lerap- . port de Lakanal. Voir VExpoté tommaire des travaux de Lakan^f , p. 135.

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sérable*, le plus oublié, c'est le mSître d'école. L'État qui ne sait pas seulenieiit quels sont ses vrais instruments et sa force , qui ne soupçonne pas que son plus puissant levier moral, serait cette classe d'hommes, l'État, dis-je, Tabandonne aux ennemis de l'Étal. Vous dites que les Frères enseignent mieux; je le nié; quand cela serait vrai, que m'importe? le maître d'école, c'est la France ; le Frère, c'est Rome, c'est l'étranger et l'ennemi : lisez plutôt leurs livres; suivez leurs habitudes et leurs relations ; flatteurs pour l'Université, et tout jésuites au cœur.

J'ai parlé ailleurs des servitudes du prêtre ; elles sont grandes , dignes de compassion ; serf de

1 M. Lorain, dans son Tableau de Vinttruetion primaire , ouvrage officiel de la plus haute impoitance, où il résume les rapports des 4^0 inspeelears qui visicôrent en iS53 toutes les écoles^ n*a pas d'expressions assez fortes pour dire Tétat de misère et d'abjeetion où se trouvent nos instituteurs. II déclare (p. 60) qu'il y en a qui gagnent en tout 100 francs, 60 francs, SQfl Encore, àttendeni-ils longtemps I^ paiement, qui souvent ne vient pasi On ne paye pas en argent; chaque famille met de côté ce qu*elle a. de plus mauvais dans sa récolte pour le maître d'école, quand it vient le dimanche mendier à chaque porte ta heeaeê êwr le dos ; il n'est pas bien venu à réclamer son petit lot de pommes de terre, on trouve qu'il fait foitt auic pourceaux y etc. Depuis ces rapporU officiels, on a créé de nouvelles écoles; mais le sort des anciens maîtres n'a pas été amélioré. Espérons que la Chambre des députés accordera cette année l'augmentation de cent francs qui a été demam-" dée envain Taimée dernière.

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