‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 33 sur 108 · II. Atlantes et Amazones de Libye · texte numérisé non relu

II. Atlantes et Amazones de Libye

Les mythes des Atlantes et des Amazones que Diodore de Sicile * avait extraits de Denys de Mitylène, ne nous sont parvenus que complètement travestis par l'évhémérisme. Mais on peut cependant les ramener à leur sens primitif et se convaincre qu'ils ne sont pas autre chose que les traditions des temps iantédiluvieus telles qu'elles s'étaient conservées chez les AUophyles de l'Atlas.

« Les Atlantes étaient les mieux policés de ces contrées africaines, habitaient une terre fertile et de grandes cités, et (vrais Séthites) l'emportaient sur tous leurs voisins en piété et en hospitalité. C'était chez eux, dans les lieux voisins de l'Océan, que les dieux, disait-on, avaient pris naissance. » Le culte des dieux de l'antiquité date en effet des siècles diluviens, par les traditions et les symboles qui ont puissamment concouru à le former.

« Le grand dieu des Atlantes était le Ciel (comme en Phénicie). Il les civilisa, les réunit dans des villes, et leur enseigna l'agriculture et l'astronomie. Il avait pour épouse Titée ou la Terre , qui combla de biens les hommes. >

« Uranus eut de plusieurs épouses quarante-cinq lils

i HI, 51 sq.

(les quarante-cinq rois antédiluviens de Manéthon?), et de Titée dix-huit fils (les dii-huit rois antédiluviens d'Ëratosthène?), et deux filles Basilée et Rhéa. > Rhea ou Pandore est la Terre cultivée qui est tout don, tout grâce pour les mortels (135). Basilée est la Reine du chaos, de la nature et de la première humanité comme Isis ou Cérès ; elle est « une Grande Mère, et l'aînée de Rhéa.

« Elle aurait aimé à rester vierge ; mais elle finit par épouser celui de ses frères qu'elle aimait le mieux, Hypérion (le Dieu suprême qui marche dans les hauts lieux, ou simplement le Très-Haut; P. I, 400). Elle eut de lui le Soleil et la Lune. »

« Les frères de Basilée , qui s'appelaient Titans du nom de leur mère Titée, par jalousie égorgent Hypérion (=Osiris=Zagreus) et noient dans l'Eridan (les torrents diluviens) le Soleil (=Horus) encore enfant (P. II, 228). A cette nouvelle la Lune (qui préside aux eaux atmosphériques), se précipita du haut du palais en bas (comme la pluie lors du cataclysme se précipita du haut des cieux sur la terre). Basilée, hors d'elle-même de douleur (à la vue de l'humanité anéantie), cherche le corps de son fils le long des rives du fleuve. La fureur la saisit; les bruyants jouets de sa fille à la main, les cheveux épars,elle erre en insensée, transportée hors d'ellemême par le son des tambours et des cymbales (de Cybèle), au point de remplir d'effroi tous ceux qui la voyaient (P. Il, 234)». Quelques-uns voulurent l'arrêter; mais aussitôt tombèrent des torrents de pluie accompagnés d'éclats de tonnerre non interrompus, et elle disparut. (Cette tempête résume les désordres de la nature après le cataclysme, P. II, 281, 291.) Les Atlan-

» Cette fureur de la déesse est un mythe phrygien plutôt que sémitique.

152 ÂLLOPHYLES DE LIBYE.

tes (les Allophyles) adorèrent Basîlée (Âstailé, ia Reine (les cieux) au son des cymbales et des tambours. »

La mort d'Hypérion précède celle du Soleil=Horus, et la dernière étant sans contredit un mythe diluvien, nous pourrions expliquer la première par la sécheresse de Gen. Ce fléau a précédé de peu le siècle d'Hénoc, et, d'après les Juifs, Hénoc astronome, reçut, après son enlèvement, des honneurs divins (30). Or, voici ce que racontaient les Atlantes : « Après la mort d'Hypérion , les fils du Ciel divisèrent entre eux le royaume. Les deux plus célèbres furent Atlas et Saturne. Atlas reçut en partage les contrées voisines de l'Océan ; il a donné son nom à la plus haute montagne du pays. 11 excellait dans Vastrofwmiey et comme il avait le premier représenté le monde par une sphère, on a prétendu qu'il portait le monde sur ses épaules. Il eut plusieurs enfants ; mais le plus remarquable par sa piété, par sa justice envers ses inférieurs et sa honte, fut Hespérus {V Occidental), Celui-ci, monté sur le sommet de l'Atlas pour observer les astres, fut subitement enlevé par des vents impétueux et disparut. Le peuple, touché de son sort et se ressouvenant de ses vertus, lui rendit des honneurs divins et donna son nom à la plus brillante des planètes. » Hespérus et Atlas sont Hénoc.

Cependant « le frère d'Atlas, Saturne, régnait en Sicile et en Libye, en Italie et en général dans les contrées occidentales (où les Allophyles avaient apporté le cidte sanguinaire de Baal= Saturne). Il fit bâtir partout des forteresses où îl tint des garnisons, et c'est pour cela que la plupait des hauts lieux y sont appelés Saturniens : (indice précieux de l'extension des colonies sémitico-libyennes et de leur despotisme dans le bassin occidental de la Méditerranée). Ce dieu se signala par sou impiété et son avidité. Son épouse et sa sœur

Rhéa lui donna pour fils Jupiter. Celui-ci mena une vie opposée à celle de son père et se montra doux et bon tinvers tous (car il est le dieu de la civilisation des Hellènes). Jupiter monta sur le trône, soit que Saturne en fût descendu volontairement, soit que la haine de ses sujets Ten eût chassé. Saturne, ayant attaqué son fils, avec l'aide des Titans, fut vaincu, et les bienfaits que Jupiter répandit en tous lieux lui valurent bientôt l'empire du monde. » Jupiter et Saturne représentent les deux religions, les deux civilisations, les deux races qui se sont succédé en Italie à l'aurore des temps historiques.

Les Atlantes avaient été vaincus et soumis, prétendait-on, par les Amazones de Libye. Le mythe de ces Amazones, tel que nous le connaissons par Diodore, nous offre un mélange de traditions africaines et de fables grecques. On a mis sur le compte des Amazones antédiluviennes de la Libye tout ce qui se racontait en Grèce des mœurs des Amazones historiques du Pont. Voici le mythe indigène dans sa forme primitive, si nous ne faisons erreur.

« Aux limites occidentales du monde, près de l'Océan qui entoure la terre, et de l'Atlas qui domine sur cette mer, est le lac Tritonide où est l'île d'Hespérie. Cette lie (antédiluvienne, P. II, 247) est la patrie des Amazones,» et nos lecteurs savent que nous croyons retrouver les premières racines du mythe des Amazones dans les filles des hommes qui vivaient avant le cataclysme (id. 165). « Cette île d'Hespérie est très-grande, riche en arbres à fruits de toute espèce, ainsi qu'en troupeaux; mais l'usage du blé y est inconnu *. Parmi ses

1 Cette description de THespérie répoud à celle que Polybe (xii, 3) fait de l'Afrique (immenses troupeaux , pas de culture) et à ce qu-'on

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nombreuses cités il en était une de sacrée du nom de Mené ; elle était habitée par des Ethiopiens ichthyophajj^es ; il en sortait des exhalaisons enflammées, et on y trouvait une quantité de pierres précieuses, escarboucles, sardoinos et émeraudes. » Mené est le nom d'Adam en Egypte et ailleurs ; les pierres précieuses sont celles dont Moyse parle dans sa description du paradis, et les feux qui s'exhalent sont Tépée de flammes dans la main du Chérubin. Quant aux Ethiopiens, nous savons qu'en Egypte et en Grèce on donnait ce nom aux Antédiluviens. « Les Amazones soumirent d'abord toutes les villes de l'Hespérie, sauf Mené ; puis elles tirent la guerre aux Libyens et aux Numides, fondèrent dans le lac Tritonide une grande ville du nom de Presqu'île, et enfin attaquèrent ceux des Atlantes qui habitaient Cerné. Elles égorgèrent tous les hommes en âge de porter les armes, pour semer par une telle cruauté l'effroi dans le cœur de leurs ennemis. Le reste des Atlantes fit sa soumission et fut traité avec bonté. » Les Atlantes sont ici les Allophyles, et les Amazones qui les ont soumis doivent être des femmes guerrières qui ont vécu non dans les temps du monde primitif, mais dans les siècles postérieurs au déluge. Qu'un peuple de femmes ait jamais existé ol fait des conquêtes en Libye, c'est ce qu'on ne peut admettre. Mais il faut cependant que certaines circonstances extraordinaires aient donné lieu à la fable des Amazones détruisant les Atlantes. Or, aujourd'hui encore, le roi des Dinkhah, qui habitent sur la rive droite du Nil Blanc, a sa maison gardée par deux bataillons de femmes. Dans l'oasis deSiouah ou d'Ammon les femmes, armées de pierres, prennent part au combat de leur tribu *.

sait de la belle végétation de certaines contrées privilégiées du Barca ou de l'Atlas.

< Cailliaud, Voyage à Méroë, t 1, p. 94.

Los Sanctos plaçait en Ethiopie une république guerrière de femmes. On sait que des reines du nom de Candace ont gouverné vers Tère chrétienne une partie de la Nubie. Nous remontons ainsi des temps modernes à ceux d'Hérodote qui nous dit, que chez les Auséens qui habitaient vers le lac Tritonide, les jeunes filles célébraient en Thonneur de Minerve une fête annuelle en se battant, comme deux armées ennemies, à coups de pierrç et de bâtons ; que les voisins des Auséens, les Maxyes, se disaient issus de^ Troyens, et qu'à ceux-ci touchaient les Zauèces dont les femmes conduisaient les chars à la guerre *. Ces femmes guerrières, ces jeunes filles qui revêtaient d'une armure complète celle des leurs qui s'était le plus distinguée, auront éclipsé les hommes qui combattaient avec eux, et les Grées, qui avaient l'esprit préoccupé des Amazones du Pont, se seront complu dans la pensée que les AUophyles de la Libye avaient succombé, longtemps ayant la fondation de Carthage, sous les efforts des seules femmes indigènes.

Cependant les Maxyes passaient pour des Troyens. l*rès de Troie se voyait la colline funéraire de l'Amazone Myrine dont Homère avait parlé'*. Les mythographes grecs imaginèrent de donner Myrine pour reine aux Amazones de Libye, et de la faire arriver d'Afrique avec son armée par l'Egypte, l'Arabie, la Syrie et la.Cilicie jusqu'en Mysie où était une villede son nom ^.

Dans uotre livre sur la Grèce, nous traiterons des mvthes libveos de Persée ou des Phérésiens qui sont eux aussi des Allophyles. J'admets d'ailleurs que la contrée (lu lac Tritonide au fond de la petite Sirte a été le ber-

' Hérod. IV, 180. 191. 193.

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