‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 22 sur 108 · BÉROSE · texte numérisé non relu

BÉROSE

que le dernier nom se doit lire Anodacus, le premier Enédochus, et que Ene a le même sens qu'Ane^ traduit les cinq par : les mystères du travail des digues ^ de la récolte des fruits^ de la pluie, de la géométrie et de l'irrigation. Les sept Annédotes seraient ainsi les sept livres sacrés des Chaldéens, leur Heptateuque.

Bérose, qui dans le premier livre de son histoire exposait la cosmogonie des Chaldéens (P. II, 443), commençait le second par leurs dix premiers rois, qui avaient régné 432,000 ans, depuis l'apparition de l'homme jusqu'au déluge. Movers fait d'eux les dix incarnations des dieux du Zodiaque, les dix avatars de Bélus. Mais d'autres avant nous ont déjà signalé leur conformité avec les dix patriarches séthites, et nous espérons asseoir cette opinion sur des preuves irréfragables. Le nom de chaque roi est en eflFet le synonyme de celui du Séthite correspondant, ou il exprime son caractère distinctif tel que nous le font connaître la Bible et les traditions juives. Nous avons donc ici un document arphacsadite qui le cède de peu en exactitude à celui de la Genèse, et dont la haute antiquité ressort d'une particularité fort remarquable. Plusieurs des noms chaldéens que contient cette page de Bérose commencent par l'article al, qui est at*abe : Al-orus, Al-asparus, Al-roélon, L-aranques ; d'autres par l'article a, ha, qui est chaldéen et hébreu : Amménon, A-mégalarus, A-édorachus, sans doute aussi A-mempsinus. Comment expliquer la présence de l'article arabe dans une liste de rois chaldéens? Dira-t-on que la moitié de cette liste provient des rois arabes qui ont possédé pendant un siècle et demi Babylone avant la conquête des Assyriens (de 1550 à 1300) ? Mais quel motif aurait pu décider le sacerdoce chaldéen à substituer à quelques noms de sa tradition indigène ceux qui étaient en usage chez les étrangers qui avaient renversé

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sofl empire? et si jamais document a porté tous les caractères d'une origine unique, c'est bien celui qui nous occupe. Il nous parait donc probable que ces noms propres, qui commencent par d, remontent au berceau des peuples et des langues sémitiques, à une époque où l'article AL, HAL était commun aux Arabes, qui l'ont seuls conservé, aux Araméens dont l'idiome n'eç offre plus que de faibles traces, et aux Chaldéens et Hébreux, chez qui la lettre finale l s'est perdue, soit en ^'assimilant avec la consonne suivante qui se redouble, soit, quand le mol commence par une voyelle, en la rendant longue. Les Arabes eux-mêmes, tout en écrivant al-sc^eiuesch, prononcent ASGHEMESGH. Ainsi s'expliquerait la présence simultanée dans la dynastie des dix rois, des deux formes AL et A : Al-orus et Am-ménon ; mais cette explication n'est valide que si cette liste chaldéenne est plus ancienne que le chaldéen même et date des siècles qui ont immédiatement suivi la dispersion des peuples.

Le premier roi est Ahrtis, chaldéen de Babylone ; celui^ ajoute Abydène, qtie Dieu avait donné pour pasteur au peuple. Alorus est al or, Vhomme4umière. La lumière est d'un bout de la terre à l'autre le symbole de la vérité, de la pureté et de la joie, et l'on ne pouvait désigaer d'une manière plus frappante l'innocence d'Adam, sa félicité dans le paradis, et les révélations qu'il recevait de Jéhovah-Elohim (P. 11, 9). Adam fut d'ailleurs le premier pasteur, le premier patriarche et prêtre de l'humanité. S'il passe pour chaldéen auprès des Babyloniens, e'est que chaque nation fait sienne Thistoire de l'humanité antédiluvienne.

Le successeur d* Alorus fut son fils Alasparus, Ce nom décide à notre avis la grande question de l'origine de l'écriture. 11 signifie VEcnvain, l'homme aux lettres ou chif-

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fresy AL SAPBERt et le second des dix patriarches pieux, dans la Genèse, est Seth à qui la tradition orale des Juifs attribuait l'invention de Ts^lphabet. Voilà donc cette tradition à laquelle on n'osait pas se lier, confirmée par un témoignage chaldéen qui remonte à la plus haute antiquité, et qui est d'autant plus précieux que celui qui nous le donne, n'en comprend point l'immense portée.

Si ces mêmes Chaldéens qui faisaient de Seth l'écrivain par excellence, rapportaient en même temps la découverte des lettres à Oannès, c'est qu'ils avaient, comme tous les autres peuples païens, leur histoire divine et leur histoire humaine des temps primitifs (P. xiv, XV). Le même personnage peut donc figurer dans une liste de rois sous son nom terrestre, et parmi les dieux sous son nom céleste. Ainsi Seth, cq tant que l'inventeur des lettres, est a la fois al-Sapher et Oannès.

Seth en araméen a dû se dire Teth ; car en cette langue le T prend la place du sch hébreu. Tet, Atet, Athothis en Egypte est le second des rois comme Alasparus ; il est le successeur de Ménès=Adam=Alorus ; il est le fils soit de Thoth qui est son homonyme céleste, soit d'Haschour\ le 5i^n^ttrétu; Adam. Cependant le Thoth du Nil est le Thaauth de la Phénicie, dont le père est Misor, ou le juste Adam. Enfin, Platon nous parle d'un Theuth, fils de Thamu8=Adam. Or, Theuth, Thaauth, Thet et Athotis, Alasparus et Oannès ont tous inventé l'écriture ; mais tous sont le même personnage que Seth, le premier écrivain. (P. II, i55.)

Après Alasparus vient AlméUm ou Amillarusy le chai-

* Voyez Seyffiirth, Ecrits théologiques des anciens Egyptiens (en aU.), p. 38. L'aateur explique Haschour par l'Assyrie; l'analogie de Mischor me fidt préférer Tétymologie 'aschar, aschar, être riche, heureux.

déen d^ la ville de PantiUhles ; le second Annédote apparut, soit pendant son règne, soit sons son successeur.

Ce troisième roi doit être Enos, le malheureux. La racine d'al-Mélon, d'a-Millarus, doit être mel, mil. Est-ce MOUL, MALAL, en hébrcu, couper et être coupéy fauché, moissonné; amal, laisser tomber la tête y se flétrir ^ languir (mollis en latin)? Est-ce kamal, travailler péniblement? Le sens du mot, dans l'un et l'autre cas, correspondrait à celui d'Ënos, le malade.

Pantibibles est en grec la ville de tous les livres. Elle est incontestablement la même que la ville du soleil, Sippares, où Xisuthrus enfouit avant le déluge tous les livres qui renfermaient la science d'alors ; car Sippares a le même sens que Sapher. Cette cité antédiluvienne reparaît dans les temps historiques sous le nom de Sipphara ou d'Hipparène, où les Chaldéens avaient, comme à Babylone, une école célèbre, et Hipparène est peutêtre le Sépharvajim de l'Ancien Testament*. Puisque les Babyloniens transformaient les Séthites en Chaldéens, ils devaient aussi faire vivre dans des villes chaldéennes les patriarches antédiluviens. Tous les autres peuples ont fait de même. La cité des Livres n'était point d'ailleurs pour les Chaldéens le sanctuaire du vrai Dieu ; Bérose la nomme la cité du soleil, indiquant par là que le culte de cet astre était plus ancien que le déluge. Mais c'est là aussi ce que nous apprennent les Phéniciens.

C'est sous Énos qu'on a commencé à invoquer l'Éternel, sous al-Mélon qu'a apparu le second Annédote. Nous avons dit que les successives manifestations d'Oannès marquaient les grandes crises de la civilisation antédiluvienne. Nous ajoutons ici que la civilisation, dont il s'agit ici , paraît être tout spécialement celle de la cité

* PtoL V, 17. Plme, vi, 30. 2 Rois, XIX, 13.

des Séthites, et la venue du second Oannès marque ainsi le développement que la vie religieuse a pris chez les Séthites lors de la fondation du culte public du vrai Dieu.

Le fils d'Enos est Kénan. On se souvient que les uns traduisent ce nom par possession^ les autres par construire son nid sur la hauteur^ et que la tradition juive confirme ce dernier sens qui, d'après la langue, est aussi le meilleur. Dans Bérose, le successeur d'al-Mélon, est Amménon, le chaldéen de Pantibit^/es. Amménon nous parait provenir d'un radical men, man, min, qui a produit en latin MANUS, MiNlSTER; en hébreu amon a le sens A' architecte, Qeinan et Amménon est donc V artisan par excellence qui a bâti son nid sur quelque haute montagne (P. II, 172 sq.).

Le cinquième roi est Amégalarus,. Mégalarus, de Pantibibles. C'est Mahalaléel, la grande louange de Dieu, Les Chaldéens désignaient évidemment le fils de Kénan par le même nom que les Abrahamides, et Bérose ou ses copistes l'auront légèrement altéré pour en faire le nom grec de Mégalarus, qui peut avoir le sens de grand parleur, d'homme qui crie, chante à très-haute voix, sens qui s'éloigne peu de celui de Mahalaléel.

Le sixième patriarche dans la Genèse est Jared, nom d'un sens contesté comme celui de Kénan. Est-ce le dominateur? est-ce, comme le veulent les traditions juives et mahométanes, celui qui descend^ et qui est témoin de la décadence de sa race? Il est étrange que le Jared chaldéen, Daonus, Davonus, Daos (pour Daon?)^ de Pantibibks soit susceptible des deux mêmes significations; car en hébreu, d'une part, docn, don signifie être bas (comme l'anglais down), danah, terre basse (d'où DanaiiSy la colonie venue de la jBo^e-Egypte), et d'autre part, DiN, DAN, a le sens de dominer, régner. C'est ce der- T. m. 4

nier sens que les Ghaldéens donnaient à Daonus, puisque Bérose, comme pour écarter Téquivoque, ajoute au nom propre Tépithète de pasteur. Mais en conoiparant plus attentivement doun et din avec Davonus, on se convainc que le premier de ces deux verbes peut seul avoir formé ce nom propre, dont Tétymologie proteste donc contre le commentaire chaldéen des siècles postérieurs.

C'est Daonus qui vit arriver chez son peuple les quatrès Annédotes qui ont enseigné la mystères du travail des digueSy de la récolte des fruits, de la pluie et de l^géométrie. Ainsi, au temps de la décadence morale des Séthites, les arts, et les sciences ou la civilisation auraient pris un très-grand développement. Contraste douloureux que chaque, peuple reproduit à son tour dans le cours de son histoire.

Après Daonus vient Aédorachus, Evédoreschus, Edoreschus, de Pantïhibles. Le dernier de ces trois noms prouve que Va initial du premier est l'article hay et Veu du deuxième l'adjectif démonstratif hou (P. I, 203). Ëdoresch (de darasgh, chercher) est celui qui cherche^ non pas les joies et les trésors de la terre, car c'est un saint patriarche, mais les choses invisibles. Dieu même. U a trouvé le Dieu qu'il cherchait, car son nom biblique est Hénoc, Vinitié qui c marcha avec Dieu, et que Dieu prit à lui. * Si Bérose ne nous dit point qu'Ëdoresch ait étjc enlevé au ciel, c'est que ce privilège inouï a été transporté par les Chaldéens à Xisuthrus. L'identité de leur septième roi avec le septième patriarche séthite est d'ailleurs mise hors de tout doute par la tradition arabe qui donne à Hénoc le nom d'idris, qui est exactement le même qu'Ëdoresch (P. II, 159).

Sous Edoresch parut le septième et dernier Annédote, Odacon ou AnodaphuSy qui, d'après les corrections et l'in-

terprétation de Moyers, aurait apporté les derniers enseignements concernant ïagriculture,

Ëdoresch a pour successeur Amempsinus , Amen phsi" nm^ chaMéen de Laranques ou Lanchares. L'Africain le nomme Amphis; mais ce dernier nom n'est qu'une abréviation du premier. Ce roi ne peut être que Méthusçalah. On se souvient que ce nom biblique est fort obscur, qu'on en a proposé trois interprétations toutes différentes, et que les traditions juives favorisent celle d*homme du javelot qui répand au loin la terreur. Amemphsinus ne nous parait pas susceptible d'un autre sens. Amem est aimim, les terreurs; tnttô est la terminaison; phs serait le verbe pouts, phouts, disperser, étendre.

Mais, quand les cinq rois précédents étaient tous originaires de Pantibibles ou Sipparis, la ville de Seth, pourquoi Amemphsinus l'est-il d'une autre cité? et cette cité, quelle est-elle? Laranques ou Lanchares nous parait être AL-HAR-ANAQ (an'q, grcc AGCei, latin angere, allemand Angst> Enge) ou al an'q har, la Montagne des angoisses. Les Séthites donc, qui avaient jusqu'alors vécu paisiblement dans leur ville primitive, auront vu, au temps d' Amemphsinus, la terre frappée de tant de fléaux que leur montagne n'aura plus été qu'un séjour de douleurs.

A Lémec, le fort^ correspond Otiartès, où Kaiser retrouve KARiTS, le puissanty et qui est originaire de Laranques. Son temps ne diffère pas de celui de son prédécesseur : il y a puissance et angoisses.

Enfin vient Xixuthrus, Sisuthrus, Xisithrus, Sisithrus, sous qui eut lieu le grand cataclysme. Est-il l'homme de qui tout renaît et pousse (siach, produire, pousser des rejetons), et qui seul est demeuré de reste (ith'rah) ?

C'est ainsi que Bérose, qui garde le silence le plus absolu sur les Gainites, nous transmet une liste parfaitement exacte des patriarches séthites. Les Chaldéens et les Hébreux puisaient donc à une même source, et cette source, c'était la tradition de leurs communs ancêtres, les Ârphacsadites. C'est ce que confirme en outre le récit que Bérose et Abydène nous font du déluge de Xisuthrus (P. II, 518 sq.).

Nous y retrouvons les grands traits du récit biblique: Dieu, qui est ici Gronus ou Saturne, apparaissant (en songe) au patriarche, lui annonçant la destruction prochaine des hommes par un déluge, et lui ordonnant de construire un vaisseau pour ses parents (et ses amis), d'y porter des vivres et des boissons, d'y faire entrer des oiseaux et des quadrupèdes ; Xisuthrus faisant ce qui lui avait été commandé; la pluie tombant des cieux et la violence des eaux détruisant la terre ; (trois jours après qu'elle a cessé) des oiseaux lâchés à trois reprises, retournant la seconde fois avec de la boue à leurs pattes, et la troisième fois ne revenant plus ; le vaisseau abordant en Arménie sur june des montagnes des Cordyens; le patriarche enfin, qui juge la terre découverte, brisant une portion du toit, construisant un autel et offrant un sacrifice aux dieux.

Les dimensions de l'arche, cinq stades de longueur sur deux de largeur, sont exagérées jusqu'à l'absurde. On a pareillement augmenté le nombre des personnes sauvées : ce sont Xisuthrus, sa femme, sa fille, le pilote avec dix chefs de famille qui sont ses enfants ou ses patents et amis. Mais, du reste, les additions faites a la tradition primitive sont conformes à son sens moral. Xisuthrus demande dans la vision où il devra naviguer, et Dieu lui répond: c Vers les dieux, en priant pour le bien des hommes. > Si après sa sortie du vaisseau et son sacri-

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fice il disparaît, enlevé par les dieux, avec sa femme, sa fille et le pilote, c'est à cause de sa piété qu'il est allé vers les dieux auprès desquels il demeure, et une voix du ciel exhorte à la piété ses compagnons, qui le cherchaient.

Les livres dé Xisuthrus qu'on déterre à Sipparis, figurent, comme les deux colonnes des Séthites et de la Saride, la conservation de la civilisation antédiluvienne au travers de la grande crise du déluge (P. II, 171).

Nous avons cité déjà le passage de Bérose sur la tour de Babel et celui qui fait allusion à Abraham (60 ; P. Il, 270). Mais si le patriarche hébreu vivait encore au temps des Séleucides dans la tradition des Chaldéens, ils n'avaient certainement pas oublié le grand héros de la Babylone éthiopienne, le fils de Cusch, Nemrod.

Et pourtant tout ce que les auteurs qui ont extrait l'ouvrage du prêtre de Bélus, nous ont transmis sur le temps de Nemrod, se réduit à ces quelques mots : < Après le déluge a régné en Chaldée Evexius ou Evéchous pendant quatre nères, et Vempire a passé à son fils Chama^lus pendant quatre nères et cinq sosses. *

Mais que signifie Ghomasbélus en chaldéen ou hébreu? Le Seigneur (baal) violent et oppresseur (chamots). Et quel est ce tyran de la Babylonie aux temps qui suivaient de si près le déluge, si ce n'est Nemrod, le rebelle?

Son père est Evéchoiis. Ev est le pronom hou ; reste Echous, qui est le Cousch (Cusch) de la Genèse et mieux encore l'Ekosch ou TEtosch des Egyptiens.

Cusch, Nemrod, la tour de Babel et Abraham figurent donc aussi bien dans les traditions des Arphacsadites de l'Euphrate que dans celles des Arphacsadites du Jourdain. Le seul fait de cette époque que les premiè-

reg nous jfbnt connaître et qne les secondes passent sous silence, c'est la guerre de Titan contre Saturne, ou dé Titan et de Japétosthès contre Zérovanus. Mais ici nos sources se troublent, et ne sont plus d'accord. Abydène place la lutte de Cronus et de Titan après la confusion des langues. Alexandre Polyhistor, qui cite la Sibylle, est moins précis et met de la partie Prométhée : c Après le déluge vécurent Titan et Prométhée, et ce fut alors que Titan prit les armes contre Cronns. » Enfin l'historien arménien , Moïse de Chorène , s'appuyant sur la Sibylle bérosienne dit que ce fut après le déluge et avant la confusion des langues qu'eut lieu la querelle des trois frères qui s'étaient partagé Tempire du monde. Ce récit est si obscur que je ne le ti-anscris pas ici. On ne sait nulle autre tradition qui l'illumine. Zérovanus pourrait passer pour le camite Nemrod si l'on ne nous disait pas qu'il est le mage Zoroastre, souche des Mèdes et père des dieux. Il y a là soit des événements historiques, dénaturés par la tradition, soit quelcpie mythe des Titans, de Saturne, de Jupiter et de leurs guerres, lequel aura été transformé en une fable dont les héros sont de simples mortels.

Les Chaldéens ont conservé avec tant d'exactitude la mémoire des dix patriarches antédiluviens, du cataclysme et de Nemrod, fils de Cusch, qu'on attend de leur part une chronologie qui s'écarte peu de celle de la Bible. Mais il n'en est rien. Al Crus = Adam a régné 10 sares ou 36,000 ans,... Evédoresch=Hénoc 18 sares OH 64,800 ans, Evéchoûs= Cusch 2,400, Chomasbélus=: Nemrod 2,700. Ces chiffres sont fabuleux, impossibles, absurdes. Mais gar dons*-nous de passer outre san» les

examiner et sans chercher à les expliquer. Car Ténigme qui s'offre ici à nous, se reproduira en Egypte, en Grèce, en Inde, en Chine, et nulle part elle n'est aussi aisée à résoudre qu'à Babylone. Nous allons nous convaincre que les peuples anciens avaient, comme notre Europe moderne, leurs sages qui. scrutaient les mystères de l'histoire et modelaient les siècles passés d'après leurs théories métaphysiques.

Voici la chronologie des Babyloniens, telle que nous la donne Bérose :

I^es dix patriarches antédiluviens 432,000 ans.

Evécboûs, Ghomasbélus et 84 autres rois chal-

déens 34,080 »

8 tyrans mèdes 224 »

11 autres rois (48) »

49 rois chaldéens 458 »

9 rois arabes 245 »

Sémiramis et 44 autres rois assyriens 526 »

Phul, roi chaldéen.

A dater de Phul les fragments que nous avons de Bérose ne nous fournissent plus que des chiffres isolés. Mais de Phul à Cyrus on compte, d'après la Bible et les historiens profanes, 2!23, 234 ou 241 ans. Ajoutons que de Cyrus à l'arrivée d'Alexandre à Babylone, qui ouvrait aux espérances des prêtres chaldéens une ère nouvelle, il y a 205 ans.

Quelle est la clef de cette chronologie?

Cette clef, ce sont les cycles babyloniens : de 60 ans, lesosse; de 10x60=600, le nère, et de 60x60=3,600, le sare. La grande année, dans ce système, ne pouvait être que de 10x3,600, soit 36,000 années terrestres.

Les 432,000 ans du monde antédiluvien sont douze grandes années, ou 12x10 sares. Or, voici à peu près comment les Chaldéens seront arrivés à ce chiffre mons-

trueux. Ils ont vu dans les seize siècles qui ont précédé le cataclysme, non la première période de l'histoire de Thumanité, ou les premiers âges de notre monde, mais un monde distinct, un monde compris entre deux chaos, un de ces mondes des Hindous dont Timmense durée s'étend d'un sommeil du Dieu suprême à un autre sommeil. Pour exprimer cette pensée , il fallait substituer aux quelques siècles de la tradition authentique, des myriades d'années ; une seule révolution de 36,000 ans ne suffisait point encore, c'était tout au plus la vie d'Adam ; il fallait un chifihre qui touchât à l'infini et qui en même temps éveillât l'idée d'une période entièrement accomplie. L'année a douze mois, et l'on s'arrêta au nombre de 432,000 années terrestres, parce qu'il comprend 12 grandes périodes de 36,000 ans, ou 120 sares. De ces 120 sares, on en donna : 10 à Adam ; 3 seulement à Seth en mémoire de la mort prématurée de son frère Abel; 13 à Enos, et l!on répartit à l'aventure les autres sares, en nombres ronds (8, 10, 12 et 18) entre les sept derniers patriarches.

Après le déluge Bérose place une première dynastie de 34,080 ans de durée. Ce chiffre est fictif comme le précédent. Mais que signifie-t-il? H vaut, nous dit Alexandre Polyhistor, 9 sares, 2 nères et 8 sosses ou 9 sares ou 28 sosses.

Ces 9 sares avec leur fraction tendent évidemment à 10 sares, ou à la grande année de 36,000 ans. Voyons si les prêtres chaldéens, au siècle de Bérose, n'auraient point eu la pensée de clore avec la chute de l'empire perse la grande année qui avait commencé lors du déluge, et d'en ouvrir une nouvelle avec le règne d'Alexandre.

Telle a certainement été leur intention ; cair de 34,080 à 36,000 la différence est 1920, et si nous additionnons

CHR0N0I.0G1E DE BÈROSE. M

les chiffres des dynasties mède, chaldéenne, arabe, assyrienne, babylonienne et perse jusqu'à Alexandre, nous trouverons une somme de 1947 à 1929 ans. Elle serait sans doute exactement de 1920, si nous savions le nombre d'années que Bérose comptait de Pbul à Cyrus. Notons que, d'après Callisthènes, les observations astronomiques des Chaldéens à Babylone remontaient à 1903 ans avant Alexandre le Grand. Le chiffre de 1900 à 1920 ans exprime donc certainement la durée des temps historiques selon les calculs de ce peuple, et les 34,080 des temps postdiluviens sont, comme les 432,000 ans des dix patriarches antédiluviens, des imaginations dénuées de tout fondement historique.

Mais les calculs relatifs aux temps historiques méritent-ils une pleine confiance? Nabonassar n'a-t-il pas détruit tous les documents antérieurs à son règne? Peut-on admettre, par exemple, que les 49 rois chaldéens aient occupé, en moyenne, le trône un peu plus de 9 ans chacun, tandis que les 9 rois arabes, qui étaient cependant des conquérants étrangers, auraient régné 245 ans, soit chacun 27 ans ? Il y a manifestement erreur ou dans le chiffre des rois, ou dans celui de la durée de leur dynastie, ou dans les deux à la fois.

Que de telles erreufjs soient probables, c'est ce qu'atteste une tout autre chronologie babylonienne que nous a conservée le Syncelle. Du déluge à la domination assyrienne i| ne place que 13 rois, qui ont régné 440 ans. Les sept premiers sont chaldéens, et la liste commence ainsi que dans Bérose par Ëvéchoûs et Ghomasbélus ; les six derniers sont arabes.

Ici 440 ans, là 35,055 ans, pour un espace de temps qui est de mille ans d'après le texte hébreu de l'Ancien Testament et la chronologie vulgaire.

Mais nous venons de voir, par l'exemple de l'histoire

antédiliivienne, que les erreurs les plus graves en fait de dates peuvent se concilier avec une très-grande exactitude dans la série des princes et le récit des événements principaux. Peut-être en serait-il de même pour les temps postdiluviens.

Ghomasbélus est Nemrod, fils d'Evéchoûs=Cusch. Les rois, qui suivent immédiatement, ne peuvent être que des cuschites ou éthiopiens, et si Bérose les dit chaidéens, c'est que le souvenir de l'antique population cuschite de la Babylonie s'était entièrement perdu chez les Ghaldéens qui l'avaient remplacée.

Après les rois cuschites viennent dans Bérose les huit tyrans mèdes, ou dans Alexandre Polyhistor, Zoroastre et 7 rois mèdes. Or, à cette même époque, l'Assyrie était soumise à des princes qui, par leurs noms, étaient ariens ou mèdes. La Médie avait donc étendu ses conquêtes jusque vers le golfe Persique.

Aux 8 rois mèdes ont succédé ii rois, dont Bérose ne dît rien, mais qui sont sans doute des Cuschites : les indigènes auront recouvré leur indépendance et secoué le joug de l'étranger.

Puis viennent les 49 rois chaldéens. L'avéneraent de cette dynastie doit marquer l'époque où les Ghaldéens sont venus de la Mésopotamie s'établir parmi les Guschites de la Babylonie et régner sur eux.

Leur règne a fini par une invasion d'Arabes, dont Volney a retrouvé la trace dans les traditions des Arabes, et dont les descendants errent encore dans les vastes plaines de la Babylonie.

Les Arabes sont chassés par Sémiramis, qui fonde à Babylone la domination assyrienne, qui a duré 5â6 ans sous 45 rois, et qui a fait place à celle du chaldéen Phul. Ges 526 ans rappellent les 520 ans qu'Hérodote attribue au règne des Assyriens sur la haute Asie.

Avec Phul nous arrivons aux temps historiques et bien connus. Résumons ce que Bérose nous dit des peuples qui ont régné en Babylonie, du déluge à Phul : d'abord Cusch, Nemrod et leurs descendants , ce que confirme la Genèse ; puis, des tyrans raèdes, et la liste des rois d'Assyrie justifie l'allégué de Bérose ; ensuite, des rois indigènes ; après eux, l'invasion des Chaldéens qui ont donné leur nom à la Babylonie ; une conquête du pays par les Arabes, qui se souviennent de leur établissement sur les bords de l'Euphrate ; et enfin, la domination assyrienne, qui est un fait hors de toute contestation. Cette histoire de la Babylonie, placée dans Bérose entre la série , parfaitement exacte , des dix patriarches antédiluviens, et les récits, non moins exacts, des exploits de Nabuchodonosor, a tous les caractères et les gages de la vérité historique*.

1 Le SyDcelle, à l'étudier de près, Doas raconte la même histoire que Bérose, mais en l'abrégeant extrêmement. Il nous offre Evéchoiis et Chomasbélus ou les Cuschîtes ; cinq rois qui représentent les tyrans mèdes, les princes indigènes et cuschites, et les chaldéens ; six rois arabes au lieu des neuf de Bérose, et les Assyriens. On voit par le Syncelle que les temps qui séparent Nemrod de rinvasion arabe, avaient laissé fort peu de traces dans la mémoire des Babyloniens.

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