IL FAUT LE PRENDRE DANS SA MASSE
depuis longtemps n'ayant plus de toit ^ reçoit la pluie, le brouillard, et a couvert tous ses tombeaux d'une mousse épaisse , verdâtre. Le souvenir de l'ancienne alliance, si malheureusement perdue , me faisait regretter de ne pouvoir rien lire sur ces tombeaux des vieux amis de la France. Machinalement, j'écartai les mousses d'une de ces pierres, et je lus l'inscription d'un Français qui le premier avait pavé Edimbourg. Ma curiosité excitée me mena vers une autre pierre marquée d'une tête de mort. Cette tombe, tout à fait couchée, était ensevelie elle-même dans un linceul de moisissures. De mes ongles, je grattai, n'ayant nul autre instrument, et je commençai à lire quelque chose d'une inscription latine, quatre mots presque effacés, que je déchiffrai à la longue, des mots d'un sens fort grave, bien propre à faire rêver et qui faisait soupçonner une destinée tragique. Ces mots étaient ceux-ci : « Legibus fidus, non régi-bus, » Fidèle aux lois, non aux rois*
Aujourd'hui encore je creuse... Je voudrais atteindre au fond de la terre. Mais ce n'est pas cette
1 Voici rinscription toute entière, comme je la los, ou crus la lire, car elle était presque effacée sous cette mousse de trois siècles : W, BiÊTUr, Legibui /IdiM, non regihu, Januar. 1588.
ET DANS SA PROFONDEUR. Ul
fois un monument de haine et de guerre civile que je voudrais exhumer... Ce que je veux, c'est au contraire, de trouver, en descendant sous cette terre stérile et froide , les profondeurs où recommence la chaleur sociale , où se garde le trésor de la vie universelle, où se rouvriraient pour tous les sources taries de Tamour.