LE PARADIS
nelle; pardonne aussi à celle dont nous avons été coupables nous-mêmes*.» Mais quand leurs sages veulent expliquer la corruption et les souffrances de l'humanité, ils ont recours au fatalisme : « L'homme est au pouvoir du mal ou de Nirriti, » dit Dirghatamas dans le même hymne déjà cité. Le péché vient, non d'un acte libre de l'homme, mais d'une loi inflexible qui a fait descendre l'âme dans le monde ténébreux de la matière. Plus tard, ce peuple imaginera la métempsycose et la révolte d'un monde antérieur.
IL Manou et sa postérité.
Manou, le premier homme, est le père de deux races dans lesquelles nous reconnaîtrons sans peine les Séthites et les Caïnites.
D'après les Védas (et les épopées), Manou est le père d'Ila. lia a (de Bouddha, fils de Soma ou de la Lune) Pourouravas et Ajous. Pourouravas est le père de Nahoucha, Nahoucha d'Yayati, et Yayati d'Yadou et de Tourvasa, de Drouhyou, d'Anou et de Pourou. Pourou a donné son nom à la dynastie lunaire (bouddhaïde) des rois de Pratishthana.
L'autre race, qui est beaucoup moins célèbre que la première, comprend Vrika=Vrichagiri, fils de Manou et père de Ridjraswa. Celui-ci a quatre frères, dont on ne connaît absolument que les noms : Ambaricha, père deViroupa; Sahadéva, Bhyamana et Souradhas. 11 est aussi question d'un fils de Manou, Sariata, qui serait le père de Tchyavana.
Reconstruisons l'histoire primitive de l'humanité au moyen des mythes de Manou et de ses principaux descendants.
« RV. III, 156.
Manou est le nom du premier homme, et celui de Thumanité, qui est issue de lui. Or ce nom signifie l'être pensant, intelligent, conscient de lui-même , Têtre qui se sent par son esprit supérieur à la matière et libre au milieu du monde qui Tentoure. Manou n'est certes pas un misérable sauvage qui ne songe qu'à se procurer, comme la brute, sa nourriture de la journée. Lucrèce et ses disciples modernes ne citeront pas les Védas à l'appui de leur hypothèse sur la vie animale des premiers hommes*.
Manou savait qu'il n'était pas le seul être pensant de l'univers, et il n'était point réduit à interroger sa raison sur les Intelligences qui habitaient le monde invisible. Elles s'étaient révélées à lui : les Déwas lui avaient donné le feu sacré , les Aswins la charrue. Ainsi donc, selon la tradition hindoue, c'est par des révélations divines que commence ici-bas l'histoire de l'humanité, et non par le rationalisme, par la religion naturelle, par le fétichisme.
Les Déwas sont les dieux anciens, inconnus, la Divinité sans nom spécial , qui est antérieure à toutes choses, l'Elohim de la Genèse (P. I, 160). Ce sont les Déwas eux-mêmes qui ont enseigné au premier homme la forme la plus convenable pour l'expression de ses sentiments de foi et d'adoration. < Ils ont allumé ici-bas Agni (ou le feu sacré) en faveur de Manou, et donné naissance à ce dieu, ïami de tous les hommes (Veswanara), pour qu'il fut en faveur du pieux Arien une divinité lumineuse*. » Comment, en lisant ces paroles , ne pas se rappeler que , d'après les commentateurs juifs et chré-
« Voyez sur ce sujet les excellentes pages de M. Nève, p. 79 sq.
■ RV. I, 69. 114. — Agni lai-même a « révélé à Manou la région du ciel , » vers laquelle le prêtre doit se tourner dans le sacrifice. (Ibid. 53.)
tiens 9 Dieu consumait par le feu du ciel les offrandes d'Adam ou d'Âbel ? Le feu de l'autel serait donc plus ancien que celui du foyer , et il aurait une origine céleste. Mais quoi qu'il en soit de ce point spécial, nous savons par le mot même d'Âgni (P. II, 121 sq.) que les premiers hommes offraient à la Divinité des agneaux en se prosternant devant elle avec un cœur saint et pur. Ce culte est celui d'un Abraham, et non celui des Nègres ou des Mongols qui brisent avec colère l'idole qui n'a pas su les protéger contre tel ou tel malheur. La religion est même pour les Ariens le tout de l'homme. Le Rig-Véda donne à la « race créée de Manon i l'épithète de pieuse , t accomplissant bien les sacrifices * ; » — c Manou n'a dû son bonheur qu'à sa piété * ; i — c on imite Manou en voulant plaire aux dieux ', et c'est pour le bonheur de sa race, à jamais bénie, que Manou a constitué le foyer lumineux d*Agni *. i
Il y a plus encore : la nature a été faite en vue du culte que l'homme rend à la Divinité. L'aurore, par exemple, ne serait point aussi belle, aussi resplendissante , si les Ariens ne se réunissaient pas chaque jour devant l'autel, au lever de l'astre du jour. « L'Aurore a été donnée à Manou alors que pour l'œuvre du sacrifice a été enfanté Agni, pontife désiré et ami des hommes*. » Nous verrons plus tard que les Aswins ou les rayons du soleil levant sont frères d'Yama , qui est une forme de Manou=Adam (431).
Cependant Manou , l'être intelligent , n'a pas reçu d'en haut, passivement et sans réflexion, le feu sacré,
« Nève, p. 79.
« RV. IV, 273.
» Id. IV, 296 ♦ Id. I,'70etpaMiin.