LES M\THES DU PREMIER MONDE
Niu-va a le corps de serpent, car le serpent est le symbole des divinités démiurgiques ; et la t^te de bœuf, car le taureau figure la puissance créatrice.
Elle est la matière primordiale : comme Protée, « elle peut en un seul jour se changer spirituellement en soixante et dix manières. »
Mais c'est elle aussi, comme Neith et Mylitta, qui organise la matière et en fait sortir le monde avec son harmonie pleine^ qu'elle régla d'après les tons affaiblis de sa guitare (P. I, 266).
Source unique de Tharmonie, Niu-va est « la déesse de la paix » dans le monde physique comme dans le inonde moral.
Elle est, sous le nom de la Nuée^ la sœur et la femme de Fo-hi qui règne par la vertu du bois et de la charité, et qui préside à l'âge d'or et au paradis (206; P. H, 17).
C'est elle, si notre supposition est fondée, qui vient en aide à l'homme, à Hoang-ti, dans sa lutte contre Tchiyéou ou la calamité du feu.
Mais sa grande guerre est celle qu'elle soutient contre Kong-kong ou le déluge détruisant la terre. « Elle chassa ce génie, elle tua le Dragon noir pour rendre la paix à la terre. Les brèches que Kong-kong avait faites au ciel vers le nord-ouest, elle les boucha avec des pierres de cinq couleurs (l'arc-en-ciel postdiluvien), qu'elle avait purifiées par le feu. Elle rendit de nouvelles forces à la terre, que l'ennemi avait affaiblie au sud-est. EUe rétablit les quatre points cardinaux avec les pieds d'une monstrueuse tortue (symbole de l'harmonie). La terre étant ainsi redressée, et le ciel mis dans sa perfection, tous les peuples passèrent à une vie nouvelle. » Dans ce mythe transparent (P. II, 233), Niu-va correspond exactement à Nitocris ou Neith victorieuse qw\,\fô>\e. çue Fallas-Minerve, n'est ia déesse de la pani qvV^V^
2ri CHINOIS.
romlilion de IVire aussi de la guen*e; car elle ne peut inaiiiteiiir Tordre sur la terre qu*eii livrant au mal de grands combats^ et elle doit triompher d'immenses obstacles pour restaurer le monde bouleversé par le cataclysme.
Cependant, après cette restauration de la nature vient rêpoque de Typhée et des éruptions volcaniques . Nitocris périt dans les cendres, etNiurva ^bràle les roseau et'en ramasse les cendres pour servir de digue au débordement des eaux. > Elle avait tiré des flèches contre dix soleils. On raconte le même exploit de son contemporain Yao» qui avait ainsi prévenu l'incendie de la terre (P.I1,591)«.
Un autre mythe des Tao-ssé, beaucoup plus simple, |)orte que, «loi'sque des eaux inunenses inondaient tout et que les pluies ne discontinuaient pas, Niu-va vainquit Teau par le bois et fit un vaisseau propre à aller fort loin'. »
Le mvthe de Niu-va contient toute l'histoire du monde physique depuis le chaos au déluge, et Niu-va devrait, semble-t-il, recevoir des Chinois les mêmes honneurs que Neith=lsis des Egvptiens, Mylitta des Babyloniens, Cybèle des Phrygiens. Cependant, cette Souveraine Mère n'est pas même nommée une seule fois dans les kin^, si nous ne faisons erreur, et il n'existe, à notre connaissance, aucun' indice que son culte ait jamais existé en Chine, et qu'il ait été renversé par celui du Gel ou de Chang-ti. Le monothéisme semble ne s'y être point établi sur les ruines du polythéisme ; on dirait que c'est au contraire par le vrai Dieu qu'a commencé l'histoire religieuse de ce pays, et qu'elle va s'altérant de plus en plus
1 Chou-king, Introd. ch. xiii. Mémoires ^ 1. 1^ p. 183. * Mémoires^ t. I, p. 158.