CHAPITRE I
Le Paradis.
(Gen. II, 4-25, III.)
La portion de la Genèse qui contient Thistoire du Paradis, se distingue par l'emploi du double nom de Jéhova Elohim qui se lit vingt fois dans ces deux pages, et qui ne reparait que très-rarement et toujours isolément dans le reste des Ecritures. Au chapitre précédent, c'est Elohim seul qui crée. Dans les chapitres subséquents, Elohim et Jéhova alternent. On a vu dans ces changements de noms le résultat accidentel des sources diverses où avait puisé Moïse. Mais tel n'est pas le mot de l'énigme. Elohim, c'est Dieu régnant sur la nature; Jéhova, c'est Dieu régnant sur l'humanité. Aussi le monde est-il créé par Elohim seul. Le récit du Paradis, où la plus complète harmonie régnait entre l'homme et la nature, unit à chaque ligne Jéhova et Elohim. Depuis la chute, ces deux noms s'isolent : c'est Elohim qui détruit par le déluge le monde, et qui le crée de nouveau ; c'est Jéhova qui se révèle à l'homme pour le châtier ou pour le sauver. Ces noms divins ne se succèdent donc point au hasard ; l'humanité primitive sentait bien dans le fond de son cœur si, à telle époque, c'était Elohim ou Jéhova qui décidait de son sort, et c'est là le germe de tous ces mythes qui parlent de dieux détrônés par d'autres (P. II, 370).