‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 39 sur 120 · V. Lyctonie · texte numérisé non relu

V. Lyctonie

Ce mythe ne nous est rapporté que par l'auteur in- (^onnu des Argonautiques. Mais le faux Orphée ne fait que le mentionner en passant et le suppose connu de ses lecteurs. 11 ne l'a donc pas inventé, et nous avons certainement ici une vieille et antique tradition. Voici le peu de mots qu'en dit le poëte * ; t Un jour Jupiter qui fait gronder sa foudre dans la hauteur, et le dieu de la mer r|ui ébranle la terre, se disputèrent au sujet de coursiers aux pieds plus rapides que les vents (lorsque les cieux

4 HygiD, P. Astr. Il, 16.

* Vers 1284-1290.

dt les entrailles de notre globe semblaient rivaliser d'arleuràjeter sur la terre les torrents impétueux des eaux iiluviennes)*. Neptune, irrité contre le père des dieux, frappa de son trident d'or la terre Lyctonienne, et de la dolence du coup il la brisa, la jetant dans la mer immense où elle forma plusieurs îles. On les nomme Sardalgne, Eubée et Chypre. »

Callimaque, dans son hymne à Délos, dit que Neptune, d'un coup de son trident forgé par les Telchines (Tubaiçaïnites, P. II, 145)^ précipita dans la mer les montagnes, dont il forma les premières iles. Mais le poëte ne parle pas de la Lyctonie.

On a voulu faire tle Lyctonie Lycaonie, qui est le nom d'une province de l'intérieur de l'Asie Mineure, et qui pourrait aussi être celui de l'Arcadie où régnait Lycaon lors du déluge. Mais Chypre, l'Eubée et la Sardaigne n'ont rien de commun avec la Lycaonie ni avec l'Arcadie.

D'après le mythe orphique, avant le déluge, une zone non interrompue de terres basses aurait uni à l'Asie Mineure Chypre et Rhodes, la Carie à l'Attique et à l'Eubée, TEpire à l'Italie méridionale et celle-ci à la Sardaigne (HS. 132).

Les Hyperboréens, dont le nom se lisait déjà dans Hésiode et dans les Epigones d'Homère ', sont un peuple mythique qu'on supposait demeurer par delà le Borée, c'est-à-dire au nord de l'Hémus et des monts de la Thrace,

• Cheval f symbole des eaux. Voyez Clef des symboles. Peuple h'imitifj 1. 1, à la ûd.

* Voyez Otfîr. Maller, La Doriens, 1. 1, p. 267 sq. (en allem.) > Hérode, iv, 32.

OÙ le vent glacial du septentrion était censé prendre naissance. Les Grecs primitifs, qui n'avaient pas franchi ces chaînes de montagnes, les prenaient pour les limites de leur monde, et ils avaient imaginé que derrière cette haute muraille était une autre terre que ne désolait jamais le Borée ou TAquilon, et qu'habitait le peuple du monde antédiluvien.

Ecoutons Pindare : « Les Muses ne sont point étran- i gères aux mœurs des Hyperboréens : partout retentis- î sent chez eux la voix des jeunes filles qui dansent en ; chœur, les lyres bruyantes et les sons éclatants de la ^ flûte. Les cheveux ceints de lauriers d'or, ils se livrent i gaiement aux délices de la table. Ni la maladie, ni la ^ débile vieillesse n'approchent de cette race sainte. Ilsne >( connaissent point les fatigues et les combats, et vivent i([ à l'abri des coups de la juste et sévère Némésis. » C'est m l'âge d'or d'Hésiode transporté dans les temps postdi- *$' luviens et vers le nord de la Grèce. iK

Dans le même hymne, Pindare dit encore : c Ni par "4^ mer, ni par terre vous ne trouverez la route merveil- % leuse des contrées où les Hyperboréens vivent dans des 'i fêtes continuelles. Persée seul y pénétra jadis ; il entra ,\s dans leurs demeures, et assista à ces magnifiques héca- H tombes d'ânes qu'ils immolent à Apollon. Ce Dieu prend j^t^ un extrême plaisir à leurs fêtes, à leurs acclamations k. de joie, et sourit en voyant ces animaux vigoureux bon- \'t dir et se débattre sous la main du sacrificateur. > Ces |[= hécatombes d'ânes sont fort extraordinaires. L'âne doit ^i être ici un animal typhonien, ahrimanien, le symbole do fi dieu du mal qui fait sans cesse la guerre au soleil, à b lumière, â la santé, à la vie. Apollon se plaît à voir ses adorateurs s'associer à ses combats et lui égorger par centaines les représentants symboliques d'un dieu plein de force qui se débat en \^\u %o\\^ \^ \^ev ^ l'immole.

Mais cette lutte d'un Âpollon=Ormuzd et d'un Satan monyme est une intuition étrangère à la religion des Brecs d'Homère et de Pindare. 11 y a là quelques débris tes croyances primitives. Ce qui est plus étrange encore, c'est que, d'après une inscription grecque, à Délos on offrait à Apollon des sacrifices d'ânes * .

Ailleurs, Pindare fait « arriver Hercule vers les sources ombragées de l'Ister, chez les Hyperboréens qui Krvent Apollon. La douce persuasion lui fit obtenir feux l'olivier, qui devait à Olympie couronner les ninqueurs. > Ici le peuple mythique ne demeure plus ID nord de l'Hémus, dans les plaines du Bas-Danube et hins celles de la Hongrie. Ces régions étaient déjà assez lannues des Grecs pour qu'on dût reculer au loin la pa- He des Hyperboréens. On la transporta vers l'Occident, pi est le vrai lieu des terres mythiques et antédilufennes*.

Cependant les colonies grecques du Pont-Euxin et du Jorysthène cherchaient en vain dans les contrées hyiBrboréennes où elles s'étaient établies, le peuple pieux It bienheureux dont avaient parlé les anciens poètes. Ces Irilènes de la Scythie souffraient, eux aussi, des vents Ijbcés du nord, et comme ils apprirent qu'à leur sep- |9iitrion était une chaîne de montagnes haute et vaste, Hhiral , ils se dirent que c'était des monts Rhipées et icm de l'Hémus que se précipitait sur les contrées du |pd l'impétueux Borée. Les Hyperboréens devaient ICMic se trouver nécessairement par delà les Rhipées ou BOural , sur les rives (sibériennes) de l'Océan (que nous iommons Boréal ou Glacial). Entre les Hyperboréens et les colonies grecques de l'Euxin on comptait : les grif-

* Bœck, Corpus inscr, grœc. t. I, p. 807. « Pind. Olymp, m; Pytb, x.

i66 HTPERBORÉENS.

fons qui gardent Tor (sur le versant oriental de FOural, P. 11. 59) ; les Arimaspes, qui n'ont qu'un œil (au sud ou à Touest de ces monts), les Issédons et les Scythes. Hellanicus disait que t les Hyperboréens , au delà des Rhipées, pratiquaient la justice et ne se nourrissaient que des fruits des arbres », en vrais habitants du Paradis *.

Mais les Grecs ne pouvaient tarder beaucoup à se convaincre que la demeure qu'ils assignaient aux Hyperboréens devait être inhabitable par Texcès du froid. Déjà le poëte Antimaque, vers Tan 400 avant J.-C, pensait que les Hyperboréens n'étaient pas autres que les Arimaspes*. C'était confesser que les Hyperboréens d'Homère et d'Hésiode n'étaient qu'une vaine fable; c'était identifier les Antédiluviens avec une peuplade de l'Oural. On ne déracine pas ainsi de l'esprit d'une nation antique comme l'étaient les Grecs , ses mythes favoris. Un contemporain d'Alexandre, Hécatée d'Abdère, transporta les Hyperboréens dans les régions tempérées de l'Occident, où étaient déjà Ogygie, les îles des Bienheureux et les Champs-Elysées, les Hespérides, Erythie, l'Atlantide de Platon. Il imagina pour eux , c dans l'Océan, en face de la Celtique, une île du nom d'Hélixée , aussi grande que la Sicile , très-fertile , abondante en toute espèce de fruits , et produisant chaque année deux moissons. Latoney était née; aussi ces insulaires révèrent Apollon plus que tous les autres dieux, el comme ils chantent chaque jour continuellement des hymnes en son honneur, on peut dire qu'ils sont tous prêtres d'Apollon. Dans un magnifique bois sacré est

* Uérod. IV, 13. Damastès, Fro^. hist.grœc. ii, p. 65. Hellanicus, id. 1, p. 58.

s Fragm. il 3, à la fin de V Hésiode de Didot.

HTPERBORÉBNS. i67

son temple, de forme ronde, qu'ornent une foule d'offrandes. La ville aussi lui est consacrée ; la plupart des habitants sont des musiciens qui, dans le temple, chantent sans discontinuer, en Thonneur du dieu, des hymnes où ils célèbrent ses faits. Ils parlent une langue particulière La lune paraît là très-proche de la terre, et

''on y discerne des éminences semblables à celles de lotre globe. Sur la ville et le temple régnent, de génération en génération, les Boréades.... Les prêtres sont rois frères, hauts de six coudées, fils de Borée et de ]bioné (du vent du nord et de la neige) i. » Nous omettons ci ce qu'Hécatée raconte du cycle astronomique de leuf (et non dix-neuf) ans, au bout duquel Apollon isite son île , jouant de la cithare et dansant constam- Bent pendant les nuits depuis l'équinoxe du printemps Bsqu'au lever des Pléiades, et se réjouissant de ses propres louanges. Le même auteur parle aussi au long les essaims de cygnes qui arrivent des monts Rhipées K)ur une des grandes fêtes d'Apollon , et mêlent leurs ;hants à ceux des prêtres.

Dans Apollodore, les mythes des Hyperboréens , des lespérides et d'Atlas se sont confondus, et c'est en ifirique, dans le Maroc, qu'il faut aller chercher ce leuple fabuleux qu'Hésiode et Homère plaçaient en Buljarie et en Valachie.

Le lecteur aura facilement reconnu dans les mœurs !t la piété des Hyperboréens celles de l'âge d'or et des iéthîtes. Leur dieu suprême , Apollon ou le Soleil , est e Balsamen de Gen=Gaïn, l'Indra des Angirasides ou laînites. Le culte d'Apollon a Delphes, à Délos, en Ittique était un rejeton du culte antédiluvien de l'astre lu jour. C'est là ce que disent les mythes suivants qui

* Hécatée, Fragm, tiist. grcBc. t. II, p. 386 sq.

168 mnPKRBORÉENS.

établissent les rapports les plus intimes entre les Hyperboréens et les Grecs.

Mythes de Delphes, t Cet oracle a été établi par deux fils des Hyperboréens, Pagase et le divin Agyeus. » Agyeus est un des surnoms d'Apollon lui-même.

Le premier temple était fait des branches du laurier qui est à Tempe. Des abeilles construisirent le second de leurs propres ailes et de cire, et Apollon l'envoya chez les Hyperboréens. Le troisième fut d'airain , et il a été englouti par la terre ou mis en fusion par le feu. Le quatrième, œuvre d'Agamède et de Trophonius, était de marbre, et il a été brûlé dans la cinquante-huitième olympiade*. » De ces quatre temples le dernier seul est historique, quoique les architectes en soient des personnages fabuleux. Je ne sais ce que signifie l'édifice d'airain, à l'existence duquel croit Pausanias sur des motifs peu solides. Le laurier prophétique de Tempe signifie ou que les premiers prophètes d'Apollon ont paru à Tempe, mais rien ne vient appuyer cette explication ; ou que la prophétie a pris naissance en un lieu aussi délicieux que Tempe, en Héden, dans le Paradis (P. II, 17). Quant au temple de cire et d'ailes d'abeille qui a été transporté chez les Hyperboréens, c'est le symbole de la réapparition de la prophétie au temps de la palingénésie diluvienne de l'humanité (id. 224).

Alcée dans un de ses hymnes chantait ApoUon recevant de Zeus à sa naissance une mitre d'or, une Ivre et un char attelé de cygnes (P. I, 219) avec la mission de se rendre à Delphes ; passant une année -entière chez les Hyperboréens, et les quittant au milieu de l'été pour venir enfin fonder l'oracle de Delphes. Nous avons vu

* Pausanias, x, 5. — Mnaséas {Fragm. hist. grœc. t. III, p. iHS) prétendait que les Delphiens étaient les anciens Hyperboréens.

HYPERBORÉKNS. 169

t d'après Héeatée Apollon, le dieu des deux mondes, >urnait tous les neuf ans passer quelques mois vhoi Hyperboréens du monde primitif.

tythes de Délos, Latone , qui était née chez les Hyper- ■éens, vint de là à Délos, en douze jours et douze ts, poursuivie par Junon. Elle avait pris la fornx* ne louve, symbole des ténèbres primordiales où va Bumer la lumière « (P. I, 339). Apollon ou le Soleil liit été adoré par les Cainites avant de Tétre à Délos, dlait bien que sa mère fiit née chez les Hyperboréens, qu'elle les quittât pour venir s'établir dans Tîle qui il devenue le centre du culte de son fils. Ivec Apollon et Diane étaient arrivées à Délos deux isges hyperboréennes, Opis et Argé ou Hécaergos, vA m avaient été suivies de deux autres , Hypéroché et picé, qui venaient s'acquitter envers llithyie, par un Éiut, d'un vœu qu'elles avaient fait pour l'heureux acpehement de Latone*. Ces quatre jeunes filles étaient nies à Délos, où l'on montrait leurs tombeaux et leur idait un certain culte '. Que sont ces quatre vierges? Kgnore ; je vois seulement que Hécaergos, qui agit au 1^ est une des épithètes homériques d'Apollon, et peutm Argé (a augmentatif, ergos) a-t-il le même sens. Ipéroché, qui excelle ou domine^ pourrait être pareilleant répithète d'une déesse solaire. Mais je ne sais lelle relation il y aurait entre Diane et Laodicé, la ttice du peuple^ entre Diane et Opis, dont l'étyraologie

• Arist. Hist. anim. vi, 35, — Elîen, iv, 14, prétend que la louve It bas ses petits avec beaucoup de peine, pendant douïe jours et ■le nuits.

• Hérod. IV, 35. Je suis l'interprétation d'Otfr. Muller, loc. cit.^

s Hérod. iv, 33 sq. Platon, Axioch. Pausan. y. 7. Achtea^ À«.\i% ft dernier passflt^e, est saas doute on autre nom pour Opift o\x Nx^é.

170 HirPRRBORÉENS.

est inconnue. Toutefois Opis était sous la protection spéciale de Diane ; car cette déesse a percé de ses flèches Orion parce qu'il avait voulu faire violence à cette vierge hyperboréennei. Orion qui périt au milieu des flots, est un personnage diluvien, et Opis vivait donc à cette époque où le culte du Soleil qui avait péri avec le premier monde, renaissait à Délos.

Cependant à Délos, et à Prasies (en Attique), on parlait d'offrandes enveloppées dans la paille de froment, qui étaient envoyées à Délos par les Hyperboréens*. Il est difficile de croire que ces assertions des prêtres ne reposassent absolument sur rien, et l'on est ainsi conduit à supposer que dans le bassin du Danube , au nord de THémus, a demeuré un peuple historique qui adorait le Soleil ou Apollon , et avec lequel les Hellènes dans leur première enfance se seraient trouvés en relations asseï intimes. Ce peuple serait, à notre avis, la souche des Celtes, et ce serait de lui qu'il faudrait entendre la phrase de Phérénice : t Les Hyperboréens sont de la race des Titans '. > Car dans la doctrine des Orphiques (P. Il, 164i, les Titans sont les Antédiluviens, et la race issue d'eux doit être un des plus anciens peuples de l'antiquité.

H serait aisé de citer ici les écrivains grecs et latins qui ont pris les Alpes pour les monts Rhipées, et les Celtes pour les Hyperboréens. Mais nous ne devons pas anticiper nos études ethnogoniques.

1 Apollod. I, 4, 5.

^ Hérod. ibid. Paus, i, 34.

■ fragm. hist. grœc, t, II, p. 387.

LIVRK QUATRIÈME.

La littérature des Chinois , h laquelle nous allons (!(»mander les traditions qu'ils ont conservées du monde primitif, est le résultat de deux religions antiques ol indigènes, celle des Lettrés et celle des Docteurs de la Raison, et d'une religion étrangère, le bouddhisme, introduite de rinde sur les rives du Hoang-ho par un empereur qui vivait dans le premier siècle de l'ère (chrétienne.

Le bouddhisme ne nous concerne pas, et nous devons écarter au contraire avec soin tous les éléments étrangers qu'il a pu mêler aux souvenirs nationaux.

< Nos sources sont : Le Chou-king , traduit par le P. Gaubil et revu par G. Pauthier ; la traduction latine du Chi-king , par le P. Lacharme, et celle de l'F-/ftn^,parleP. Régis, publiées par M.. I.MohU 1« première en 1830, à Stuttgart, la seconde en 1834, et les Quatre lÀvres moraux de ConfUeius et de ses disciples^ traduits par M. G. luthier.

Les écrits des savants d'Europe que nous avons plus spécialement <^8ultés, sont : Duhalde ; les Mémoires concernant les Chinois ; la (^hine , de M. G. Pauthier; puis Pouvrage allemand de M. Gottfried- ^to Piper, Les origines du monde et de la vie y d'après Vécriture hiéroglyphique des Chinois ^ Berlin, 1848 (Nous n'avons pas suivi ^ interprétations métaphysiques et cosmogoniqnes, qui nous ont Paru peu conformes au génie pratique et traditionnel des Chinois); ^^les extraits que M. Pabbé Sionnet a faits d'un ouvrage inédit du

La religion principale, celle que professaient au temps dTu les aïeux des Chinois, et qui seule de nos jours encore est reconnue officiellement par TEtat, est un monothéisme d'une remarquable pureté, auquel se subordonne le culte des mânes ou des Ancêtres (P. II, 641). Les livres sacrés ou les King, ont été rédigés au sixième siècle avant Jésus-Christ par Confucius d'après d'anciens

documents. Ils ont été brûlés et détruits, en 213 avant

la même ère, par un tyran Chi-hoang-ti, qui avait tenté (le faire disparaître le culte de l'antiquité. Mais soixante- ^ dix ans plus tard on les rétablit au moyen de manuscrits H demi rongés par les vers, et avec le secours d'un vieil- * lard qui en savait par cœur une portion considérable. Cependant le Livre de la musique fut perdu : il contenait ;■" vraisemblablement les hymnes religieux et liturgiques, .''^' les Rig chinois, dont il ne nous reste malheureusement t aucun fragment. Des quatre autres King, l'un, celui de» [^ cérémonies, ou le Li-ki , n'a pas été traduit dans no» p langues d'Europe. Le Cliou-kingy qui est une histoire* ' mêlée de discours moraux, descend des temps d'Yaoâ?^ ceux de Confucius. Le Chi-king est un recueil de poé- , *

p. Prémare, dans ses Vestiges des dogmes chrétiens retrouvés dam hwles anciens livres chinois (Paris , 1839, et déjà dans les Annaissiin^ philosophie chrétienne^ 1837); — surtout de M. le cheyalier de ft- ^ ravey, Essai sur l'origine unique et hiéroglyphique des dUffrm^ ^^ des lettres de tous les peuples, Paris, 1826; les Documents kiin' *^ glyphiques sur le déluge de Noè\ 1838; les dissertations sur kl Ting-ling^ 1839, sur les Amazones de la Chine y 1840, surk Ta-tsin, 1836, sur le patriarche Abel, 1851, sur Ifinive et Mf lone, 1835-1836 (dans les Annales de la philosophie ekriHt!mâ)\ — enfin, l'écrit allemand de M. Hermann- Joseph Schmitt, curé teyarois : La Révélation primitive, ou les grandes doctrines du ekrit tianisme signalées dans les traditions et les documents des fltst anciens peuples , surtout dans les livres canoniqties des Chineift

sies profanes. L'ëniguiatique Y-king explique les huit trigramnies ou Kouas de Fo-hi, lignes entières et brisées qui contiennent tous les mystères de la nature et de l'origine des choses. Aux Livres Sacrés s'associent les Quatre Livrer philosophiques de Confucius, et de son disciple Mencius, qui vivait un siècle après lui. Ces huit livres classiques des Chinois sont l'objet des méditations des Lettrés qui en ont expliqué le sens dans de nombreux commentaires. La Chine compte d'ailleurs parmi ses savants orthodoxes de grands historiens.

La seconde religion indigène est celle des Tao-ssé ou docteurs de la raison. Elle forme moins un culte particulier qu'une simple secte du monothéisme national. Son dieu est le même que Chang-ti; elle ne rejette point le culte des ancêtres, et toute sa métaphysique s'appuie sur TY-king. Mais elle ajoute aux livres sacrés, comme le Talmud à l'Ancien Testament et la Sunna au Coran, une foule de légendes, de mythes obscurs, de fables extravagantes. De plus, les Tao-ssé croient à la métempsychose, adorent les Génies (P. I, 304), s'adonnent à la magie et aux sciences occultes, et exaltent la vie d'anachorète. Cette secte existait, prétend-on, longtemps avant Yao et dès les temps de Chao-hao , qui est Caïn (P. Il, 170). Elle végéta dans l'obscurité sous les deux premières dynasties des Hia et des Chang. Les Tchéou lui empruntèrent le culte des Génies qui président à tous les jours de l'année , à tous les objets de la nature, et c'est sous cette famille impériale qu'a vécu Lao-tseu, qui est le grand réformateur du culte de la Raison , comme l'a été du culte national Confucius. Lao-tseu, qui dans son extrême vieillesse reçut , dit-on , la visite du Lettré par excellence, avait voyagé en Occident, c'est-à-dire dans l'Inde et peut-être même 6n Judée , et en avait rapporté, à ce que l'on prétend ,

plusieurs doctrines nouvelles. Ses disciples, dans la suite des siècles, ont été constamment en lutte avec ceux de Confucius. Ces derniers ont le plus souverain mépris [)our eux et leurs écrits, et en particulier pour leurs mythes de Puan-kou * et des dix Ki*, que les Taossé placent en tête de Thistoire nationale et avant Yao par qui s'ouvre le Chou-king.

Le Chou-king et le Chi-king, avec le Waï-ki ou ce qui est à côté de l'histoire, la légende, telles sont nos principales sources, auxquelles s'ajoute récriture.

1 Les Juifs établis (depuis les Tchéou, disent-ils) à Kai-fbng-fou, ont cru reconnaître en Pnan-Kou Adam, d'après certaines inscriptions (lu quatorzième siècle après J.-C. Mais ce Puan-kou est un dieu cosmogonique, et il n'est devenu le Père de l'univers que sous les Han orientaux, au troisième siècle après J.-C; il fut alors substitué au Tao, qui s'était élevé, vers la fin des Tchéou, au rang de la divinité suprême. Puan-kou fut longtemps enfermé dans le chaos , qui avait la forme d*un œuf (P. I, 378). Sa tête se changea en montagne, ses yeux devinrent le soleil et la lune, ses veines des fleuves, ses cheveox des arbres (id. 246). Suivant une autre fable, le chaos se dévek>ppa en dix-huit mille ans (chiffre que nous avons trouvé an Mexique, P> 11, 387): le ciel s'élevait chaque jour de dix pieds, la t«rre s épaississait d'autant, et Puan-kou grandissait avec la même proportion, pour être l'Esprit du ciel et le Saint de la terre. Je ne sais à quel peuple appartient ce mythe de Puan-kou, qui a certaines affinités avec rinde, la Perse, le Mexique et les îles Mariannes; mais je ne le crois pas indigène de la Chine. ( Hfémoires, t. I, p. 101 ; t. Y» p. 52 sq.)

2 Les Tao-sse placent d'immenses périodes de deux, de trois, de quatre-vingt-seize millions d'années depuis Puan-kou jusqu'à Confucius. Elles sont remplies par les dynasties des Tien-hoang ^ on tes rois (cosmogoniques) du ciel^ des Ti-hoang, ou les rois (cosmogoniques) de la terre, et des Gien-hoang, ou les rois (fabuleux) (^f hommes.

Ces derniers ont régné pendant dix Ki ou périodes qui embrassent deux cent trente dynasties. Les Chinois, avec leur génie positif et

L'écriture chinoise est hiéroglyphique. Les hiéroglyphes ne sont point le produit d'une imagination capricieuse créant au hasard autant de figures qu'il y avait de pensées à exprimer aux yeux. Chaque caractère, simple ou composé , est bien au contraire l'image de ce qu'il signifie, et l'on peut donc retrouver dans ces signes mystérieux certaines associations d'idées , tout extraordinaires, qui prouvent que les Chinois ont soit les mêmes symboles, soit les mêmes traditions cosmogoniques et historiques que les peuples de l'Asie occidentale, de l'Egypte et de l'Europe.

antimy thiqae , n'ont su mienx fsiire poar combler ces déserts du temps, que d'y répéter sans cesse les mêmes récits d'une vie sauvage d'où les rois retirent le peuple, qui y .retombe pour en être de nouveau relevé. Les lois les plus élémentaires de la vraisemblance n'y sont pas même observées. Au reste, les Chinois nous avertissent que ce n*est que dans le troisième siècle avant J.-C. qu'on a commencé à parler de ces trois dynasties des Hoang. Toutefois , il y a dans ces fictions quelques légers souvenirs de l'histoire antédiluvienne. Les dix Ki rappellent par leur chifiVe les dix patriarches iéthites. Le premier Ki ne contient que le règne de Gin -hoang et de ses neuf frères : ici encore reparait le chiffre de dix ; et ce règne est un âge d'or, oh l'on ne parlait qu'une seule langue. Des cinq Ki suivants on ne rapporte à peu près rien. Mais le septième, qui compte vingt-deux fiimilles et plus de soixante générations, est un temps de très-grande piété, sans doute grâce à la valeur symbolique du chifiVe sept, qui marque la perfection. Le septième prince de ce septième Ki a régné 340 ans, ce qui est à peu près la durée de la vie d'Hénoc, le septième patriarche séthite ; le corps du huitième ne s'est point corrompu; le treizième est l'Homme vrai; le dix-huitième est la Céleste Vérité et l'Ambassadeur du Grand-Maître, qui explique à Hoang- ti l'unité trine. Le huitième Ki compte un roi nommé Soui-gin, qui est l'exacte copie de Fo-hi, et c'est par Fo-bi que commence le dixième Ki, qui comprend les siècles des dix patriarches antédiluviens. (Chou-king, Introd,, ch. iv-x. — Goguel, Origine de$ hit, t. III, p. 393. — Faber, Origine ofidolatry, 1. 1, p. 184.)

Mais quel degré de coniiance méritent et les hiéroglyphes de la langue nationale , et les légendes des Tao-ssé, et les livres classiques des Lettrés?

Nous admettons avec tous les Chinois que les King restaurés sont bien ceux de Confucius. Il est évident qu*ils ne sont pas Tœuvre de ce réformateur et qu'ils appartiennent à une époque antérieure à la sienne ; car le Chou-king et le Chi-king expriment à chaque page la foi en Dieu la plus vivante , tandis que les propres écrits de Confucius gardent sur les rapports de l'homme à la Divinité un silence si complet qu'on a pu avec une apparence de raison l'accuser d'athéisme. Sa meilleure justification , c'est d'être le rédacteur ou le collecteur des King, et d'y avoir laissé partout le nom de Dieu. Toutefois, de l'aveu de chacun , en les composant, Confucius a mis de côté de nombreux matériaux. Nous n'y chercherons donc pas la totalité des traditions chinoises sur le mode primitif. Homme d'Etat d'un sens pratique, moraliste à la Zenon, il aura élagué toutes les légendes qui ne faisaient que parler à l'imagination, rejeté comnae inutiles et incertaines les traditions mythiques des siècles antérieurs à Yao et au déluge, repoussé d'une main ferme tout ce qui pouvait de près ou de loin favoriser l'hérésie des Tao-ssé. Il aura par là rendu et le Chouking et le Chi-king plus monothéistes que ne l'étaient les siècles où ces poésies et ces histoires avaient été composées. Entre ses mains la Chine antique sera devenue trop belle, trop vraie, trop pieuse, en un mot trop humaine et pas assez chinoise.

Ce qu'il y a de fort remarquable, c'est que Confucius n'a pas effacé dans les King toute trace des mythes primitifs. Le Livre des Rois contient une courte allusion au mythe de Tchi-yéou, le Typhon des Chinois; le Livre des Vers , à la naissance miraculeuse de certains per*

»nnages des temps antiques. Ces fables en supposent usieurs autres auxquelles elles sont intimement liées, le Lettré par excellence nous pousse ainsi lui-même demander aux Docteurs sectaires de la Raison quelles Ht les légendes dont ils ont gardé le précieux et birre dépôt.

Ces légendes n'ont point été recueillies dans un livre écial. II faut les prendre soit dans les diflërents écrits s disciples de Lao-tseu, soit aux premières pages des itoires rédigées par des Lettrés qui n'ont pas craint 1 faire des emprunts à ces sectaires.

Cependant Lao-tseu peut avoir transmis à ses sectairs des traditions hindoues, et son école avoir inventé B fables qui n'auraient rien de traditionnel. Pour Btrôler les légendes des Tao-ssé, il faut avoir recours T hiéroglyphes. Toutefois ce contrôle exige certaines ^cautions ; car, si l'écriture par signes est aussi annne que la nation, tous les signes ne sont pas aussi wx que l'écriture. Une grande partie de ceux qui sont îtés aujourd'hui ne remontent pas au siècle de Jésusarist , et les antiques caractères des trois premières nasties ont été menacés d'une complète destruction f le despotique Chi-hoang-rti. Mais ils ont suivi le rt des King, et ont été rétablis avec le soin minutieux le l'esprit éminemment conservateur des Chinois aprte à tout ce qui concerne la haute antiquité. On a (figé un dictionnaire des anciens hiéroglyphes, le mte-wen. Là 's'en trouvent plusieurs à côté desquels lit le motd'iwcowmtô, et ce sont précisément ceux i contiennent les allusions les plus évidentes aux ands faits du monde primitif, tels que la chute et le Sluge. Ces médailles, dont on ne peut assez admirer pitiquité et la beauté, nous autorisent pleinement soit Chercher dans l'analyse des caractères la confirma-

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lion ou 1 e\plicatioa des mythes du Wai-ki, soit même a constater |>ar ce moyen Texistence de certaines ti^aditions, oubliées des Tao-ssé non moins que des Lettrés.

Nous verrons comment les hièroglyplies, le Wai-ki et les King nous conduisent , chacun de son côté, au même résultat. Ce résultat concordant avec les traditions des Hébreux, des Chaldéens, des Syriens, des Phéniciens* que nous avons étudiées déjà, et avec toutes celles que nous soumettrions à un examen détaillé , nous devons cix>ire que les Cent Familles desquelles est issu le peuple chinois a>*aient apporté de TOccident , leur patrie , des souvenirs fort exacts du monde primitif. Ces Cent Familles sVtaient fixées dans les montagnes du Chen-si, seul passage par où Ton puisse descendre du Haut-Plateau de TAsie centrale dans les plaines de Hoang-ho et de rYang-isé-kiang. Le Chen-si a été le centre de Tenipire, le séjour de la cour jusqu'à la iio des Tchéou, et son ancienne capitale, Taï-yuen-fou, est la ville de la premère origine * .

Nous diviserons nos études sur les Chinois en trois chapitres qui contiendront une triple histoire du monde antédiluvien, d'après les hiéroglyphes, d'après des traditions isolées et les fêtes i^eligieuses , enfin d*après le corps des ti^aditions historiques qui se trouvent en tête des Annales et du Chou-king.

Mais avant d'entrer en matière , écoutons les récits que les descendants des Cent Familles font de rOccident leur berceau.

^ Mémoires, t. 1, p. I6i. Aujourd'hui encore, la Chine ne coopte qu euviron cent uoms de famille, p. ^00.

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< Le mont Koueu-Loun, où est le Paradis (terrestre), t d*oii est sorti la vie (Eve, iEoN), est situé entre Toccient et le nord'.» C'est pour la Chine la situation de Arménie (P. I, 444).

« La femme d*Hoang-ti , Loui-tsou (qui est ëy(;), a mr mère Sy-ling-chy ou la Côte d'Occident, *

* Sur le sommet du mont Pou-tchéou (qui est le Paidis céleste), est le royaume de la Justice et de la Lu* ière, qui confine avec celui de Sy-vang-raou ou la ère du roi d'Occident*. » Ce royaume, qui est situé au ilà des bornes du soleil et de la lune, nous paraît être le Sainte des Chinois, leur île antédiluvienne (P. Il, Vly 321). C'est de cette île que nous entendrons cette grande terre habitable, fort éloignée d'aucun rivage,

tout entourée d'eau , » qui se nomme Tchéou , mais

nit on ne connaît que le nom, et « les dix lies, Chv héou , qui sont supposées au milieu de l'Océan et où ibitent les hommes parvenus à l'état d'immortalité i. 322) ». >

A l'est du palais fabuleux de Sy-vang-mou, du séjour îs hommes immortels et de la foret des fleurs, est le à-tsin, dans lequel on reconnaît l'Asie occidentale à s principales productions : le baume (de Jéricho), le >rail (de la mer Rouge), des étoffes de soie brochées î fleurs d'or (étoffes de Damas), le chanvre, le mûrier toutes sortes de céréales. Le nom de Tsin est aussi mné au froment et à une espèce de riz, et l'un des gués qui servent à écrire le mot de Ta-tsin est Vépi ! hlé. Ce qui paraît signifier que la patrie des céréales ait i)our les Chinois l'Occident et tout spécialement

* Sionnet, p. 43.

* Chou-kiog, introd.j ch. vu.

3 Dictionnaire du' P. Baçile de Glémona, d'après M. de Paravey, ID8 VEcho du monde savant.

vHie Syrie où nous avons placé la Nysa desE^^tienset des Grées (45sq.). Mais dans Tantiqoe écritore Chouewen, le nom de Ta-tsin a an sens pins remarquable encore : entre deux maiiu élevées en signe d'adoration , est le caractère du bois surmonté de celui de la croix , et ces ti'ois signes sont à leur tour surmontés du ^and comhU qui représente le ciel ou Dieu. L'Occident se distingue donc de tous les autres pays par le culte qu'on y rend à la Divinité qui protège et gouverne le mande (le bois, P. 1,433), et par l'idée de perfection (la croix, id. 269) ^

C'est vers l'Occident que l'on se tournait dans le grand sacrifice du taureau, du pain et du vin, que l'empereur offrait pour tout le peuple. Le cœur pur et plein de respect que demandait ce vin , s'exprime par trois caractères qui signifient : faire voir, terre et Occident*, comme si c'était du côté de l'Occident que le Dieu que l'on adorait dans cette cérémonie solennelle se ferait voir, se révélerait aux hommes. Les Chinois se souvenaient d'ailleurs fort bien qu'ils étaient venus de l'Occident vers les rives du Hoang-ho, et que le Chen-si avait été leur première patrie.

t Le Saint doit être cherché du côté de l'Occident , » avait souvent répété Confucius, et longtemps après lui un empereur, Ming-ti , prenant l'Inde pour l'Occident, y envoya des ambassadeurs qui en revinrent avec l'idole et le culte de Bouddha. S'ils avaient porté leurs pas plus loin vers l'Ouest, ils auraient trouvé en Judée les Apôtres du seul vrai Saint et Sauveur'. De nos jours,

* Dissertation sur le Tortsin, de M. de Paravey. — Le Ta-tsio, dans le langage ordinaire , désigne tous les pays à l'occident de la Ohine, en particulier la Perse, et peut-être même l'Inde.

* Chou-king, part, iv, ch. 13.

^ Je ne parle pas du nom de Ta-tsin inscrit sur la fameuse croix de Si-ngan-fou; car il est hors de tout doute que cette inscription est

l'occident. 181

c'est des contrées qui sont à Touest du Ta-tsin , c'est du royaume de la Mère du roi d'Occident , c'est du pays de la Justice et de la Lumière qu'arrivent par mer, en Chine, depuis trois siècles, les messagers du Christ.

Isolés derrière leurs immenses chaînes de montagnes, les Chinois ont leurs regards tournés vers l'Occident, d'où ils ont tiré leur origine, et d'où ils attendent et reçoivent la vie spirituelle. Mais cet Occident était pour les Romains des temps de Cicéron et d'Auguste l'Orient ou la portion de l'Asie qui avait été le théâtre des civilisations les plus anciennes et qui contient entre autres la Judée.

nue fraude pieuse d'un jésuite portugais, probablement du l\ Alvarès Semedo, mort en 1658. Voyez Tarticle de M. Neumann, de Munich, dans le Journal de la Société orientale allemande ^ 1850, p. 33, sq.

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