CHAPITRE m
Histoire des patriarehe» du monde primitif.
Le Chou-king, par Tallusion qu'il fait au personnage antédiluvien Tchi-yéou* nous atteste Texistence, au temps de sa rédaction, de traditions chinoises relatives à la primitive humanité. S'il ne les a pas recueillies, c'est que le but de son auteur était, non point de donner une histoire complète de sa patrie, mais de démontrer par des faits , choisis avec réflexion, que le VÀel renverse les dynasties royales quand elles se readent indignes du trône par leurs crimes, et comble de ses bénédictions les princes saints et pieux (P. 1, 150).
Mais le Chou-king est-il tout entier un livre historique? Nous ne le pensons point. En effet , cet écrit se divise en quatre parties, dont la première fait une étrange disparate avec les trois autres. Le dernier livre, qui comprend la dynastie la plus récente et par là même la mieux connue , celle des Tchéou , ne compte pas moins de trente chapitres. On en compte neuf enclore dans le livre qui précède et qui traite de la dynastie des Chang. Celle des Hia, la plus ancienne, n a plus fourni de matériaux que pour trois chapitres fort courts et surtout presque entièrement vides de
* p. IV, ch. xxvii.
LES PATRIARCHES ANTEDILUVIENS. 3fM
j& : ce sont des siècles si reculés que tout souvenir 3 est à peu près perdu. Puis tout à coup, en rentant toujours le fleuve de Thistoire chinoise et en brochant de sa source, on se trouve transporté dans
temps dont on connaît les moindres événements, n'est pas la marche de la vérité , et aussi le premier e, icelui d'Yu, le fondateur de la dynastie des Hia, •il plein de faits impossibles et de vertus surhu- Inès.
<a division de la Chine attribuée à Yu, avec sa régulé mathématique , est tout idéale , et n'a jamais ité que dans l'imagination des Lettrés du Hoang-ho. it ce chapitre n'est qu'un mélange de souvenirs qui "apportent aux travaux successifs des anciens Chinois ux voyages de leurs premiers explorateurs *. u aurait certainement creusé ou desséché plus de , redressé, canalisé, réuni, séparé, conduit à la mer s de Qeuves, coupé plus de montagnes que ne l'ont
ensemble tous les peuples de la terre depuis leurs fines jusqu'à nos jours.
u, Chun, Yao et tous leurs officiers sont de tels lèles d'humilité, de dévouement , de piété, et réusent si facilement dans toutes leurs entreprises, qu'il évident que ces chapitres sont un tableau imagi- "e de l'Empire chinois, un âge d'or qui devait îïr de modèle à tous les siècles subséquents, our compléter ce tableau , les sages y ont introduit t ce qui , dans le long cours des siècles, a fait la Bpérité de leur patrie et sa gloire : découvertes , tnces, arts, institutions et conquêtes.
In tout cela ils cédaient à la même inspiration qui issait les Egyptiens à rapporter à l'un de leurs
Voyez Eë. Biot, dwB le Journal (uiatiquet 1843. Août et Sept.
premiers rois, au Sésostris de la douzième dynastie de Manéthon, tous les triomphes du Sésostris historique, qui, en outre, défrayaient le mythe d'Osiris.
Les Chinois ont ainsi donné à leurs premiers souverains un empire immense, tandis que toute la scène historique du Ghou-king est renfermée dans le bassin inférieur du Hoang-ho et ne franchit pas au sud k Yang-tsé-kiang. Les Barbares serrent de près le peuple civilisateur, ils occupent même à son orient la presqu'île qui est au sud de la mer Jaune.
Si donc Yu est un personnage réel et qu'il ait été le premier roi chinois, on lui a fait Thonneur de tous les travaux exécutés par sa dynastie, et de nombre d'autres que nos géologues revendiqueraient, avec raison, pour leur science. Ses deux prédécesseurs , Chun et Yao, qu'on groupe parfois avec les personnages antédiluyiens, sont d'antiques divinités qui se sont, comme tant d'autres, transformées en de simples mortels. On reconnaît leur vraie nature à leur idéale sainteté : c Yao et Chun, dit Mencius, furent doués d'une nature parfaite : Tching-thang et Vou-vang s'incorporèrent ou perfectionnèrent la leur par leurs propres efforts *.
Chun, qu'on adorait au Pérou (P. Il, 498), est le dieu suprême qu'adorait Melchisédec (P. I, 132). Nous pensons que les Chinois, à leur départ des plaines de Sennaar, donnaient à Dieu le nom de Chun, et que ce Gbun s'est métamorphosé en un roi lorsque son culte aura fait place à celui du Ciel, ou de Tien.
Ce Chun = Saturne a pour histoire celle du monde primitif , dont il est le dieu : La grange à blé ou veut le brûler son père, le méchant Kou-séou, est une image de la terre que dévore, pendant le fléau du feu, l'Uranus
« 11, 7, dO. Comp. Il, 7, 16 et 11, 3, 6; Lan-yu, I, 9, 19.
SanchoniathoD, image toute pareille à celle de la fourise d'Atri (P. II, 137). Le déluge est indiqué par le its que Ghun est contraint de creuser, et où ses barres parents tentent de l'enterrer (P. l, 222; II, 245). haine mortelle de Siang pour son frère Ghun corresod à la guerre de Samemroumus contre Usoùs (116)*. [^hun, en sa qualité de Dieu, correspond à TElobim de 3ible. Le Dieu qui se manifeste à Thomme, s'y nomme lovah, Jahvé. Jahvé est Yao, le dieu suprême des éniciens et des Chaldéens (P. I, 133). Mais Yao est prédécesseur de Ghun, le roi qui ouvre l'histoire des inois, et ce nom d'Yao ne convient qu'à Dieu, car il nifie en chinois le Très-Sublime*, ^ous faisons donc passer par le règne d Yu la limite re l'histoire de l'humanité primitive et celle de la ine.
:.es traditions des Ghinois relatives au monde antédiien sont aussi remarquables par leur authenticité que
• leur confusion. Les Ghinois avaient conservé le soulir de la plupart des grands personnages antédiluns, et il s'opéra dans leur esprit le même travail que us avons déjà signalé en Ghaldée. Ges êtres mystéux des temps primitifs prirent à leurs yeux des prortions gigantesques. Ils devinrent les génies protecirs de l'humanité, des demi-dieux, de grandes divinités. , nous avons vu, en exposant les cinq âges du monde imitif d'après les Ghinois (P. II, 383 sq.) que ce peuî affectionne tout spécialement le chiffre de cinq (P. I, 0) et se plaît à saisir de secrètes analogies entre tous \ ordres des choses. 11 ne se pouvait donc que les Ghi-
' Mencius, II, 3, 2.
* Choa-king, p. I, ch. i. Argument.
204 CHINOJS.
nois ne découvrissent certains rapports entre leurs cinq âges du monde primitif et cinq des principaux patriarches de ce même monde , qui présideraient en même temps chacun, à son élément, à sa saison, à sa région du ciel et à sa couleur. Le choix n'était cependant pas aisé ; on hésita sans doute beaucoup, mais enfin on se sera décidé, connue nous le voyons par Tun des king, pour Adam, Abel, Seth, Gain et Enos.
Mais pour honorer Adam=Hoang-ti, on le plaça au zénith, et Abel=Fo-hi se trouva présider au printemps depuis le nord-ouest, Seth=Ghin-nong du nord-est à l'été, Caïn=Ghao-hao du sud-est à l'automne, etEnos= Tchouen-hio du sud-est à l'hiver ».
Fo-hi, prenant ainsi la place de Hoang-ti, devint le premier empereur de la Chine, soit dans la plupart des livres historiques , soit dans l'un des temples de Pékin où se voient sur des trônes fort riches les statues de tous les rois passés *. Hoang-ti, qui avait été transporté au temps d'Hénoc, fut ravi au ciel par un dragon ailé, qui rappelle l'aigle de Jupiter enlevant l'Héuoc phrygien, Ganymède. Les découvertes d'Adam=Hoang-ti furent attribuées à Fo-hi; l'ordre chronologique des événements fut interverti, et ainsi s'accrut de plus en plus la confusion '.
1 De Paravey, Documentit, p. 27, 39. Uoang-ti se trouve occuper ainsi la place du milieu, qui est la cinquième. « Cinq ne répond i aucun koua, dit de Guignes (Acad. Inscr. t. XXXVIII, p. 269) ; ma» placé au centre, on le regarde comme taï-ki^ on principe premier, ou maître et directeur de toutes choses. Ce terme est désigné per le houang-ki, le terme, pôle on pivot atiguste, qui est le modèle de tout, le Chang-ti au ciel, l'empereur sur la terre. » Au lieu defdifi nous disons zénith,
* Histoire générale des voyages, t. VI, p. 34.
^ Chou'king, Notice sur T T-king ; rewioirques de Yisdek».
LES PATRIARCHES ANTEDILUVIENS. 2(t5
On finit pai* donner à ces cinq patriarches le nom et les attributs de la divinité suprême. Us devinrent autant ie Chang-ti divins, qui partageaient avec le grand et unique Chang-ti Tadministration du monde i. On attribue en particulier à Hoang-ti et à Fo-hi la création même de l'univers.
Pour i*etrouver For de la tradition authentique au milieu de cet amas de fables, il faut distinguer des noms propres et des hiéroglyphes qui méritent une pleine confiance, les simples récits dont rien ne garantit la haute antiquité.
Adam. Hoang-ti ou le seigneur jaune ^ règne par la vertu de la terre, de même que le rouge Adam est tiré de hi terre rouge, adamah. Le caractère de Hoang est formé de la clef de la terre, et de celle du feu qui réchauffe et ranime.
Ses autres noms sont : Hien-yuen , parce qu'il est né sur la colline de la croix qui est le symbole de la perfection; Ki, le très-beau , et Kong-sun, le père universel de tous, l'aïeul du genre humain.
Sous le nom de Yéourkiongy il possède, domine les quadrupèdes féroces.
Dès le moment de sa naissance, il savait parler, timl était extraordinaire son intelligence.
Son épouse est la fille de la Côte d'Occident, et Eve a été prise de la côte d*Adam. Elle se nomme Loui-tsou , ou la grande aïeule qui entraîne les autres dans son propre mal (P. II, 33). Le caractère Loui est formé de la clef des jardinages et de celle de la filature ; il peint donc les occupations naturelles de la première femme; et aussi Loui-tsou, qui fut regardée comme une divinité,
^ Chou-king, Notice sur l' Y-king ; remarquée de Vùdelou*
passait-elle pour avoir enseigné aux hommes l'art d'élever les vers à soie et de filer.
Les noms propres et les hiéroglyphes nous ont dépeint rétat d'innocence d'Adam et d'Eve, leur chute et leurs premiers travaux. On attribue à Hoang-ti l'invention de tous les arts ; mais c'est avec ces inventions que les Chinois remplissent indistinctement les règnes de tous leurs souverains primitifs. Nous noterons seulement que Hoang-ti, pour sacrifier au Ghang-ti, construisit Ho-kong ou le palais de la réunion.
Une nuée sans pluie humectait la terre au temps d'Adam : les ministres de Hoang-ti portaient le nom d'Fwn, ou la Nuée.
Adam a traversé la grande sécheresse, et Hoang-ti a combattu ïen-ti ou le seigneur du feu, qui est le même que Tchi-yéou.
Mais comment a-t-on pu dire de lui qu'il a fait aussi la guerre au démon du déluge, Kong-kong? C'est que le père de tous les hommes est devenu partout le représentant de la première humanité ou des Antédiluviens, et s'est confondu avec le père de la seconde humanité. Nous verrons tous les Manou être à la fois Noé et Adam '.
Abel. Le nom d'Abel signifie souffle: Fohi a pour nom de famille Fong, ou le vent,
Abel est sacrificateur et victime : Fo-hi est celui (fut soumet la victime , et par son autre nom , Pao-hi , il est celui qui embrasse la victime,
* Hoang-ti, qui en sa qualité de premier homme, D*ayait ni père si père, une fois transporté à la troisième place, dut recevoir une généalogie. On lui donna pour père, non pas Chin-nong, qui estSeth, son fils, mais un A'ère de la mère de Chin-nong, et comme il étiit an des grands saints des anciens temps, sa mère Foa-pao le conçut
d*une manière miraculeuse. ^Chou-Wn^^ livltod^ ^^«i^itre dernier:
de Paravey^ ûocumenls^ p âO a<v-^
LES PATRIARCHES ANTÉDILITVIENS. 207
Abel est le pasteur juste : Fo figure un homme avec son chien (de berger), et Hi nous offre le hœuf et Vagneau avec la houlette dans la main. Si Ton supprime le signe du hœiif^ les trois autres signifient justice, ce qui est convenable. On raconte de lui qu'il apprit au peuple à élever les six animaux domestiques, le cheval, le bœuf, la poule, le cochon, le chien et le mouton, non-seulement pour avoir de quoi se nourrir, mais aussi pour servir dans les sacrifices qu'il offrait au Maître du monde, Ching-ki, l'Esprit du ciel et de la terre (P. Il, 421 sq.).
Nous pourrions donner à Abel le nom que les Chinois donnent à Fo-hi, de Tai-haOy le très-éclairé, le trèsgrand, € parce qu'il avait toutes les vertus du Ghing ou sage, et une clarté semblable à celle du soleil et de la lune. »
Comme le Ghang-ti du premier âge, Fo-hi s'appelle Tchun-hoang, le seigneur du printemps; Mou-hoang, le seigneur du hois ; Gin-ti, le souverain des hommes ; Tien-hoang, le seigneur du ciel.
En sa qualité de sage, il a pour mère une vierge, Hoa-su. L*arc-en-ciel dont elle a été environnée, s'explique par la confusion qu'on a faite constamment entre les temps de la palingénésie diluvienne et l'origine de l'humanité. L'enfant d'Hoa-su est Sowi*, Jupiter, l'étoile du hois,
La sœur et la femme de Fo-hi est Niu-va ou la Nuée. L'antique déesse de la nature, la Gérés, la Minerve des Chinois, réduite à l'état de simple mortelle, a été transformée en la compagne du premier roi .
' Le Soui-gin du huitième ki est un autre Fo-hi, et uous avons la un curieux exemple des procédés par lesquels les Chinois remplisnient les siècles imaginaires qu'ils plaçaient avant A.dam, (Ghoulung, Introâ. chap. vu.)
« La (ille de Fo-hi qui se noie daiivS le fleuve Lo et qui est devenue Tesprit de ce fleuve >, nous paraît être h liUe du pieux Mandarin en mémoire de laquelle se céièbrenl la fête des eaux et celle des laqternes, ou la jeune humanité issue du premier homme et périssant dans le déluge (196).
Fo-hi avait le corps ou les lèvres de Long (le dragon), la tête de bœuf, les dents de tortue, la barbe blanche et qui tombait jusqu'à terre. La barbe signifie sa haute antiquité ; le serpent, son intelligence pareille à celle du dieu démiurge dont il prenait parfois les fonctions; le boeuf ou taureau, sa puissance productrice et créatrice; la tortue, l'harmonie de toutes ses facultés.
On lui attribuait, comme au premier homme, mais à tort, rinvention de l'écriture hiéroglyphique» ainsi que celle de la médecine, de la musique, de l'astronomie, de la chasse et de la pêche, des armes, etc. Dans toutes ces fictions, il n'y a de vrai que la progression suivante dans l'histoire des armes: « les premières (celles de Fo-hi) étaient de bois, les secondes ( de Chin-nong) de pierre, les troisièmes (de Tchi-yéou=Tubalcaïn) de métal. > De même les murailles construites par Fo-hi étaieol de terre battue, celles de Chin-nong, de pierre (121). Ajoutons que la guitare de Fo-hi avait un son plein de tristesse, ce qui convient à Abel, le premier martyr *.
Soui-gin étant le même que Fo-hi (175), nous rapporterons à ce dernier la découverte de l'instrument (soui) en bois (mou) qui produit le feu par le frottement'. Cette découverte est attribuée en Phénicie aux Caïnites (145). Mais ces deux pays s'accordent à la faire remonter aux origines du genre humain.
* Chou-king, Introd. ch. ii. De Paravey, Documents, p. 26 sq. ^ Piper, p. 123. Les Chinois ont un autre Soui de métal (km) qu est un miroir pour obtenir du feu du soleil.
Gain (P. Il, 132). ChdUHhao est à la fois le successeur 3t le fils de Hoang-ti ou Adam, et Ton peut bien présumer :]u'il est le frère de Fo-hi ou Tai-hao, puisque hao est commun à ces deux personnages, et que chao signifie petit, inférieur^ par opposition à toi, très-grand. Cette infériorité morale de Ghao-hao est un vague souvenir de la piété toute superficielle et hypocrite de Gain.
Gain est Thomme du gain. Tchi^ qui est le petit nom de Ghao-hao, signifie gagner, acquérir, posséder et a de plus le sens d'avidité. Son autre nom Ky met encore mieux en lumière ses dispositions coupables, car il a le sens de convoitise, d'égoïsme, de désir non conforme à la raisoti.
Rien ne rappelle le meurtre d'Abel : ou dirait que les Ghinois qui ont fait de Ghao-hao un de leurs cinq Chang-ti , ont eu soin d'effacer le souvenir de son fratricide.
Toutefois ils le nomment Hiuen-hiao ou Hiuen-tun, le noir vociférateur, et Ton croit reconnaître dans ces cris et cette couleur noire le désespoir du premier meurtrier, et le signe dont le marqua la main de Dieu (20). Les ministres de Ghao-hao sont les Neuf noirs, Kieou-ly. Sous Ghao-hao, les Kieou-ly < excitent des troubles, corrompent les mœurs ; la justice est bannie ; on ne voit que des fourbes et des magiciens ; tout était déjà dans la confusion. » — « Les peuples négligèrent la saine doctrine pour s'attacher à la doctrine superstitieuse des Kouei et des Ghcn^ > qui est celle qu'ont professée plus tard les Tao-ssé et qui tient à la magie (173; P. H, 170). Ghao-hao a reçu le nom de Kong-sang, d'un vaste dé- Hert où il naquit et qui est à l'ouest de la Ghine. Ge désert est celui deNod, à l'est du paradis et de l'Arménie.
* Mémoires, t. xv, p. 224.
Gain a bâti la ville d'Hénoc ; Ghao-hao, celle de Kio-fm ou la ville dépravée, où il établit sa cour.
Gain est le premier agriculteur, et Gbao-hao a le premier attelé des bœufs aux chariots faits par Hoang-ti et aux charrues *.
Ghao-hao a réglé les poids et les mesures : c'est ce que Josèphe dit de Gain (22).
La musique que Ghao-hao a inventée est celle du Tayueriy ou du grand abîme,
G*est la postérité de Gain qui a trouvé et travaillé les métaux, et Ghao-hao a régné par la vertu du métal.
Les Gainites. Après une histoire aussi complète de Gain, on s*appréte à lire celle de ses descendants, et les pages qui suivent sont blanches ! Elles ne contiennent qu'un nom, Kiao-kie, qui est fils de Ghao-hao et qui est THénoc cainite, mais point de Méhujaêl, ni de Méthusçaël, ni de Lémec, ni de Jubal, Jabal, TubalcaïD, Nahéma. Les Ghinois, comme les Ghaldéens, ont rejeté l'héritage de la civilisation cainite, et se sont envisagés comme les descendants des Séthites.
Après Kiao-kie figure bien Ty-ko ou Kao-sin. Mais Terreur est manifeste, car ïy-ko est un Noë et Noé n'est pas cainite*.
Nous revenons sur nos pas et arrivons à Seth d'abord, puis aux Séthites.
Seth. La Ghine a une double tradition sur Seth : dans l'une il est un demi-dieu, un Oannès=Thoth=Mercure, c'est Chin-nong; dans l'autre il est un simple mortel et
1 Lettre de M. de Paravey, d'après rantiqae histoire chinoiie' Cha-œy-tong-kien.
* De Parayey, Documentif p. xii, 19, 23.
se nomme Tchang-y. Ils ont d'ailleurs, Tun et Tautre, toute une postérité de patriarches qui aboutit au déluge.
a. Chin-nong et ses descendants (P. 11, 154 sq.). Ghinnongest, comme Seth=Alasparus, l'inventeur de récriture. On raconte qu'il avait tiré les soixante-quatre kouas (traits) des huit découverts par Fo-hi; qu'il les avait combinés deux par deux, et qu'il grava sur des planches carrées, des livres qui contenaient les mystères révélés par Ghang-ti ou le dieu suprême. Nous avons vu les Sabéens prétendre posséder des livres de Seth , les niéniciens ceux de Taaut, les Egyptiens ceux de Thoth (27. 104).
Gomme Seth=Thoth, Ghin-nong a découvert les mathématiques et fondé l'astronomie. Monté sur un char traîné, ainsi que celui de Triptolème, par des dragons qui sont les symboles de Tintelligence divine, il avait le premier, prétendait-on, mesuré la terre, qu'il avait trouvée plus large de l'est à l'ouest que du nord au sud. Ici encore les Ghinois rapportent à l'un de leurs premiers empereurs leurs principales découvertes, et Tune des plus extraordinaires est sans contredit celle de l'aplatissement du sphéroïde terrestre vers les pôles.
Comme Thoth = Hermès, t Ghin-nong fit une lyre et une guitare, l'une et l'autre pour accorder la grande harmonie du ciel et de la terre, fixer l'esprit, éteindre h concupiscence et remettre l'homme dans la vérité céleste, t
Mais Ching-nong est tout spécialement médecin et agriculteur. En sa qualité de médecin, il correspond à TEsculape phénicien, fils de Sydyc, et à Imouteph, le Thoth de Memphis. Par son nom qui signifie YEsçrit lahureur, }) est rOsîris=Bacchus de la Chine. \c\> s'afts
tio
cm. »»»-»W'"Lrt' iicnl 11"'"" "°'°' - a
,.„mau- 1» a««^ ^j,r(-» Kiat»-
.'t:iil «l'iiih- • \t'« ■"• > II* iii'ii"!'!''- ■ • • ■ -
-kiiu -lit '!• ^ '•: :.»
.inihlf : L* ^' . • • :• ■ li*» l:ii> li'Mit I ' ! ' : * :iili-ilii • •■iii!i!'" • ' ii):iii f . i . «-^l • •• . . " •• iisf i|i»IM" ti.'il • ! • •» •> aiMi«'!iN I ii'.v . • ♦■•• ••
|i»s |ifrNiihli.U'-^ •: I ":
• tîiiu «|li»' l:i rlii':- . ■ "
i point t:til 11^. 1^' . • ««■
it'iiip'» t'«»Jt I !•• '1 • ■ »'•
• Il S«'|»ti«*IIH' i«»tii -l*- !
MVOIIS ll»*ia MI Nl'n 11».', .'tf
.i* sviii1h»|i' i|i- la \n^\t r i-
ii-noii}: a sur la t'î«- :••*••.
aoiiiiiw»«^iiiiVH|it.'«iiriiiif ['fu'»
•'î^iui par !«• tWii. (ir >. "i :i \ • ; liujaël et lie sa scrhi * ■
ilentité «le Sé'th v[ r- . ■ *
•it sens tout partir;!iiin-uon^ «ilitenait • lanslVsiiare île r\v .;:!•.
•«•s dix jours une i ••t la beaut** de si m
Miptehnil .|ite pari- ...; . .:
■'. ch. uv.
doute, sa ressemblauce avec Seth cesse, et il devient le porteur d'un autre cycle de mythes. Mais on conçoit aisément comment les Chinois, pour qui l'agriculture est le premier des arts, en ont attribué la découverte à celui de leurs patriarches qui avait fait celles de récriture, de l'astronomie, de la musique et de la médecine. La colline des fleurs où Niu^ong le conçut par le moyen d'un esprit, fait le pendant du jardin fleuri, où l'amante d'Ammon, Amalthée, devint mère du Bacchus libyen. La grotte du mont Li est la même que celle de Nysa. Gomme Osiris=Zagreus=Sabazius, il fait la charrue, enseigne aux hommes la culture des champs, ordonne qu'on soit vigilant à cueillir tous les fruits de la terre. C'est à lui enfin, comme à Osiris=Dionysus, qu'on attribue Tinvention du vin ; car, < après qu'il eut orné la vertu et fait la charrue, la terre lui répondit par une source de vin qui le fit naître. Avant lui, l'eau s'appelait le premier vin, le vin céleste. • Le mythe d'une source d'eau ou de vin jaillissant subitement du sol se reproduit plus d'une fois dans le cycle des fables bachiques.
Nous venons de voir qu'en Chine comme en Egypte et en Grèce la découverte postdiluvienne du vin est rapportée au même génie ou au même dieu que celle de l'agriculture qui date de l'expulsion du paradis. Mais c^est le propre du mythe de réunir les faits analogues et de les grouper autour d'une figure unique. C'est ainsi que l'on fait tomber le blé du ciel sous Chin-nong tandis que, d'après d'autres traditions, les céréales ont subitement apparu sous Adam ou Hoang-ti. D'ailleurs nous verrons bientôt une autre tradition placer la découverte du vin après le cataclysme.
Nous retrouvons le Seth de la Genèse dans Chinnong instituant le culte religieux. On nous le représente sacrifiant à Chang-ti hors des murs, au midi, dani*
LES PATRIARCHES ANTÉDII.UVIENS . 21 H
le temple de la lumière, Ming-tang, qui était d'une extrême simplicité, de terre et de bois sans le moindre ornement. C'est lui aussi qui a établi diverses fcHes ou le calendrier. On lui attribue ce que TY-king dit des anciens rois dans ce passage fort remarquable : t Le septième Jour qui était le grand jour, ces rois faisaient fermer les portes des maisons, on ne faisait aucun commerce et les magistrats ne jugeaient aucune affaire. » C'est ce qui s'appelle l'ancien calendrier, 11 repose donc tout entier sur la semaine, et soit que par les anciens rois on entende la dynastie des Hia, soit qu'avec les écrivains indigènes, on reconnaisse en eux les personnages du monde primitif, toujours est-il certain que la Chine, qui dans les siècles historiques n'a point fait usage de la semaine, se souvenait d'un temps fort reculé où cette division du temps avec son septième jour de repos était en pleine vigueur. Nous avons déjà vu Sanchoniathon la faire remonter avant le déluge (135).
Seth est un juste. Le symbole de la justice et de la bonté est le bœuf. Chin-nong a sur la tc^te des cornes de bœuf.
Enfin Chin-nong se nomme souvent, comme Tchi-yéou, Yerir-ti, parce qu'il régna par le feu. Or Seth a vécu en effet au temps de Méhujaël et de sa sécheresse. Ce trait confirme en plein l'identité de Seth et de Chin-nong, et il donne en outre un sens tout particulier à la tradition qai porte que c Chin-nong obtenait de la pluie quand il en avait besoin, dans l'espace de cinq jours une bouffée de vent, et tous les dix jours une bonne pluie ; ce qui marque la vertu et la beauté de son règne *. »
De Seth à Noé on compte huit patriarches : la dynastie de Chin-nong compte pareillement huit empereurs.
* Choa-kio^, Introd. cb, xtv.
214 r.HiNOis.
Mais les Chinois ne sont pas d'accord sur ce chiffre de huit : tantôt ils le portent à quinze, en faisant entrer dans la liste des fils qui n'ont pas régné et en plaçant en tête trois personnages qui doivent être Adam, AbeletSeth; tantôt ils le réduisent à sept, apparemment à cause de la vertu symbolique de ce nombre ; tantôt ils comptent soixante et dix rois, qu'ils font vivre pendant des centaines de mille ans.
Lin-Kouei serait Enos; Ti-ching, Gainan; Ti-ming, M ahalaléel ; Ti-y, Jared. Nous ignorons le sens de ces noms propres chinois ; mais il parait que nous ne faisons pas fausse route, puisque le fils de Ti-y est Ti-lai, qui signifie le seigneur qui est arrivé, parvenu au terme de la perfection humaine, et auquel répond Hénoc. Tikiu est Méthusçalah, Tsie-king et ses fils Ke et Hî ne parvinrent pas à l'empire. Mais le fils de Ke succéda à Tikiu et il fut le dernier de sa race ; son nom est Yu-vang. Il doit être Noë. Or Yu contient l'idée de navire^ vang signifie calamités, mort ; et ce roi a, comme Noé, trois fils. Mais son histoire a été complètement altérée par l'intercalation de toute cette dynastie entre Ghîn-nong et Hoang-ti *. Nous avons vu que, pour honorer Adam=: Hoang-ti, on l'avait placé au zénith ou à la troisième place. Il se trouvait ainsi avoir régné après son fils Seth= Ghin-nong. Gette première confusion en amena une seconde : on ne voulut pas séparer Ghin-nong de ses descendants et successeurs, et on les plaça tous ainsi avant Hoang-ti. Le dernier d'entre eux, Yu-vang, qni était Noë, se trouva le contemporain d'Adam = Hoang-ti et du fléau du feu. Gomme ce fléau avait réduit la terre en un désert aride, on imagina que Yu-vang tenait sa cour dans le désert de Kong-sang * et que le démon
* Chou-king, Introd. ch. xv. ^ De Paravey, Dœufnênit^ p. ^• * Oà CaÏD=5Chao-hao, 8*éta\t TeXÂTé.
LES PATRIARCHES ANTÉDILUVIENS. il 5
Tchi-yéou vînt l'y attaquer. Puis, pour expliquer cette guerre, on fit d'Yu-vang un roi despotique, et de Tchiyéou un prince tributaire qui s'était révolté. Enfin des ils d'Yu-vang, l'un fut le maître de Hoang-ti, un autre son ministre, et toute l'histoire primitive devint ainsi nn vrai chaos.
b. Tchang-y et ses descendants, Chin-nong est le Seth divinisé ; Tchang-y est le Seth historique. 11 est le fils de Hoang-ti. Son nom signifie celui qui est de bonne volonté^ et convient à la piété de Seth. Par son autre nom, Chy, B est, ainsi que Seth (P. Il, 157), stabile comme Isl pierre, h borne ; et quand il s'appelle Chy-nien ou la pierre de tannée^ il est, ainsi que Seth=Ghin-nong, l'astronome qui établit le calendrier ^
Son fils est Tchouen-hio, c'est-à-dire Enos. Nous le connaissons déjà comme le cinquième des Chang-ti humains, et comme le successeur de Ghao-hao. Les Ghî- ■ois avaient conservé le souvenir que Ghao-hao = Gain était non le père mais l'oncle de l'empereur qu'ils avaient |iacé après lui : exemple remarquable du respect que Tesprit humain conserve pour la vérité historique au mi- Keu de toutes ses fictions.
. Tchouen-hio, celui qui s* applique soigneusement à quelfu affaire^ s'est appliqué à faire cesser les désordres causés sous Ghao-hao par les Neuf noirs et à réprimer |e culte des Ghen et des Kouei *. dl a rétabli le culte re- ,%ieux en nommant des officiers qui y présidaient. » Or c'est sous le fils de Seth, Enos, qu'on commença à . hvoquer l'Etemel. L'identité d'Enos et de Tchouen-hio nous semble donc solidement établie (P. II, 459) '.
* De Paravey, Documents^ p. 20. 26.
^ Hémoires, t. xv, p. 225v
' De Paravey, Doeum&nUj^, 9i.
^216 CHiNOiâ.
Tchoiien-hio engendra Kiong-tchen, qui est Cainan. I^ nom même de Cainan rappelle celui de Gain, précisément comme celui de Kiong-tchen fait celui de Kiongsang ou Chao-hao. Cainan est celui qui bâtit un nid, et Kiong (qui signifie limite^ et pauvre, abandonné) est sous la clef des cavernes et des nids, tandis que Tchen est le nom de la cigale , de cet animal dans lequel a été métamorphosé un autre patriarche antédiluvien selon les traditions grecques (P. II, 161).
Kiong-tchen engendra King-kang, c'est-à-dire celui qui adore et magnifie. C'est la traduction exacte de Mahalaléel, fils de Cainan.
King-kang engendra Kiu-vang , qui doit être Jared.
Kiu-vang engendra Kiao-nieou, ou Kiao-gou. C'est THénoc séthite, et noiis avons vu que THénoc caïnite porte un nom tout semblable, celui de Kiao-kie. Cette ressemblance entre le septième patriarche fidèle et le fils du fondateur de la ville dépravée prouve que celle de Kiong-tchen (Cainan) et de Kiong-sang (Caïn) n'est pas accidentelle.
A dater de Kiao-gou la tradition s'altère. Au lieu d'un Méthusçalah, d'un Lémec, d'un Noë, nous trouvons ub homme aveugle et sourd, Kou-séou, le mari d'une mé- <'hante femme, le père de Torgueilleux Siang, et du pieux Chun que sa mère maltraite. Mais la vérité historique perce au travers de la fable. Kou-séou est la personnification de l'humanité antédiluvienne sous les trms de^ niers patriarches séthites. Elle n'avait ni yeux ni ore8les pour la volonté divine ; elle persécutait les fidèles (Chun), elle enfantait des êtres pleins d'un orgueil iiH sensé (Siang), comme Cassiopée ou Niobé. Chun=Saturne représente la race divine au temps du déluge: aussi répare-t-il les maux de la grande inondation, et porte-t-il le nom de Ïu-Chun, qui contient l'idée de navire.
LES PATRURCHES ANTÉDILUVIENS. 217
Chun, dans la légende, est un Noë ; le Chou-king fait le lui un personnage historique des temps postdiluriens. On ne pouvait donc lui donner pour fils Noë, et Dépendant la tradition terminait la famille de Tchang-y par un Noê, par le vrai Noë de la Chine, Ti-ko ou Kaolin. Que faire de Ti-ko? Où le placer dans les généalogies du monde primitif? La dynastie de Ghin-nong aboutissait à Yu-vang=Noë ; on ne pouvait donner à Yu-vang pour successeur Ti-ko qui est sa doublure. Mais Chaohao=:Caîn n'avait qu'un seul descendant, Kiao-kie; il y ivait ici une lacune, on la combla en faisant de Kiaokie le père de Ti-ko. La rectification à opérer ici est fort simple : elle consiste à rendre à la race de Seth le dernier de ses patriarches et à Tôter à celle de Gain qui n'a aucun droit à le posséder.
D'après son nom Ti-ko est, comme Noë et Xisuthrus, kfatriarche averti de Dieu avec une très-grande solUcittide. Quand on l'appelle Kao-sin-chy, il appartient à une famile qui éprouve de grandes angoisses, c'est-à-dire à celle qui, d'après les Ghaldéens, a demeuré sur la montagne ïes angoisses jusqu'aux approches du déluge.
Comme Noë, il a trois fils, Yao, Héou-tsi et Sie, qui féparent les maux causés par la grande inondation, ou de qui sont issus les fondateurs d'antiques dynasties impériales. D'après une autre tradition chinoise, les fils Se Ti-ko auraient été au nombre de quinze ; ces quinze Aefs de peuples se retrouvent dans les quinze fils du Koë de la Perse, Frévak, et dans les quinze ancêtres des Aztèques (P. II, 552) *.
De Paravey, Documents , p. 14-16, Î5. 51 .
Nous voici parvenus aux fils de Noë, et nous n'avons cependant point encore épuisé les traditions des Chinois sur les temps antédiluviens. Le Ghou-king lui-même nous parle de deux grandes époques de corruption, que nous rapportons à ce monde primitif, et qui nous expliqueront les mythes de Tchi-yéou, des Miao, de Kouffkong et de Niu-va.
1. Tchi-yéou, t Selon les anciens documents, dit le Chou-king, Tchi-yéou fut le premier des rebelles, et sa rébellion se répandit sur tous les peuples qui auparavant vivaient dans Tinnocence et qui se pervertirent ; des voleurs, des fourbes et des tyrans parurent de tous côtés. »
« Au commencement du monde, selon le Tchéou-fou, Tchi-yéou n'ayant pas voulu reconnaître le grand roi par excellence, le Tien suprême ordonna à Hoang-ti de le tuer * . »
Tchi-yéou est Typhon = Lucifer = Satan, tchi signifie à la fois, un ver, un insecte, un être honteux, vil, méchant, (*t une brillante étoile; yéou, ce qui est parfaitement hm et ce qui est entièrement laid. Il passe pour un fils du ciel, el nous venons de voir qu'il est le premier des rebelles (P. I, 307, 472).
La rébellion qu'il suscite sur la terre où régnait encore l'innocence primitive, est celle des premiers Caïnites. Leurs inventions sont les siennes. On a vu, en effet (206, 21 i), comment les Chinois étaient soigneux à rapporter a leurs plus anciens princes les origines de tous les arts; mais il est un art pour lequel seul ils font exc<'plion : celui de fondre les métaux et de fabriquer
' Vémithes, t. I, p. 157 s<{.
LES MYTHES DU PREMIER MONDE. â19
les aimes de métal. Cette découverte est due, d'après 1 Genèse, au cainite Tubalcaïn, et d'après les Chinois, u démon Tchi-yéou. Ses armes étaient de fer (et non le cuivre), comme celles de Tubalcaïn (208) «.
Si les Cainites sont le peuple terrestre de Tchi-yéou,- I possède dans le monde invisible une armée de Tchinoéi (Mei-che), ou Mauvais GénieSy qui sont les dénions ie la Bible. Mais sa ressemblance avec le Typhon égypien est plus frappante encore; car on lui donne pour [compagnons, outre les Neuf Noirs, 9x9 ou 8x9 frères, qui sont les soixante-douze conjurés du Tchi-yéou du Nil (P. I, 344); et de même qu'une grande comète apparut au temps de Typhon, ainsi une comète s'appelle l'étendard de Tchi-yéou. On la retrouve dans le mythe» d'Ahriman.
Tchi-yéou passait pour avoir professé et propagé la fausse doctrine des Chen et des Kouei qui avait apparu sous Chao-hao '.
Tchi-yéou a des ailes comme l'ange déchu, des ailes de chauve-souris comme le diable , des pieds de bœuf, quatre yeux à la tête et six mains comme certaines idoles hindoues qui font la transition aux Titans et aux Géants de la Grèce avec leurs cent bras et leurs corps d'animaux.
11 vivait au temps de Chin-nong, le seigneur du feu, Yen- ^i, et il a usurpé ce dernier nom. Il est la calamité du feu, Qous dit un écrivain chinois, et l'on ne saurait nous expliquer plus clairement quel genre de guerre il a fait, Soit a Seth= Chin-nong, soit à son soi-disant successeur
1 11 est digne de remarque que le chapitre du Chou-king qui dv- <ïrit les tributs d*Yu, mentionne le fer parmi les produits du Léaugtchéou.
> Hémoires y t. XV. p. 2-24.
220 CTllNOTS.
Adam=Hoang-ti. Dans le Rig-Véda, le serpent Ahî, à la tête des Asouras, mauvais génies et magiciens, dérobe les nuées pour que la terre soit consumée par le soleil, et à la fin de la sécheresse, s'enveloppant dans ces mé- .mes nuées, il déclare la guerre à Indra. Ainsi Tchiyéou, qui lui aussi était un magicien, détrône Ghîn-nong, règne à sa place sur la terre, résiste aux troupes de Hoang-ti en faisant lever une grande nuée qui leur ôte le jour, livre en trois ans neuf batailles, et enfin dans un combat décisif où il avait produit des ténèbres horribles et un brouillard affreux, est enchaîné par Hoangti. Le Ciel avait envoyé à celui-ci en réponse à ses prières, une fille céleste (sans doute Niu-va), avec des armes et des assurances de victoire. On ajoute que Hoang-ti était sur un char, et Tchi-yéou à cheval, de même que dans le Zend-Avesta combattent à cheval le génie de la pluie, Taschter, et celui de la sécheresse, Epéoscho. Les Neuf Nègres, dit-on encore, mangeaient le sable, c'est-à-dire, marchaient sur une terre desséchée, dans un air enflammé et chargé de poussière. Qu'on essaie de décrire en poëte la guerre du Saturne phénicien contre le Ciel qui veut détruire les hommes, et Ton retombera dans les fictions de la tradition chinoise.
Tchi-yéou a été enchaîné, et jeté dans la noire vallée des maux ; mais il n'est point mort. On dirait des citations des Révélations de saint Jean ; mais ce sont d'antiques et permanentes vérités qui datent du peuple primitif (P. I, 309 sq.) *.
2. Dans leChou-king, le second séducteur des hommes fut le chef des Miao, et les traits distinctifs de cette époque de corruption furent la cruauté et la magie (P. Il
t Chou-king, P. IV, ch. \\.nu. Introd. ç\x, xvi. Sionnet, p. 4d.