SYRIENS
sur ses bords toutes les statues du temple. Mais Dercéto devait y arriver avant le Dieu, car si Jupiter voyait le premier les poissons, ils périraient tous. Aussi le devance-t-elle, et elle l'engage par beaucoup de supplications à se retirer. > Cérémonies étranges et qui mettent dans tout son jour le caractère opposé des deux divinités suprêmes : Baal est le Dieu redoutable qui a jadis abaissé ses yeux scrutateurs sur Thumanité coupable et qui d'un seul regard Fa fait mourir dans les eaux. Depuis lors il retourne chaque année sur le rivage comme pour s'assurer que l'instrument de ses vengeances est toujours prêt à exécuter ses jugements. Mais son regard tue, et les êtres innocents et sacrés qui peuplent les eaux, n'échappent à leur sort que par l'intercession de Dercéto, la Bonne, la Miséricordiense déesse (P. 11, 84) *. On voit parla quel vif sentiment les Hiéropolitains avaient de la sainteté de Dieu, de la corruption de toute vie terrestre et de la nécessité d'un médiateur. Mais leur Sauveur était la Nature ou Vénus.
t Dans d'autres fêtes, non moins pompeuses, qui se répétaient deux fois chaque année, les prêtres portaient la statue de Deucalion jusqu'à la mer (Méditerranée), où se rassemblaient une multitude de pèlerins. Ils y remplissaient d'eau des vases qu'on cachetait avec soin, et ils se rendaient ensuite à Hiérapolis, où des prêtres, recevant de leurs mains ces vases , les débouchaient et les versaient dans le temple; d'où cette eau descendait dans le goufiire, qui ne se remplissait jamais. C'était là, disait-on, une antique loi instituée par Deucalion en mémoire et de l'inondation et de la délivrance. » En effet, lors du déluge, les eaux salées des océans s'étaient répandues sur les continents et écoulées par des fail-
' Jarénaïf Piotarqae, AmpéUas, Hœ&ychm%^ d«cQ& Movers, 1, 000.
lUERAPOLlS. 93
Aussi chaque année, rhonune, imitant avec quelques
ttes les immenses torrents du cataclysme, amenait
lier dans Tintérieur des terres et Ty faisait dispa-
•e par des voies invisibles (P. Il, 200, 252).
ependant les souvenirs du déluge qui a détruit
pemière terre, éveillaient avec force dans les cœurs
•ainte de l'incendie qui détruira un jour la terre ac-
le. Aux fêtes du déluge devaient se mêler celles de
n du monde, et Lucien nous dit que la plus solen-
î des fêtes, celle du bûcher ou des flambeaux, avait
au commencement du printemps : «dans la cour du
lie on dressait un immense bûcher, formé d'arbres
îrs auxquels on suspendait vivants des chèvres, des
»s, d'autres animaux domestiques, avec des oiseaux,
vêtements, des ouvrages en or et en argent. On
ait ensuite alentour les dieux du temple, chaque pè-
i y rangeait aussi les siens, et l'on mettait le feu,
consumait promptement toutes les offrandes. >
Dans les propylées qui s'étendaient vers le nord,
îvaient deux colonnes de cent vingt coudées de hau-
. Deux fois l'an un homme montait sur l'une d'elles,
me on fait sur un palmier : il y passait sept jours sur
)mmet, sans dormir, et priant sans cesse, tant pour
e la Syrie, que pour chaque individu qui lui disait
nom et lui faisait un présent. > Lucien veut expli-
r ces colonnes par le culte priapique de Bacchus,
» il ajoute lui-même que plusieurs y voyaient un sou-
ir des temps diluviens où les hommes s'étaient ré-
és sur les montagnes et sur les arbres les plus élevés.
cette dernière interprétation soit la vraie, c'est ce
prouvent les médailles de Selgé, en Pisidie, où se
int deux obélisques ou plutôt deux mâts ornés de
derolles et surmontés de l'oiseau de l'arche, la co-
ibe.
Remarquons les sept jours passés en prière sur la colonne. Les Galles, à la mort d'un des leurs, laissaient s'écouler aussi sept jours avant de rentrer dans le temple. Ce sont là peut-être de faibles traces de la pnmitive institution de la semaine.
Nous ne suivrons pas Lucien dans tous les autres détails qu'il donne sur le culte d'Hiérapolis. Nous noterons cependant : la coutume tout exceptionnelle des Galles d'ensevelir les leurs sous des monceaux de pierre, mode de sépulture qui nous parait pai^ sa simplicité même devoir être le plus ancien de tous, et qui a abouti au tumulus et a la pyramide ; — le profond sentiment du péché que révèle la loi imposée au pèlerin qui arrive pour la première fois à Hiérapolis, de s'envelopper dans la peau de la brebis qu'il a immolée et avec laquelle il s'identifie complètement (P. Il, i^l sq.); — et le sacrifice d'enfants, que leurs pères enferment dans des sacs, et précipitent, comme le faisaient les Mexicains, du haut des degrés du temple, en disant que ce ne sont pas leurs enfants, mais des bœufs (P. II, 258 sq. ; 412 sq.).
Nous avons appris de Lucien qu'à Hiérapolis la religion était toute diluvienne, et comme il donne à la divinité adorée dans cette ville le nom de déesse Syrienne, nous devons en conclure que tous les Syriens célébraient ce même culte. En effet, Dercéto ou Atergatis était, d'après Xanthus, la même qu'Athara, et Athara était la principale divinité de Damas. * Puis Athara est la forme araméenne * d'Astaroth ou Astarté qu'on adorait dans les villes syriennes du Liban non moins que dans celles
t Fr, Gr. HUt,, t. IV, p. 639. Justin, 26, 2. Magn. Etymol.
' Comp. TsoR et TOR, la ville de Tyr ', soeklosch et TH'LATii, troit*
DERCÉTO. 95
Phéniciens. Enfin Dercéto avait un temple à Asa, autre ville syrienne.
liara rappelle l'Hathor des Egyptiens, qui est le lieu ) des dieuxy et d'après Simplicius, AtergaUs a préei- 3nt le même sens*. Ater, en araméen, signifie lieu; GADy ou KET (dans Der-ket-o) n'a point dans cette lie le sens de dieu. Serait-ce peut-être un mot de ingue primitive , qui se serait conservé dans le THA, zend, le RflODA, persan, le goth, gott, alle- 1?
Tcéto est une Grande-Mère, une déesse du chaos, ici le myUie de sa naissance :
)u ciel tomha dans TEuphrate un œuf d'une merîuse grandeur. Des poissons le roulèrent sur le [e. Des colombes Fy couvèrent, et il en sortit Vénus 1 déesse Syrienne. Elle surpassait chacun en justice 1 probité, et, profitant de Tofire de Jupiter, elle lui mda que ces poissons prissent rang parmi les s. Voilà pourquoi les Syriens placent au nombre dieux et ne mangent pas les poissons ni les nbes*. >
Euphrate, que Jérémie nomme la mer y est, comme lus ou Hapimoou des Egyptiens , Tabime des eaux ordiales. — Ces eaux ont pour symbole les poissons, à vient que la Syrie se croyait sous la protection î spéciale de la constellation des poissons, et qu'elle , près des temples, des étangs où elle gardait des K)ns consacrés aux dieux (P. I, 325). — L'œuf est i du monde (id. 375). — La colombe est < l'Esprit ieu planant sur les eaux de labîme (id. 226). » —
lovers, t. ï, p. S98 : ro-reoç ôswv. Voyez Peuple Primitif, I, 373, atre interprétation de ce mot d'Âtergatis. [y gin., fab. 197. Lucien rapporte le culte (cosmogonique) des ^ns à DercétO;, et le culte (diluvien) des colombes à Sènùt^oiÀ^.
Dercéto est ainsi, d'après son mythe, la personnification ç de la Nature issue d'un chaos aqueux, une Vénus sortant ^ des eaux, née de la mer, une Vénus Amphitrite, qui ., passait à Athènes pour l'épouse de Neptune. Cette iden- \ tiiication de Vénus et de Dercéto est d'ailleurs mieux j, qu'une hypothèse de mythologue : elle repose sur un témoignage historique, car Pausanias nous apprend que le culte de Vénus Uranie a pris naissance chez les Assyriens (ou Syriens), qu'ensuite cette déesse a été adorée par les Cypriens de Paphos et par les Phéniciens d'Ascalon , et que les habitants de Cythère l'ont reçue de ces derniers. Or la déesse de Cythère, c'était Vénus, et la déesse-poisson d'Ascalon était adorée sous le nom d'Eurynome en Ai^cadie ( P. II, 599. Eurynome).
Les attributs de Dercéto nous sont tous connus : le fuseau ou la navette des Grandes-Mères qui ont tissé la toile du monde (P. I, 366) ; la roue du monde et de ses vicissitudes (id. 432 , 374) ; le cratère des eaux p^imo^ diales et de la prophétie (id. 329 sq.); la tour crénelée, symbole des cités; les lions qui figurent les ardeurs dn soleil (id. 261 sq.), etc.
Mais hâtons-nous d'arriver au mythe diluvien de la mort de Dercéto.
< La Dercéto d'Ascalon, disaient les uns, étant tombée entre les mains du lydien Mopsus, s'était jetée de honte dans le lac avec son fils Ichthys ou Poisson, et avait été mangée par les poissons. > Suivant d'autres, « Vénus lui avait inspiré un violent amour pour un beau jeune homme, dont elle avait eu une fille. Mais, rougissant de sa faute, eUe avait exposé son enfant en un lieu désert et plein de rochers, et, après avoir fait dispai'sutre son amant, elle s'était jetée dans le lac, où elle avait été métamorphosée en poisson «. >
' Xantbus, dans Fragm, hùt, grcBc. 1. 1> v- ^ \ l^iod< Sic. u, 5.
DKRCÉTO. 97
Kcéto est la personnification ou la déesse de la na*
ians le premier récit, de l'humanité dans le second.
re ou terre, elle a été surprise et violée par Mop-
le ()ieu des Eomx diluviennes, et elle a disparu sous
rtsavec son enfant, c'est-à-dire avec l'espèce hu*
e, qui a été comme transformée en poissons (P. II,
209). Humanité, elle s'est rendue coupable d'une
le faute, qui a été la cause de sa mort dans les
du déluge (id. 209); mais son enfant (lesNoachides)
sauvé.
1 loin d'Ascalon était Joppé, qui est le théâtre du 3 bien connu d'Andromède. Cassiopée est une tto ; c'est l'humanité antédiluvienne, qui attire sur ar une grave faute, par son insolent orgueil, la ; des dieux et surtout des Néréides et de Neptune , S28). Sa fille doit périr par un monstre marin gure le déluge, 210), et par une marée montante (ou frande inondation), ajoute ApoUodore •. Le héros sauve vient à elle à travers les airs , et je ne sais te course aérienne, d'après le mythe grec d'Ogygès mythe védique de Bhoudjyou , ne serait pas celle rche dans les hautes régions de l'atmosphère, où ; soulevée la crue immense des eaux.
Syriens n'étaient pas d'accord avec les Ascalonites sort final de leur commune déesse ; mais s'ils ne laient pas périr dans les eaux, au moins ne niaients l'extrême danger qu'elle avait couru lors du e. Les uns disaient que Dercé (Dercéto), la fiUe de ^ était tombée dans la mer, et qu'elle fut sauvée 3s poissons, qui furent transportés dans les deux 209). D'autres racontaient que Vénus et son fils, ur , étaient un jour venus vers l'Euphrate , quand
tout à coup se présenta devant eux le géant Typ ils ne lui échappèrent qu'en se précipitant dans le 1 et en prenant la forme de poissons ^ Typhon e meurtrier d'Osiris, Tauteur de tout mal, et ici du dé et son apparition subite nous rappelle la terreur p€ des Egyptiens (P. II, 191).
Nous croyons avoir rendu compte d'une ma plausible de tous les mythes relatifs à Dercéto. Il reste à interpréter ceux de sa fille, Sémiramis.
Sémiramis est le nom d'une déesse et celui reine. L'histoire de l'une s'est confondue avec le! thés de l'autre. C'est ainsi que Combabus est deve contemporain de Stratonice, et Attis=Adonis un i Grésus , qui a péri dans une chasse au sanglier ; ainsi encore que toutes les conquêtes de Sésostri été rapportées à Osiris. Toutefois, il ne nous para impossible de faire, dans les récits relatifs ù Sémir la part du personnage fictif qui figure les Noachid celle d'Atossa, qui vivait au treizième ou au quator siècle.
« La fiUe de Dei'céto *, exposée sur un aride rc fut nourrie par des colombes, » qui sont ici cell l'arche, « et apportée par des bergers à l'intendaii troupeaux du roi, Simma, > qui est Sem. Nous s que tous les mythes d'enfants abandonnés à leur sance dans des déserts et nourris miraculeusemet trait à l'humanité postdiluvienne, jetée sur une stérile et objet tout spécial de la protection < (P. 11, 237 sq.).
' liygWf Asti ou. ^0. Théou, tul Aralt " Uiod, aie, IJ, 5 et suiv«
SEMIHAMIS. IM)
Sémiramis devint J'épouse de iMeiioiiès, Meiioinis, lès, Nonnes, » qui est probablement Oannès-Moné- , ou le Thoth postdiluvien, le Verbe présidant à la lissance des ai*ts et des sciences parmi les Noachides. ais bientôt elle monta sur le trône d'Assvrie en deint l'épouse du roi Ninus. Elle lui survécut ; et ayant ;é le sceptre à son fils Ninyas, elle disparut changée *,olombe. »
Sémiramis est un être collectif, et si Onnès est Dès, il est fort probable que Ninus et Ninyas ne sont davantage des personnages historiques. Or Ninus ifie le dieu ou Vliomme-poissan ; le poisson est la le sous laquelle Vénus a échappé à Typhon, le géant vien, et en Inde c'est un dieu-poisson qui sauve -Satiavrata du déluge qu'a causé un géant. Ninus donc la personnification des êtres qui ont échappé léluge ; il est le génie de Xisuthrus comme Thoth 5elui de Seth, et il n'a pas plus fondé l'empire d'As- 3 et Ninive , que Bélus n'a été le premier roi de Bane ou Osiris le premier roi d'Egypte.
1 aura donc donné pour épouse a Ninus, l'homme ^ien, Sémiramis, la jeune humanité postdiluvienne, 3 de l'antédiluvienne Dercéto. Mais Sémiramis est, is-nous vu, la race de Sem le sublime. Or Sem est le le Noë, et elle devrait donc être plutôt la fille de is. Le mythe a prévenu l'objection ; car Macrobe } dit que plusieurs historiens donnaient à Sémiramis is pour père*.
icien, en nous rapportant qu'à Hiérapolis, la statue était debout entre les deux autres, passait pour reenter soit Deucalion (Ninus=Noé), soit Sémiramis i), ajoute que les Syriens ne la nommaient pas an-
'iQ^u)e de Scijpkn, ;/, iO. Coiup» C'ooou, dans PholvuB»