‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 49 sur 108 · II. Paradis · texte numérisé non relu

II. Paradis

Les Chinois ont leur âge d'or. Mais dans les descriptions qu'ils en font, il nous est difficile de discerner ce qui est tradition nationale, emprunt fait à Tlnde et imaginations des poètes. Ce qui est incontestable, c'est que le Chi-king parle « d'un arbre de vie qui croît sur la montagne, et des fruits vénéneux de l'arbre, des plantes vénéneuses du jardin, dont nous avons tous mangé ; » c'est que les écrivains postérieurs à Confucius font allusion à l'arbre divin d'obéissance, Pou-sang (P. II, 23), à un arbre d'immortalité et de vie éternelle sur le Kouenloun ; c'est que dans un drame chinois figure le célèbre pêcher, Fan-thao, dont les fruits rendent immortels ceux qui en mangent*.

m. Le Serpent séducteur et la Chute.

L'Y-king parle d'un dragon qui s'est révolté par orgueil , qui a voulu monter au ciel et qui a été précipité dans les abîmes (P. 1 , 308). Kong-kong, le démon du déluge, a un corps de serpent (ibid.), et il est certainement le même que le dragon noir qu'a tué Niu-va*.

• Chi-kÎDg, p. 80, 161. Chou-king, Introd., p. 8. Sionnet, p 42. MémoireSy t. I, p. 106. Chine moderne y t. U, p. 462. Il y aurait pour un sinologue une dissertation fort intéressante à fiiire sur les arbres mystiques des Chinois.

* Sionnet, p. 46 sq. Chou-king, Introd.^ ch. XII i. — Neuf est le chiffîre du mal (P I, 416) en Chine comme en Grèce. L'Hydre de Leme, symbole du mal, a neuf têtes, et un livre chinois très-ancien contient l'image d'un serpent avec neuf têtes humaines, l'image d'un tigre, et celle d'un paon qui a neuf têtes, dont une, celle du milieu, est plus grosse que les autres. On ne trouve point de ces monstres à quatre, six, huit, dix têtes. (Mémoires, t. I, p. 303.) Mous verrons plus bas neuf mauvais esprits apparaître sous Caîn.

Dans un tableau hiéroglyphique de la création (P. Il, 476), la première femme se nomme la Femme-Serpent. Un antique proverbe fait de la femme la cause de tous les maux de l'humanité (id. 33). Le Chi-king dit en plusieurs endroits qu'elle est une échelle de calamités et de malheurs; que c'est d'elle et non du ciel qu'est venu ce bouleversement ; qu'elle a cherché ce qu'elle aurait dû fuir, et abandonné celui qu'elle aurait dû aimer seul, t Le Seigneurveut rendre à l'homme sa première vertu. . . Nous possédions d'heureuses campagnes : la femme nous les a ravies. Tout nous était soumis : la femme nous a réduits en esclavage. »

t Ce qui a perdu l'homme, » dit Tchouang-tsé, < c'est le désir immodéré de savoir. » Et la Genèse nous dit bien que ce désir fut une des causes de la faute d'Eve.

La chute de l'homme a troublé la nature elle-même : c Dès que l'homme eut acquis la science, » dit Lopi ^ « tous les êtres devinrent ses ennemis. La nature se corrompit , et alors tous les oiseaux du ciel et les bêtes des champs , les reptiles et les serpents s'étudièrent à l'envi pour nuire à l'homme «. >

lY. Le Protévangile.

La promesse d'un Sauveur faite à nos premiers parents, si l'on pouvait juger de la vie réelle par les livres des Sages , serait devenue l'unique espérance des Chinois, et le Saint serait le grand objet de leurs désirs. Le Saint , disons-nous , car le Sauveur a été pour eux , non le Vainqueur du Serpent, un Hercule, un Crichna , un Horus, ni le Libérateur qui console et réjouit , un Dionysus Lysius, un Bacchus Liber, mais le Saint et le

^ Sionnet, p. 44.

Parfait, qui doit naître de la femme seule ou d'une vierge (P. Il, 95 sq.).

Comme ils voyaient, d'après une intuition typique toute pareille à celle des Hébreux , des images et des précurseurs du grand Saint chez tous les personnages qui se signalaient à leurs yeux par une éminente sainteté, ils ont attribué à la plupart d'entre eux une naissance miraculeuse (id. 7i, 89).

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