‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 2)Chapitre 99 sur 108 · CHAPITRE D · texte numérisé non relu

CHAPITRE D

Ijoêm de nbuiov.

Nous avons ailleurs (P. II, 468) exposé et expliqué h cosmogonie de ce code jusqu'à l'apparilion de MaDOU= Adam. Reprenons ici le fil que nous avions laissé tomber'.

« Manou ( qui est divinisé conformément au panthéisme hindou) produit dix Saints éminents (Maharcbis), savoir :

Maritchi, qui doit être Seth ;

Atri, que nous savons correspondre à Méhujaél ;

i4n^iras= Méthusçaél ;

Poulastya, qui est l'un des noms de Couvera, dieu des richesses, des trésors cachés, des mines, et qui répotè au forgeron Tubalcaïn ;

Poulaha;

Cralou ;

Praichétas ou Dakcha^ qui est Atlas =Idris=Hénoc';

Vasichtha;

« Lois, I, S34sq.; 58 sq. ^

* Le mythe de Dakcha est tout astronomique. Il a cinquante fillo* c*e»t le nombre rond des semaines de Tannée; c'est celui des fille* <^ la Lune et d'Endymiou, celui des filles de Danaiis, de Thestios, ce\^ des fils d'Hercule, de Lycaon,de Priam,d*Egyptus, celui des servintei de Pénélope. Nous avons vu Sanchonia'hon et les Chinois (iOl) fi^ la semaine antérieure an déluge, et les Hindous le disent aussi. Il pt^'^ au moins qu'au temps des Védas la semaine était connue des ArieDi«

LOIS DE HANOI}. itô

Bhrigou, • qui a appris en entier de Manou le Livre des Lois, et qui en a fait connaître le contenu aux homm<Bs>. » D'après un mythe postérieur, un géant (Typhon diluvien ) fit périr la tille de Bhrigou ( Proserpine, Thumanité primitive), que n'avait pas su protéger Agni (le dieu des Antédiluviens);

Enfin Narada (P. II, 605), qui est le Thoth diluvien de Manéthon (237).

c Les Maharchis créent à leur tour sept autres Manous, * ou plutôt « de Manou=Adam descendent six autres Manous , qui chacun donnèrent naissance à une race de créatures, t De ces six Manous , cinq portent des noms inconnus aux poètes épiques et fort peu célèbres dans la tradition postérieure. Mais le sixième et dernier est le fils de Vlvaswat ou Manou Satiavrata, qui fut sauvé du déluge dans une arche par Vichnou ou Brahnia. La liste des sept Manous , qui commence avec Adam et finit avec Noë, comprend donc les temps antédiluviens, et elle est parallèle à celle des dix Maharchis. Il est étrange que la Genèse compte dix patriarches séthites et sept générations de Gaïnites.

c Des dix Richis ou Maharchis sont nés les Pitris ou les Pères , » c'est-ù-dire les générations successives des Antédiluviens, et c'est bien là aussi ce que sont les Pitris dans le Rig-Véda (433).

diaprés les quatorze coupes et les sept Richis du sacrifice, ainsi que le pense M. Langlois (RV. IV, 397. 505). — Dakcha donne d'X de ses filles a Dharina=.Yiima, le représentant de rhumanité antédiluvienne et de ses dix Maharchis; vingt-sept au dieu Lune, qui, dans sa course mensuelle, séjourne dans vingt-sept constellations , et treize à Casiapa, personnage védique dont je n'ai pu déterminer le sens primitif, et qu*ou croit être Tespace éthéré. < Lois, 1, 59.

>^4 ARSENS DE l'INBE.

c Des Pitris sont né^ le$ Déwas et leç Danavas S» cVstii-dîre les Slobîm, les Séthites, les héros de la race sacerdotale, et les Dis de DanQu(44i), les Asouras, les Titans, les Cainites, les Néphilîm. Les hommes-dieux et les hommes-démons, les bons et les méchants, sont donc, d'après Manou comme d'après Moïse, issus d'une même .souche. La tradition postérieure dit pareillement de Gasîapa, fils de Maritchi=Seth, qu'il a épousé à la fois Aditi, la Lumière, et Diti, la Nuit, et qu'il est le père de >races ennemies, les Souras (Déwas) et les Aspuras. Les uns et les autres seraient donc des hommes, mais des hommes de la race primitive et macrobienne, des Pitris. Or nous avons vu que les Arabes font descendre tous leurs Djin, les bons comme les méchants, d'une souche unique, pjen=Gen=Caïn, et les Djin sont, comme les Pitris, des mânes, les ombres des Antédiluviens, des génies puissants. L'Inde et l'Arabie ont gardé du premier monde les mêmes souvenirs, qui s'expliquent et se confirment par la Genèse (114).

Les Lois de Manou nous donnent d'ailleurs une généalogie très-détaillée de tous les antédiluviens.

Elle remonte jusqu'aux Anges, Sadhyas, issus de Vira4i qui est une des formes de Brahma.

Viennent ensuite les Déwas, dont les ancétri^s sont les Agnichwattas, enfants de Maritchi ; c'est-à-dire Seth= Maritchi est l'aïeul de la race sacerdotale des Elohim= Déwas qui allumaient le feu (agni) sur l'autel du vrai Dieu.

Atri, qui représente les sécheresses de Gen et le feu qui a produit Djen, est, comme Djen, le père d'une très-nombreuse postérité qui est toute caïnite. De ses fils, les Barhichads, sont issus l^" les Daityas, tes sombres enfants de la nuit et du péché ; 9^ et 3^^ les Danavas et les

« Lois, m, s ^^^ ^'

më DE ifANtHt^. 48S

Rakch&sasj qiii dans le Rlg^-Veda se cà^tùtiâeni avec les Asoaras et forment l'armée de Vritra contre Indra, lors du fléaii du fetl ; 4'' et 5° les Kinnaras, musiciens cé-^ lestes qui jotient du rinnor (cithare) inventé par Jubal,' et qui sont attachés au service de Couvera =Tiibalcaïn, frère de ce même Jubal ; et les Gandharvas, qui sont les musiciens d'Indra ; 6» et enfin les Yakchas, serviteurs de Couvera, qui correspondent aux pygméeg, aux nains, aux gnoiHes de l'Egypte, de là Grèce, de rÉtrurie, de la Scandinavie, de la Laponie*. On voit qne la race d'Atri est bien réellement celle de Caïn et de Lénoec, et si nous voulions compléter la liste de ses descendants par celle qui se lit au premier livre des Lois^ § 37, nous mentionnerions encore les Âpsaras, bayadères du ciel d'Indra, ou les filles des hommes (33), dont la plus célèbre fut Nabéma, soeur de Jubal et de Tubalcaïn *.

Après la généalogie d'Atri vient celle des quatre castes:

Angiras est, par les Havichmats, le père des Kchatriyas ;

Poulastya, par les Adjyapas, celui des Vaîsyas;

Vasichtha, parles Soucalis, celui des Soudras;

Bhrigou, par les Somapas, celui des Brahmanes.

L'auteur des Lois de Manou, qui dans la cosmogonie fait sortir de Brahma lui-même les castes de la société brahmanique, place ici leur origine dans les temps antédiluviens, tandis que nous bavons par le Rig-Yéda

' Nous passons sous silence les Souparnas, oiseaux divins dont le chef est Garouda, et qui sont peut être le symbole des âmes des bons (P. I, 551), et les Ouragas, dont j'ignore la nature et les fonctions.

' Les Pisatchas ou Vampires sont une branche des Ràkchasas ; les Nagas ou Dragons, et les Sarpas oo SerpenU, sont des symboles dbcet mêmes Ràkchasas — Titans=Géant8 anguiformes.

iSO ARflENS OB L'DIDB.

qu'eDes n'existaient pas encore dans les siècles on les Ariens demeuraient sur les rires de l'Indus. Mais l'erreur, toute grossière qu'elle semble, renferme an fond de Ycrité, et se redresse par ce que Sanchoniathon nous dit de la formation des classes dans la société primitive, postérieurement à Chrysor=Tubalca1n. Les Hindous ont donné a une antique et précieuse tradition une forme appropriée a leurs mœurs et à leurs croyances.

La première des castes est celle des guerriers, et elle a pour aïeul Ângiras. Mais Angiras=Métliusçaël a pour fils SoudlianvaD=Lémec, l'homme robuste qui se venge, l'habile archer^ le grand guerrier. La tradition hindoue s'inspire donc de la tradition universelle et biblique.

De Chrysor naissent Fartisan et le potier qui furent les frères des laboureurs; et pareillement la deuxième caste indienne est ceUe des Vaisyas ou des artisans et des laboureurs.

La troisième caste est celle des Soudras ou des serviteurs. Mais elle est le résultat d'une conquête qui a soumis une nation à une autre. Or, les nations ne datent que de la dispersion des peuples, et le monde antédiluvien n'a pas pu avoir des Soudras. Aussi Sanchoniathon se tait-il sur leur compte, et les Saturnales conservaient la mémoire de ces temps primitifs où il n'y avait point d'esclaves.

La dernière des classes ou des castes est, d'après les traditions phéniciennes celle des Mages, d*après Manou celle des Brahmanes, qui a pour ancêtre Bhrigou, personnage diluvien. Sans la tradition des temps antédiluviens, jamais les Brahmanes n'auraient dit et écrit que leur caste était la plus jeune des quatre.

Le déluge de Noë ouvre le.Cali-Youga ou l'âge actuel. Les Lois de Manou ^ entrent sur les quatre Yougas dans

i Loti, r, s 81-86.

LOIS DE MANOU. i87

certains détails qui jettent quelque lumière sur ces temps antédiluviens.

€ Dans le premier âge, la Justice, sous la forme d'un taureau, se maintenait ferme sur ses quatre pieds. Dans les trois âges suivants, elle a perdu successivement un pied. »

« La vie des hommes était de quatre cents ans dans le Crila-Youga ; alors ils étaient exempts de maladies et obtenaient l'accomplissement de tous leurs désirs. La vie a diminue par degrés d'un quart dans les autres Yougas. >

€ La longévité, le bonheur et la force ont été dans chaque ûge proportionnés à son degré de vertu. »

€ Dans le premier âge dominait l'austérité, » c'est-àdire la dévotion extatique de l'anachorète, qui est pour les Hindous le comble de la piété. « Dans le second, c'était la science divine qui régnait, et dans le troisième, l'accomplissement du sacrifice. » La piété, la foi, la religion auraient donc été la grande pensée et la principale vertu du premier monde, d'Adam ù Noë. L'âge actuel a la t libéralité » envers les dieux et envers les hommes, telle que la chante un des poètes védiques ', qui dit : « La libéralité, divine et secourable, est une partie du sacrifice. Elle n'est point connue des impies, qui sont avares. L'homme généreux reçoit d'elle et tout ce monde et le ciel ; il ne connaît point les maux, il possède tous les biens. Il ne meurt point. » Il ne meurt point : c'est ce que Jésus-Christ a dit * de ceux qui ont la vraie foi opérante par la charité. // possède tons les hiensy et d'après saint Paul la piété a les promesses de la vie présente non moins que de celle qui est à venir*, i

t RV. ÏV, 382.

• Jeao Vm, 52 et ailleurs.

> 1 Timoth. IV, 8.

i88 ARIENS DE l'INDB.

il y a donc dans ces paroles du chantre hindou un pressentiment fort remarquable des privilèges que l'Évangile devait longtemps après lui apporter aux mortels. L'ame n'est point déchue si bas qu'elle ne sente d'où elle est tombée et où elle peut remonter.

Si la libéralité est la première de nos vertus, Favarice doit être c la racine de toutes sortes de maux, > suivant l'expression de saint Paul '. Le poète védique l'assimile avec l'impiété, et telle est aussi la pensée de Manou dans ses Lois : c Au premier âge, la vérité régnait, et aucun bien obtenu par les mortels ne dérivait de l'iniquité. Mais dans les autres âges, par le gain, la justice perdit successivement un pied ; et par le vol, la fausseté et la fraude, les avantages honnêtes diminuèrent graduellement d'un quart. » Or, nous avons vu déjà que le grand crime de Caïn, l'homme du gain^ l'Avide (Tchy), et celui de Prométhée, était l'avarice dans le culte divin (20. 209). Nous pouvons donc accepter comme vraie l'explication que nous donne Manou de la corruption de l'humanité primitive.

« 1 Timoth. VI, 10.

Page 1