II. Les Mythes
Les traditions que nous venons d'étudier n'étaient qu'une inscription antique et fruste à déchiffrer; les mythes qui suivent sont une série d'hiéroglyphes dont il faut trouver la clef.
La clef de ces hiéroglyphes, c'est l'inscription même, c'est l'histoire des Cainites, en particulier le temps de la grande sécheresse sous iMéhujaël et celui du développement de tous les arts dans la famille de Lémec. C'est la lutte entre le dieu du ciel qui veut détruire ses enfants ou les habitants de la terre, et le dieu de l'humanité qui triomphe de lui et forme ici-bas une cité prospère. On a ainsi une succession de dynasties divines : en tête est l'Éternel ; puis vient le Ciel avec les autres physiothées; ensuite apparaît Saturne, ou le dieu du monde antédiluvien ; il s'associe plus tard Melcarth, à Tyr, tandis qu'en Grèce il est à son tour renversé par Jupiter, le dieu de l'Etat (P. II, 369 sq.).
Dans ses mythes antédiluviens, Philon nous raconte longuement la guerre du Ciel et de Saturne, et trèsbrièvement celle de Démaroon et de la Mer; il conclut par la mort du Ciel. Nous avons donc ici, comme plus haut, trois fragments de très-inégale longueur.
TEMPS ANTÉDILUVIENS. iS7
Premi^ fragment.
< Longtemps après les Cabires, si Ton en croyait Philon, seraient nés un certain EHoun ou le Très-Haut, et sa femme Bérouth, qui demeuraient à Byblos, et qui eurent pour enfants le Terrestre ou Autochthone, nommé le Ciel, et sa sœur et épouse la Terre. Ëlioun périt déchiré par les bêtes féroces; après sa mort on lui rendit des honneurs divins. > Elioun est Elohim, le dieu créateur (P. I, 129), que Philon identifie avec le dieu de Byblos, Adonis, qui mourut des blessures d'un sanglier. Bérouth est la création (P. I, 132). Il est manifeste que Philon remonte ici de nouveau à l'origine des choses, et nous ramène aux parents d'^Eon, Golpia et Baauth, ou l'Esprit d'Iao et le Chaos. Elioun ne peut donc être Lé- «ec, ni le Ciel Noë, comme l'a prétendu Cumberland, et les mythes relatifs au Ciel n'ont trait qu'aux temps cosnogoniques et aux origines de l'humanité.
< Le Ciel eut de la Terre, sa sœur, Ilus ou Saturne, Sétylus, Dagon qui est le froment, et Atlas. » Ilus, c'est B, Dieu ; c'est le Très-Haut, Elioun, qui s'est fait le dieu Kles hommes, Jéhova; c'est Bélus II, fils d'Aos, qui reproduit parmi les mortels Bélus l'ancien, Bélitan ; c'est thez les Grecs et les Latins, Cronus et Saturne, le dieu ik l'humanité primitive. Mais autant est aisée l'interprétation du premier des quatre fils du Ciel, autant les autres sont obscurs.
Bétylus, malgré sa terminaison masculine, doit être B'thoulahj la Vierge ' , c'est-à-dire la jeune Humanité dans tout l'éclat de sa beauté. Nous l'identifierons donc avec Proserpine. Philon dit plus loin que Proseipine
' GébelÎBf p. 29,
est fille de Saturne, et il est en effet assez indifférent de dire que la jeune Humanité est la sœur ou la fille du dieu qui la pei*sonnifie et la protège.
Dagon était le dieu national des Philistins. D'ordinaire on suppose qu'il avait la forme d'un homme-poisson. C'était celle de Dercéto qu'on adorait à Ascalon. Mais Ascalon est une colonie ly(Uenne qui avait certainement un tout autre culte que celui des Philistins, et il n'y a pas de raison de conclure de la forme de Dercéto à celle de Dagon. Le nom de Dagon peut tout aussi bien venir de dâgàn, hléy que de dia;, poisson. Nous ne voyons donc aucune raison de rejeterletémoignage positif de Philon, qui fait de Dagon « l'inventeur du froment et de lacha^ rue et un Jupiter Laboureur i, et qui lui donne pour épouse la mère de Démaroon, ïàbondance de la pUUe ^
Atlas, frère de Dagon et de Bétyle, ne peut être, comme le veulent Movers et Rôth, une divinité cosmogonique, les Ténèbres du chaos (^athal). Il n'est pas davantage l'Atlas, astronome et navigateur, des Grecs. Nous pensons qu'il désigne les jetmes et fraîches moissons (de TALAH, être jeune, frais); et si < sur un soupçon, Saturne, par les conseils de Mercure, le jette dans une fosse et l'y ensevelit, » cette fosse est le souterrain que les Antédiluviens (Saturne) ont appris à construire avec beaucoup d'art (Mercure), et dans lequel ils ont serré leurs récoltes sur le soupçon qu'elles ne se conserveraient pas si elles n'étaient renfermées de cette manière. Cet usage était universel dans l'Antiquité : il existait cbei les Perses et les Hyrcaniens, chez les Scythes, che» les Cappadociens et les Phrygiens, chez les Thraces, en Espagne, en Afrique. On le retrouve aujourd'hui encore
* Ce DagoD>fToment explique le Tagès des Étnuqaei (P. Il, i3SJ, comme l'avait fort bien prouvé Court de Gébelin, p. 60.
ehez les peuples de TÂtlas, et le nom de mattamores qu'ils donnent à ces fosses, vient du verbe arabe tam, hébreu TAMAN, cacher^ couvrir, qui est la racine du mot grec TAMEION, magasin à blé ^
Cependant la concorde ne dura pas longtemps entre le Ciel et la Terre. Le Ciel, infidèle à son épouse, t eut tfautres femmes une nombreuse postérité. La Terre irritée Taccabla d'injures, et ils se séparèrent. Mais, mal- |rë ce divorce, aussi souvent qu'il lui plaisait, il retour- Kit vers elle sans égard à sa résistance, et il entreprit Inssi de faire périr les enfants qu'il avait eus d'elle. » Le trait lumineux de ce mythe obscur, c'est le dernier, «'est cette tentative que fait le Ciel de détruire llus, Bétjfle, Dagon, Atlas et tous les autres enfants que la Terre lui avait donnés, c'est-à-dire l'humanité elles moisions. Pour exécuter son projet, il avait eu certaine- Bent recours à ces grandes sécheresses qui, du vivant 4e Gen=Caïn, et de Méhujaël, détruisirent les Caïnites. lei Philon s'explique par lui-même non moins que par la Cenèse. Mais d'où venait au Ciel une telle irritation con- Ire la Terre? La Genèse seule nous l'a appris : Du meurtre de Caïn. Cause honteuse qui ne se peut avouer et à iMjuelIe il faut en substituer une autre ! Alors on s'est iouvenu des fléaux qui ont bouleversé la nature depuis k chute, des ronces et des épines qui ont depuis lors recouveii; le sol, des bêtes sauvages créées après l'homme (BT. 89 sq.), et l'on a supposé eu Phénicie que le Ciel, Êprès avoir produit l'homme, avait, sans motif connu, lîolé les lois universelles et appelé à l'existence des êtres dévastateurs et malfaisants qui n'auraient jamais dû sortir du néant. Ces êtres, qui faisaient la guerre à lliomme, à ses céréales, à ses troupeaux, ne pouvaient
* Gébelin, p. 61
provenir de la même mère que lui, de la Terre, et ils devinrent les enfants de plusieurs concubines du Ciel. Mais comme, par leurs substances et par leurs formes, ils faisaient manifestement partie du grand système de la nature, on supposa que plusieurs d'entre eux étaient nés de la Terre, trop faible pour résister aux volontés du Ciel*.
€ La Terre, après avoir souvent repoussé le Ciel, cherche des auxiliaires et en trouve chez son fils El ou Saturne. Celui-ci avait pour conseiller et pour aide son secrétaire, Mercure Trismégiste, et (pendant la guerre), il eut, on ne sait de quelle mère, deux filles, Proserpine et Minerve. La première mourut vierge (ravie par Pluton lors du déluge). Ce fut d'après les directions de Minerve et de Mercure que Saturne fabriqua avec du fer (comme Tubalcaïn), la faux (des moissonneurs) et la lance (ou le soc de la charrue). » Le sens de ces mythes est fort simple. La terre est dévastée par la sécheresse et semble lutter contre TEternel qui veut détruire les Caïnites. Mais bientôt la scène change : les Caïnites remarquent dans les cieux les signes d'une prochaine délivrance ; un dieu nouveau vient en aide ù la terre et s'oppose de toutes ses forces à celui qui voulait faire périr tous les hommes. Le dieu nouveau, El, s'efforce de rétablir partout dans la nature l'harmonie et l'ordre que le Verbe divin, Mercure, y avait établis lors de la création. Cependant la lutte que les hommes soutiennent contre le ciel d'airain, développe en eux des facultés nouvelles, et fait naître dans leur esprit une sagesse, une habileté si merveilleuse que Dieu seul a pu la leur ins[)irer. Cette sagesse, c'est celle des arts mécaniques, c'est Minerve, Minerve qui naît d'El dans les cieux i)en-
< Voyez le mythe analogae du Mars égyptien, P. I, 393.
dant la guerre, tandis que sur la terre Tiibalcaïn invente le soc de la charrue et la faux *.
Le souvenir de Fenthousiasme qui s'empara de Fhuinanité aux temps des inventions de Tubalcaïn, s*est conservé fort distinct dans ces mots remarquables de Phi- Ion : Lorsque Saturne eut fabriqué la faux et le soc (ou la lance), t Mercure inspira par des paroles magiques aux alliés de Saturne un ardent désir de combattre pour la Terre contre le Ciel. »
f Les alliés de Saturne ou El furent appelés Elohim, c'est-à-dire Saturniens. » Ces dieux sont de simples mortels, comme les Elohim de la Genèse, dont les fils épousèrent des filles des hommes (33). Mais les Phéniciens avaient transporté ce nom sublime , des patriarches séthites aux grands génies de la race de Caïn.
t Ce fut ainsi que Saturne chassa le Ciel de son empire et s'empara de la royauté. » Le fléau du feu n'aurait donc cessé, d'après Philon, qu'au temps de Tubalcaïn. Mais ne demandons pas aux mythes Texaï^titude chronolo^que des traditions et surtout des récits historiques.
Ce fléau a fini par une pluie , vraie crise tellurique (P. 11, UO; HT. 99). C'est ce que veut dire le mythe suivant : « Dans ce combat décisif fut prise aussi la
' Minerve est en Phénicie la personnification de la sagesse de Tubalcaïn. Tubalcaïn est Vulcain. Vulcain et Minerve étaient adorés n> comman à Tyr, la ville de Vindustrie et des chantiers. — Minerve, >Q Liban, portait le nom de Némanoun ; Néraanoun est Nahéma ; Nahéma est la sœur de Tubalcaïn, et elle passe chez les Juifs pour avoir découvert ces travaux à l'aiguille où excellait Minerve. — Ou a fini par confondre tous les Lémécides, au point de faire de Minerve (Nahéma) l'épouse de (Tubalcaïn) Vulcain et la mère d'Apollon (lubal-Jabal). Toutefois ce dernier mythe peut être cosmogoni- <lue : La Sagesse éternelle a, de concert avec le Feu , produit le Soleil.
IdS PHÉNICIENS.
concubine favorite du Ciel : elle était enceinte ; Saturne la donna en mariage à Dagon, et elle Hiit au monde auprès de celui-ci l'enfant dont le Ciel était le fère^ Démaroon. » Ce dernier mot signifie Vabondance (dai, dh) des gouttes ou de la phiie (mar, marar). La concubine ne peut avoir eu un autre nom que celui de la Nuée, qui seule est la mère de la Pluie. Dagon est le blé. La traduction du mythe fournit donc ce sens : Les nuées que le ciel gardait pour lui seul et n'envoyait point rafraîchir la terre consumée, furent enfin rendues par le dieu protecteur de l'humanité aux champs ensemencés, sur lesquels elles épanchèrent des torrents de pluie. Cette interprétation, qui difiTère peu de celle deCourt deGébelinS se confirme, entre autres, par le mythe védique d'Indra Vrichabha (P. Il, 137).
Après la défaite du Ciel et le i*etour de l'ordre et de la fertilité dans la nature, c Saturne environna d'un mur sa demeure et bâtit la première ville, Byblos. i Byblos est la Sipparis, l'Hénochie des Phéniciens. Le mur rappelle les constructions de kénan (28. 73), et surtout celles des frères de Chrysor=Tubalcaïn, qui étaient, nous l'avons vu, des architectes, et qui vivaient précisément aux temps où nous ont amené les mythes de Philon.
Ces temps sont ceux de la fleur des Caïnites. Hiilon place ici la mort d'Atlas ou l'invention des greniers souterrains, et « une navigation des descendants des Dioscures ou Cabires qui, sur des radeaux et des vaisseaux, abordèrent au mont Casius, et y élevèrent un temple.» Je ne sais ce que signifie ce dernier mythe. Quant au premier, je crois que la construction de ces greniers était devenue le plus grand problème de rarchitecture antédiluvienne, et que la mémoire s'en est conservée
' Page 62.
TEMPS ANliDILUVIENS. 138
daas le mythe d'Agamède et de Trophonius qui appartiennent sans doute au monde primitif.
Après les beaux temps des Lémécides est venu le déluge, et Philon continue son récit en ces termes : < Saturne, qui avait un fils nommé Sadid , ayant conçu des .loupçons contre lui, le frappa de son glaive, et de sa propre main priva de la vie son enfant. De même 11 trandia la tête à sa propre fille. Tous les dieux furent saisis de stupéfaction en voyant cette manière de faire de Saturne. » Sadid est l'homme fort et robuste (schadid) ; la soeur, c'est sans doute Proserpine. L'un et l'autre représentent une génération brillante de jeunesse, de force et de beauté, que son Père céleste fait périr par ■n acte de son insondable justice, qui remplit d'étonnement les anges eux-mêmes. Proserpine est la jeune humanité ravie dans les enfers lors du déluge par Pluton. Sadid, son frère, a le même sens (P. Il, ^8 sq.).
Philon, qui ne se comprend pas lui-même, vient de BOUS esquisser à grands traits, d'Ëlioun à Sadid, l'hisloire de la création et celle du premier monde : chaque icène est à sa vraie place, et il n'en est à peu près aueune qui ne soit d'une intelligence facile. Arrivé au déluge, U revient sur ses pas , et renouant le fil brisé de l'histoire du Ciel , il nous raconte les derniers efforts de ce dieu pour reconquérir son empire. Le Ciel est en hite, mais il n'a pas renoncé à tout espoir de triomi^er de ses ennemis. Il a recours successivement à la ruse et à la force. D'abord, il cherche à enlever Saturne par surprise en lui envoyant sa fille, la jeune vierge Âstarté, avec ses deux sœurs, Rhéa et Dioné. Mais Saturne les fait prisonnières et les épouse. Â cette nouvelle, le Ciel fait marcher contre son ennemi la Destinée et les Salions (ou la Beauté) avec d'autres auxiliaires. Elles se lassent gag^aer par Saturne f qui les retâenl ^lu^^^ ^^
lui. Enfin, le Ciel imagine de former des pierres vivantes» Bfetylies, sans doute pour les lancer du haut des airs sur ses adversaires.
CesBsetyliesne peuvent être que des aérolithes. Qu'on se représente Teffroi des hommes à la vue de ces pierres qui tombaient sur eux avec le bruit du tonnerre et dans des globes de feu ; qu'on admette que ce phénomène s'est produit pour la première fois au temps de Tubalcain, peu après la grande sécheresse, quand on croyait le Ciel encore irrité contre la terre ; qu'on suppose en outre que les 'aérolithes de cette époque ressemblaient quelque peu à celui qui écrasa l'armée cananéenne fuyant devant Josué au jour où le soleil suspendit sa marche dans les cieux ; et l'on ne s'étonnera pas de voir le souvenir des premiers aérolithes se conserver au travers du déluge, chez les Phéniciens jusqu'à Philon qui , sans le comprendre, l'a sauvé de l'oubli (P. I, 44. 513).
Les déesses qui, de force ou de gré, passent des rangs du Ciel , leur père , dans ceux de Saturne, sont des personnifications des forces bienfaisantes de la nature terrestre. Elles sont filles du Ciel, car le Ciel est ici le dieu qui habite dans les cieux, le dieu créateur qui a fait la terre et l'homme, et qui punissait les crimes des Cainites par la sécheresse et la famine. Ces déesses ne paraissent sur la scène qu'après la défaite de leur père, c'est-à-dire après que sa justice a été vaincue par sa miséricorde. Elles deviennent les épouses du dieu nouveau El, de celui qui, en rétablissant l'ordre des saisons, a rendu à la terre la pluie et la fertilité, à l'humanité l'abondance et la joie.
La première de ces déesses qu'épouse Saturne, est
Astarté, la principale déesse des Phéniciens, leur Grande
Mère, la Nature. Ici elle représente non la nature in-
forme du chaos, mais la ivatat^ \Ae^^ Qiv^<(sosL<^ ou le
monde. Nous savons d'ailleurs (P. 1, 350, 462) qu'elle présidait spécialement à la lune, dont elle portait le croissant ou les cornes sur la tête. Les sept filles qu'elle donne à Saturne, les Titanides ou Dianes, sont les sept lunes de la semaine, qui fournissent à Thomme une mesure du temps aussi simple qu'invariable.
Rhéa, c'est la terre, non la planète terra, erets, mais le sol fertile, tellus, adamah, la femme de l'homme, HUMUS, (Gen. IX, 20) , la nourricière (de rakah, paître, noMn-ir). Elle devient « mère de sept fils, dont le plus ieune fut consacré dès sa naissance. » Ces sept fils de la terre cultivée , qui naissent immédiatement après les sept filles de la lune, sont les jours de la semaine considérés dans leur rapport avec les travaux du laboureur. Le plus jeune ou le dernier de ces jours est le septième, celui du repos du Dieu Créateur, et il est très-vrai de dire qu'il a été distingué des autres et consacré à Dieu dès sa naissance ; car déjà dans le Paradis Adam a certainement compté le temps par semaines et sanctifié le sabbath. Mais il est fort étrange que ce soit l'athée Phi- Ion qui nous le dise dans son langage énigmatique. Au reste, il se serait tu sur ce point que les Chinois auraient suppléé à son silence.
Quand la Terre cultivable et la Nature s'unissent au dieu de miséricordç pour bénir l'homme, il ne se peut que la Destinée et les Saisons ne se rangent de leur parti, c'est-à-dire que les lois physiques ne reprennent leur action régulière, et que les saisons n'apportent, chacune à son tour, leurs bienfaits à la terre et à ses habitants. Désormais les Cainites vivront dans l'abondance de toutes choses : Dioné, ou l'Abondance, la sœur cadette de Rhéa et d'Astarté, la troisième fille du Ciel, devient l'épouse d'El, et f lui donne des filles » , que PbiloTV we waïme pas. Quelles sont eJJes? La prospérité, Yai \\r
chesse développe dans la société des passions nouvelles ; l'amour, en particulier, prend une place beaucoup plus large dans les cœurs, et devient plus intime, plus délicat, plus ardent. Dioné se confond en Grèce avec Vénus, et ses filles ne peuvent être que des personnifications des charmes, des grâces d^ la femme. C'est ce que prouvent suffisamment < les deux fils qu'Astarté donna ensuite à El : le Désir et TAmour >, ou la passion que la beauté inspire à l'homme. Or ces temps-là sont ceux de Nahéma, la Gracieme, ou de Pandore.
Philon poursuit en ces termes : c Dagon, après avoir trouvé le froment et la charrue, fut appelé Jupiter Laboureur. > Le froment a été connu de l'homme depuis sa chute ; mais il est vrai que la charrue au soc de métal date de l'époque de Nahéma et de Tubalcaïn, et c'est donc avec raison que Philon place ici la déification de Dagon ou le complet développement de l'agriculture.
€ Sydyc ou le Juste eut Ësculape d'une des Titanides.» Si Ësculape est Seth, et Sydyc Adam, ce mythe est hors de sa place. Toutefois la mention de la Titanide semble indiquer que l'art de la médecine, inventé par Seth, avait acquis une extrême importance, après le retour de la fertilité ou la défaite du Ciel, sous les Lémécides.
Le mythe du Ciel et de Saturne est terminé. Philon nous transporte brusquement de Byblos en Pérée et à Sidon, et les divinités de la terre font place à celles de la mer. Mais le fil ne se brise pas pour cela entre nos doigts, et les nouveaux mythes ne nous parleront encore que du monde primitif.
Deuxième fragment.
Cette courte page, la plus énigmatique de tout le livre, répète sous une tout autre forme l'histoire d'Elîoun, du Gel et de Saturne.
TEMPS ANTSMLUVIENS. 137
€ Il naquit en Pérée. à Saturne trois fils : Saturne qui avait reçu le même nom que son père, Jupiter Bélus et Apollon. — De leur temps naquirent Pontus, Typhon et Nérée le père de Pontus. — De Pontus naquit Sidon , dont la voix était si harmonieuse qu'elle inventa le chant des hymnes, et Posidon (Neptune). — Démai'oon eut pour fils Melicarthus qui est Hercule. — Ensuite, le Ciel it de nouveau la guerre ; il la fit à Pontus, dont il abandonna la cause, et se joignit à Démaroon. Démaroon se jeta sur Pontus ; mais Pontus le mit en fuite, et Démaroon ayant échappé, célébra sa délivrance par un sacri- * fice. •
Traduisons ce texte.
Philon, qui vient de nous donner le mythe de Byblos, passe à un autre mythe qui avait cours en Pérée, dans le pays de Basçan dont la principale ville était la cité d'Âstarté, Hasçthéroth Camaïm ou les Astartés cornues.
Saturne, le père des trois dieux, est ici Eiioun, TElohim de la Bible, le Dieu créateur, le Bélitan des Chaldé^s.
L'aîné de ses fils est le second Saturne, Ilus, l'adversaire du Ciel , Jéhova, le Dieu de l'humanité.
Jupiter Bélus ou Baal , le grand dieu des Phéniciens et des Chaldéens, est sous sa double forme de Bélitan et de Bélus fils d'Âos, le même qu'Elioun et qu'El.
Apollon, à qui Ion rendait de grands honneurs à Tyr et dans les contrées de la Syrie voisine de la Phénicie, est la lumière créée le premier jour, le soleil formé au quatrième, l'abrégé et le représentant du monde.
Dans le même temps avaient paru Typhon, (th'hom) Yabime liquide du chaos, la mer primordiale, et Nérée (nahar) les eaux du chaos (P. I, 237). Nérée a pour fils Pontus, la mer du troisième jour.
Vionius est pèee de Posidon, -commie bi Terr^ ^ ^owt
fille Rhéa. Posidon ou Neptune est le génie de la mer qui a été utilisée par Thomme, et qui est devenue le théâtre dé ses courses lointaines.
Maïs, le nom grec de Neptune, Posidon, offrait une ressemblance si frappante avec la métropole de la Phénicie, la grande ville maritime de Sidon, que Philon ou d'autres avant lui firent d'elle la sœur aînée de Posidon. Elle était donc plus ancienne que le dieu de la mer, el pour relever plus encore sa gloire, on y plaça contre toute raison le berceau de la poésie lyrique. Il suffisait pour cela de changer par un jeu de mots tsidon la pêche en SCHIDDAH , V instrument de musique.
Cependant auprès de Neptune doit prendre place Démaroon, que nous savons être Teau de la pluie qui féconde le sol labouré par Thomme.
L'agriculture est la mère des cités et des lois. Eb Grèce il y avait une Cérès législatrice. Au Liban, Démaroon a pour fils meleg qak'tha, le Roi de la ViUe, l'Hercule antédiluvien, le dieu d'Hénochie. L'Hercule postdiluvien et phénicien était , à Tyr, fils des deux grandes divinités Bélus=Baal et Astéria=Astarté; à Carthage, fils de Saturne=Elioun=El.
Le combat du Ciel et de Démaroon contre Pontus a rapport au déluge et signifie que la mer (Pontus) a envahi la terre habitée et cultivée, sur laquelle le ciel faisait tomber les pluies fertilisantes. On se souvient que Démaroon est le fils de la Nuée qui est devenue l'épouse du dieu de l'agriculture. La pluie bienfaisante s'enfuit devant les torrents dévastateurs du cataclysme. Toutefois elle ne fut pas anéantie, elle reparut bientôt après la retraite des eaux diluviennes ; l'ordre se rétablit dans l'économie de la nature, et le mémorable sacrifice de î^oë fut attribué à Démaroon.
Ce mythe de Démaroon et aie VoxvWs %m\\. V^ déluge
m point de vue de ses causes et de ses effets physiques; e mythe dTIsoiis oppose à Tesprit ancien des Antédinviens Tesprit de la religion et de la civilisation postdibviennes ; là mort violente de Sadid et de sa sœur met SD relief l'insondable justice du Dieu vengeur du crime; l^nmense tristesse que cette ruine d'un monde a laislée dans le Cœur de la nouvelle humanité, s'exprime tons le mythe d'Adonis.
Adonis, en effet, est le dieu suprême (P. 1, 129. 133. B5) de l'humanité qui périt par le déluge et qui renaît lientôt après.
Parmi ses ancêtres figure Phaéthon qui a consumé la terre au temps de Méhujaël. Son père est Cinyras, le BnnoTj instrument de musique inventé par Jubal. Sa pière est Myrrha, la myrrhe qui préserve les corps morts |e la corruption , et qui est un symbole d'immortalité : |l fils d'une Myrrha ne peut périr, ou s'il meurt il repjendra à la vie *. Adonis, le Seigneur de l'humanité anpdiluvienne , devint l'objet de l'amour passionné d'As- |rté= Vénus , ou de la nature qui combla de ses dons k premier monde. Mais ce tendre amour de la déesse ie le préserva pas de la haine de Mars=Typhon, et ^onis périt blessé par un sanglier, symbole du déluge (P. II, 213). Le sanglier qu'on lui immolait était précité dans des gouffres (en grec megàra , en hébreu if^ARAH) qui étaient censés les demeures de Cérès et |e Proserpine, et qui rappellent ceux par lesquels Ihton avait entraîné celle-ci dans son ténébreux empire fid. 200). Proserpine avait reçu le dépôt du coffre Marche, id. 186) dans lequel avait été déposé le corps f Adonis. On cherchait Adonis comme on faisait Properpine dans les mystères d'Eleusis (id. 234). La joie
<■)■*■ Llnceste de Myrrha est probablement an mythe aatloxo^^o- Éfue (P, II, 51 J,
iiO PHÉNICIENS.
qui succédait aux jours de son deuil (id. 261) ne connaissait pas de mesure. < Adonis vit, criait-on, il est ressuscité (id. 237). » La fête de ce dieu se célébrait primitivement vers la fin de l'automne, à Tépoque où le déluge avait commencé. Le sort lamentable du jeune et bel Adonis était symbolisé par des jardins factices ou des vases de fleurs qui s'épanouissaient rapidement et se fanaient plus promptement encore , et ce symbole lui-même était un souvenir du jardin d'Ëden dont les joies avaient été de si courte durée (Id. 17).
Mais Philon nous rappelle en Phénicie. II va nous raconter la mort d'Uranus ; c'est le dernier de ses mythes antédiluviens.
Troisième fragment.
« La trente-deuxième année de son règne * Ilus, ayant dressé des embûches à son père dans l'intérieur des terres, et l'ayant fait prisonnier, le mutila près des sources et des fleuves, dans un endroit qu'on montre aujourd'hui encore, et où le Ciel fut adoré pour la première fois. Son esprit se dissipa entièrement, et sob sang dégoutta dans les sources et dans les eaux des fleuves. » Le sang du ciel, de même que dans le Rig Véda le lait des nuées, c'est la pluie, la pluie omqiie qui s'épancha sur la terre le jour où finit la grande sécheresse, et qui fit croire que le ciel allait se fondre et s'épuiser tout entier. Ce mythe , qui est déplacé, est donc le synonyme de celui de la mère de DémarooD devenant l'épouse de Dagon.
t Tels sont, ajoute Eusèbe , les faits mémorables de Saturne et de ce temps que les Grecs ont exalté à cause de son bonheur sous le nom d'âge d'or. >
> Notons avec soin cette date si exaete : elle vaut ce qae vaknt otUeêéBÊ Chaldéens, des Egypti«a«^ de» Grecs, des Chinois, dnt « Jean tiMkûreê primitives.