‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 86 sur 108 · LA SÉCHERESSE ANTÉDILUVIENNE · texte numérisé non relu

LA SÉCHERESSE ANTÉDILUVIENNE

après elles. Les fleuves coulèrent de nouveau ; Ormuzd, sa loi , les âmes de ses serviteurs , les provinces , tout reprit sa pureté, son éclat et sa gloire. »

Mais ce ne fut pas là le terme de cette grande crise tellurique qui a fait cesser l'économie primitive de la nature, pendant laquelle la terre n'était humectée que par des vapeurs sans pluie, t Taschter-cheval courut sur rOcéan (dont nul ennemi ne lui disputait plus l'empire); Satévis se joignit à lui, et alors existèrent les nuées, depuis l'Océan jusqu'aux montagnes de l'Inde ; elles coururent au loin , chassées en grand nombre, sur les Keschvars , dans la route que leur traça Hom (le génie de l'eau d'immortalité). Puis le vent déployé, donné d'Ormuzd, chassa sur les sept Keschvars la (première) pluie, les (premières) nuées (pluvieuses), et le lait ( symbole védique de la pluie, P. I, 549).

f Depuis ce temps-là, Taschter fait couler sur l'homme pur toute l'eau qu'Ormuzd a répandue sur le pur Albordj. Quand les Péris rôdent partout et qu'Ahriman s'élève sur les astres, germes de l'eau , Taschter, élevé au-dessus de tout, frappe ces génies (et ne leur permet pas de désoler de nouveau la terre, comme ils l'avaient fait au temps de l'astre-serpent ); il veille sur l'Océan, et fait marcher promptement les nuées élevées ; il les porte au secours de l'eau, qui s'étend au loin, pure et amie, qui, en amie, vient d'en haut sur les sept Keschvars. » Ainsi toute sécheresse rappelle aux Guèbres l'antique combat de Taschter et d'Epéoscho , comme pour l'Hébreu tout orage était un écho du déluge, d'après le magnifique psaume viûgt-neuvième.

Le lescht se termine par un pompeux éloge de Taschter , qui rend la vie quand tout meurt sur et sous la terre, sans qui les Dews femelles auraient fixé autoup T. m. ^6

du monde le lieu de leurs délices, et qui récompense avec éclat ceux qui l'adorent*.

Le Boundehesch contient deux passages fort remarquables sur le combat de Taschter. Voici le premier et le plus authentique.

c II est dit dans la loi, au sujet de la terre, que, lorsque, pendant trente jours, Taschter répandit la pluie dont le zaré fut formé, toute l'étendue que cette eau humecta fut divisée en sept parties. Celle qui se trouva au milieu des six qui étaient autour, on l'appela Keschvar Kounnerets, et elles furent toutes séparées Tune de l'autre. » Suit l'indication des six Keschvars et un éloge du septième, qui est l'Iran.

11 est certainement fort extraordinaire que la loi zend, le livre de Zoroastre, prétende que le zaré, la mer^ et la forme actuelle des continents datent de la grande révolution tellurique qui a mis fin au fléau du feu*. Mais ce qui est plus extraordinaire encore, c'est que les Brésiliens disent précisément la même chose ( P. II, 565 et 566).

* Comparez dans le Setoat-Iescht (1, 247) : • C'est moi (Taschter; qui remets en ordre les mondes quand ils sont dérangés, •• et dans le lescht d'Avau (ll,'i65) : « L'eaa détruit tons les Dews hommes qni font da mal , les magiciens, les Péris, ceux qui rendent faibles, sourds, muets. » Voyez aussi le fargard 21 du Vendidad sur les bénédictions de Teau. ~ M. Spiegel croit que le lescht de Taschter a été mat traduit par Anquetil , et n'a pas trait à une sécheresse extraordinaire, à un fait historique. Mais le mythe de Taschter et d'Epéoscho se retrouve dans le Rig-Véda avec le sens que nous loi avons ici donnée et fait le pendant de ces légendes et mythes innombrables, tous relatifs au fléau du feu antédiluvien (P. II, 133 sq.).

* Les lecteurs ne perdent toutefois pas de vue que dans le lescht de Taschter, l'Océan est antérieur au fléau du feu, ^ que le passagt 4a Boundehesch en pehlvi reproduit inexactement le texte s»id« qoe nous ne possédons plus.

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Le second passage a été souvent cité dans les apologies de la Révélation chrétienne , comme une preuve en faveur du déluge. On a pris la pluie qui a terminé le fléau du feit pour celle du cataclysme. Ce passage d'ailleurs est d'un écrivain dont les croyances théologiques s'écartaient en quelques points de celles de Zoroastre. Toutefois, ce qu'il dit du combat de Taschter coïncide assez bien avec le lescht, pour que nous puissions avoir confiance dans les détails nouveaux qu'il nous donne.

Après quelques lignes très-obscures sur la position astronomique de l'astre Taschter au moment où c il commença à faire la pluie et à la porter eu haut par la force du vent, > le texte ajoute que c Taschter fit pleuvoir pendant trente jours et trente nuits. Chaque goutte de cette eau était comme une grande soucoupe. La terre fut toute couverte d'eau à la hauteur d'un homme (ou, sur cette terre l'homme subsista au-dessus de l'eau). Les Kharfesters qui étaient dans la terre périrent tous par cette pluie ; elle pénétra dans les trous de la terre. Ensuite le vent s'y étant mêlé, de même que l'àme se balance dans le corps, le vent se balança dans cette eau. Puis Ormuzd renferma toute cette eah, lui douna la terre pour bornes, et de là fut formé le zaré Férakh-kand (l'Océan). Les Kharfesters qui étaient morts restèrent dans la terre et y mêlèrent le poison, la pourriture. >

Pute, revenant sur ses pas, l'auteur donne un second récit de ce même fait. Si Taschter est descendu dans le zaré , c'est pour enlever de la terre les crapauds qui y étaient en grand nombre. Le combat est raconté en bref avec les paroles mêmes du letsch de Taschter. Puis on lit : c En quelle prodigieuse quantité Taschter fit pleuvoir l'eau qu'il enleva du zaré? Par gouttes grosses comme la tête d'un taureau, comme la tête d'un homme,

aSi ABIBMS M LA PEBSS.

plos grosses que le poing, que la main, sayoir les grosses et les petites. Tandis que Taschter versait celte pluie, le Dew Epéoscfao cherchait à faire du mal. Taschter lança sur lui la foudre, et, fraf^par cette massue, il jeta un cri affreux. Alors tous les deux (Taschter et Satévis) firent encore pleuvoir abondamment, et les fleuves parurent, et ils firent ainsi pleuvoir pendant dii jours et dix nuits (ajoutés aux trente précédents). Une multitude de crapauds et le poison des Kbarfesters restèrent dans la terre. Us se mêlèrent à toute cette eau, et elle devint salée ; car tous ces germes de Kharfesters qui restèrent dans la terre y pourrirent. Ensuite le vent, pendant trois jours, chassa l'eau de tous côtés sur la terre, et il en résulta trois grands zarés et vingt-trois petits. >

La foudre que Taschter lance sur Epéoscho est ud trait important, que nous retrouverons dans le Rig>Véda, et qui appartient à la bonne et antique tradition. La prodigieuse grosseur des gouttes de pluie marque que cette première pluie , qui inaugure une ère toute nouvelle, était d'une violence et d'une abondance uniques. Que la salure de la mer date de cet antique incendie, est une hypothèse fort gratuite, qu'avaient aussi faite les Brésiliens. Taschter aurait envoyé la première pluie pour délivrer la terre de tous les animaux impurs, ahrimaniens, qui l'avaient envahie et qui la souillaient : ce que le lescht ne dit point, mais ce qui pourrait être cependant autre chose qu'une imagination de l'auteur du double fragment que nous venons de transcrire. Enfin ici, comme dans le mythe d'Ahriman faisant la guerre à Ormuzd, des phénomènes platoniques auraient modifié la forme des continents.

DSCHEMSGHID. 365

y. DSGHEMSGfllD.

Taschter et Epéoscho, Frévak, Siahmak, Meschia et Meschîané ont presque entièrement disparu de la mémoire des Persans, comme le prouve manifestement le poème de Ferdousi. Le héros qui remplit de sa gloire les temps primitifs, c'est Dschemschid, dont nous allons déchiffrer les mythes, en nous aidant du Rig-Véda.

Dschemschid, c'est Dschem le Dominateur. L'ancienne forme de Dschem est Yima. Yima est fils de Yivanghat. Dans le Rig-Véda, Vivaswat a pour fils Yama et Yamé. L'identité des deux pères et des deux fils est évidente, et nul ne la conteste.

Vivaswat=Vivanghat ou le Brillant, le Lumineux est, comhie nous le verrons plus tard, le génie de l'humanité, qui engendre Yama=Yima ou Dschem, le frère jumeau, et la sœur jumslle Yamé=Yimé ou Dschémé. Ce couple est le premier homme et la première femme, ou Meschia et Meschiané. Seulement ceux-ci sont issus d'Adam synthétique qui était né d'un Taureau symbolique, tandis que Yama et Yamé sont censés enfants d'un Adam idéalisé.

Mais ces enfants de la Lumière sont trop lumineux, trop purs pour habiter la terre depuis que le péché l'a assombrie et souillée. Yama a sa demeure au ciel, où se réunissent les âmes après la mort, c'est-à-dire dans le paradis céleste. C'est ce que nous^ dit le Rig-Véda. Le Zend-Ave'sta tient à peu près le même langage, quand il donne le paradis terrestre, le Pur Iran, pour demeure à Dschemschid.

Le paradis terrestre était devenu pour les Bactriens, comme pour tous les peuples à traditions, un pays mythique. Leurs livres le placent tantôt, nous l'avons vu,

âM ARŒNS DE LA tnSRSE.

sur l'AIbordj, qui ressemble singulièrement au Kouenloun des Chinois, tantôt dans le Pur Iran, Eériéné Véédjo, que nous devons sans doute chercher dans la région de l'AIbordj, c'est-à-dire en Arménie et vers le Caucase, contrées fort mal connues des Ariens. Nul texte n'associe positivement le Pur Iran et l'AIbordj , mais nul aussi ne les isole, et Rhode déjà les a réunis. D'ailleurs les Persans s'accordent à chercher vers l'Occident leur Pur Iran, leur Héden, et nous avons vu que la Médieel l'Aderbidjan comptaient plus d'un pays ou d'une ville de ce nom d'Héden *.

A la première page du Zend-Avesta il est queslion du Pur Iran comme < d'une création de délices (un HédeD), dont il est impossible d'approcher. Ormuzd lui-même l'a rendu inaccessible, autrement tous les êtres auraient voulu s'y rendre. • Il ne manque à cet Héden, pour être celui de la Genèse, que les chérubins qui en fermaient l'entrée.

Avec la suite des siècles, l'Eériéné Véédjo est devenu un pays absolument fabuleux : c Les hommes y vivent trois cents ans, les vaches et le bétail cent cinquante; peu de maladies et de souffrances ; point de mensonges; les passions sans violence ; un pain suffît à la nourritare de dix hommes; tous les quarante ans naît, dans chaque famille, un enfant, et chacun y meurt saint, etc. *^

* La question ne serait pas doutease si Ver, fondé par Dschemscbid dans le Par Iran, était la même ville que Véréné, le quatorzième liea orée par Ormuzd . Car le premier roi connu de la Médie , celai qoe Ninos a pris et crucifié, est un Pharnus, c'est-à-dire un roi de Yatén^ (Diod. Sic. II, 1-10) , et le Bonndéhesch place Vériné dans leTtbéristan, qui fait partie de la Médie. Près du lac Ourmiaht en 9fédie, sont quelques faibles traces, ou plutôt un vague soaveoir d*ane antique capitale du nom de Véran ou Varan (C. Ritter, t. IX, p. 1017).

* SpiegeU Grammaire du Parsi, p. U2. 472 (en allemand).

DSGBÈMSCHID. ^7

Les Bactriens donc, en nommant Dschemschid l'Illu$trehéTo^d*Eériéné VéédjOy le faisaient vivre à leur ouest, en Arménie, dans THéden de la tradition biblique et universelle. Mais il était pour eux un représentant de rhufnanité postdiluvienne plutôt qu'un Adam. Les temps antérieurs au grand cataclysme, et le déluge lui-même n'éveillaient en eux qu'un médiocre intérêt, et à cet égard les Madaïdes peuvent être comparés aux Abrahamides ou Israélites, qui ne font dans leurs nombreux ouvrages inspirés presque aucune allusion aux temps d'Adam, de Gain, de Lémec, ni à la destruction du premier monde. Tout le mythe de Dschemschid s'explique par l'histoire des Noachides, dont la vie avait encore plusieurs siècles de durée, par les changements qui eurent lieu de leur vivant dans la température du globe , par le peuplement de la terre, la formation des races, la renaissance des arts et les origines de l'idolâtrie.

Et d'abord on lit dans le deuxième chapitre du Vendidad (d'après la traduction allemande de M. Spiegel ), que t Yima fut le premier homme à qui Ormuzd avait révélé la loi mazdéienne, mais qu'il se refusa à l'enseigner, à la méditer et à la porter, et qu'il reçut en échange la charge d'élargir, féconder, protéger, nourrir et surveiller les mondes d'Ormuzd; que, toutefois, il n'accepta ces fonctions qu'à la condition qu'il n'y aurait sous sa domination ni vent froid, ni chaleurs ardentes, ni dissolution, ni mort^ »

Ni mort, ni fléaux : c'est le paradis. Les Bactriens l'ont transporté du berceau du premier monde au berceau du second, comme les Ariens de l'Inde et les Egyptiens ont donné à Adam et à Noë le même nom de Manou et de

« Voye/ plus haut les réserves analogues de Goscheroun, et surtoot celles d'iCon, p. 334.

Menés ou Menas. Cette confusion se justifie d'ailleurs jusqu'à un certain point par le faiU très-important, que pendant les quatre premiers siècles qui ont suivi le déluge la mort n'exerça point ses ravages parmi les Noachides.

Les Noachides, comme Yîma, ne reçurent point de Dieu une révélation nouvelle, une nouvelle religion : ils furent encore des hommes de r ancienne loi , de vrais Pischdadiens (c'est le nom que les Persans donnent à la plus ancienne dynastie de leurs rois). Le premier devoir de l'humanité nouvelle était de se constituer de nouveau, de repeupler la terre déserte et de la cultiver.

Nous lisons, en outre, qu'< Ormuzd donna à Yima deux instruments merveilleux, un poignard (ou une lance, oa un van) d'or, et un aiguillon d'or. > Nous avons vu dans Sanchoniathon, Saturne, au temps de Tubalcaïn, forger une faux et une lance de fer dans sa lutte contre le Ciel (qui rendait la terre stérile). Ces instruments sont trèsprobablement l'un le soc de la charrue, l'autre Taiguillon du laboureur.

Puis « Yima reçoit en partage trois cents pays, qui se remplissent d'animaux domestiques, d'hommes, de chiens,^ d'oiseaux et de feux aux flammes rougeâtres (de foyers ou de maisons), ensuite trois cents autres pays, et enfin neuf cents. La terre ne sufiit plus aux êtres qui la peuplent, Yima s'avance vers le sud, fend la terre de sa lance d'or, la perce de son aiguillon, et par la puissance de sa prière, la terre, qui est la mère des animaux domestiques et de l'homme, s'élargit d'abord d'un tiers, puis de deux autres tiers, qui se peuplent successivement. » Ce mythe nous apprend qu'au temps de Yima l'Iran était désert, et ce n'est pas là un faible argument à opposer à ceux qui restreignent le déluge de Noë à quelque vallée de l'Arménie. Nous voyons, de plus, dans ces lignes avec quelle extraordinaire rapidité

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se multiplièrent les Noachides à demi immortels , et quelle impression produisaient sur eux les contrées nouvelles qu'ils peuplaient et qui leur semblaient se créer, s'étendre sous leurs pas. Enfin, il paraîtrait que les Madaides auraient peuplé Tlran en se dirigeant depuis TEériéné Véédjo ou TAderbidjan et la Médie vers le sud, le sud-est.

Cependant une grande révolution se prépare dans la nature : < Ormuzd assemble dans les cieux les Izeds ou les Anges ; Yima assemble sur la terre les meilleurs des hommes. Ormuzd descend avec ses Izeds vers Yima, et annonce aux hommes que l^biver violent, pernicieux, va apparaître avec ses neiges et tous ses maux (P. 11, 280), et ordonne à Yima de construire une vaste enceinte quadrangulaire (Ver, Var) qui serve à tous d'asile contre l'hiver, et où les meilleurs d'entre les hommes aient leurs demeures, leurs cours, leurs colonnes, leurs vergers et leurs jardins. Cette enceinte, cette province quadrangulaire est un lieu où il n'y a ni querelles et inimitiés, ni tromperie, ni pauvreté, ni chagrins, ni maladies, ni difformités. On y comptait dix-huit ponts (?); il y avait une haute porte. Le lieu est éclairé par des lumières qui se sont produites d'elles-mêmes ; le soleil, la lune et les astres n'existent point pour Ver. Tous les quarante ans naissent deux enfants mâle et femelle. »

Ce dernier trait, que nous avons trouvé déjà dans la description du Pur Iran, nous prouve que Ver et Eériéné Véédjo se sont confondus dans la tradition. Eériéné Véédjo est le vaste pays d'Héden ; Ver est le jardin de cet Héden.

L'Héden primitif, Eériéné Véédyo, le pays des délices, le premier pays créé par Ormuzd, ne connaissait pas (avant le déluge) les rigueurs de l'hiver. D'après le premier chapitre du Vendidad, c Ahriman y a créé un grand

serpent, et de concert avec les Dews, Thiver. » Le se^ pent, c'est Ahriman lui-même qui s'est emparé de la terre, désolée et refroidie par le grand cataclysme. L'hiver, c'est cet abaissement de la température qui a suivi le déluge (P. Il, 280; HT., 140 sq.). A dater de ce temps-là, on a vu « l'été réduit à deux mois, et l'hiver durer jusqu'à dix mois > sur les hautes montagnes de l'Arménie et de la Médie, où la neige se maintient, en effet, pendant la majeure partie de l'année *.

Cette création de l'hiver par Ahriman est annoncée et décrite en détail dans le discours d'Ormuzd à Yima. Nous l'avons transcrit ailleurs (P. II, 280). Le second chapitre du Vendidad explique et complète fort bien le premier.

Voyons maintenant ce que signifie la fondation de Ver au temps où les premiers hivers ont envahi notre globe. Ce temps a vu disparaître l'humanité maerobienney qui a fait place à notre race éphémère. Les hommes « excellets > s'en sont allés, et ont été réunis c en up lieu que le soleil n'éclaire pas, » c'est-à-dire sous terre et dans les enfers, ou bien hors des limites du monde, en des régions qu'illuminent d'autres astres que les nôtres. Ver serait donc les Champs Elysées des Bactriens, et, en effet, le Yima de l'Inde règne sur les âmes des hommes primitifs. La description que le Vendidad donne de Ver diffère fort peu de celle que l'Egypte fait de son Amenthès et Pindare des îles des Bienheureux.

Notre interprétation est celle que donnent les Persans eux-mêmes, ainsi que le prouve le passage suivant du Minokhired, qui résume d'une manière fort remarquable les antiques traditions relatives à Dschemschid :

* Neuf mois sur les plus hauts monts de l'Aderbidjan (Duncker, t. U, p. 424). — Telle est la réponse que je ferais anjouni'hni à la question que je me posais, P. Primitif, 11, p. 281, note 2.

« Dschemschid, avec la bonne assemblée, le fils de Vivanghanas a rendu aux hommes trois services. Il a opéré d'abord, pendant six cents ans, six mois et seize jours rimmortalité de toutes les créatures d'Ormuzd, en sorte qu'elles étaient faites sans souffrance ni vieiK lesse ni opposition. Puis il a produit le Var de Dschem* scbid ; et lorsque la pluie Malkoçan * commencera et que, suivant ce qui est révélé par la loi, les hommes et les autres créatures du Dominateur Ormuzd auront le plus dioiinué, alors ils ouvriront les portes de ce Var qu'a fait Dschemschid, et il sortira de ce Var des hommes et du bétail et des créatures d'Ormuzd qui entreront et restaureront le monde. Enfin il a retiré du corps du méchant Ahriman le Pacte (rAlliance) des êtres terrestres, que celui-ci avait avalé. »

Ici le Ver ou Var est sans aucun doute les demeures invisibles ou les hommes du premier monde avaient été recueillis à leur mort avec leurs troupeaux, et d'où ils reviendront à la fin des temps, habiter de nouveau la terre ', lorsqu'elle aura été dépeuplée par les fléaux dont Ahriman la frappera. Ver appartient donc à la légende, et non à la géographie et à l'histoire.

Mais ce que le passage du Minokhired que nous ve-

* Mot sémitiqtte : malqoscb, pluie. Les Persans croient que la fin du inonde sefa précédée d'une pluie extraordinaire.

* En d'autres termes, il y aura une première résurrection qui précédera l'incendie du monde et le grand jugement, (^'est précisément aussi ce que nous révèle le chapitre XX de l'Apocalypse de saint Jean. Les Persans modernes ont-ils fait cet emprani à nos saints Livres? Est-ce une antique tradition qui se serait conservée en Iran, et dont saint Jean aurait reçu en une vision la confirmation et l'espHeation? Je ne sais; mais cette première résurrection est On trait essentiel, et, je puis dire, nécessaire dans l'histoire de l'humanité (HT. p. 25).

372 ÂRIENS DE LA PEfiSE.

nons de transcrire, contient de plus extraordinaire, c'est ce livre de la loi avalé par Âhriman et retiré de son corps par Yima. Yima> fait ici à peu près ce que les Ariens de Tlnde ont attribué à Vichnou dans un mythe diluvien, dont voici le sens : La loi ou la religion du monde primitif, que les puissances de l'enfer avaient comme anéantie par le cataclysme, a bientôt été rétablie dans sa pureté précédente. Nous ne faisions donc point erreur en faisant de Yima un représentant des temps postdiluviens.

Quant aux 600 ans + 6 mois + 46 jours de son règne, ces chiffres sont un souvenir de la longue vie des Noachides et ont en même temps une valeur symbolique. Ils signifient (six était le nombre du péché) que ce règne a mal fini, comment nous le verrons bientôt.

Le Boundéhesch, le Livre des rois, et d'autres écrits persans nous racontent de Dschemschid beaucoup de choses auxquelles le Zend-Avesta ne fait pas allusion. Plusieurs de ces traditions attestent simplement la gloire populaire de ce héros mythique : telles sont celles qui lui attribuent la fondation de Ctésiphon ou de Persépolis. Mais la plupart ont trait aux grands faits de l'époque des Noachides, qui est personnifiée à notre avis par Dschemschid.

La plus célèbre de ces traditions est celle d'après laquelle « Dschemschid, en fondant Persépolis (qu'on a confondu avec Ver), a trouvé une coupe magique, faite d'une immense turquoise et pleine d'un or liquidé qui était la boisson d'immortalité. Cette coupe réfléchissait sur sa face extérieure le monde entier, et Dschemschid y lisait le présent, le passé et l'avenir. > La boisson d'immortalité, c'est l'amrita des Hindous qui a été trouvée après le déluge (P. Il, 287-2^4 ; HT. 179), et la coupe magique (P. 1, 330) est un symbole de Tes-

DSGHEMSCHID. 373

prit prophétique qui avait animé les Séthites et qui a reparu chez les Noachides.

Les écrivains persans parlent beaucoup de la chute de Dschemschid. Ferdousi, en particulier, partage sa vie en deux moitiés. * Pendant les trois premiers siècles, on ne connaissait pas la mort, il n'y avait ni maux ni fatigues, les Dews étaient soumis comme des esclaves, et Dschemschid enseigna à fabriquer des armes et à faire des vêtements, distribua ses sujets en plusieurs classes selon leurs travaux, inventa les arts, institua les fêtes religieuses. Mais sa prospérité Tenorgueillit au point qu'il se fit adorer comme Dieu et dresser des statues. • Cette histoire de Dschemschid est celle des Noachides qui, pendant trois siècles au moins, ne connurent pas la mort, et qui, après avoir restauré les arts, les sciences et la société, abandonnèrent le culte du vrai Dieu pour adorer des idoles. Le Livre de la Sapience et le poète persan du onzième siècle tiennent précisément le même langage (62).

Dschemschid =Yîma, d'après le Zend-Avesta, a pour épouse Yimé, de même que, dans lesVédas, Yama a pour sœur Yamé. Le Boundéhesch ajoute que, « dans le temps de sa chute, ce roi épousa une Dew et donna sa sœur en mariage à un Dew. De ce double hymen sont nés les singes, les Nègres et les Arabes *. » Les Arabes sont les gi'ands ennemis des Persans qui ont imaginé de leur donner pour ancêtres les démons. Mais que font ici les Nègres et les singes? Les Nègres représentent tous les peuples sauvages que la misère a rendus difformes, et ces races cuschitcs, éthiopiennes, noires, qui

* D'après le Boundébescb, Dschemscfaid a introduit dans le calte uue nonvelle espèce de fen sacré. Serait-ce une allusion au culte idolâtre du fen, qni s*était établi â Vr en Cbaldée, aux temps de Nemrod et de Dscbemscbid?

habitaient la Suziane, les plaines de Tlndus et celles de la mer Caspienne. Les singes, dans un grand nombre de mythes (P. II, 308), ont pris la place des Nègres et des Sauvages. Or c'est dans les siècles postdiluvieas, sous Dschemschid, que se sont formées ces races qui, par leur laideur, semblaient renier leur origine humaine (HT. 451 sq.).

c Par son orgueil insensé, Dschemschid avait soulevé contre lui tout l'Iran, qui passa sans la domination de Zohak. Le malheureux roi, malgré sa sincère repentance et son recours à Dieu, se voit abandonné de tous et forcé de prendre la fuite. Il disparait pendant cent ans. Puis il revient des extrémités de TOrient, de la mer de Chine, et tombe entre les mains de Zohak, qui le coupe en deux avec une scie ou avec une arête de poisson. » Ainsi, d'après Ferdousi et d'autres, Dschemschid se repent : un héros si fameux et pendant trois siècles si pieux ne pouvait mourir impénitent. Il s'enfuit vers la Chine, c'est-à-dire vers le pays des Dschin ou Chin, des Génies, des Mânes dont il est le roi. Son retour est uue invention romanesque ; son martyre, une atrocité qui doit rendre odieux Zohak.

Voyons qui sont Zohak et son ennemi Féridoun.

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