LIVRE TROISIÈME
c les Chaldéens de Babylone , frères des Hébreux phacsad, s'était conservée la mémoire des pieux îs. Les Phéniciens, au contraire, qui étaient la aaudîte de Canaan, n'avaient gardé le souvenir »s Cainites, de leurs souffrances, de leurs décou- , de leur civilisation, de leur culte. Leur témoin'est d'ailleurs pas moins précieux pour nous ilui des habitants de l'Euphrate. Non-seulement il du texte de la Genèse un excellent commentaire, ussi il nous permet de débrouiller toute la mythoies Grecs ; car les erreurs du paganisme se sont dues du Liban dans tout l'Occident quinze et vingt i avant les temps où les apôtres du Christ partirent te même contrée pour apporter à la terre entière ité de la Révélation. Mais les croyances des mislires idolâtres sonf fort confuses ; le Phénicien
nehoniafhonis fragmenta^ éd. OrelHus. Lipsise, 1H26. — Court i\\n^ Monde primitifs t. \. - Creuzer, traduit par Guignia ut, - Movers, fet Phéniciens (en allem.), t. I. — Rœth, Histoitp e philosophie occidentale (en allem.), t. I. — Je citerai Sanhon, ou plutôt Philon de Byblos, d'après l'édition qu'en a M. Ch. Muller dans \e% Fragmenta historicorumgrœcorum y p. 5B0 sq.
i(U PHÉNICIENS.
qui nous les a transmises est un athée qui fait son possible pour nous induire en erreur à tous égards; et, avant de faire usage des fragments de son ouvrage qu'Eusèbe nous a conservés, nous devons examiner quels étaient les livres sacrés des Phéniciens auxquels Philon de Byblos dit avoir emprunté le sien.
D'après Nonnus, les Phéniciens croyaient qu'il y avait dans le ciel, auprès de Dieu, un livre écrit dans leur langue sur sept tables , et qui contenait les lois et les destinées du monde (P. I, 142). C'est le livre d'Ophion, le Serpent, c'est-à-dire le dieu suprême (id. 24.9) ; Harmonie en avait la garde.
A ces livres célestes d'Ophion correspondent sur la terre ceux de Taaut. Taaut est Seth=Ala8parus. c C'est lui qui a inventé les lettres sacrées en reproduisant les figures des dieux*. » Ces lettres sacrées sont l'écriture hiéroglyphique , qui, à son origine, était non point une facile et inutile copie des choses matérielles que nos yeux nous montrent, mais une série de symboles destinés à rappeler aux hommes les mystères des choses invisibles et divines. Le livre de Taaut contenait bien, comme le dit Philon, « une théologie savante, cachée et recouverte des voiles épais de l'allégorie*. »
Le livre de Taaut, si tant est qu'il ait jamais existé, était pour les Phéniciens ce qu'était pour les Chaldéens celui d'Oannès : un abrégé extrêmement succinct de la religion et de la science ; et l'un et l'autre écrits ne peuvent mieux se comparer qu'aux livres de Seth , que l'Orient moderne prétend encore posséder. Tous ces apocryphes témoignent de l'antique gloire de Seth, l'inventeur de l'écriture hiéroglyphique.
• Vragm. hiat. grac. 2, 25.
» Id. 5.
SÀNGRONUTHON. i05
vant une autre ti'adition , qui est plus confoime à de Josèphe, Taaut n'aurait pas lui-même écrit sa )gie symbolique , mais il aurait donné Tordre de « aux sept Gabires et à leur huitième frère, Escu- Chez les Chaldéens, le livre d'Oannès avait été enté par six autres Annédotes, qui personnifiaient lases progressives du développement intellectuel éthites. Chez les Phéniciens, nous retrouvons le re sacré de sept, mais au lieu des Révélations de la ine, ce sont des Gabires, des ouvriers, des Gaifils de Lémec, qui poursuivent et achèvent en une génération la civilisation commencée par Seth. près eux vint Thabion, le premier -hiérophante des ciens, qui mêla (aux doctrines symboliques de ) les phénomènes de la nature et de l'univers, et [ cette religion nouvelle ) aux prophètes qui célèles Orgies et président aux initiations des mys- 9 Thabion a une terminaison patronymique grec- ON; la première syllabe nous paraît être le mot u Théba , l'arche, Thébah-ion est donc le fils de 5, et le premier hiérophante des Phéniciens est la personnification du premier sacerdoc^e qui se i après le déluge dans la race de Noë et dans la e de Ganaan. Or cette époque postdiluvienne est iément celle où la religion fort simple des Séthites Noë, et leurs traditions tout historiques, ont été Ses et complètement transformées par l'esprit poéet symbolique qui se développa avec une extrême pe chez tous les Noachides, et qui produisit le disme. Ce fut alors que se formèrent ces doctrines oatiques dont le sens profond cessa bientôt d'être isible aux masses, et qui ne se conservèrent plus Jans les mystères et chez les initiés.
lOr» PHÉNICIEN».
" Ces prophètes, continue Fathée Philon, ne songeant rju'îi augmenter la fumée de ces vaines allégories , les transmirent à leurs successeurs, dont l'un fut un certain Isiris, rinventeur des trois lettres (sacrées), le frère de Chna, (de (îc Chna) qui fut le premier nommé Phœnix. » Isiris (îst-il, comme le pense Movers*, le dionème depuis Taaut, après les sept Cabires, Esculape et Thabion? on S(m nom ne signifie-t-il pas plutôt le docteur (de ThébriMi iasar, cmeïgner)'} Peu nous importe; il nous sulïit de savoir qu*il était frère de Chna=Phœnix= Ag<'»nor= Canaan, et que le Phénicien qui acheva de rormul(»r la religion de son peuple, était censé vivre au temps de la dispersion du peuple primitif et de rorigioe des dilï*ér(»nt(*s nations. Les trois lettres inventées par Isiris indiquent probablement la première origine des leltr(»s, (^t Talphabet serait ainsi né après le déluge, de r<'»critur(î hi^M^oglyphique des Séthites et des Antédiluviens.
L(»s traditions relatives aux livres sacrés des Phéniciens nous ont ainsi conduits de Seth, par les Lémécides, à Canaan. Taant, les Cabires, Thabion et Isiris marquent fort exa(l(îm(»nt les origines et les successives transformations d(» la r(»ligion primitive.
Nous pass(ms du domaine des mythes dans celui (l<* riiistoins et nous vovons les Cananéens ou Phéniciens, dès les t(»mps l(»s plus ancMcns, graver les principes de leurs scicîuces dans leurs temples, soit dans le sanctuair(*, soit sur des colonnes libres. Ce peuple possédait même, au temps de Josué, dans la contrée qui devint l<* lot de Juda, une ville (|ui portait le nom de ville de!< lettres^ Kirjath Sépher , ou de renseignement de Ui loi, Kirjath Sannah*. Le temps arriva sans doute assez toi
* Josiw, XV, lis, iO.
SANCHONIATHOK. 107
> antiques inscriptions des temples ne furent plus gîbles qu'à peu de personnes. Si Ton peut se fier 'écîts du biographe crApolIonius de Thyane, les ries du temple d'Hercule, î\ Gadès , qui étaient « le e la terre et de Focéan, et qu'Hen*ule avait gralans la demeure des Parques, » faisaient connaître îs qui « préviennent la guerre entre les éléments. » ercule est le Roi de la cité, Melcarth , le Jupiter Phéniciens, le dieu, sinon de l'Etat, qui est une on de l'esprit grec, au moins de la civilisation jue, le dieu du commerce de Tyr et de Sidon,de sciences et de leurs arts. Aussi est-il nommé le l'astronome, le physicien, le prophète, l'initiateur venteur des lettres (P. 1, 130, 70 ; 11, 371 sq.)V . colonnes phéniciennes ont, d'ailleurs, donné lieu ythe des colonnes des Séthîtes dans Josèphe, et »lles de la terre Sériatique dans Manéthon. Si tant l'elles ne désignent pas un usage plus ancien que uge, et que la ville de Sippara n'ait pas réellement
lie. (iaghath) cette loi (san) de Chmi ((|ui est Saturne) 13'2), fut, à ce qu'il parait, recueillie, au temps de •amis, par un ou plusieurs écrivains dont les livres rent pour l'ouvrage d'un San-chon-iath-on *. Ce perige mythique correspond exactement au Vyasa, le letir des Indiens, et rappelle à plusieurs égards l'Ordes Grecs. Philon raconte de lui qu'il recueillit dans •chives des villes et sur les monuments des temples que histoire de son [»ays, et la mit tout entière par , Suidas lui attribue des écrits de physique, et l'on
lovers, p. 97, 98.
totez Kirjatb Sannak dont nous venons de parler, et la Sunna
lahométans.
106 PHEKIOEMS.
sait que la nature occupait une large place dans les livres sacrés des Egyptiens*.
C'est ce Sanchoniathon qui serait l'auteur de l'ouvrage phénicien qu'aurait traduit en grec, au temps de Nât» et d'Adrien, Philon Hérennius, de Byblos. D nous raconte qu'ayant un \if désir de connaître l'histoire de sa patrie, après avoir examiné une foule d'ouvrages non-grecs, 0 découvrit un manuscrit de cet antique et savant écrivain ; que Sanchoniathon avait trouvé par hasard les vrais livres de Taaut sur des Anmiunim (ou colonnes), dans les sanctuaires des temples, en caractères que tous ne pouvaient pas lire ; que ces livres contenaient une cosmogonie telle qu'on peut la déduire de l'observatico et de la vie d'anciens rois de la Phénicie; que ces rois avaient été divinisés pour leurs bienfaits par la reconnaissance de la postérité , et assimilés aux éléments et aux astres, les seuls dieux qu'on eût adorés jusqu'alors; que Sanchoniathon s'efforça de ramener la religion à sa simplicité primitive en la dépouillant de tous les mythes, de toutes les allégories , de tous les mystères dont les prêtres l'avaient recouverte; mais que ceux-ci avaient fait disparaître l'écrit de Sanchoniathon, et que Philon venait le remettre en lumière*.
Philon vivait dans un temps où les fraudes littéraires étaient à la mode ; on en cite plusieurs, et de ses compatriotes eux-mêmes. Il ne fait d'ailleurs que marcher sur les traces d'Ëvhémère, qui avait rapporté, d'un voyage dans l'océan Indien, un livre qu'il prétendait avoir trouvé sur une île, dans un temple, et qui propageait l'athéisme en faisant de tous les dieux d'anciens rois ou généraux.
* Fragm. kist. (/nBc. , i, 2, et p. 561 . — Movers, p. 99 et suit. * Mlragm. i, 2fq.
8ANCH0NIATH0N. i^
r Texistence de Dieu, d'un Dieu qui a formé le
e et qui le gouvei-ne selon la justice, et faire de la
m une absurde erreur qui, en divinisant soit les
de la nature, soit certains personnages histo-
., aboutit aux fables les plus révoltantes : tel est
; principal que Philon s'était proposé dans son
l^e. En même temps il voulait, par vanité nationale,
îr que les Phéniciens étaient, avec les Egyptiens,
pie le plus ancien de la terre, celui à qui la race
récente des Grecs avait emprunté ses croyances.
aussi autorisé par ses propres paroles à lui sup-
l'intention de battre en brèche les Livres sacrés
ifs en y opposant un écrit d'une égale antiquité,
mêmes noms de personnes et de lieux figuraient
les récits tout différents.
a loin de Philon à Bérose, qui raconte naïvement )yances et les destinées de ses compatriotes sans occuper de ce qui peut les relever ou les abaisser mx de ses lecteurs. Aussi , tandis que l'un mérite ntière confiance, on ne peut assez se défier de i. Chaque ligne du faux Sanchoniathon provoque te : tantôt le mythe est altéré par le plus grossier lérisme, tantôt, s'il est exactement rapporté, il est îé et joint à d'autres avec lesquels il n'a rien de un. Ainsi El Schadai (le Dieu Tout-Puissant) adoré los, devient un Sadaï ou Sadeh, un ôieu-campagne, )un (le Dieu Suprême), un mortel marié à Bcrouth 'éation) ; Astarté est sculptée avec des cornes de parce que cette reine en aurait placé sur sa tête le insignes de sa puissance; les noms de Ciel et de auraient été d'abord ceux des deux enfants un, qui étaient d'une extraordinaire beauté; Auster rée seraient des hommes qui auraient fondé la reen adorant les productions de la terre. WvAow
mêle au8si des mythes de TEgypte à ceux de sa patrie; mais surtout, pour accroître Tantiquité de son peuple, il place» à la suite les unes des autres des séries de traditions ou de fables qui se rapportent aux mêmes objets et qui devraient ainsi être rangées sur des lignes parallèles.
Cependant Philon nous fournit Ic^s renseignements les plus pré<;ieux sur la religion phénicienne. Car, s'il altère d'ordinaire, il n'invente jamais, et, à tout prendre, il est évhémériste à la façon de ses compatriotes eiixmêmc^s qui montraient le berceau et le tombeau d«» plusiinu's d(^ leurs divinités. Son erreur était celle de toute l'antiquité païenne à son déclin, et do Diodore de Sm\(\ î\ Philon, il n'y a de différence que celle d'un athéisme qui s'ignore à l'athéisme conscient et hostile. L'écrivain phénicien réduit en système les superstitions populaires, et son véritable^ adversaire <''est la religion «'»nigmatique, sérieuse et profonde des mystères. C'est aux prêtres oi aux prophètes d(» son propre pays qu'il en veut; il le dit en termes exprès.
Nous pouvons donc accepter l'ouvrage dcî Philon coumie un exposé dcrs croyances populaires des Phéniciens, interprétées au point de vue exclusif de l'histoire, et parfois dénaturées dans l'intérêt de* l'athéisme. Mais, ù aveuglement de l'incrédidité ! ce philosophe, qui croit prouver par la religion même qu'il n'y a point de Dieu, prouve admirablement que Moïse, le prophète de l'Eternel, nous a seul donn<» des temps primitifs une histoin^ véridique, et l'athée concourt à (établir le (*aractère uni- <|ue et par là même la divine inspiration de la Genèse*. En effet, l'évhémérisme a raison dans de (»ertaines limites : il y a dans toutes les religions païennes un certain nombre de mythes qui se rapportent à la première hnmamU\ ri Philon, eu recueillaut dans les archives des