SOURCES
sonnages des temps antiques. Ces fables en supposent plusieurs autres auxquelles elles sont intimement liées, et le Lettré par excellence nous pousse ainsi lui-même à demander aux Docteurs sectaires de la Raison quelles sont les légendes dont ils ont gardé le précieux et bizarre dépôt.
Ces légendes n'ont point été recueillies dans un livre spécial. Il faut les prendre soit dans les différents écrits des disciples de Lao-tseu, soit aux premières pages des histoires rédigées par des Lettrés qui n'ont pas craint de faire des emprunts à ces sectaires.
Cependant Lao-tseu peut avoir transmis à ses secta^ teurs des traditions hindoues, et son école avoir inventé des fables qui n'auraient rien de traditionneL Pour contrôler les légendes des Tao-ssé, il faut avoir recours aux hiéroglyphes. Toutefois ce contrôle exige certaines précautions ; car, si l'écriture par signes est aussi ancienne que la nation, tous les signes ne sont pas aussi vieux que l'écriture. Une grande partie de ceux qui sont usités aujourd'hui ne remontent pas au siècle de Jésus- Christ , et les antiques caractères des trois premières dynasties ont été menacés d'une complète destruction par le despotique Chi-hoang-ti. Mais ils ont suivi le sort des King, et ont été rétablis avec le soin minutieux que l'esprit éminemment cottservateur des Chinois apporte à tout ce qui concerne la haute antiquité. On a rédigé un dictionnaire des anciens hiéroglyphes, le Chotie-wen. Là s'en trouvent plusieurs à côté desquels se lit le mot d'inconnus, et ce sont précisément ceux qui contiennent les allusions les plus évidentes aux grands faits du monde primitif, tels que la chute et le déluge. Ces médailles, dont on ne peut assez admirer l'antiquité et la beauté, nous autorisent pleinement soit a chercher dans l'analyse des caractères la confirma-
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lion ou l'explication des mythes du Waï-ki, soit même à constater par ce moyen l'existence de certaines traditions, oubliées des Tao-ssé non moins que des Lettrés.
Nous verrons comment les hiéroglyphes, le Waï-ki et les King nous conduisent, chacun de son côté, au même résultat. Ce résultat concordant avec les traditions des Hébreux, des Ghaldéens, des Syriens, des Phéniciens, que nous avons étudiées déjà, et avec toutes celles que nous soumettrions à un examen détaillé , nous devons croire que les Cent Familles desquelles est issu le peuple chinois avaient apporté de l'Occident , leur patrie , des souvenirs fort exacts du monde primitif. Ces Cent Familles s'étaient fixées dans les montagnes du Chen-si, seul passage par où l'on puisse descendre du Haut-Plateau de l'Asie centrale dans les plaines de Hoang-ho et de l'Yang-tsé-kiang. Le Chen^si a été le centre de l'empire, le séjour de la cour jusqu'à la fin des Tchéoii, et son ancienne capitale, Taï-yuen-fou, est la ville de la première origine ' .
Nous diviserons nos études sur les Chinois en trois chapitres qui contiendront une triple histoire du monde antédiluvien, d'après les hiéroglyphes, d'après des traditions isolées et les fêtes religieuses , enfin d'après le corps des traditions historiques qui se trouvent en tête des Annales et du Chou-king.
Mais avant d'entrer en matière , écoutons les récits que les descendants des Cent Familles font de l'Occident leur berceau.
*■ Mémoires, t. 1, p. 16!2. Aujourd'hui encore, La Chine ue compte qu environ cent noms de famille, p. 200.
l'occident. 179
« Le mont Kouen-Loun, où est le Paradis (terrestre), et d'où est sorti la vie {Eve, i£oM), est situé entre Toccident et le nord'.» C'est pour la Chine la situation de l'Arménie (P. I, 444).
< La femme d'Hoang-ti , Loui-tsou (qui est Eve), a pour mère Sy-ling-chy ou la Côte d'OceidefU. »
« Sur le sommet du mont Pou-tchéou (qui est le Paradis céleste), est le royaume de la Justice et de la Lumière, qui confine avec celui de Sy-vang-mou ou la Mère du roi d'Occident*. > Ce royaume, qui est situé au delà des bornes du soleil et de la lune, nous paraît être l'île Sainte des .Chinois, leur île antédiluvienne (P. II, 247,321). C'est de cette île que nous entendrons cette « grande terre habitable, fort éloignée d'aucun rivage, et tout entourée d'eau , > qui se nomme Tchéou , mais dont on ne connaît que le nom, et < les dix Iles, Chytcliéou , qui sont supposées au milieu de l'Océan et où habitent les hommes parvenus à l'état d'immortalité * (Id. 3-22)». >
A l'est du palais fabuleux de Sy-vang-mou, du séjour des hommes immortels et de la forêt des fleurs, est le Ta-tsin, dans lequel on reconnaît l'Asie occidentale à ses principales productions : le baume (de Jéricho), le corail (de la mer Rouge), des étoffes de soie brochées de fleurs d'or (étoffes de Damas), le chanvre, le mûrier et toutes sortes de céréales. Le nom de Tsin est aussi donné au froment et à une espèce de riz, et l'un des signes qui servent à écrire le mot de Ta-tsin est Vépi de blé. Ce qui paraît signifier que la patrie des céréales était pour les Chinois l'Occident et tout spécialement
1 Sionnet, p. 43.
* Chou-kiog, introd.f ch. vu.
« Dictionnaire du P. Basile de Glémona, d'après M. de Paravey, dans VEeho du monde savant.
cette Syrie où nous avons placé la Nysa des Egyptiens et des Grecs (45 sq.). Mais dans Tantique écriture (%ouewen, le nom de Ta-tstn a un sens plus remarquable encore : entre detix mains élevées en signe d'adoration , est le caractère du bois surmonté de celui de la croix , et ces trois signes sont à leur tour surmontés du grand confie qui représente le ciel ou Dieu. L'Occident se distingue donc de tous les autres pays par le ctdte qu'on y rend à la Divinité qui protège et gouverne le monde (le bois, P. 1, 433), et par l'idée deperfeetion (la croix, id. 269) *. C'est vers l'Occident que l'on se tournait dans le grand sacrifice du taureau, du pain et du vin, que l'empereur offrait pour tout le peuple. Le cœur pur et plein de respect que demandait ce vin , s'exprime par trois caractères qui signifient : faire voir, terre et Occident *, comme si c'était du côté de l'Occident que le Dieu que l'on adorait dans cette cérémonie solenneUe se ferait ' voir, se révélerait aux hommes. Les Chinois se souvenaient d'ailleurs fort bien qu'ils étalent venus de l'Occident* vers les rives du Hoang-ho, et que le Chen-si avait été leur première patrie.
« Le Saint doit être cherché du côté de l'Occident , » avait souvent répété Confucius, et longtemps après lui un empereur, Ming-ti , prenant l'Inde pour l'Occident, y envoya des ambassadeurs qui en revinrent avec l'idole et le culte de Bouddha. S'ils avaient porté leurs pas plus loin vers l'Ouest, ils auraient trouvé en Judée les Apôtres du seul vrai Saint et Sauveur*. De nos jours,
^ Dissertation sur le Ta-tsin, de M. de Paravey. — Le Ta-tsin, dans le langage ordinaire , désigne tous les pays à Tocoident de la Chine, en particulier la Perse, et peat>être même l'Inde.
« Chou-king, part, iv, eh. 13.
"^ Je ne parle pas du nom de Ta-tsin inscrit sar la flsmense «rolx de Si-ngau-fou ; car il est hors de tout doute que cette inscription e6t
l'occidbnt. 181
c'est des contrées qui sontàTouest duTa-tsin, c'est du royaume de la Mère du roi d'Occident , c'est du pays de la Justice et de la Lumière qu'arrivent par mer, en Chine, depuis trois siècles, les messagers du Christ.
Isolés derrière leurs immenses chaînes de montagnes, les Chinois ont leurs regards tournés vers l'Occident, d'où ils ont tiré leur origine, et d'où ils attendent et i*eçoivent la vie spirituelle. Mais cet Occident était pour les Romains des temps de Cicéron et d'Auguste l'Orient ou la portion de l'Asie qui avait été le théâtre des civilisations les plus anciennes et qui contient entre autres la Judée.
une fraude pieuse d'un jésuite portugais, probablement du P. Alvarès Semedo, mort en 1658. Voyez l'article de M. Neumann, de Munich, dans le Journal de la Société orientale allemande^ 1850, p. 33, sq.