IV. MÉROPIDE
Il en est de la Méropide de Théopompe comme de TAtlantide de Platon. C'est un mythe qui n'a pour garant qu'un seul écrivain. Théopompe met sans doute son récit dans la bouche de Silène, instruisant Midas^ et nous sommes si pauvres en mythes phrygiens que nous aimerions à croire que l'historien de Chios a bien recueilli celui-ci de la bouche des prêtres ou des sages de l'Asie Mineure. Mais Silène ne nous parle point ici le langage de l'antique tradition, et il est certain que ce récit est une simple liction de Théopompe. Toutefois il s'est inspiré des vieilles et authentiques légendes des religions nationales, et voici sous quels traits il a dépeint à ses compatriotes les temps antédiluviens.
t L'Europe, l'Asie et la Libye sont des îles qui enveloppent l'Océan. Mais hors de notre monde est un continent unique (l'île antédiluvienne) d'une grandeur indéfinie. Les animaux y sont autres et de grande taille ; la stature et la longévité des hommes, doubles de la nôtre. On y trouve de nombreuses et grandes cités, des mœurs particulières, et des lois opposées aux nôtres. Les deux plus grandes de ces villes ne se ressemblent en rien : l'une se nomme la Belliqueme (celle des Cainites et des Néphilim), l'autre la Pieuse (celle des Séthites, P. 11, 172). Les habitants de cette dernière vivent dans la paix et dans l'abondance des richesses, cueillant les fruits de la terre sans la semer ni la labourer. Ils sont exempts de toute maladie, et ils meurent souriant et le coeur joyeux. Leur justice est à ce point réelle et certaine que les dieux daignent souvent les visiter (Thëopompe
1 Ëlieu, Vai\ hist. 111, 18. Fragm. hist. grœc, 1 1, p. 289.
p. Il, il. 381 ). Les R<>lli- % («Il vrais huDimt>K de i en gm-rn', H leur nUaincus. Les hahilaiits (te
fxnillions. lIsc-oimaiSHenl ; le ti'és<gr.(ud nombre ^rres. Ils sont iuviilnct le bois |wuvent seuls ssèdeiit iino telle qiianmoins esUiné ehezeux l traveiw rOeéan pour ^ ! de dix millions, et ont mais ayant appris que M de tous les Imbitanls de ■lu mépris pour une niay humble, et ils jugèrent Vie pénétrer plus avant. > près d'eux (des Bi^lliquenx) /ndfs villes des hommes apit'éniilé de leur eontrée était Ce lieu élail comme un goufi>iiit les ténèbres, que la lu- I l'air était mêlé d'une subs- ;ti\it trouble. En ee lieu eous Délices et celui de la Trit- [iiitre sont des ai-bi-es de la . ijiais dont les fruits ont des ;ijLUedes uns, verse une telle t, se eonsume et meurt dans i^'i^ ik'n fruits des arbres qui s Déliées, It'H anciennes pasce qu'on avait aimé, on rarevit les aunéeii déjà écoulées, recouvre sa vigueur pa&séu.
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on redevient jeune homme, enfant et enfin on s'éteint. > Ce retour de la vieillesse à Tenfance est un emprunt fait au dialogue de Platon, le Politiqtie. Les deux fleuves et leurs arbres sont une fiction de Théopompe qui en a pris les matériaux au Léthé des enfers et peut-être aux deux arbres du paradis. Quant aux Méropes, ils avaient donné à Cos son antique nom de Méropide : c'était une race mythique (antédiluvienne) qui avait été détruite par Hercule, le dieu qui anéantit les races corrompues. Le roi Mérops avait pour épouse Ëthémée : elle cessa d'adorer Diane (comme les Antédiluviens d'adorer Dieu), Diane la frappa de ses flèches, et Proserpine l'enleva, encore vivante, dans les enfers *, comme cette déesse ellemême l'avait été par Pluton. Ëthémée est donc la Proserpine de Cos, et Proserpine est un personnage diluvien (P. 11, 232). La patrie même de Théopompe, Chics, avait sa Mérope, fille d'Œnopion et amante d'Orion. Cet écrivain pouvait donc, sans altérer les mythes de Chios et de Cos, faire des Méropes les habitants de son monde primitif.