IL GARDE POURTANT
d^action quels sont leurs écrits? Les yrais produits du génie populaire, ce ne sont pas des livres^ ce sont des actes courageux, des mots spirituels, des paroles chaleureuses, inspirées, comme je les recueille tous les jours dans la rue, sortant d'une bouche vulgaire, de celle qui sémUait le moins faite pour l'inspiration. Cet homme, au reste, qui vous repousse par la vulgarité, ôtéz-lui son vieux vêtement, mettez-lui Tumlorme, le sabre, le fusil, un tambour, un drapeau en aviuit... On ne le re*connaît plus ; c'est un autre homme. Le premier, où est-il? impossible de le retrouver.
La dépression, la dégénération, n'est qu'étérieure. Le fonds subsiste. Cette race a toujours du vin dans le sang ; en ceux même qui semblent lé plus éteints, vous retrouverez une étincelle. Toujours l'énergie militaire, toujours l'insouciance courageuse, grande parade d'esprit indépendant. Cette indépendance qu'ils ne savent où placer (en* trayés, comme ils sont, de toutes parts), ils la met^ tent trop souvent dans les vices, et se vantent d'être pires qu'ils ne sont. Exactement le contraire des Anglais.
Entraves extérieures, vie forte qui réclame au dedans, ce contraste produit beauœup de faux mouvements, une discordance dans les ftctes, les
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paroles, qui choque au premier regard. Elle feit aussi que l'Europe aristocratique se plaît à confondre le peuple de France avec les peuples imagi* natifs et gesticulateurs, comme les Italiens, les Irlandais, Gallois, etc. Ce qui l'en distingue d'une manière très-forte et très-tranchée, c'est que dans ses plus grands écarts, dans ses saillies d'imagination, dans ce qu'on aime à appeler ses accès de Don Quichotisme, il garde le bon sens. Aux moments les plus exaltés, une parole ferme et froide indique que l'hcmime n'a pas perdu terre, qu'il n'est p^ dupe lui-même de son exaltation.
Ceci regarde le caractère français en général. Pour revenir au peuple spécialement, remarquons que l'instinct qui domine chez lui, lui donne pour l'action un avantage immense. La pensée réfléchie n'âffrive à l'action que par tous les intermédiaires de délibération et de discussion ;. elle arrive à travers tant de choses que souvent elle n'arrive pas. Au contraire, la pensée instinctive touche à Vacte, est presque l'acte ; elle est presque en même temps une idée et une action.
Les classes que nous appelons inférieures, et qui suivent de plus près l'instinct, sont par cela même éminemment capables d'action, toujours prêtes à agir. Nous autres, gens cultivés, nous ja-
i5i UUN SENS £i FINESSE DE NOS VIEUX PAYSANS.
sons» nous disputons, nous répandons en paroles ce que nous avons d'énergie. Nous nous énervons par la dispersion de l'esprit, parle vain amusement de courir de livre en livre, ou de les faire battre entre eux. Nous avons de grandes colères sur de petits sujets ; nous trouvons de fortes injures, de grandes menaces d'action. . . Cela dit, nous ne faisons rien, nous n'agissons pas... Nous passons à d'autres disputes.
Eux, ils ne parlent pas tant, ils ne s'enrouent pas à crier, conune font les savants et les vieilles. Mais qu'il vienne une occasion, sans faire bruit, ils en profitent, ils agissent avec vigueur. L'économie des paroles profite à l'énergie des actes.
Cela posé, prenons pour juges, entre ces classes, les hommes héroïques de l'antiquité ou du moyen âge, et demandons-leur lesquels, de ceux qui parlent, ou de ceux qui agissent, constituent l'aristocratie. Ils répondront: < Ceux qui agisc sent, » sans la moindre hésitation.
Si l'on aimait mieux placer la supériorité dans le bon sens et le bon jugement, je ne sais trop dans quelle classe on trouverait un homme plus sensé que le vieux paysan de France. Sans parler de sa finesse en matière d'intérêt, il connaît bien les hommes, il devine la société qu'il n'a pas vue. Il