IV. Religion
Tentons, avec le secours de la Genèse et de la tradition, de saisir l'idolâtrie postdiluvienne à son origine même et de pénétrer le mystère de son berceau.
L'idolâtrie vient après le monothéisme, l'erreur succède ;\ la vérité, et dans le monde moral c'est la lumière qui ouvre la marche, et non la nuit du chaos. La plus ancienne religion est bien, comme le dit Ëusèbe, le patriarcalisme.
\° La première déviation a été le culte du feu, du feu, symbole et à la fois demeure de la Divinité ( P. I, 44, 478 sq. ), du feu qui est, comme Agni, Dieu avec nous. (Id. Il, 8i sq.) Mais si le feu a été le plus ancien symbole de l'Eternel, il n'a pas été longtemps le seul. Les unimmix et les ])Iantes qu'adoraivcul déià, dit-on, les
contemporains de Rchu et de Sériig, étaient ceilainement des images du vrai Dieu, mais d'un Dieu <iui était présent partout et qui habitait tout spécialement dans ^s attributs. (Id. 1, 30.) C'est à ce culte symbolique ]ue Moïse taisait allusion quand il disait aux Hébreux : t Vous prendrez garde sur vos âmes (pie TEternel ne ifous est apparu en Horeb avec aucune tonne (pielcon- ]ue ; ne vous faites donc point (de lui) quelque image aillée d'homme, de femme, de quadrupède, d'oiseau, le reptile ni de poisson *. »
2) Au culte symbolique du feu s'est associé immédiaement celui du soleil, le feu suprême, et des autres asres. Moyse, dans le passage que nous venons de citer, joute immédiatement : « Gardez-vous aussi de vous irosterner devant toute l'armée des cieux, » et Job nous ait en quelque sorte assister a la naissance du sabéisme juand il prononce ces paroles remarquables : c Je n'ai oint regardé la lumière (le soleil) quand elle resplenlit, ni la lune quand elle s'avance magnifique; mon œur ne s'est point laissé séduii*e, je n'ai point porté ma lain à la bouche (pour les adorer) ; cela est un crime ue les juges doivent punir, car j'eusse renié le Dieu 3rt qui est là-haut '. »
Si laSapience'juge que le culte des œuvres de Dieu, ant des astres que des éléments, est plus excusable que elui des idoles, c'est que l'auteur de ce livre tient les ioles pour des faux dieux. Telle n'était pas la pensée de loïse, qui ne voyait en elles que des symboles de l'Eterlel, que d'ailleurs il condamnait sans restriction. Mais lies étaient bientôt devenues partout la représentation l'un faux dieu et ce dieu lui-même. Aussi le jugement le la Sapience peut-il aisément se justifier.
* Deatér. iv, 15 sq.; passage classique.
* xxxi, Sa sg.
^ xm.
Eiisèbe fait succéder au patriarcalisme le scythisme. Par où j'entends le cuthisme ou cuschisme, c'est-à-dire, la religion des Cuschites de Nemrod * et des peuples soumis à ses lois, tels que les Chaldéens et les Assyriens. Le scythisme est donc le sabéisme et la pyrolûtrie, ou le naturalisme et le symbolisme.
3) Les idoles de Tharé étaient non des symboles du vrai Dieu, mais des théraphins (P. 1, 47), et les théraphins étaient des images d'hommes, de morts, d'ancêtres, de personnages illustres, de héros, de grands bienfaiteurs de l'humanité. Ces images passaient pour être habitées par des mânes, qu'on interrogeait et qui répondaient. C'étaient des statues à figure humaine, qu'animaient des âmes humaines. Laban, qui les nomme ses dieuxy les consultait pour connaître l'avenir*. Mais alors, sans doute, les théraphins n'étaient pas encore ce qu'ils sont devenus plus tard : car les Juifs parlent d'enfants qu'on égorgeait et dont on embaumait la tête ; on y fixait par la magie l'âme de la victime, on plaçait dans la bouche une lame d'or où était gravé le nom de Dieu, €^t c'était la tête même qui rendait les oracles.
L'auteur de la Sapience a raison de dire que les premières idoles ont représenté des hommes ', tels qu'un parent chéri ou un roi (vivant). Eutychius aussi s'écarte peu de la véiîté en prétendant que d'abord, quand un homme qui s'était distingué mourait, on peignait ou sculptait son image ; puis, dans les circonstances impo^ tantes de la vie, on vint devant ces images réfléchir sur le meilleur parti à prendre ; on les adora plus tard; enfin
1 Ces Caschites sont les Scythes que Justin (II, \) tient, avec d'antres historiens, pour plus anciens qae les Egyptiens. Comp. Ammien Marc, xxii, 15.
s Gen. XXX, 27 : J*ai d'viné.
'XIV, 14 sq.
on implora leurs secours contre un ennemi, et le démon le promit en exigeant le sacrifice du fils cadet.
Ce culte des ancêtres, que ne mentionne pas Eusèbe, Bt qui était un simple culte domestique et privé, est dei^enu la principale religion des Chinois, et s'est répandu )u s'est formé spontanément chez tous les peuples )aïens, tant anciens que modernes. (P. II, 350 sq.)
4° Les sacrifices humains paraissent avoir été , aux )rigines de Fidolâtrie et dans l'Asie occidentale, de deux jenres fort différents : sacrifices aux théraphins pour )btenir l'assistance des mânes dans les choses qui ne loncernaient que les familles ; sacrifices aux théothées K)ur apaiser leur colère, expier les péchés, détourner es fléaux et prévenir le retour du déluge. (P. Il, 412 sq.)
5<^ Eusèbe place après le patriarcalisme etle scythisme, Tiellénisme, c'est-à-dire les religions asymboliques et outes mythologiques des Grecs et des autres peuples le l'Europe, ainsi que des Indiens.