‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 98 sur 108 · W. IK · texte numérisé non relu

W. IK

^ Id. 171,

rhonneur des dieux. Il est d'ailleurs évident que les Ariens ont altéré les anciennes traditions en les appliquant à leur indraïsme.

Mais la plus grande gloire des Ribhous, c'est d'avoir ( divisé en quatre parties la coupe encore nouvelle du divin Twachtri*. > Cette coupe était de bois. « L'aîné a dit : < Fais deux coupes. > Le second a dit à son tour :

< Faisons-en trois. » Le plus jeune s'est écrié : « Fais-en quatre. > La coupe est de bois , parce qu'avant les Ribhous ou les Lémécides, on ne connaissait point encore l'art de travailler les métaux. Elle est unique » car les Caïnites adoraient un seul Dieu, qui n'était plus le vrai Dieu, mais qui du moins était encore unique comme lui. La plus ancienne forme des fausses religions a donc été monothéiste. Mais quels sont les trois dieux que les Ribhous associent k Indra=El=Saturne? « L'un a dit :

< Les Eaux, c'est ce qu'il y a de, meilleur. » Un autre a dit : c C'est le feu. i L'autre a dit à ceux qui parlaient ainsi : c C'est la foudre. • Prononçant des paroles vraies,^ les Ribhous ont façonné les quatre patères.» Si l'on pouvait accorder une pleine croyance aux traditions védiques*, les Caïnites auraient donc commencé au temps des Lémécides à adorer les eaux célestes et terrestres, le feu qui pénètre tous les êtres, et la foudre qui éclate dans la nuée. Us auraient reconnu dans le tonnerre, dans le feu , dans l'eau , comme ils l'avaient fait déjà dans le soleil , la mystérieuse présence de la Divinité , et ils auraient formé non pas deux coupes , l'une pour Dieu et l'autre pour la nature , mais quatre coupes, dont trois pour celle-ci.

* RV. ï, 33.

* Ce qui donne un certain poids à ces traditions , c'est que les Ariens n'adoraient point la foudre, ni le feu élémentaire, et qu'ils n'associaient nullement les Eaux à Indra.

i74 ARIBNS DE L*INDB.

Twachtri==:Phtha=Vu]cain s'irrite de cette iniiOTation. Ouvrier du inonde, il i'était aussi de la coupe unique du sacrifice, qu'on a brisée. Dieu dn feu cosmogoAique et serviteur d'Indra , pour qui il for^e la foudre , il ne veut pas que la foudre, le feu et Teau aient chacun leur coupe propre, et rivalisent avec le seul grand Dieu. Sa colère contre les Ribhous est d'autant plus légitime qu'il a été leur maître, leur gourou ^ dans la pratique des arts mécaniques * ; c'est le dieu du feo qui seul a pu enseigner au Ribhou^Titbalcaïn la métallurgie. < Â la vue des quatre coupes déjà furoduites, Twachtri s'écrie : < Frappons-les, ceux qui ont porté « dommage à la coupe réservée au breuvage des dieux*, i Mais sa résistance est vaine : Agni approuve les quatre coupes, car les Ribhous n'ont fait qu'exécuter la Toiooté des dieux '.

Cette révolution dans les croyances parait avoir amené de nombreux changements dans le culte : t Les hommes ont pris tous ensemble d'autres noms dans les sacrifices. > — < Les Ribhous ont pour Agni inventé de saintes cérémonies. » — < Yrihaspati ou Agni a reçu d'eux des vaches de toute forme, t — € Ils ont feit couler dans la terre le sang de la vache, séparé la chair avec un instrument tranchant, tiré du corps les excréments^. > — Ici les poètes védiques attribuent aux Ribhous un sacrifice sanglant qui était en opposition formelle avec toutes les idées des Ariens. Pour eux, la

» Nève, p. 276.

< Id. p. 1 78.

> Un des poètes védiques représente Twachtri approuvant le projet et Tœavre des Ribhoas. H s*en est &lla de bien pea que le •ouvefiir da monothéisme primitif condamnant le polythéisme tabséquent, n'ait entièrement disparu du Rig-Véda.

* RV. I, 374; IV, 314, etc. Nève, 179. 181.

vache est Tanimal sacré qui fournit le lait de la libation, et plus tard on a prononcé la peine de mort sur quiconque tuerait un bœuf. Le sacrifice de la vache est donc plus ancien que la nation arienne , que Madaï son ancêtre , que la Dispersion. Il ne peut appartenir aux temps postdiluvîens où la terreur Inondait les autels de sang , même de sang humain ; car les hymnes relatifs aux Ribfaous ne renferment pas la moindre trace du besoin d'expiation. Nous devons donc admettre que le Rig-Yéda nous a conservé une tradition authentique de l'histoire de la religion au temps des Lémécides.

Ce qui nous confirme dans cette opinion , c'est l'apothéose des Ribhous, qui est identique avec celle de Chrysor=Tubalcaïn.

Les dieux reconnurent tous les services que leur avaient rendus les Ribhous, en les recevant au milieu d'eux, et ces mortels, de leur côté, avaient « désiré les offrandes > > que les hommes présentent aux dieux.

c Ils se sont faits eux-mêmes dieux par leurs bonnes œuvres, par leur attention aux saintes cérémonies*, et tels que des éperviers ils se sont placés dans le ciel'. »

Pour se procurer leur part aux offrandes, ils se sont rendus, comptant sur leurs mérites, dans la demeure du généreux Savitri, le Soleil créateur, et se sont mis au service du dieu qui ne peut rester caché*. * « Il a obtenu à ces prêtres diligents, tout mortels qu'ils étaient, l'immortalité*. » Les dieux leur ont dit : « Buvez de ces « libations qui nous sont ofiertes à nous-mêmes dans le « sacrifice du matin et dans celui de midi. Fils de Sou-

i RV. 1, 212.

« Id. II, 96.

5 Id. 175.

* Id. 1.211. » Id. 211. 212.

M dbanwan, si vous le voulez, vous pouvez encore vous « enivrer des liqueurs offeites dans le troisième sacri- « fice*. »

Mais s'ils étaient restés dans la demeure de Savîtri, comme « endormis sur son sein, le monde ne les aurait point connus*. » Aussi, « après une hospitalité de douze jours', » ils dirent à Saviiri: « 0 toi qui ne peux rester ca- N ché, quel est donc celui qui a éveillé (produit) et ce « monde et nous? (car ils voulaient s'unir au plus grand des dieux visibles) » Le dieu leur répondit que c'était le chien qui rompt le silence de la nuit (ou le Soleil-loup). Et dans Tastre qui parcourt l'espace, ils ont (dès lors > éclairé le monde ^. »

« Ils ont acquis l'amitié d'Indra. Ils viennent sur le même char que lui aux libations et partagent avec lui les offrandes. Gomme lui, ils sont doués de la force, et rien n'est comparable à leur force et à leurs bonnes actions *. »

Unis au Soleil, ils sont devenus des divinités de la nature. Les Védas les nomme Princes de l'air; le commentateur les identifie avec les rayons du Soleil, doDt ils avaient naturellement pris l'éclat. « S'unissant aux vives clartés du Père (le ciel), ils s'élèvent dans l'air pour alimenter le Soleil®. Ils développent le Ciel et la Terre \ » comme le fait chaque matin l'astre du jour à son lever. « Ils fertilisent la Terre ; ils amènent les On-

4 RV. I, 374. 375.

* Id. 375.

s AUasioo probable au sacrifice de douze joars, dvadacaha, auquel les Ribhous avaient part.

* RV. I. 375.

» Id. 1,95.97; II, 172. « Id. I, 212.

1 Id. II, 174.

HISTOIRE DE LA RELIGION. ^ ill-

des; c'est à leurs bons offices qu'on doit la verdure dans les lieux desséchés et élevés, les eaux dans les lieux inférieurs et les vallées '. » Indra lui-même a fini par prendre leur nom et ils se sont comme perdus en lui*. Aussi leur deraande-t-on tous les biens qu'on implore des autres dieux.

Cependant les Ribhous qtii avaient déterminé les insignes et la forme de plusieurs dieux, ne pouvaient rester des êtres vagues, dépourvus d'attributs spéciaux, et comme ils avaient été les ouvriers des coursiers d'Indra et du char des Aswins, on raconta que « pour monter de la terre vers les dieux, d'un cheval (ordinaire) ils tirèrent un autre cheval (aérien), qu'ils attelèrent à leur char'. » « Ils arrivent aux sacrifices sur un char traîné par de forts et puissants coursiers *, et (en mémoire de celui d'entre eux qui fut le forgeron Tubalcaïn) leur face est dure comme du fer*^. »

L'apothéose des Ribhous, devenus dieux solaires, explique dans Eratosthène l'association de Sirius ou le Soleil à Ghnoubus, XArihte en métal et en or^ et rend compte du jeune dieu Apollon, qui est à la fois berger comme Jabal, musicien comme Jubal, et le Soleil comme les Ribhous.

La tradition, altérant plus tard le mythe de l'apothéose des Ribhous, et protestant contre une aussi facile réception de simples mortels au rang des dieux, représente Agni, Indra et les autres divinités leur refusant toute part aux sacrifices du matin, du midi et du

* RV. 1,375; II, 171.

• Voir au tome IV, dans la table des matières, Ribhoukcbas, nom d'Indra.

s RV. I, 374.

♦ Id. m, 102.

* Id. II, 178.

MS AIUENS DE L'INDB.

soir. Alors le grand dieu Pradjapati somma Savîtri de boire avec eux parce qu'ils étaient ses sectateurs, ce qu'il leur accorda. Mais les Dévas s'éloignèrent d'eux avec dégoût à cause de leur odeur d* hommes.

Il est d'ailleurs digne de remarque que de tous les hommes nommés dans le Rig-Véda, les Ribbous sont les seuls qui se soient élevés au rang des dieux. Point encore de Maharchis ; point de Richis devenant, par leurs pénitences, les égaux, les vainqueurs des dieui. Ce sont là des produits du sol indien, tandis que l'apothéose deRibhou=Chrysor=Diamichius et de ses frères est un fait humanitaire et antédiluvien.

. Vil. Le Déluge.

Après les Ribhous nous devrions trouver un cycle de mythes relatif aux Nephilim. Le silence complet des Védas sur ce point ne peut s'expliquer que par le peu d'intérêt que les Hindous apportaient à tout ce qui ne conceraait pas la foi, et par la confusion des Nephilim et des Asouras. Nous arrivons ainsi directement au dé- Ju£»^9 Qui» P^^ l^s raisons indiquées plus haut, n'a point été pour les poètes védiques un des principaux sujets de leurs chants, mais qui a son cycle de mythes spéciaux, et qui est bien à sa vraie place dans l'ensemble des traditions hindoues, où le fléau de l'eau est plus d'une fois mis en regard avec le fléau du feu. Ainsi Dirghatamas demande de ne pas avoir le sort de Bhoudjyou submergé, et de ne pas périr non plus consumé par le feu'. Ainsi encore un des fils de Canwa place la délivrance d'Adhrigou, qui est un autre Bhoudyyou, à côté de celles du Soleil et de l'Océan céleste dont s'étaient emparés les Asouras*.

« RV. 1,369. 370.

« Id. ni, 247.

Mais pour retrouver le déluge dans le Rig-Véda, il faut l'y chercher sous cette forme énigmatique et concise à laquelle nous ont habitués les mythes de Sadid, de Sémiramis ou d'Horus noyé par les Titans.

Tougraj Thomme des eaux^ qui était Tennemi d'Indra puisque ce dieu « l'a vaincu*», c tel qu'un homme qui va mourir et qui se défait de son trésor, avait confié à la mer son fils Bboudjyou^. » Ce fils, c'est Noë; le père, c'est l'humanité antédiluvienne que le dieu suprême a domptée par les eaux du déluge, et qui a confié à la mer comme un trésor sans prix la seule famille qui dât perpétuer la race humaine.

Bhoudjyou était en grand danger de vie « sur la mer immense, incertaine, insaisissable. » 11 y aurait péri sans les Aswins, les dieux libérateurs qui, tels que les Dioscures, président spécialement à la navigation. « Il les invoqua ' » dans sa détresse, et ils « le sauvèrent sur leur propre vaisseau, vaisseau aux cent gouvernails, aérien, s'élevant au-dessus des eaux, » qui peut tout aussi bien être nommé « leur triple char, ailé, rapide, porté sur cent roues et attelé de six coursiers. Au bout de trois jours et de trois nuits, ils le ramenèrent de l'élément humide sur le rivage de la terre ferme, ils le déposèrent dans son palais^. » Ce char, ce vaisseau ailé, aérien, nous rappelle les vers où Nonnus ^ représente Ogygès=Noë dans son arche fendant Véther qu'avaient atteint les eaux du déluge; et dans le mythe de Persée, son cheval ailé s'explique par le char des Aswins (97).

« RV. IV, 251.

» Id. I, 228.

» RV. III, 204.

* RV. 1, 228. C'est par cette délivrance qae commence Th^^mne, comme par la plus célèbre. Compw 237, 238 ; III, 304. s Dionys. 111, 96.

4M ARIENS DE L'mDE.

Suivant une autre tradition, « Bhoudjyou était tombé au milieu des flots » on ne sait comment, ou bien < il y avait été jeté par de perfides amis* » (les Titans d'Egypte). « LesÂswins le relevèrent du sein des eaux, le placèrent sur leur char, qui lui offrit au milieu de la mer un terrain solide*, et le transportèrent par les voies radieuses de Tair'^. »

Ailleurs c'est « un arbre qui s'élève du sein de la mer et qu'embrasse le fils de Tougra suppliant. » Voilà bien Noê sauvé par le bois ; voilà l'arbre et la mer d'où partent les quinze maîtres des Aztèques. « Tel que la feuille, ajoute le poète, qui s'envole de dessous les pas précipités du lion, tel vous l'avez, ô Aswins, soulevé pour votre propre gloire. »

Cependant Tougra, qui a confié son fils à la mer, • a renouvelé pour les Aswins les louanges des anciens hymm; car ces dieux toujours jeunes avaient, des flots de la mer, recueilli sur leurs coursiers ailés et rapides, Bhoudjyou, qui les avait invoqués, et qui, élevé au-dessus de l'Océan, le traversa sain et sauf sur leur char merveilleux, aussi prompt que la pensée*. »

Enfin, la délivrance de Bhoudjyou est rapportée dans un hymne à Indra lui-même : « Syèna, Vépervier^ dans sa course rapide, emportait le Soma, comme Indra faisait de Bhoudjyou au-dessus des larges abîmes '. »

Autour de Bhoudjyou se groupent AdhrigoUy AnUifa, Rébha et Bandana^.

* RV. lU, 132.

« Id. 1,369.

5 Id. m, 2.

* Id. I, 234.

8 Id. II, 159.

6 Id. I, p. 215.

Ces deux derniers ont été l'un et l'autre « enfermés dans les ténèbres d'un puits, » c'est-à-dire dans les abîmes delà mer, « et ramenés à la lumière du jour. » L'un et l'autre, comme Bhoudjyou, sont comparés à un dépôt de grand prix, « à un vase plein d'or enfoui dans la terre, » à un trésor caché à la vue de tous.

« Enchaîné et blessé par les ennemis qui l'entouraient, Rébha avait été précipité par eux, soit dans l'eau, soit dans un puits. Pendant dix jours et neuf nuits il souffrit cruellement au milieu des flots. Les Aswins l'en ont retiré, tout meuriri , comme on puise le soma avec la cuiller des sacrifices. » Rébha, c'est Bhoudjyou, moins le vaisseaihdu salut.

bandana, dont le nom est joint à celui de Rébha, était « tel que l'homme endormi dans le sein de Nirriti (la maladie et la mort) ; tel que le soleil enseveli dans l'éternité; tel que l'or fait pour briller et enfoui dans la terre. Les Asv^ins l'ont relevé de sa chute. » Mais il représente plus particulièrement, comme Tchyavana, la longue vie des antédiluviens. « Les Aswins lui ont donné de longs jours. Il était accablé par l'âge ; ils l'ont restauré comme un vieux char. Pour prix de ses hymnes, du sein qu'il a fécondé ils ont fait sortir un saint homme *.» Cette longévité extraordinaire des hommes primitifs était présente à l'esprit du chantre védique Agastya, quand il disait : « Les anciens, accomplissant les rites sacrés, conversaient avec les dieux. Leur vigueur se consumait, mais elle ne s'éteignait pas. » Aujourd'hui « la fatigue épuise l'hortTme et mine la beauté de la femme '. >»

* Je note ici que le fondateur de la dynastie solaire, Yxvacou, est un personnage diluvien : d'après son père, Manou=Noë; d'après son nom, qui signifie citrouille (P. I, 380 sq.), et d'après ses cent fils qui ont régué dans le monde entier, La liste des rois solaires remonte àNoë, celle des rois lunaires à Adam. Cette distinction est trèsimportaote pour toute l'histoire de Tin de

« RV I, 416.

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