‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 96 sur 108 · Yama et Yami · texte numérisé non relu

Yama et Yami

Manou est, dans un hymne védique, surnommé Yivaswat le Brillant. Vivaswat, le Vivanghat du Zend-Avesta, est le père d'Yama et d'Yami, du Jumeau et de la JumeUe, ou du premier couple humain. Le mythe d'Yama et de sa sœur a donc trait aux origines de l'humanité, et ne peut se séparer de celui de Manou.

* Voyez R. Uotb, Dichemschid, et Kahu,

VAMA ET VAMÎ.

Nous disons avec M. R. Roth que Yama et Yami sont e premier couple humain, d*abord parce que la vraie lig-nification de leur nom est jumeau et jumelle. Puis, dans in hymne védique, Yami dit à son frère : t Voici ce que lésirent de toi les Immortels , un descendant de l'unique nortel, » c'est-à-dire du seul homme qui existât alors [ans le monde, du premier homme. Ensuite, ce même lymne repose tout entier sur le souvenir que les deux premiers époux ont été frère et sœur (17). Yami cherche I persuader à son frère que la volonté des dieux les a lestinés, dès le sein de leur mère, à être unis par les iens du mariage. Mais le poète védique sait qu'un tel nariage, nécessaire aii commencement des temps, n'est plus permis , et il met dans la bouche d'Yama cette réponse : c On a déclaré pécheur celui qui épouse sa sœur. Cherche le plaisir avec un autre que moi *. » Enfin, nous verrons bientôt qu'on a donné à Manou le même père qu'à Yama.

Voici , d'après le Rig-Véda , le mythe généalogique d'Yama : Twachtri prépare les noces de sa fille Saranyou {qui se hâtey se précipite) avec le brillant Vivaswat. A cette nouvelle accourt le monde entier (la foule des dieux). Mais au moment où la mère d'Yama, l'épouse du grand Vivaswat, fait son entrée, elle disparaît. Les dieux l'avaient cachée, elle immortelle, aux regards des mortels. Ils créent une autre femme semblable à la première (de même couleur^ Savarna), et la donnent à Vivaswat. Lorsque ceci se passait, Saranyou portait les Âswins dans son sein. Elle laissa (en disparaissant) les deux couples jumeaux d'Yama et d'Yami, et des Aswins*. >

t RV. IV, 146

* D*après la traduction allemande qu'ont donnée des textes sanscrits MM. Roth et Kuhn.

430 AtUENS DE L*IND£.

Twachtrî est un Phtha, un dieu cosmogonique du feu et de la lumière , un démiurge. Il se nomme parfois Savitri, le créateur.

Sa fille doit être lumineuse comme lui , et en même temps, d'après le sens de son nom, mobile, rapide, légère, vaporeuse. Saranyou est une nuée brillante, d'une nature céleste , immortelle , divine. Les Grecs donnaient à Athamas, pour première épouse la Nuée, Néphélé, qui était une divinité, et la Genèse nous dit qu'au temps d'Adam = Athamas la terre était humectée par une nuée qui a disparu plus tard (P. II, 17), Nous pouvons bien supposer que cette nuée était lumineuse par elle-même quand nos sombres nuages ne sont pas absolument privés de tout éclat propre.

Vivaswat est par la Nuée, sa première épouse, un Athamas=Adam; par la signification de son nom, un al-Orus= Adam. Mais Orus de Chaldée est le même nom que le jeune dieu égyptien Horus, et nous dirons que Vivaswat est le génie brillant de la première humanité, un Adam idéalisé, divinisé.

L'hymen de Vivaswat et de Saranyou signifie donc que sous l'action bienfaisante d'un dieu de la lumière, de la pureté et de la joie (Twachtrî), l'atmosphère terrestre, à la Ibis humide et resplendissante (Saranyou), produisit le premier couple humain (Yama et Yamî) *.i Mais cette brillante nuée disparut bientôt après la naissance de Thomme. Les dieux eux-mêmes, par égard pour lui, la dérobèi*ent a ses yeux ; elle faisait disparate, par son éclat et sa gloire, avec la triste destinée d*un être qui est en marche vers le tombeau. Cependant les dieux ne laissèrent pas veuf le génie

* Notons que toos les dieax« tous les anges^ hofootèteut ees noees de leur |Mrê«ence (P. Il, S7).

YAMA ET YAMl. 431

de l'humanité : la nuée immortelle fut remplacée par nos opaques nuages, qui sont la seconde épouse de Vivaswat. Elle n'a point d'enfants , car elle représente des temps de simple conservation , et tous les peuples sont sortis d'Yama et d'Yami. Mais elle ressemble assez à la Nuée primitive pour alimenter par les eaux de la pluie tout ce qui a vie sur la terre.

Enfin, les Aswins sont nés en même temps qu'Yama, comme l'Aurore a été créée pour Manou. Le magnifique spectacle du lever du soleil n'existait en quelque sorte pas encore, aussi longtemps que nul être Intelligent ne l'admirait ici-bas. D'ailleurs, selon M. Roth, les Aswins en inaugurant chaque journée, marquent la succession régulière des saisons et des années : il est dit d'eux qu'ils font tourner la roue du temps. Mais pourquoi sont-ils fils de Saranyou *? Je l'ignore, à moins qu'on ne suppose qu'au temps de Manou = Adam, les premiers rayons du soleil levant produisaient des jeux de lumière merveilleux dans la Nuée resplendissante qui enveloppait la terre.

* M. Kùhn cite d'autres versions postvédiqaes du mythe de Saranyoa. « Elle donna à Vivaswat Yama et Yami. Puis, laissant à sa place une autre femme de même couleur, elle prit la figure d'une jument et s'enfuit. L'Âditya Vivaswat se métamorphosa pareillement en cheval, et d'elle naquirent les Aswins. Savarna fut la mère de Manou. » Cette 5aran4/ou-jument ressemble étrangement à Déméter Erinnys d'Arcadie, Vivaswat-cheval à Neptune, et les Aswins ou cheval ailé d'Arion (P. II, 140). Mais le cheval, symbole des eaux chez les Pclasges, pouvait tout aussi bien en Inde figurer la lumière, et les Aswins seraient ainsi issus d'un dieu brillant comme le soleil et d'une Nuée terrestre non moins resplendissante. — Un autre poëte hindou fait de Saranyou « la sœur de Trisiras, le dragon aux trois têtes, et c'est elle qui, en l'absence de son mari , forme une femme qui lui est semblable, et à laquelle elle laisse Yama et Yami. Vivaswat a de cette seconde femme, qu'il prend pour Saranyou, Manon,

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Yama, < le premier des mortels,» a été aussi le premier des morts. « C'est lui qui a ouvert pour plusieurs la route qui conduit d'ici-bas en haut. C'est lui qui a le premier trouvé pour nous un lieu, une patrie qu'on ne peut nous ôter *.» Il est le chef des Mânes.

Sa demeure et leur demeure est < au milieu du ciel, avec les dieux, en un lieu de lumière, de repos, de paix, de joie, de ravissement, où tous les vœux sont accomplis, où Ton est à table sous les branches d'un arbre à l'épais feuillage, où l'on entre en déposant toute imperfection et en revêtant une forme glorieuse*. > On ne peut lire sans admiration les hymnes védiques, où la foi en l'immortalité décrit sans emphase et avec une naïve assurance l'empire céleste d'Yama. Ces chants, antérieurs à la conquête du Gange par les Ariens de rindus, remontent à une haute antiquité ; ils expriment

qai fut an Yivaswat en éclat. Cependant l'époux de Saranyon-jament la poursuit changé en cheval , et de leur essence vitale qui tombe snr la terre, naissent les denx Âswins. • Trisiras est, comme Géryon, un symbole de la grande Sécheresse, et l'on conçoit aisément qae la constitution primitive de l'atmosphère, oii les nuées étaieut sans pluie, ait en quelque sorte tenu de très-près au fléau du feu. La parenté de Trisiras et de Saranyou s'explique donc fort bien par notre interprétation du mythe védique. Mais la naissance étrange des deux Âswins ressemble tellement à celle d'Âgdestis (P. H, 140) que nous concevons qu'on fasse de ces deux Cavaliers la personnification des sources qui ont coulé de nouveau après la pluie extraordinaire qui a mis fin au fléau du feu. Le mythe des Âswins est encore nue énigme non résolue. Il est bien vrai que chez les Ariens le cheval figure tout spécialement la lumière, soit celle du soleil , soit celle d'Âgni (Ruhn, p. 450) . Mais Indra issu d'un cheval est trèa-probablement un Jupiter pluvius^ et il n'est donc pas absolument impossible que les deux Cavaliers aient été dans l'origine des dieux des eaux courantes.

* RV. X, I. 14, d'après la traduction de M. Roth.

* Roth, p. 427 sq.

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les croyances traditionnelles du monde primitif, et confirment d'une manière éclatante tout ce que nous disions plus haut de l'esprit éminemment religieux de la première humanité.

Dans la religion brahmanique, Yama a perdu son règne aux deux et son caractère serein et bienveillant. Il a été relégué vers le sud ardent, torridien, où l'on plaçait les enfers. Sa justice est inflexible, sa colère terrible, les supplices des méchants affreux. Les souvenirs du déluge ont sans doute contribué puissamment à faire d'Yama le roi des abîmes souterrains et le chef des ombres précipitées dans les entrailles de notre globe» (P. 11,319).

D'ailleurs le Bhagavat fait de Manou, et non d'Yama, le dieu des funérailles. Mais cette confusion ne peut nous surprendre, puisque Yama et Manou sont l'un comme l'autre le premier mortel, et que les poètes postérieurs aux Védas donnent à Manou le même père qu'à Yama.

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