‹ Le peupleChapitre 69 sur 188 · N'A PAS ÉTÉ RAJEUNIE PAR L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

N'A PAS ÉTÉ RAJEUNIE PAR L'INDUSTRIE

lesgens aisés; ily âbeaueoup de bourgeois pauvres^ . Dans nos campagnes, le même hommeestjournalier ici, et là bourgeois, parce qu'il y a du bien. Cela fait, grâce à Dieu, qu'on ne peut opposer rigoureusement la bourgeoisie au peuple, comme font quelques-uns, ce qui n'irait pas à moins qu'à créer deux nations. Nos petits propriétaires ruraux, qu'on les appelle ou non bourgeois, sont le peuple et le cœur du peuple.

Qu'on étende ou qu'on resserre cette dénomination, ce qui importe à observer, c'est que la bourgeoisie qui s'est chargée presque seule d'agir depuis cinquante ans, semble aujourd'hui para-: lysée, incapable d'action. Une classe toute récente semblait devoir la renouveler ; je parle de la classe

^ Si Yoas observez)' avec attention comment le peuple emploie ce mot, vous troQYerez^iiae pour lui il désigne moins la richesse, qu'âne certaine mesure d'indépendance et de loisir, l'absence d'inquiétude pour la nourriture quotidienne. Tel ouvrier qui gagne cinq francs par jour appelle sans difficulté Mon bourgeois le rentier famélique de trois cents francs de rente qui se promène eA habit noir au plein cœur de janvier. — Si la sécurité est l'essence du bourgeois, faudra-t-il y comprendre ceux qui ne savent jamais s*ils sont riches ou pauvres, les commerçants, d^autres encore qui semblent mieux assis, mais qui, pour des achats de charge, ou autrement, sont les serfs du capitaliste? S'ils ne sont pas vraiment bourgeois, ils se rattachent néanmoins à la même classe par Pintérét, la peur, l'idée fixe de la paix à touLprix,

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industrielle, née de 1815, grandie dans les luttes de la Restauration, et qui plus qu'aucune autre, a fait la Révolution de Juillet. Petut-être plus française que la bourgeoisie proprement dite , elle est bourgeoise d'intérêt; elle n'ose bouger. La bourgeoisie ne le veut, ne le peut; elle ^ perdu le mouvement. Un demi-siècle a donc suffi pour la voir sortir du peuple, s'élever par son activité et son énergie, et tout à coup, au milieu de son triomphe, s'affaisser sur elle-même. Il n'y a p^s d'exemple d'un déclin si rapide.

Ce n'est pas nous qui disons cela; c'est elle. Les plus tristes aveux lui échappent sur son déclin et celui de la France qu'elle entraîne.

Un ministre disait, il y a dix Ans, devant plusieurs personnes :. « La France sera la première des puissances secondaires. » Ce mot, qui alors était humble, au point où les choses sont venues depuis, est presque ambitieux. Tellement la descente est rapide!

Aussi rapide au dedans qu'au dehors. Le progrès du mal se marque au découragement de ceux même qui en profitent. Ils ne peuvent guère s'intéresser à un jeu où personne n'espère plus tromper personne. Les acteurs s'ennuyent presque autant que les spectateurs ; pis bâillent avec • • .. -^ • \'^ \ ''' *

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le public, excédés d'eux-mêmes et de sentir qu'ils baissent.

L'un d'eux, homme d'esprit, écrivait il y a quelques années qu'il ne fallait plus de grands hommes, que désormais on saurait s'en passer. Ce mot venait à point. Seulement, s'il le réimprime, il faudra qu'il l'étende et prouve cette fois que les hommes moyens, les talents secondaires, ne sont pas indispensables et qu'on peut s'en passer aussi.

La presse, il y a dix ans, prétendait influer. Elle en est revenue. Elle a senti, pour parler seulement de la littérature, que la bourgeoisie qui lit seule (le peuple ne lit guère), n'avait plus besoin d'art. Donc, elle a pu, sans que personne s'en plaignit, réformer deux choses- coûteuses, l'art et la critique; elle s'est adressée aux improvisateurs, aux romantîiers en commandite, puis, gardant seulement leur nom, aux ouvriers de troisième ordre.

L'affaissement général est moins senti, parce qu'il a lieu d'ensemble; tous descendant, le niveau relatif est le même.

Qui dirait, au peu de bruit qui se fait, que nous ayons été un peuple si bruyant? l'oreille s'y fait peu à peu» la voix aussi. Le diapason change. Tel

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croit crier, et crie tout bas.. Le seul bruit un peu haut, c'est celui de la Bourse. Celui qui l'entend de près, et qui voit cette agitation, croira trop aisément que ce courant trouble profondément le grand marais dormant de la bourgeoisie. Erreur. C'est faire trop de tort, trop d'honneur à la masse bourgeoise que de lui supposer tant d'activité pour les intérêts matériels *. Elle est fort égoïste, il est vrai, mais routinière, inerte. Sauf quelques courts accès, elle s'en tient ordinairement aux premières acquisitions qu'elle craint de compromettre. II est incroyable combien cette classe, en province surtout, se résigne aisément à la médiocrité en toute chose. Elle a peu, elle l'a d'hier ; pourvu qu'elle

1 La France n'a pas l'âme marchande /sauf ses moments anglais (comme celui de Law, et celni-^ci), qai sont des accès rares. Cela se voit snrtoat i la facilité avec laquelle les hommes qui d'abord semblent les plus âpres, s'arrêtent généralement de bonne heure sur le chemin de la fortune. Le Français qui a gagné dans le commerce ou autrement quelques mille livres de rente, se croit riche et ne fait plus rien. L'Anglais, tout au contraire, voit dans la richesse acquise un moyen de s'enrichir ; il persévère Jusqu'à la mort dans le travail. Il reste rivé i sa chaîne, définitivement spécialisé dans son affaire; seulement, il poursuit cette spécialité sur une plus grande échelle. Il n'éprouve pas le besoin du loisir, qui lui permettrait d'arranger sa vie librement.

Aussi, il y a fort peu de riches en France, si vous mettez à part nos capitalistes étrangers. Ce peu de riches seraient presque tous des pauvres en Angleterre. De nos riches, déduisez nombre de gens qui font bonne figure, et dont la fortune est ou engagée, ou incertaine encore, hypothétique.

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