IV. Les Pitris et les Déwàs
Les Pitris ou les Pères sont les hommes pieux, les sages des premiers siècles ou de l'âge d'or d'Hésiode. Ils vivaient, par leur foi et leur dévotion, dans la société des Dieux (Déwas), qui descendaient du ciel vers eux aux heures du culte journalier, et la religion était toute leur joie. « Ces sages antiques et justes s'étaient livrés avec les Déwas aux joies du sacrifice i C'est ainsi qu'Hésiode a dit que t les festins étaient communs au)L
• Yama et Yami deviennent des personnages postdiluvîens, comme le Mouth de Sanchoniathon, quand ils sont les enfants de Gandharva (Centoure, Caïnite , P. II, 1S2) et de la Femme des eaux (du déluge). Rig-Véda, VU, 6. 6, Kuhn, p. 447.
T. îll. i^
434 ARIENS DE L*INDB.
dieux immortels et aux hommes mortels ^ > Plus tard, < les Pitris avaient été à la recherche de la lumière cachée » au temps de la grande sécheresse, > et par leurs saintes prières, t ils avaient enfanté l'Aurore > en rappelant le soleil qui avait disparu derrière le vêtement de Vritra*.
Les Déwas humains, d'après les Lois de ManoUy sont nés après les Pitris. Ils sont les Elohim de la Genèse et de Sanchoniathon (33. 131; II, 163), les familles patriarcales des derniers siècles du monde antédiluvicD. La première humanité comprenait ainsi deux races distinctes : « La race des Déwas ou dieux terrestres et les mortels'; » — « les Déwas et les simples enfants de Manou *; » — « les Déwas et les enfants d'Ayous '. »
Ces Déwas sont si semblables en vertus et en puissance aux Déwàs immortels, que dans nombre de passages on ne sait desquels le poète védique vent parler. Cette confusion s'explique par reffîcaeité miraculeuse, créatrice, que les Ariens de Tlndus attribuaient à la pensée, à la parole, à la prière, au sacrifice des hommes pieux® (P- II, 408). Le soleil ne se lève chaque matin, les nuées fertilisantes n'apparaissent à l'horizon, les vents ne soufiSent que parce que le sage les a évoqués par son culte. Il les crée en quelque sorte chaque jour, c II consolide, il agrandit les mondes. > Son action ne se borne pas à la nature, elle s'étend même sur les dieux. Il soutient, il accroît leurs forces par ses liba-
*« Hésiode de Didot, A*. CXXIX.
« RV. III, 142.
5 Id. I, 135.
* Id. H, 480 s Id. I, 331.
< Id. I, 88. 359. 533; II, 46. 55-57. 486; HI, 25^. 414, et eeot 4iutre8 passages aossî remarquables.
LES PlThlS ET LB8 DÉWAS. 43fi
lions, et il fait lui-même tont ce qae par ses invocations il les excite à faire. L'arien hindou a d'aiUeurs perdu le souvenir de la création de Tupivers par TEternel ; il donne le nom commun de Déwas à Flntelligence suprême et à la foule des anges qui peuplent les cieux, et il croit (a^ec les Hellènes) que t le Ciel et la Terre ont également enfanté la race divine et la race humaine ^ » Il n'est donc pas surprenant que ces deux races soient peu distinctes. Enfin, nous avons vu comment les dieux devaient leur existence à Manou, qui les avait pour ainsi dire créés en créant la religion (418). De même les Pitris ont enfanté de nouveau l'Aurore après le fléau du feu ; c les Déwas, les adorables Richis (Sages) ont enfanté rinvincible Agni ; c Déwas (mortels), ils ont donné la force aux Déwas ^immortels) *. >
Après leur mort, les Pitris, comme les hommes de rage d'or, montent au ciel et deviennent « les gardiens, > les génies protecteurs des hommes, c Grands, vainqueurs, invulnérables, doués d'une force parfaite, resplendissants, ils sont admis aux festins des dieux. Les dieux les font monter sur leurs chars. Chaque matin les Pitris préparent le char du dieu suprême Indra , et attèlent ses deux coursiers impétueux, brillants et rougeâtres. » Mais ils quittent constamment le ciel pour redescendre sur la terre vers leurs enfants : « ils s'assemblent, > invisibles, près de l'autel, « pour recevoir l'offrande et la douce libation , » et < ils accordent avec bienveillance la richesse et la force à leurs adorateurs». »
Dans le dernier Mandala, les Pitris sont, non plus des hommes, mais des anges. L'imagination infatigable des
i RV. IV, 282.
I Id. 336. 263.
5 Id. I, «0;ni, 22. «27; IV, 155.
436 AIUENS DE lWE.
Ariens les a glorifiés au point de les rendre méconnaissables. Ainsi, lors de la création du monde, ils sont venus s'asseoir pour tisser la toile que Pouroucha étendait dans le ciel, au milieu des chants des dieux et des prières des Richis , enfants de Manou ' ; ou bien < ils ont semé le ciel d'étoiles brillantes , de même que l'on couvre un cheval noir d'ornements dorés'; » même lils ont formé les corps de tous les mondes et ont ensuite formé les différents êtres'. >
On a fini par diviser les Pères en trois classes : < Les Anciens , qui sont les Pitris proprement dits ; les plus modernes, c'est-ù-dire les fils des Anciens, les enfants qui leur ont succédé sur la terre, et qui, héritiers de la force paternelle, ont propagé les sacrifices, reçu d'eux le breuvage du soma, > et enfin, c ceux qui se placent au foyer terrestre et séjournent au sein des races généreuses K 1 Ces derniers ne sont plus des Antédiluviens, ils n'appartiennent plus à l'humanité primitive. Ce sont les pères ariens des Ariens eux-mêmes , les aïeux de leurs familles, les Ancêtres auxquels les Chinois rendent un culte domestique, les Lares des Romains.
Notons que le culte des morts , qui est devenu en Chine la branche la plus importante de la religion, a été retenu en Inde dans de plus justes limites par le vif sentiment de l'infinie grandeur du Dieu suprême.
Ce fléau est le seul événement qu'ont chanté tous les grands poètes védiques , le seul dont ils aient raconté
« RV. IV, 422. in.
• Id. 292.
s Id. 263.
4 Id. 15». 263.
LE FLÉAU DU FEU. i37
l'bistoire avec détail, le seul qu'ils aient considéré sous toutes les faces possibles, et résumé, expliqué dans cent mythes différents. Nous allons d'abord reconstruire, avec le secours de ces poètes, toutes les phases de cette unique sécheresse et la crise heureuse qui Ta terminée. Nous passerons ensuite rapidement en revue les personnages fictifs qui sont des personnifications de ces temps d'indicibles souffrances et d'une délivrance divine.
Combat d'Indra et des démons de la Sécheresse. — La ^ande, la seule gloire d'Indra, c l'antique exploit » du dieu du tonnerre * , c'est la victoire qu'il a remportée peu après sa naissance sur les Asonras , qui avaient dérobé les vaches célestes, et qui escaladaient le ciel en entassant montagnes sur montagnes. Ces montagnes sont de sombres et immobiles nuages (P. I, 489). Ces vaches et leur lait sont les nuées qui donnent la pluie (îd.). Les génies malfaisants qui ont dérobé les vaches, ont donc privé la terre de la pluie et causé une effroyable sécheresse. Cette sécheresse est celle de Gen=:Caïn et
de MéhujaéP (P. H, ^33).
C'était l'époque où (pour nous servir des expressions du Zend-Àvesta dans le mythe de Taschter) < l'eau asservie et violentée coulait avec peine vers le midi. > — c La terre se desséchait', disent lesVédas, les plantes se flétrissaient^, les fleuves étaient enchaînés par une
* RV. I, 56. 439. Comp. 194. 327.
s D'après la tradition mythologique, les Asouras impies auraient avale des offrandes sans les offrir au feu (Nève, p. 227). Tel était aussi le crime des antiques Rhodiens : ils avaient immolé dés victimes sans avoir de feu pour les consumer (Pind* 7« Olymp.). N'y a-t>îl pas là un souvenir du sacrifice de Gain ?
» RV. I, 118.
4 Id. II, 33.
438 ARiENS DB L'iHDB.
odieuse imprécation laacée contre eux^ » G^te imprécation nous la connaissons, c'est celle qu'avait {ntononcée contre Gain la Terre, qui avait ouvert sa boache pour boire le sang d'Abel.
Mais les Hindous rapportaient ce fléau aux mauvais génies qui ser plaisent à tourmenter l'homme, et non au Dieu saint qui le châtie pour le ramener au bien. «Les Asouras avaient dérobé les vaches, dont le troupeau était couché dans une sombre prison, dans une caverne ténébreuse vers l'orient*.» La prison, c'est < la Nuit, qui est comme une caverne qui enveloppe le monde d'obscurité \ i ce sont les contrées ténébreuses et invisibles où descend chaque soir le soleil quand il s'est dépouillé de ses rayons, c'est la partie du monde qui est au-dessous de notre horizon.
Gelui des Asouras qui avait dérobé les vaches se nommait Pani ou le Marchand , le marchand rusé et voleur, l'Hermès kërdoos des Grecs , Mercure qui enlève les vaches du Soleil *.
Dans leur prison, les vaches célestes d'Indra « étaient devenues les épouses enceintes d'un vil ennemi, du noir Grichna ^; » mais bientôt elles redeviendront celles de leur libérateur, Indra (P. II, 137). G'est ainsi que Féridoun a délivré les deux parentes de Dschemschid, que Zohak avait enlevées (379).
Ge troupeau prisonnier était sous la garde du plus grand des Asouras et de leur père, Ahi ou le Serpent'.
« RV. I, 17S. IV, 180. 185.
s Id. II, 39 et pasâm.
« SamA-V, 116. RV. 1, 58, etc. — D'après LaM«n, p. Gii, et Kobo. Pani signifierait marais, et désignerait les broniUards sans ploie 4A> couvrent les lieux humides.
» RV. I, 58, 19:^, etc.
• Id. 58. 56.
LS FLÉACr DU FEU. 499
Ahi est Zohak, le serpent dévorant (376) ; il est Ahriman qui, au temps de la grande sécheresse, se frayait un chemin dans l'air sous la forme d'une co uleu vre (359) ; il est le Satan de la nature, la personnification du mal physique sous la figure traditionnelle et biblique du dragon . c II dormait lourd, ignorant, insensé, dans une obscurité profonde,près des sept ^ torrents dont il formait la source * . »
La sécheresse dura quai ante automnes ou années '.
Enfin les sept Richis (sages), les Pitris, les Angiras^, « se mirent à la recherche des vaches célestes*, et ils les découvrirent par leur prudence, par Tardeur de leurs désirs et par leur piété. Ce fut Sarama (la voix de la prière), chienne divine aux pieds légers, qui la première entendit le mugissement des vaches immortelles, et qui , dirigeant les recherches des pieux Angiras , fit sortir de la caverne Fantique troupeau qui nous donne la vie*. • — c Ils ont retrouvé le ciel et conquis la terre^. >
Tout un hymne nous redit le dialogue de Sarama, et des Panis qui avaient volé les vaches et qui se refusent à les rendre*. Mais les Angiras, « par leur ardente piété, les ont ramenées ', » et en quelque manière c les ont faites*®.» Par eux, les Eaux ont été délivrées, les Aurores amenées, l'œuvre d'Ahi détruite *'.>
* Sept indique la totalité.
* RV. II, U2. 143.
» Id. I, 463.
« Id. II, 39. 58.
^ U ne faut pas confondre les voyages à la recherche de la pluie (P. II, 137), avec la recherche de Thumanité noyée dans le déluge (P. II, 234).
• RV. 1,120.249.
T Id. IV. 304.
• Id. 384.
9 Id. 451.
10 Id. 465.
ft* Id. 433.
Ou plutôt c'est Indra qui, voyant « les œuvres pieuses i des Angiras, € pénétra dans l'antre où les Ondes étaienl captives ; la montagne a (comme d'elle-même) ouvert son sein devant le héros bienfaisant*. Malgré l'obscurité, il a vu le dragon Ahi, et, comme on fait sortir les serpents de leurs trous en les remplissant de fourmis, il l'a contraint ù se produire, et ses membres se sont contractés. Le dieu Ta frappé de sa foudre au défaut de la jointure*, et par sa mort ont été déchaînés les sept fleuves'. > Voilà le plus puissant des démons terrassé sous la terre , dans les retraites inconnues où sont cachées les dernières sources des fleuves et le berceau de toute humidité. Un spectacle tout nouveau va s'offrir aux yeux des mortels : le ciel se couvre d'épais nuages. € Les vaches sont retrouvées, et les illustres Angiras en ont poussé des cris de joie*. » Mais leurs transports étaient prématurés. Les nuées qui s'élevaient de l'horizon et « s'avançaient dans les airs*, n'apportaient point la pluie aux malheureux mortels. Elles étaient des montagnes aériennes, ailées, et les Asouras qui s'en étaient emparés, et qui montaient avec elles « en serpentant, » avaient formé le projet t d'escalader le ciel sous leur apparence magique •. » Voilà bien les Géants des Grecs. Les Asouras se construisirent dans les airs cent villes fortes, formées d'une pierre merveilleuse '. Toute la voûte céleste se couvrit ainsi comme d'un
« RV. II, 39. Comp. IV, 98.
« Id. II, U2. 143.
* Id. 1, 462.
* Id. 120.
» Id. 474.
« Id. 1,463; 111,256.
f Id. II, 164, etc. — Ces villes fortes dans les airs reparaisseot dans le Mahabharata (Lassen, p. 615).
lourd et sombre manteau qui était l'œuvre. de Vritra, le plus puissant des Asouras après le Serpent.
Vrilra ou le Manteau, le Vêtement, est fils de Brisaya, dont le nom a la même signification*, et de Danou*, le Don qui ne veut pas donner, le trésor de pluie qui se refuse à s'ouvrir. Danou deviendra en Grèce Danaë fécondée par une pluie d'or. Vritra se confond d'ailleurs avec Souchna', le Desséchant aux cornes (menaçantes). Sous ce nom, il est manifestement identique avec le Dew iranien de la sécheresse, Ëpéoscho. Les cornes sont, en Inde , l'insigne des mauvais génies. — Dans le dernier Mandala du Rig-Véda,Vritra passe pour le fils de Twachtri, le dieu du feu ^ sans doute à cause des foudres que contiennent les nuages, ou de l'atmosphère qui était enflammée au temps de la calamité du feu. Ceci nous rappelle l'Âpophis de l'Egypte, frère du Soleil (260). Comme enfant de Twachtri, Vritra a trois têtes, qui lui sont coupées par un de ses adversaires, Trita (377). Cette forme monstrueuse était celle de Géryon , dont les troupeaux sont les vaches de Vritra, ou les nuées.
Vritra « s'était assis au haut des airs *, et, de concert avec ses nombreux compagnons, il retenait, par des prestiges et des enchantements, les eaux captives dans la masse énorme des nuages, qui, telle qu'une lourde et sonore montagne, enveloppait les vaches célestes ®. On eût dit que l'Àsoura s'y était endormi. Cependant il couvmt d'une profonde obscurité le ciel et la terre ', qui
• RV. 1,178.
« Id. 57, etc.
* Id. 62, etc. Ailleurs, II, 293 : « Souchua est né de la colère du fils de Danou. »
* RV. IV, 142.
» Id. 1, 100.
• Id. II, 420. 288.
f Id UI, iOH ; f, 480,
iiî ARIENS DE L'INDE.
étaient cemme perdus ^ Les Aurores étaient encbainées ', le soleil habitait les ténèbres '» et les hommes, à l'envi l'un de l'autre, redemandaient l'astre du jour*.
Vritra menaçait le Ciel et la Terre de leur ruine
Ces ténèbres jouent un grand rôle dans les traditions hindoues. Nous les retrouverons dans les mythes d*Atri et de Canwa, et nous les connaissons déjà par celui de Tchl-yeou (220).
Sous ce ténébreux manteau de nuages, le sol restait aride. Les humides nuées c n'arrivaient pas du ciel àja surface de la terre ^. » « Les AsQuras consumaient par leur feu particulier les offrandes ou les fruits des champs les plus précieux^. » Vrais c brigands, » ils dépouillaient les hommes de tous leurs biens, et c se chargaient d'un butin » immense ^. Ici s'offre à nous une des associations d'idées les plus anciennes, les plus générales et les plus étranges entre la nue ou la pluie» et le brigandage. En sanscrit nabhâs signifie nue^ et nabh endon^ mager. En hébreu, les Néphilim temhenl sur les gens pour leur faire violence, et néphélé en grec est la nuée (II, 166). Le Rig^Védane connaît pas d'autres NéphiUm que les Asouras de la sécheresse.
Enfin, le combat va commencer. Dans le ciel, « les dieux élisent pour chef Indra, c'est lui qu'ils ont choisi pour donner le bonheur (au monde) ^. > Sur la terre, < les
• RV. m, 412 s Id. I, 4S0.
» Id. II, 58.
* Id. I, 477.
& Id. 101.
» Id. 61.
■^ Id. 07.
» Id. 60 sq.
9 Id. H, 420.
religieux Angiras priaient avec détresse ; les mortels effrayés invitaient Indra à monter dans le ciel, par un de ces hymnes brillants et forts, aux larges et harmonieuses mesures; les Marouts, lesVents, amis de l'homme et auxiliaires du dieu, protecteurs de la terre, le flattaient heureusement (de leurs voix) *.«•
« Indra monte sur son char, et du haut des airs, à la face du ciel et de la terre, ferme, terrible, il souffle sur ces misérables *. » « Pour les détruire , il produit la bouche invincible de la foudre ', > qui ne daterait ainsi que de la fin de la grande sécheresse (P. II, 139). « Enivré des libations des mortels ^, il saisit son arme retentissante aux cent nœuds et aux mille pointes, qu'a formée pour lui Twachtri, qui a par là doublé ses forces ' (et qui est le Vulcain de Tlnde), Indra la lance contre Vritra. Sous le coup de sa foudre, le Ciel même se courba deux fois dans la crainte de sa colère ®, la Terre en frémit de joie', et tous les dieux raccompagnèrent de leurs louanges enivrantes*. »
f Indra combattait seul ; les autres dieux, s'ils ne l'avaient pas abandonné ^, ne lui prêtèrent du moins qu'un faible secours *". 11 attaqua d'abord le Serpent (qui reparait ainsi hors de place), et qui répondait par la foudre
* KV. udi. 101.
t Id. 61.
^ Id. 101 etpassim.
«Id. 1,56. 100; II, 420.
< Id. Il, AÎO.
» Id. 1, 102.
> Id. II, 141 ; mythe particulier.
'0 Les MaroutB ou lee Vents, qui forment son escorte ordinaire, Taidèrent à «mettre en mouvement la lourde montagne des nuages. • (RY. Il, 420.)
à ses foudres; aussi « avant de lui donner la mort, le dieu sentit-il la ci*ainte entrer dans son cœur *. » Ahi tombe étendu sur le sol. Vritra, le plus nébuleux des Asouras, enivré d'un fol orgueil, provoque Indra, qui lui brise les membres. Privé de pied, privé de bras, il combat encore; la foudre le frappe sur la tète ; il tombe déchiré en lambeaux, et son corps, balloté au milieu des airs tumultueux, n'est plus qu'une chose sans nom, qui se fond en eau, et qui d'une poussière humide grossit les rivières. Les ondes, que Vritra embrassait de toute sa grandeur, s'épanchent comme une digue rompue et foulent Ahi terrassé. Danou s'abaisse, Indra lui porte par-dessous un coup mortel, et la mère gît étendue sur son fils, comme une vache vers son veau. »
Ailleurs on lit que < Indra précipita Vritra au-dessous de tout ce qui existe *, » comme le Jupiter d'Hésiode fait les Titans dans le Tartare.
« Les autres Asouras, êtres impies qui ne connaissent pas les sacrifices, et qui osaient lutter contre des dieux amis des sacrifices, s'enfuirent honteusement devant Indra souillant sur eux. Sous les flèches de son arc, ils trouvèrent la mort de mille manières. Ses feux, du haut du ciel, venaient les consumer, et après avoir rî, ils pleurèrent leur folie. Toutes leurs villes furent brisées. Eux-mêmes s'évanouirent à l'éclat du soleil rendu aux hommes', et le puissant Indra, par sa magie détruisant leurs prestiges*, de l'enveloppe où s'enveloppait l'avare Souchna, fit sortir, aux coups de sa foudre, l'onde nour ricière*. L'Impie périt ainsi dans ses propres ondes';
* RV. 1, 58.
« Id. II, 293.
» Id. 1, 60-62. 477.
* Id. 97.
B Id. II, 4:28^ « Id. I, 19^
les nuages qui montaient sont abaissés, le lait des vaches célestes coule dans la région inférieure * ; en faveur de Manou la voie est ouverte à la pluie*, qui fait son bonheur', et la grande onde des rivières, délivrée de sa prison, s'élance en flots impétueux*.»
Cependant c Tobscurité dont les Asouras avaient encombré le monde se dissipe *, et le soleil , longtemps voîlé, reparaît. « Indra Ta délivré ainsi que les Aurores*; après avoir foudroyé les impies, il Ta élevé dans les cieux prtur l'offrir (de nouveau) à la vue de^ mortels' ; il a mis à découvert le ciel et la terre * ; ils étaient perdus et il les a retrouvés^. » C'est ainsi qu'«il a raffermi la terre, qui soutient tout, ^ et qui était menacée d'une ruine complète; c'est ainsi qu'til a, par sa puissante magie, prévenu la chute du ciel *®, » dont nous parlent les traditions chinoises (222). On aurait même pu croire qu'il donnait alors « naissance au soleil, au ciel, à l'aurore", » et cette restauration de la nature fut comme une seconde création.
Le mythe hindou que nous venons d'exposer^onfirme en plein l'explication que nous avons donnée de San- "choniathon. Des deux parts, l'humanité primitive est tourmentée par une affreuse sécheresse. Ici son ennemi
^ KV. I, 474. • Indra, dit la légende, a coupé les ailes aux montagnes, » p. 62, etc.
« Id. 100.
5 Id. 392.
* Id. H, 421.
» Id. 1, 480.
« Ibid.
' Id.I,97. ICI. 178; II, 58, etc.
8 Id. II, 288.
» Id. 111, 412.
«0 Id. I, 474.
*« Id. 57.
i46 ARIENS DE lMnDE.
est le Ciel , là ce sont les Asouras. Son triomphe, d*un côté comme de l'autre, consiste dans une pluie extraordinaire qui ouvre pour la nature une ère nouvelle. Cette pluie est figurée là par les vaches célestes, épouses des Asouras, ici par une concubine du Ciel, et les vaches tombent au pouvoir dlndra , comme la concubine à celui de Saturne. L*ère nouvelle est, en Inde, comme une création nouvelle, de laquelle date le raflTermissement de la terre, « l'abondance des Aurores et la gloire des automnes * ; * en Phénicie apparaît à Tépoque correspondante Rhéa, ou la Terre bien ordonnée, avec les Saisons et avec Dioné ou l'abondance.
On s'étonne, il est vrai, de voir dans les traditions païennes le mythe de la sécheresse et du feu occuper une si grande place, quand celui du déluge et de l'eau en prend une fort petite, et Méhujaël éclipser en quelque sorte Noë. Mais il faut bien considérer que les souvem'rs des temps primitifs n'étant point mis par écrit, subissaient aisément les plus grandes altérations, et que dans certains pays du sud les ardeurs de l'été sont telles que, d'année en année, elles peuvent inspirer aux peuples les craintes les plus vives pour leurs récoltes. La pluie est pour eux la bénédiction suprême. Rien ne leur rappelait les terreurs du déluge, tandis que le combat d'Indra et de Vritra se renouvelait chaque hiver sous les yeux des Ariens de Tlndus '.
< RV. Il, 143.
* Disons en finissant que l*Asoura Ourana avait qnatre-TÎngt-dixneuf bras, comme les Géants grecs (RV. I, 467) ; — r que Vritra. le magicien, s'était caché sous la forme d'un cerf(1, 151), — et qu'Indra est comparé à un cheval qui , de sa queue , frappe les insectes qni Tattaquent (I, 98), ce qui rappelle Taschter luttant, sous la fortav d'un cheval, contre Epéoscho.
Combat de Trita et de Trisiras. — La victoire d'Indra sur 'Vritra , qui remplit pour ainsi dire à elle seule tout le Rig-Véda, n'a laissé dans les traditions des Ariens de riran qu'une trace unique, qu'un mot, celui de Yritraghna, meurtrier de Vriira, qui, en Inde, est une épithète d'Indra, et qui, dans le Zend-Àvesta, sous la forme de Véréthraghna, désigne le plus puissant des Izeds, Bebram , le génie de la victoire. Le grand héros de l'Iran , Féridoun, ne joue, au contraire, qu'un rcMe tout à fait subordonné dans le Rig-Véda. Il s'y nomme Trita ou Trétana, le vainqueur du serpent à trois tètes, Trisiras= Zohak (377).
Trita parait avoir été primitivemenl un grand dieu, un dieu des eaux cosmogoniques , l'égal d'Indra , de Vichnou, de Varouna. Son ennemi, c'est Ahi , le serpent qui avait dérobé les vaches; c'est Vritra, qu'il mit en pièces par la force du Soma ; c'est Trisiras= Zohak, le monstre aux trois têtes et aux sept queues; c'est Twachtri, le dieu du feu et de la sécheresse, auquel il enleva les vaches célestes*.
Un hymne chante les angoisses de Trita, qui était tombé dans un puits dont il ne pouvait sortir. Ce puits est l'image d'un état de grande détresse, d'où l'on ne peut être délivré que par une intervention étrangère. La détresse est ici celle du fléau du feu : Agni, l'Emmanuel des Ariens, est le seul des dieux qui < s'oppose au loup , > c'est-à-dire au soleil dévorant, t qui traverse les grandes ondes i des nuées pour les enlever, et c'est lui, c'est Agni qui délivre le malheureux Trita en apparaissant sous sa forme glorieuse de Maître du sacrifice (Vrîhaspati). Sa simple « vue a fait se lever et s'enfuir le loup'. > Trita est ici non plus l'antique dieu des eaux,
« Roth, Féridoun, p. 219 sq.
» RV. 1,301 sq.
iiS ARIENS DE L*INDE.
qui rend a la terre consumée la pluie fertilisante, mais le représentant des hommes pieux, des Dé^as, qui s*étonnent que les dieux, oubliant leurs sacrifices, les laissent si longtemps souffrir pendant le fléau du feu.
Combat d'Etasa et du Soleil. — Etasa, le cheval, c'est-àdire l'eau , est certainement identique avec Taschtercheval du Zend-Avesta. Seulement le Taschter de Tlnde a perdu sa nature divine et n'est plus qu'un siinplf homme. L'ennemi d'Etasa est, non un démon de la sécheresse, mais le soleil lui-même qui dessèche la terre. Chez les Phéniciens, c'est le dieu du Ciel, qui veut faire périr les hommes par le fléau du feu (414), et en Eg:>T)tP, Apop^Epéoscho est Gis du Soleil (260). Il est sans doute étrange de voir les Ariens hindous, dont la religion éUu't toute solaire, faire de l'astre du jour un Ahrimanqui tue ; mais comment ne pas attribuer au Soleil lui-même la ruine du monde qu'il consumait du haut d'un ciel sans nuages? Dans nos saintes Ecritures, le soleil est à la fois l'image du Messie qui porte la santé dans ses rayons, et celle des persécutions qui font périr la semence de l'Evangile dans les cœurs*.
On lit donc dans le Rig-Véda que le Soleil s'était incarné eh la personne d'un fils de Swaswa* auxheaiij chevaux*, ou, en d'autres termes, il semblait avoir quitté sa haute demeure et être descendu parmi les hommes pour leur perte. Alors « un simple mortel ^, le pieux Etasa*^, > attaque le dieu-homme. Mais le Soleil c accablait) Etasa*, et il « l'emportait déjà dans s6n char léger', >
< Malacbie IV, 2; Luc I, 78; Matth. XIII, 6, 2t. « RV. I, U9.
> Saina-V.205. AUnsion aux coursiers du Soleil.
♦ RV. I, 477.
» id. 119.
• Id. III, 186.
Y Id. I, lOS,
quand Indra, accourant au secours du vaincu (comme Satévîs vient en aide à Taschter), c arrêta au lever de l'aurore, dans leur course, les cavales du char de Souryas et en brisa la roue».» — « Alors, ajoute l'hymne védique , le noir nuage , qui fuyait incertain , perce son enveloppe et verse son onde au sein des airs*. »
Etasa, d'ailleurs, t doit sa victoire sur le Soleil à sa générosité envers Indra, à qui il apportait de riches offrandes avec la libéralité d'un père pour son fils, et à la reconnaissance du dieu pour ses libations et ses louanges^. >
Cependant le mythe d'Etasa compromettait trop la gloire du dieu du Soleil , pour qu'on ne cherchât pas à exprimer la même idée d'une manière plus respectueuse. Voici la fable qu'on a imaginée : Le Ciel a une fille du nom d'Aurore. Cette Aurore n'est point la gracieuse jeune fille qui danse tous les matins à l'Orient en attendant le lever du soleil : la fille du Ciel n'a dç commun avec elle que l'éclat de ses couleurs. Son vrai nom serait l'Ardente (la Phaëthon). « Elle voulait malheureuse-
« RV. II, 285. 291. Comp. I, 344.
> id. Il, 160. Briser la rone du soleil est une expression fort étrange pour dire lancer la foudre. Voici les idées intermédiaires. La foudre, lumière céleste, est censée provenir de Tuuique source céleste de la lumière, le soleil ; elle est comme un rayon de cet astre, qui se serait voilé dans le nuage , comme une portion de cet astre, que la Divinité précipite sur la terre. Cependant l'orbe solaire a la forme d'une roue; il est Tune des deux roues du char qui porte Indra, le dieu du jour ; l'autre rone est cachée à nos regards par la première. Quand Indra veut lancer la foudre, il détache une de ces roues, la brise et la jette sur la terre. Mais, remarque fort judicieusement un poëte védique (RV. U, 160), • cette roue qui est lancée dans l'espace et sur qui repose la vie de tous , a été sauvée de la destruction. •
* RV. II, 137.
* Id. I, 477.
iSO ARIENS DE L'IMDE.
meot la mort > des hommes (ainsi que le fils de S^as^ on quTranus) : Indra la lui a donnée. EUe se faisait grande : il l'a réduite en poudre. Tremblante, ainsi frappée par ce dieu généreux , elle est tombée de sod char réduit en poussière, et ce char, tout brisé, s'affaissa dans la Vipasa, qui coule au loin * » (vers l'occideût).
La Vipasa est l'Hyphase ou Bibase des anciens, le Bedjah des modernes, une des rivières du P^4)d^ ^ rindus; mais pour les Grecs, elle se nommait TEridan, et le char qui y était tombé du haut des cieux , était celui de Phaéthon, le jeune homme resplendUsard comme l'Aurore, qui, en rapprochant de la terre le char du Soleil, avait allumé un épouvantable inceodie. Indra foudroie donc la fille du Ciel, et Jupiter Phaéthoa, daos le même temps que Saturne, le laboureur, luttait sur la Terre contre l'aridité dont la frappait Uranus.
Coutsa. — Sanchoniathon nous a appris que lors de la Sécheresse les hommes, les Elohim, saisis d'un entliousiasme magique , avaient réuni leurs efforts à ceux de Saturne contre Uranus. Cette association de l'homme et du dieu dans la lutte contre le mal, est une idée trèsprofonde, très -poétique, très-vraie. Elle n'est point propre aux Phéniciens : les Grecs la possédaient aussi, conmie le prouve entre autres le rôle qu'ils ont assigné à Hercule dans le combat des Géants. Ce héros nous fournit l'explication de Coutsa , qui personnifie la part que l'homme prenait, par ses prières et ses vœux, à la grande lutte d'Indra contre Ahi et Yritra , pendant le fléau du feu.
Coutsa est un mortel qu'Indra a fait asseoir sur son char, et qui a combattu à ses côtés contre les Asouras.
On peut suivre pas à pas le développement de ce mythe.
> RV. II, 163.
Goatsa * avait pour ennemi l'avare Soucbna, le /)enechantf et dans un jour de bataille, au milieu de la mêlée, Indra prit parti pour le jeune et brillant Coutsa, qui l'avait invoqué dans son malheur. Souchna fut terrassé sous les coups innombrables de la foudre*.
Voilà le noyau primitif du mythe, dont le sens est fort simple : les hommes luttaient avec peine contre la sécheresse, à laquelle Dieu mit fin par un orage qui fut accompagné de torrents de pluie.
Mais lorsque les nuées reparurent, promettant et ne donnant pas la pluie, l'attente de Coutsa était si grande, si vive, qu'il ne demeurait pour ainsi dire plus ici-bas : il était en esprit auprès d'Indra, de qui dépendait toute sa destinée. Aussi a-t-on dit que « Indra fit asseoir sur son char Coutsa, auquel il voulait donner (dans le ciel) la jouissance du soleil (que Vritra voilait à la terre avec son impénétrable manteau de nuages)'. »
Le dieu lui accorda une grâce plus grande encore, celle de l'appeler à combattre, de moitié avec lui , Sou* chna, et même de lui confier la foudi*e. < Indra» pour en frapper Souchna, a détaché une des roues du Soleil, » et < Coutsa a pris l'autre , et son bras, armé de la foudre, a triomphé de ses ennemis^. » Voilà bien Hercule repoussant avec Jupiter les assauts des Géants.
' Je passe sous silence sa généalogie , qni n'a pour moi aucun sens (RV. II, !57. 248 ; III, 186). Lassen cite d'autres traditions qui font Coutsa fils d'Angiras. {Journal pour la connaissance de V Orient ^ t. VII, p. 362. 367).
« RV.I, 123. 206.243.
' Id. II, 428. 448. — La faveur accordée à Coutsa est devenue, par une figure poétique, le privilège de tout chantre pieux. « 0 Indra, dit Pryamédha, monte sur ton char d'or. Que je me plaoe avec toi sur ce char magnifique CUit 366). •
* RV. I, 410; II, 162. 448, etc.
i52 ARIENS DE L*INDE.
Puis sont venus les détails et les variantes : < Indra a, dans le combat, protégé Coutsa de son propre corps*;» — € de sa foudre, il Ta sauvé deux fois*; » — t il a donné en présent une des roues du Soleil à Coutsa , qui ne pouvait plus marcher*. »
Enfin, l'homme s'est plu à se diviniser dans cet homnie privilégié. Tandis que des chantres plus humbles faisaient de Coutsa le vassal deTourvayana*, on représentaient tous les dieux combattant les Asouras de concert avec le grand dieu et son ami *, d'autres attribuaient toute la gloire du triomphe à ces deux-ci, autour desquels € les Dévas s'assemblaient pour les honorer'.iOfl alla même plus loin, et l'on raconta qu'Indra, s'étant rendu à la maison de Coutsa , qui ne pouvait repousser ses ennemis , les avait vaincus sous la forme de son ami, et qu'il était devenu son commensal : c assis tous deux sur le même siège, ils avaient la même forme, et la pieuse épouse d'Indra, qui était venue du ciel les visiter, hésita entre eux\ > La légende veut même qu'elle se soit trompée*.
Mais d'autres poètes sont venus protester contre cette parité de l'homme et du dieu suprême :c Indra, disaientils, débarrasse-nous de Coutsa; viens toi-même; car un autre qui te ressemble siège à ta place , privé de virilité •. »
« RV. ni, b5. 56.
• Id. 284.
> Id. II, 286.
« Id. I, 104.
s Id. II, 386.
• Id 291.
1 Id. 133.
» Id. 248.
• Id. IV, 203.
LE JE^LÉAU DU FBU. 453
Nous avons épuisé les mythes des combats : victoires du dieu suprême (Indra), seul ou aidé de Thomme (Coutsa), sur le serpent infernal et les démons qui retenaient la pluie ; victoire d'un dieu des eaux (Trita) sur ce même serpent; victoire d'un génie des pluies (Etasa) sur le soleil descendu en terre (Swaswa) ; intervention du dieu suprême (Indra) précipitant du haut des airs TAurore torridienne. Mais pendant que les dieux bons et les dieux malfaisants luttaient dans les cieux pour sauver Thumanité ou pour la perdre, combien n'étaient pas grandes ses souffrances, et quelle ne fut pas sa joie quand la pluie lui fut enfm rendue ! C'est ce que nous a déjà dit Trita du fond de son puits et ce que vont nous redire, sous plusieurs images, les mythes suivants.
Mythes du feu, de la faim et de la soif, c Un cruel ennemi, par des prestiges magiques, avait jeté Atri avec sa famille dans une horrible prison aux cent portes (la voûte céleste, P. 1, 448), où des feux l'environnaient et le dévoraient au milieu de grandes ténèbres. Mais les Aswîns ( au lieu d'Indra ) apaisèrent en sa faveur le brillant Agni (qui n'exauçait plus les prières de ses adorateurs), et rendirent le feu (dévorant de Twaçhtri) aussi doux que le miel, aussi froid que l'eau. Us délivrèrent le prisonnier en brisant les prestiges de son adversaire et en éteignant par une onde fraîche l'incendie; ils lui donnèrent une nourriture qui releva ses forces, et le comblèrent d'un bonheur qui charme tous les sens^ >
t RV. I, 96. 215.298. ^:M. 237. 239. 418; II, 484; III, 373, etc.; IV, 203, etc. — « Canwa (comme Alri) était plongé dans les ténèbres, ou enfermé dans un palais obscur, et (comme lui) il a été rendu an jour. • Canwa semblerait donc être la doublure d*Atri. Mais le commentateur veut que Canwa ait été aveugle, et il le fait descendre ^ de Pouron. Canwa est d'ailleurs prêtre. Il appartient plutôt aux temps po8tdilnTi(ms, ou il y a deux personnages différents portant ce même nom.
454 AillËNS DE L*iNDB.
Gôtama était < épuisé par la soif. Les Marouts ou les Vents lui ont ouvert les sources célestes » fermées pendant quarante ans par les Asouras. Ou c ils ont fait naître pour lui une source, t Ou encore : c ils ont, par la route des airs, enlevé une source > qui était « une haute montagne » de nuages; ils l'ont transportée, des régions ténébreuses ou elle était retenue par les Asouras, vers les lieux où habitait Gotama, et, • fendant la montagne» pour en faire tomber la pluie, de cette eau du ciel ils ont, sur la terre, c formé un bassin en sa faveur, venant ainsi à son secours et comblant les vœux du prophète ^>
Mais pourquoi ne pas étancher la soif de Gotama aver l'eau des sources? Pendant le fléau du feu elle s'est retirée dans les entrailles de la terre et ne monte plus i sa surface. Gotama est pareil à un voyageur altéré qui arriverait au bord d'un puits très-profond ou il ne pourrait descendre, et dont il ne pourrait faire monter l'eau jusqu'à lui. t Les Aswins > viennent à son secours : f de ses fondements ils ont soulevé un puits, ils y ont pratiqué un escalier facile, > et, en faisant jaillir de nouveau les sources, c ils ont ouvert pour Gotama comme une source abondante de félicité'. »
Les Aswins ont fait exactement le même miracle en faveur de Sara, fils de Ritchatca', qui est un autre Gotama, au sacerdoce près.
Du t célèbre Va^nra, » il est dit simplement que < les Aswins ont apaisé sa soif, > et ailleurs, que t en chan-
t RV. I, i62. 163; II, 343; III, 277. — Indra a de même, en fiivear de Tiisoca, ouvert les flancs de la montagne céleste pour eo fidre sortir les vaches fécondes (les nuées pluvieuses). C'est s ce même Trisoea que les Aswins ont renda les vadies qaî lai avaient été enlevées (parles Asouras).
t RV. î, 229.
tant il put renverser le rempart , » le rempart que les Asouras avaient élevé dans le ciel en y construisant leurs villes fortes, et non, comme le veut le commentateur, la fourmilière sous laquelle ce Richi se serait trouvé enseveli*.
La source que les Aswins font jaillir du sabot d'un cheval pour Cakchivan , Tenfant de Padjra , signifie la même chose que le puits de Gotama (P. I, 499).
Avec Cakchivan est mentionné t le fils d*Ousidj, Dirghasravas, » qui, dans un temps de sécheresse (où Pâni, l'Asoura marchand, avait dérobé les nuées), « s'était fait marchand » (pour les retrouver) , et « à qui les Aswins ont ouvert le doux trésor » de la pluie V Benfey pense que Dirghasravas n'est pas un nom propre et désigne Cakchivan*.
€ Samyou, fils d'Agni Vrihaspati (ou du dieu des sacrifices) , avait une vache stérile à laquelle les Aswins ont rendu son lait. » Cette vache, c'est la terre ( P. I, 503), qui a recouvré sa fertilité après le fléau du feu, au temps de Dioné (133) et de la grande prospérité des Caïnites. « La fortune » de Samyou, Vheureuœ, était comme proverbiale en Inde*.
€ Vous avez, ô Aswins! donné l'orge à Vrika, » dit Vasichta. Vous avez entendu l'appel de Saymi, Vous avez rempli de lait sa vache stérile comme (on remplit) d'eau (le lit d'un fleuve). Par là, t le vieux Sayou, fatigué » de la longue sécheresse, t a été arraché au danger avec Atri et l'antique Manou ». » Sayou paraît être le même personnage que Samyou, et ses deux contemporains
* RV. 1,97. 217, et notes 271.
* Id. 216.
' Sama-V. 42.
* RV. l, 64. 215.
» Id. I, 132. 217. 231-237; IV, 205 sq.
i56 ARIENS DB L*IMDK.
prouvent qu'il appartient aux premiers siècles du monde antédiluvien.
Les héros malades. Nous avons expliqué par les temps de Méhujaêl, qui est Thomme détruit de DieUy et de la sécheresse, Tâge d'argent d'Hésiode, où l'on mourait misérablement à cent ans encore adolescent, ainsi que la débilité temporaire de Meschia et Meschiané (351). La tradition de Meschia est arienne ; on doit donc s'attendre à la retrouver dans les hymnes des Ariens de rindus, et voici en effet quelques légendes dont elle nous semble fournir l'explication.
Atri ( contemporain de Méhujaël ) et sa fille, Apala, € avaient l'un la tête, l'autre le corps, pareils à un sol dévasté. Apala, descendant vers l'eau, trouva Somaou la Libation sur sa route. Elle le rapporta dans sa demeure, et après s'être purifiée trois fois, elle obtint par lui, d'Indra, la guérison de sa maladie et une peau brillante comme le soleil . »
c Ghocha, affligée de la lèpre, avait vieilli dans la maison de son père : les As^ins lui ont donné un époux. » Le commentateur veut qu'elle soit la fille de Cakchivan. Celui-ci est l'homme de la soif comme Atri est celui de la fournaise, et Ghocha est ainsi une seconde Apala, par sa date non moins que par sa maladie.
Angiras , un des héros des temps de la sécheresse, a une fille, Saswati {V Aurore) , qui est l'épouse d'Asanga, (ils de Playoga. Asanga était prêtre et roi , le chef des hommes. Mais (par suite de la malédiction d'un dieu) il perdit sa virilité (comme Meschia) et ne fut plus qu'un être à l'esprit incapable, à l'œuvre légère , une femme. Saswati fit pénitence, et, ù la prière de Medhyatithi, Asanga recouvra ce qu'il avait perdu. On le voit après
( RV. m, 399.
cela , prince puissant dont l'empire s étend au loin , répandre le bonheur et l'opulence sur toute la race des Yadwàs * .
Les Védas parlent d'autres malades illustres dont nous ne pouvons déterminer l'époque. Ce sont :
« Paravrïdjy qui était aveugle et boiteux, » ou seulement boiteux, puisque Ridjraswa représentait déjà la cécité. Les Âswins l'ont guéri.
« Au fils d'Arichada ils ont rendu l'ouïe. » Pourandhi, la Prière, est une autre Saswati. t Ayant invoqué les Aswiiis dans l'hymne du sacrifice » ea faveur de son t époux qui était eunuque, » elle devint mère' d'un fils, Hiranyahasta, aux bras d*or.
« Syava, trois fois déchiré, a été rappelé par les Aswins à la vie, et il obtint d'eux la brillante Rousati, » après avoir été, dit le commentateur, guéri de la lèpre. La légende de Vispala est fort étrange : « L'opulente Vispala, épouse de Khéla, avait eu le pied cassé dans un combat. Aussitôt, célébrés par la voix d'Agastya, les Aswins, qui furent son trésor, lui donnèrent une jambe de fer qui devait la porter dans la bataille suivante. » Ces lignes ne peuvent avoir un sens symbolique. Je ne vois pas/ d'autre part, comment les Ariens de l'Indus auraient eu des artisans assez adroits pour faire en fer une jambe qui permît de marcher, même d'aller au combat. C'est là, si je ne me trompe, un de ces prodiges de mécanique que les Chinois, comme les Hellènes, attribuaient aux antédiluviens, aux Tubalcaïnides '.
* RV. III, 189. 305. Cette légende renferme des contradictions. Angiras est Méthasçaël, et son gendre règne sur les descendants de Yadou , héros postdilavien. Yadou est frère de Pourou , Taïeul de Ganwa, et Canwa est le père de Medhyatithi , contemporain d'Anginis.
• Dans le second volume (p. 148) du Peuple Primitif, j'ai fait
T. ui, 20
458 AMENS DE L*Qn>E.
Les mythes du fléau du feu et du rétablissement de Tordre dans la nature aboutissent au temps des Lémécides ou des Rihhous. Mais les Ribhous sont célèbres bien moins par leurs découvertes dans les arts que par la révolution qu'ils ont opérée dans le culte , et nous devons revenir en arrière vers les siècles de Manou pour suivre les phases diverses qu'a subies la religion des Antédiluviens depuis Adam et Seth aux Lémécides.
de Divodasa un personnage antédiluvien. Je crois plus prudent aujourd'hui de suspendre mon opinion sur ce point, qui est fort obscur. Lassen, qui n'avait d'abord admis qu'un roi du nom deDivodasa, a plus tard reconnu l'existence de deux, qui seraient Ton et Taatre postdiluviens (p. XXIX). Le grand et illustre Divodasa des poèmes épiques règne à Kasi ou Bénairès. Comme Bénarès est une ville da Gange, et que le Rig-Véda connaît à peine ce fleuve, ou ne saurait admettre que le Divodasa du Rig-Véda soit celui de Bénarès. Mais quand a-t-il vécu? Quand on lit qu'Indra lui a livré Tasonra Sambara qu'il a tiré de sa moutagne (de nuages), et dont il a brûlé de sa foudre les cent villes (aériennes), on se croit au temps de Vritn et de Méhujaël (RV. Il, 164. 440, etc.). Toutefois Sambara n'est pas Vritra; le fléau du feu n'a pas été la seule sécheresse qui ait affligé l'humanité, les temps postdiluviens ont eu aussi la leur, «t Divodasa pourrait donc fort bien avoir régné sur les Ariens de Vlndus. Je dois même convenir que c'est dans cette supposition qu'on peut le mieux expliquer comment Indra a livré à Divodasa, avec Sambara, les deux rois Tourvasa et Yadou (Sama-V. 232. 26S), que nous savons être les frères de Pourou et avoir vécu sur les rives de l'Indus dans les premiers temps de l'histoire arienne. Le Rig-Véda exalte la piété de Divodasa et sa ^igence à remplir ses devoirs (RV. II « 448. o01,etc.). Un hymne ajoute à oes louanges générales l'énigme sui* vante : ■ Les Aswins ont apporté dans la maison de leur ami l'abondance sur un char que traînaient un bœuf et un squale attelés ensemble (RV. 1, 230). n Le bœuf fi§ure-lril l'agriculture, le squale la navigation? Les Ariens avaient-ils, sous Divodasa, étendu déjà lesr empire jusqu'aux bouches de l'Indus? et leur commerce étaît-ilasiex TODsidérable pour les enrichir?
Avant d'entamer ce sujet, disons un mot de Djahou" chja. Il est avec Tchyavana, Pédou et Atri, l'exemple le plus célèbre de la bienveillance des Aswins, et voici ce qu'ils avaient fait pour lui : < comme il était de toutes parts environné d'ennemis, ils l'ont, pendant la nuit, enlevé par la voie de l'air qui était libre, et leur diar a facilement franchi les montagnes célestes ^ » Cet enlèvement au ciel n'est-il point un souvenir de celui d'Hénoc?
Pour nous orienter au milieu des traditions ariennes relatives au culte des Antédiluviens, nous devons recourir à Sanchoniathon.
Nous avons déjà retrouvé Gen=î-Caïn adorant le soleil, dans Bidjraswa adorant la louve.
Nous avions vu que, d'après les Phéniciens , le culte du Ciel a fait place au culte d'un dieu nouveau , El= Saturne, lors du fléau du feu, et nous allons voir pendant ce même fléau naître un nouveau dieu, Indra.
A la classe des Mages, dans Sanchoniathon, correspond celle des Atharvans dans le Rig-Véda.
Enfin , l'apothéose de Chrysor est la même que celle des Ribhous. Car Chrysor est Tubalcaïn, et les trois Ribhous sont Tubalcaïn et ses deux frères.
Naissance d'Indra, Manou n'adorait pas Indra , qui n'existait pas encore. Le principal dieu des premiers hommes, d'après le Rig-Véda, était Agni, le dieu visible qui porte dans le monde invisible les prières des mortels. On dirait au premier abord que ces prières^ s'adressaient à un nombre infini de Déwas tous égaux, et que
* RV. 1,231; m, 136.
le plus ancien culte de rhumaniié aurait été celui des Anges, d'après les souvenirs des Ariens. Mais en étudiant plus attentivement leurs hymnes sacrés , on voit bientôt qu'avant Indra avait régné le grand dieu des cieux , comme le Ciel dans Sanchoniathon a précédé Saturne. Le Ciel, époux de la Terre et entouré des dieux ou des Anges : tel aurait été le monothéisme primitif, au dire des Ariens et des Phéniciens polythéistes. Il \ a loin sans doute de cette religion à celle du Jéhovab- Elohim de la Genèse. Mais comment les païens n'auraient-ils pas transformé à leur image leurs premiers ancêtres? comment se seraient-ils condamnés euxmêmes en avouant que la plus ancienne religion différait essentiellement de la leur propre? Les Ariens out conservé assez fidèlement la mémoire du culte extérieur des fils d'Adam , de leurs sacrifices , de leur feu sacré ; mais leurs croyances, leurs dogmes, leurs intimes pensées se sont perdues. Toutefois nous avons vu qu'avant Pourouravas on n'adorait qu'un Dieu , et nous verrons bientôt les Ribhous diviser en quatre l'antique et uniqw coupe des libations.
Indra, disions-nous, est né, c'est-à-dire son culte a pris naissance, pendant la grande sécheresse. On conçoit en effet aisément que les Caïnites, que détruhatt le flém, et qui n'adoraient plus le seul vrai Dieu, auront cherché avec angoisse dans leur esprit quel était le dieu qu'ils devaient invoquer pour être déhvrés. Ainsi se sera formée en eux l'idée d'un jeune dieu plus miséricordieux que l'antique Ëlohim , d'un dieu plus accessible à leurs prières et plus voisin de la terre, d'un dieu manifesté^ que les Ariens nommaient dans leur langue Indra.
* Indra reçoit plas souvent que les autres dieux Tépithète de RARi, qu'on traduit par vert, azuré, brillant. Mais hari n*est-il pas le HAR, HOR d'Egypte, qui a le sens de manifesté, brillant?
mSTOmE DE LA REUGION. 461
Un poète védique nous a raconté dans un hymne fort remarquable la naissance d'Indra ^
t Quand Yritra désolait le monde, Indra n'était pas encore né. Mais il vivait déjà dans le sein de sa mère (Aditiy la nature lumineuse), qui le portait depuis des milliers de mois, et qui , dans sa mystérieuse retraite, l'avait fait et l'avait doué de force en méditant la mort des Asouras; » et il devait naître c en son temps par la voie ancienne que les dieux avaient tous suivie pour arriver à l'existence, > c'est-à-dire par le sacrifice, les hymnes et les prières des hommes, « ouvriers de» dieux».»
Le père d'Indra est à peine mentionné : c'est le Ciel, d'après le commentaire , aussi bien que d'après la mythologie des Phéniciens et des Grecs.
« Aditi, ou la Vache (P. I, 503), enfante le robuste et impétueux Indra, vaillant, généreux, incomparable. Il paraît tout revêtu de splendeur ; à peine né, il a rempli le ciel et la terre. Les hommes cependant célébraient leurs sacrifices, et c'est au milieu de la joie de leurs libations que sa jeune mère l'a mis au monde et qu'il s'est élevé avec puissance. » Il ne se peut en effet que ceux qui créent dans leur cœur la nouvelle divinité ne se réjouissent de sa naissance.
Aussitôt « arrivent vers le dieu nouveau-né les Ondes retentissantes ou les Nuées ( qui ne se montrent point encore aux hommes). Elles font entendre un bruit respectueux. Elles semblent dire : Quel est ce prodige? Et elles se jouent autour du berceau du dieu *. * On dirait les Nymphes grecques entourant le berceau de Bacchus et celui de Jupiter.
» RV. Il, ia9 sq.
.« Id. 108.
> Comp. IV, 449.
462 ABJEKS DE L*1NDE.
Cependant les mauvais génies qui tourmentent les hommes ont reconnu dans Indra enfant leur vainqueur. * La rakchasi Couchava (qui est la terre desséchée), Va dévoré, et le rakchasa Vyansa est venu lui briser les mâchoires, au milieu même de la joie des libations. Se sentant blessé , il s'est redressé dans toute sa force pour briser de son arme la tête du brigand. Mais son principal ennemi était son propre père (le Ciel), qui l'avait créé pour être son rival*.» C'est ainsi qu'UraBus est l'adversaire de Saturne.
« L'invincible nourrisson aspirant à marcher seul, sa mère lui laisse sa liberté. « Hélas! disait cette mère à ce < héros, mon enfant, tous ces dieux (anciens) t'abanc donnent. » C'est ainsi que dans la guerre des Titans Jupiter est délaissé des autres dieux, si ce n'est de Bacchus ou d'Hercule, et l'on conçoit en effet comment les hommes qui avaient vu la sécheresse et la mortalité se prolonger d'années en années malgré leurs prières aux anciens dieux , les auront crus impuissants contre un tel déploiement des forces infernales.
Au moment de tuer l'asoura Yritra, qui retenait l'eau captive dans les nuages, c Indra s'écria : cVichnou, tu es c mon ami; tu peux poursuivre ta route *. > Et il brisa la tête du brigand, et les Ondes percèrent la montagne âe nuages qui les enveloppait. *
Mais que signifient ces torrents de pluie qui, pour h première fois, tombent du ciel qui semble perdre tout son sang? « Indra a saisi parle pied son père' et lui ^
* C'est le sens du comineataire ; mais M. Laaglois ne l'admet pas. Cependant IV, 181 nous paraît décisif en faveur de l'interprétation traditionnelle.
^ Vichnou est ici le dieu du soleil, dont la marche avait été cornait; troublée pendant la crise tellurique du feu, et qui peut «nfin, > 1> voix d'Indra« reprendre ses fonctions régulières.
> M. Langlois : «• le père (de tous les Asonras). »
HI8T00UE DE LA lUSLIGION. i63
donité la mort > (eomme Saturne mutile Cranus). « Les Ondes 9 > qui, d'après la Genèse , n'avaient jusqu'alors arrosé la terre que isous la forme d'une simple vapeur, et qui se voient tout à coup transformées en torrents qui se précipitent des cieux sur la terre, « poussent un cri de surprise, c Si Indra a commis un crime, > dit la mère , c que les Ondes l'emportent. Mon fils , en tuant « Vritra avec sa grande arme, a créé ces torrents. » Cette parole d'Aditi exprime fort bien l'étonnement et les craintes des Caïnites à l'ouïe des premiers tonnerres, à la vue de cette première pluie torrentielle , qui inauguraient le culte de leur nouveau dieu. Us auront cru qu'il les avait secourus en violant les lois anciennes de la nature, en bouleversant le monde ; ils se seront demandé, dans leur naïve angoisse, s'il avait bien tué Vritra avec des armes loyales. Plus tard, les poètes brahmaniques ont saisi avec empressement cette idée du crime d'Indi*a, et ils ont dit que ce Dieu avait fait périr son ennemi par une trahison et un parjure , ou que Vritra était le fils d'un brahmane*, etc.
* Nous rapportons aux temps postdiluviens, où les Ariens de l'Indus ont créé Tindràîsme védique, le mythe suivant du fils de Canwa, Medhyatithi, qui a jadis allumé et fêté Agni (RV. 1, 69. 70) : « Indra, le dieu tonnant , vint sous la forme d'un bélier visiter ce canwa ( prêtre et êage)t qui âvût poar lui un trésor de prières (RV. HT, 194).» D'après une tradition postérieure > Indra s'est changé en bélier pour le conduire au ciel (RV. III, 488). Le bélier signifie le chef, le souverain (P. I, 841). Dire que « les sages par leurs prières font changer Indra en bélier (RV. III, 414), c'est dire qu'ils font de lui le dieu suprême» Le premier Arien qui, dans ses hymnes et son culte, a élevé iBdfa au-dessus de tous les autres dieux, serait ainsi Médhyatithi, l'aneicB prêtre d'Agio, et l'en «ura supposé que ce dieu, qui devait une éelalante récompense au fondateur de l'indraîsme, l'aura enlevé vivant dans le ciel comme Djahoucha=Hénoc.
i64 ÂRieNS DE l'inoe. .
Prêtres. Le Rig-Véda mentioniie plusieurs personnages célèbres qui ont marqué dans Thistoire de la religion antédiluvienne, tels qu'Angiras, Atharvan, Vasichta, Bhrigou. Mais il est extrêmement difficile de démêler dans le peu qui nous est raconté d'eux, ce qui est tradition et ce qui est fiction. D'abord les Ariens, pour qui la nature est en quelque sorte créée de nouveau chaque matin par leurs prières, parlent de tout patriarche qui s'est illustré par ses sacrifices comme du fondateur même du culte. Puis ils aiment à attribuer aux noms les plus illustres du monde primitif, niéme à Manou, leurs lois et leurs hymnes, comme au reste l'Orient sémitique a ses livres d'Adam, de Seth et d'Hénoc. Enfin, des familles sacerdotales des temps postdiluviens ont perpétué ou reproduit ces mêmes noms, ainsi que les Jésuites par exemple ont fait celui de Jésus. Sans les traditions phéniciennes et sans la Genèse, nous n'aurions pas même tenté d'apporter quelques rayons de lumière dans ce chaos.
Angiras avec les Angirasides, a été à la recherche des vaches=nuées : il est donc contemporain d'Ahi=Méhujaél.
Il est l'homme ô'Agm *. Lui et les siens « ont introduit les offrandes » ou du moins « amassé un trésor d'offraudes pour Agni. » Us ont « composé des prières, vénérables sœurs, attentives , modestes, qui sont venues , en présence des Déwas (anciens), accroître par leurs hom-
* D'après Lassen (Journal pour la connaissance de l'Orient, t. VII, p. 363, en allem.). Le radical ang aformé angati, ftu, angara, fjkarhon ardent^ et est une simple variante d*AG , qui a donné AGin. On Angiras serait -il peut-être l'homme des an^isses, le radical arc avec le sens d'angoisse étant commun à l'Ancien monde et au Noaveau (P. Il , 57i)? Angiras serait alors un Mébujaël, détruit dt Dieu.
HISTOIRE DE LA RELIGION. i6o
mages la force du dieu nouveau-né (Indra) *. i L'homme d'Âgni répond par son nom , par son caractère et par son époque, à Méthusçaël, r/iomm6 ef'£/=Uus=Saturne, ou du nouveau dieu, l'homme qui, après le fléau du feu, a réglé le culte divin chez les Gaïnites'.
Angiras a pour contemporain Aiharvan^. Ce nom propre dans lesVédas estlenom commun du prêtre, Athorné, dans le Zend-Avesta. Il est donc plus ancien que l'émigration des Ariens orientaux vers les rives de l'Indus, et prouve que lorsque les Madaïdes ou Ariens formaient encore un seul peuple , ils avaient déjà parmi eux des prêtres ( sans toutefois que les prêtres formassent une caste héréditaire). On dirait même que les Ariens de rindus avaient oublié le sens du mot Atharvan ; car en faisant Atharvan contemporain d' Angiras, ils confessent que les Athorné de leurs frères de l'Iran remontent à une beaucoup plus haute antiquité que les Brahmanes, dont le nom n'a pas, dans les Védas, son sens de prêtre privilégié.
Atharvan a d'ailleurs le même sens qu'Angiras, athar signifiant /"ew, en zend comme en sanscrit *. D'où il résulte qu'avant sa division en deux branches , le peuple arien voyait déjà dans le prêtre l'homme qui veille spécialement sur le feu du sacrifice. Alors déjà la religion
* RV. 1, 157. 137. — Agni est « l'antiqae richi Angiras, le premier et le'plns grand des Angiras,» parce qu'il est «prêtre et pontife h parmi les dieux comme Angiras et ses descendants le sont parmi les hommes (Id. 53, etc.).
* La tradition postérieure a fait des Angirasides des brahmaneskchatrîyas, des prêtres^gaerriers ; c'est-à-dire elle se souvient d*un temps où la distinction des castes n'existait pas encore, et où le culte était patriarcal (Sama-V. 4).
5 RV. I, 157.
* Sama-Y. 7. 215.
^66 ARIENS DE l'iNDE.
arienne était celle du feu ou d'Agni. Le mazdéisme el rindraïsme reposent sur une base commune.
Enfin, d'après le Rig-Véda, la religion du feu, fondée (nous Tavons vu) par ManQu=Adam, aurait pris une forme spéciale au siècle d'Atharvan et d'Angiras=Mpthusçaél. Atharvan avait enseigné le premier le sacrifice du matin, ou «le moyen d'oUvrir par les sacrifices la voie (aux vaches célestes) à l'heure où naît le soleil , leur bien-aimé et le gardien des œuvres pieuses ; à Theui'e où se présente en même temps Ousanas(=Lucifer) pour détourner ces vaches*.» Quelques poètes védiques font même d'Atharvan le père d'Agni* ou du culte.
Les strophes suivantes' donnent une informe esquisse de rhistoire du culte pai' celle du sacrifice, et rattachent cette histoire aux trois noms d'Atharvan , de Dadhyantch et de Pathya. Mais nous sommes loin d'affirmer que ces personnages mythiques appartiennent tous trois au monde antédiluvien.
« 0 Agni, Atharvan t'a extrait du Pouchcara*, premier berceau (d'un Dieu) qui est partout, qui porte tout. *
« Le Richi Dadhyantch, fils d'Atharwan, a excité tes feux, ô vainqueur de Vritra, qui brises les villes (aérien. nés). »
t Le généreux Pathya a aussi enflammé tes rayons, ô vainqueur intrépide du Dasyou, qui vas dans les combats conquérir des trésors. »
» RV. I, 152. 157.
« Id. IV, 166.
s Id. II, 414.
* Ce mot signifie qui fait croUre, et désigne la Terre nourricière. Mais on entend aussi par là an vase de terre qui servait à la préparation du soma. Ce dernier sens toutefois est contesté. « Atharvan t'a produit, ô Agni, par la friction, pour la (Terre) nourricière (Pooch oara), qui est le chef de tout sacrifiant. » f Sama-V. 215. 126).
Le mythe du fils d'Àtharvan, Daihyanich, est l'un des plus étranges du Rig-Véda. Indra, dans son grand combat contre les Àsouras de la sécheresse, < chercha la tête de cheval de Dadhyantch qui était cachée dans les montagnes et qu'il trouva dans le lac Saryanavan, et il terrassa quatre-vingt-dix-neuf ennemis avec ses os qu'on aurait pris pour les feux, alors éteints, du rapide Twachtri, i ou delà foudre*.
Dadhyantch (l'homme riche en sucs extraits, en soma) * représente la seconde génération des Athornés, qui aura complété l'œuvre de la première et institué de nouveaux rites. Peut-être a-t-elle c excité les feux » de l'autel, en y jetant quelque substance inflammable, et composé des prières qu'on aura jugées d'une très-grande efficacité dans la guerre (primitive ou annuelle) des hommes et des dieux contre les démons. Elles étaient ou divisées par chapitres (ithana) ou détachées et sans suite, telles qu'un mélange (asthan), et comme asthi signifie os et peut avoir aussi le sens de trait, elles seront devenues les ossements de Dadhyantch, qui, dans les mains d'Indra, ont tenu lieu des traits de la foudre. C'est ainsi qu'en latin on aurait pu jouer sur ces mots ossa, hdstœ et orare.
Cependant les ossements supposent un corps enterré, et Dadhyantch était donc mort depuis longtemps lors de la grande lutte d'Indra contre les Asouras. On le fit vîvi'e dans les premiers temps de l'humanité, alors que la foi était encore si pure et si efficace que les puissances de l'enfer ne pouvaient porter préjudice aux mortels, et avant la lamentable époque de Caïn et de ses premiers successeurs. « Dadhyantch, dit la tradition, pendant sa vie, avait vaincu les Asouras, qui
1 RV. 1 , 159. 160.
« SamaV. 86.
468 ÂRIENS DE l'INDE.
fuyaient seulement à le voir. À sa mort, ils remplirent la terre. Indra ne pouvait plus leur résister. Il se mita la recherche du saint Richi, et apprit qu'il était mort, mais que ses os avaient contre les Âsouras le pouvoir de la foudre. Il découvrit ces armes étranges et terrassa ses ennemis. >
Mais que signifie la tête de cheval ? Que Dadyantch a institué le culte des Asv^ins, et que les Aswins sont des Cavaliers^ qui, à une époque postérieure, sont même devenus les fils du Soleil ou Sourya, et de Sanjna ou la femme sous h forme d'une jument*. Nous lisons en effet que c ce fils d'Âthary^an a offert aux Aswins le miel de ses chants, et que c'est pour ces dieux que la tête de cheval a opéré des miracles '; » que t c'est à eux qu'il la dut; que ce pieux Richi employa pour eux le doux savoir aimé de Twachtri , » c'est-à-dire la science du forgeron, avec laquelle il fit peut-être les premières statues des dieux cavaliers, et que t leurs louanges ou les hymnes en leur honneur placés en tête du culte public sont devenus comme les guides » les rênes avec lesquelles on dirige le char « du sacrifice*. »
• J'incline a croire que, d'après le Rig-Véda, l'art de l'équitation est d'origine antédiluvienne : « Les Aswins, qui répandent leurs bienfaits sous toutes les formes, ont amené à Pédou un cheval blaDc, vigoureux et léger, aimé d'Indra, redoutable en ses heBoissemeuts, invincible, terrassant l'ennemi avec la force d'Indra, et sauvant son maître , auteur étonnant de mille biens , et accompagné de quatre-vingt-dix-neuf autres. Ce fut là un don merveiUeuz et mémorable. » Or Pédou est associé à des héros qui sont certainemeot antérieurs au cataclysme. RV. I, 228. 233. 237. 239; III, 138; IV, 205. Comp. plus haut Thémourets, page 555.
• Sama-V. 18.
» RV. I, 229.
• RV. I, 235. Comp. 239 : a Vous avez écouté la prière de Dadhyantch, et Ifi Tête-de -Cheval vous a célébrés. »
Pathya, dont le nom est formé de pâthas, boissoUy personnifie la libation, non celle du soma qui est le jus de l'asclepiaSy mais plutôt < les ondes, douces comme le miel, du Grita aux trois formes > (le lait, le caillé et le beurre).
Deux autres strophes nous permettent de poursuivre au delà des Àtharvans l'histoire de la religion primitive :
c Amis de Soma, les Richis (les premiers patriarches) ont apporté la nourriture du généreux Vrihaspati ( ou Âgni). Âtharvan le premier a, par le sacrifice, affermi la force des dieux. Les Bhrigous ont suivi son exemple*. »
< Nous avons parmi nos Pitris : les Ângiras, les Navagwas, les Atharvans, les Bhrigous, les Somyas*. >
D'après ces deux passages, la race sacerdotale, la tribu des Bhrigous n'est venue qu'après celle des Atharvans. Aussi leur chef n'occupe-t-il que la neuvième place dans la liste des dix grands Richis, et a-t-il pour successeur immédiat l'homme du déluge.
Bhrigou, qui a passé plus tard pour fils de Varouna', a reçu Agni, « comme un trésor précieux, du dieu du vent, Mâtariswan ^. » Le premier sans doute il a donné un sens mystique à l'action du vent sur le feu du sacrifice qui grandit, « s'élève et brille', > et les Bhrigous, < pour perpétuer les divines naissances d'Agni , l'ont placé tel qu'un trésor précieux parmi les enfants de Manon^. > La gloire des Bhrigous s'est tellement accrue
» RV. IV, 346.
s id. 152.
» Sama-V. 140.
* RV. 1,116.
» Id. 137.
« Id.ll3.
ilO ARIENS DE l'INDE.
qu'ils ont passé pour avoir produit Âgni, l'avoir découvert au sein du foyer mystérieux*.
Les Somyas ou prêtres du soma sont au contraire mentionnés à peine dans un ou deux hymnes de Rig-Véda.
Les Rihhous*. Petits-fils (descendants) du Manou, les trois frères Ribhous ont pour grand-père Angiras et pour père Soudhanvan. Descendants d'Adam, Tubalcaîn, Jubal et Jabal ont pour père Lémec, et pour grand-père Méthusçaêl. Adam est Manou ; nous avons reconnu Méthusçaël dans Angiras ; Lémec est un robuste guerrier, Soudhanvan un habile archer; les trois Ribhous doivent être les trois fils de Lémec.
Tubalcaîn est forgeron , et les Ribhous sont des ouvriers actifs et habiles , t doués de grandes mains, qui ont obtenu l'immortalité par leur activité excellente, par leur labeur industrieux. » Tubalcaîn =Vulcaîn forge la foudre de Jupiter, et Tûn des Ribhous a apporté au dieu suprême Indra son « trait de fer', i Les traditions de Rhode racontaient qu'au temps de la pluie d'or (qui termina le fléau du feu), instruits par Minerve, les hommes firent < des ouvrages qui se mouvaient sur les routes comme des êtres animés * ; » la Chine a de même son antique faiseur d'automates (192; P. II, 144), et les Ribhous ont fait c pour les Asi^vins un char qui s'avance sans coursiers ni rênes, et qui est le titre de leur divinité..»
Les Lémécides ont vécu à l'époque de la gloire et de la prospérité des Caïnites, et le nom même des Ribhous signifie, dit-on, accroissement ^ puissance, force. L'aîné
» RV. IV, 245. 246.
* Voyez Nève, qui a recaeilli et expliqué tous les textes védi^ae^ sur les Ribhous, p. 167 sq.
5 RV. I, 243.
* Pind. Olymp. VÏI, 52.
HISTOIRE DE LA RELIGION. . ili
s'appelle Ribhouxin, ou le dominateur des Rihhons; le second, Vibhwan , le puissant, Vadja , le cadet , désigne la force, la nourriture, et surtout les mets du sacrifice qui donnent la force, et enfin le combat où la force se déploie.
Après le fléau du feu, la terre a comblé de biens l'humanité. Le symbole védique de la terre est la vache, comme nous l'avons déjà vu en parlant de Samyou et de Sayou (455). Les Ribhous, qu'on a divinisés et qui sont ainsi devenus les auteurs de la prospérité au sein de laquelle ils ont vécu, c ont donné une peau nouvelle à la vache qui était morte , à sa chair un embonpoint nouveau.» "
On raconte pareillement d'eux que , « puissants par leurs prières et par leur justice, ils ont rendu à la jeunesse leur père et leur mère, accablés sous le poids des ans, faibles et desséchés comme deux poteaux. > Ce rajeunissement, qui rappelle celui de Tchyavana (428), s'explique par les mythes des héros védiques malades et guéris, et par HéBiode qui fait succéder à l'excessive débilité des hommes pendant l'âge d'argent , une vraie race d'airain. Toutefois certains hymnes védiques paraissent entendre par les parents des Ribhous le Ciel et la Terre *. Si ce sens est le vrai, ce mythe a précisément le même sens que celui de la vache morte et ressuscitée.
Cependant nous savons que Chrysor=Tubalcaïn a été le premier homme et le seul antédiluvien qui ait été élevé au rang des dieux , d'après les traditions phéniciennes. Nous verrons tout à l'heure que, d'après les Védas, les Ribhous ont été les premiers et les seuls avant le déluge, qui aient reçu les honneurs de l'apo-
* RV. II, i70. 173. 174.
472 ARIENS DE L'INBE.
théose, et les Védas nous apprennent de plus que ces trois frères ou leurs contemporains ont opéré de trèsgrands changements dans le culte.
Rappelons-nous que Jubal a été le premier musicien. Le culte du nouveau dieu Indra=El=Satume était tout récent encore. Supposons qu'on y ait introduit les chants et la cithare du frère de Tubalcaïn , et nous expliquerons sans peine ce que les Hymnes disent des innovations des Ribhous.
< Dans rivresse > de Tenthousiasme ' (dans les jvbikr tions de Juhd)^ ils ont créé la poésie religieuse du paganisme, donné une forme précise et de nombreux attributs au dieu suprême, aux antiques Déwas, peut-être même personnifié , et par là même divinisé ie& phénomènes du soleil levant, qui était l'image du grand dieu. « Leur pensée a créé les chevaux radieux d'Indra , ces chevaux azurés que la voix suffit pour atteler à son char et qu'a chantés la poésie*. » — « L'Aurore a reçu la première leur hommage^. • — c Ils ont construit pour les Aswins un char magnifique sans coursiers \» — c Us ont paré > de leurs fictions < le Ciel et la Terre en témoignage de leur science divine ^. > — < Us ont formé des cuirasses pour les dieux. > — c L'industrieux Vadja s'est dévoué à tous les dieux, Ribhoukhas à Indra, Yibhwan à Vaix)una. Ornés de leurs œuvres et des fruits de leurs pensées , les dieux ont applaudi à leurs travaux ^. > — Ce mot d'œuvres à propos d'ouvriers industrieux, éveille la pensée de statues que Tubalcaïn aurait forgées en
« RV. II, 171.
s Id. Il, SOO.
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