‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 41 sur 108 · SOURCES · texte numérisé non relu

SOURCES

sies profanes. L'énigmatique Y-king explique les huit trigramnies ou Kouas de Fo-hi, lignes entières et brisées qui contiennent tous les mystères de la nature et de Torigine des choses. Aux Livres Sacrés s'associent les Qualité Livres philosophiques de Confucius, et de son disciple Mencius, qui vivait un siècle après lui. Ces huit livres classiques des Chinois sont Tobjet des méditations des Lettrés qui en ont exphqué le sens dans de nombreux commentaires. La Chine compte d'ailleurs parmi ses savants orthodoxes de grands historiens.

La seconde religion indigène est celle des Tao-ssé ou docteurs de la raison. Elle forme moins un culte particulier qu'une simple secte du monothéisme national. Son dieu est le même que Chang-ti ; elle ne rejette point le culte des ancêtres, et toute sa métaphysique s'appuie sur l'Y-king. Mais elle ajoute aux livres sacrés, comme le Talmud à l^Ancien Testament et la Sunna au Coran, une foule de légendes, de mythes obscurs, de fables extravagantes. De plus, les Tao-ssé croient à la métempsychose, adorent les Génies (P. I, 304), s'adonnent à la magie et aux sciences occultes, et exaltent la vie d'anachorète. Cette secte existait, prétend-on, longtemps avant Yao et dès les temps de Chao-hao , qui est Caïn (P. Il, 470). Elle végéta dans l'obscurité sous les deux premières dynasties »des Hia et des Chang. Les Tchéou lui empruntèrent le culte des Génies qui président à tous les jours de l'année , à tous les objets de la nature, et c'est sous cette famille impériale qu'a vécu Lao-tseu, qui est le grand réformateur du culte de la Raison , comme l'a été du culte national Confucius. Lao-tseu, qui dans son extrême vieillesse reçut , dit-on , la visite du Lettré par excellence, avait voyagé en Occident , c'est-à-dire dans l'Inde et peut-être même en Judée , et en avait rapporté, à ce que l'on prétend ,

plusieurs doctrines nouvelles. Ses disciples, dans la suite des siècles, ont été constamment en lutte avec ceux de Confucius. Ces derniers ont le plus souverain mépris pour eux et leurs écrits, et en particulier pour leurs mythes de Puan-kou* et des dix Ki*, que les Taossé placent en tête de l'histoire nationale et avant Yao par qui s'ouvre le Chou-king.

Le Chou-king et le Chi-king, avec le Wai-ki ou ce qui est à côté de l'histoire^ la légende, telles sont nos principales sources, auxquelles s'ajoute récriture.

* Les Juifs établis (depuis les ïchéou, disent-ils) à Kai-fong-fou, ont cru reconnaître en Puan-Kou Adam, d'après certaines inscriptions du quatorzième siècle après J.-C. Mais ce Puan-kou est un dieu cosmogonique, et il n*est devenu le Père de l'univers que sous les Han orientaux, au troisième siècle après J.-C; il fUt alors substitué au Tao, qui s'était élevé, vers la fin des Tchéou, an rang de la divinité suprême. Puan-kou fut longtemps enfermé dans le chaos , qui avait la forme d'un œuf (P. I, 378). Sa tête se changea en montagne, ses yeux devinrent le soleil et la lune, ses veines des fleuves, ses cheveux des arbres (id. 246). Suivant une autre &ble, le chaos se développa en dix-huit mille ans (chiffi-e que nous avons trouvé au Mexique, P. II, 387): le ciel s'élevait chaque jour de dix pieds, la terre 8*épaississait d'autant, et Puan-kou grandissait avec la même proportion, pour être l'Esprit du ciel et le Saint de la terre. Je ne sais à quel peuple appartient ce mythe de Puan-kou, qui a certaines affinités avec rinde, la Perse , le Mexique et les îles Mariannes ; mais je ne le crois pas indigène de la Chine. (Mémoires^ 1. 1, p. 101 ; t. V, p. 52 sq.)

' Les Tao-sse placent d'immenses périodes de deux, de trois, de quatre-vingt-seize millions d'années depuis Puan-kou jusqu'à Confucius. Elles sont remplies par les dynasties des Tien-hoang , ou les rois (cosmogoniques) du ciel y des Ti-hoang^ ou les rois (cosmogoniques) de la terre, et des Gien-hoangj ou les rois (fabuleux) des hommes.

Ces derniers ont régné pendant dix Ki ou périodes qui embrassent deux cent trente dynasties. Les Chinois, avec leur génie positif et

SOURCES. i75

L'écriture chinoise est hiéroglyphique. Les hiéroglyphes ne sont point le produit d'une imagination capricieuse créant au hasard autant de figures qu'il y avait de pensées à exprimer aux yeux. Chaque caractère, simple ou composé , est bien au contraire l'image de ce qu'il signifie, et l'on peut donc retrouver dans ces signes mystérieux certaines associations d'idées , tout extraordinaires, qui prouvent que les Chinois ont soit les mêmes symboles, soit les mêmes traditions cosmogoniques et historiques que les peuples de l'Asie occidentale, de l'Egypte et de l'Europe.

antimythique, n*ont su mieux fSûre pour combler ces déserts du temps, que d'y répéter sans cesse les mêmes récits d'une vie sauvage d'où les rois retirent le peuple, qui y retombe pour en être de nouveau relevé. Les lois les plus élémentaires de la vraisemblance n'y sont pas même observées. Au reste, les Chinois nous avertissent que ce n'est que dans le troisième siècle avant J.-C. qu'on a commencé a parler de ces trois dynasties des Hoang. Toutefois , il y a dans ces fictions quelques légers souvenirs de l'histoire antédiluvienne. Les dix Ki rappellent par leur chifire les dix patriarches séthites. Le premier Ki ne contient que le règne de Gin-hoang et de ses neuf frères : ici encore reparaît le chifire de dix ; et ce règne est un âge d'or, où l'on ne parlait qu'une seule langue. Des cinq Ki suivants on ne rapporte à peu près rien. Mais le septième, qui compte vingt-deux fiuniUes et plus de soixante générations, est un temps de très-grande piété, sans doute grâce à la valeur symbolique du chifire sept, qui marque la perfection. Le septième prince de ce septième Ki a régné 340 ans, ce qui est à peu près la durée de la vie d'Hénoc, le septième patriarche séthite ; le corps du huitième ne s'est point corrompu ; le treizième est l'Homme vrai ; le dix-huitième est la Céleste Vérité et l'Ambassadeur du Grand-Maître, qui explique à Hoang-ti l'unité trine. Le huitième Ki compte un roi nommé Soui-gin, qui est l'exacte copie de Fo-hi, et c'est par Fo-hi que commence le dixième Ki, qui comprend les siècles des dix patriarches antédiluviens. (Ghou-king, Introd., ch. iv-x. — Goguel, Origine des lois^ t. ni, p. 293. — Faber, Origine of idolatry, 1. 1, p. 184.)

176 cmNOis.

Mais quel degré de confiance méritent et les hiéroglyphes de la langue nationale, et les légendes des Tao-ssé, et les livres classiques des Lettrés?

Nous admettons avec tous les Chinois que les King restaurés sont bien ceux de Confucius. 11 est évident qu'ils ne sont pas Tœuvre de ce réformateur et qu'ils appartiennent à une époque antérieure à la sienne ; car le Chou-king et le Chi-king expriment à chaque page la foi en Dieu la plus vivante , tandis que les propres écrits de Confucius gardent sur les rapports de l'homme à la Divinité un silence si complet qu'on a pu avec une apparence de raison Taccuser d'athéisme. Sa meilleure justification , c'est d'être le rédacteur ou le collecteur des King, et d'y avoir laissé partout le nom de Dieu. Toutefois, de l'aveu de chacun , en les composant, Confucius a mis de côté de nombreux matériaux. Nohs n'y chercherons donc pas la totalité des traditions chinoises sur le mode primitif. Homme d'Etat d'un sens pratique, moraliste à la Zenon, il aura élagué toutes les légendes qui ne faisaient que parler à l'imagination, rejeté comme inutiles et incertaines les traditions mythiques des siècles antérieurs à Yao et au déluge, repoussé d'une main ferme tout ce qui pouvait de près ou de loin favoriser l'hérésie des Tao-ssé. Il aura par là rendu et le Chouking et le Chi-king plus monothéistes que ne l'étaient les siècles où ces poésies et Ces histoires avaient été composées. Entre ses mains la Chine antique sera devenue trop belle, trop vraie, trop pieuse, en un mot trop humaine et pas assez chinoise.

Ce qu'il y a de fort remarquable, c'est que Confucius n'a pas effacé dans les King toute trace des mythes primitifs. Le Livre des Rois contient une courte allusion au mythe de Tchi-yéou, le Typhon des Chinois; le Livre des Vers , à la naissance miraculeuse de certains per-

Page 1