CHAPITRE
mythes d'Oiilrls«
Osiris est le Jéhova des Egyptiens, le dieu qui gouverne le monde moral et qui protège, b(^nit, juge les hommes (P. 1, 183), Son surnom habituel, Onuphri, signifie bienfaiteur *.
11 est le fils ou la forme nouvelle de Sev, qui est Elohim, le dieu de la nature. Sev, par son étymologie, est le Temps, le temps étemel (id. 163, 139), le Cronos= Chronos des Grecs, le Saturne des Latins. On le représentait sous une figure humaine , symbole le plus pur de la Divinité. Dans un sens plus spécial, Sev est le Temps dans lequel subsistent tous les êtres et qui les embrasse tous.
Sev a pour épouse Netpé ou Nout, Grande-Mère d'après son vautour ( id. 350) , déesse de la vie physique **t morale, ou des eaux, qu'elle épanche du haut d'un î^rbre de vie, soit sur TEgypte en faisant déborder le Nil, soit sur les âmes dans l'Amenthès (P. 11, 20. 23).
Sev et Nout, Saturne et Rhéa , sont le père et la mère ^es dieux, et, d'après une inscription hiéroglyphique «, ï^nrs enfants sont au nombre de cinq^ dont Osiris est ^'ainé. Les quatre autres sont Isis, Typhon, Nephthys et Harouéris.
' Pliitarqiie, de hide, 42. Diod. Sic. I, 17.
* C-hampolIion, Grammaire égyptief^np^ p. 198.
•20) ÉG\PTIKNS.
Les cinq enfants de Sev se distinguent de toutes les . autres di>inités de l'Egypte par leur nature morteUe, par leurs guerres et par leurs m^lhes compliqués. On sent qu'ils ne sont pas de simples personnifications du grand œuvre cosmogonique, des principaux objets de la nature, des diverses activités humaines ; ils se mêlent a tout ce qui se passe sur la terre» tant dans le domaine du monde physique que dans celui du monde moral; et comme ici-bas tout n'est que lutte et mort, les Cronides vivent dans de perpétuels combats et périssent par la main les uns des autres.
Seuls ils ont une histoire, c'est-à-dire des mythes. Leurs mythes sont pleins d'obscurité par suite des nombreux renseignements que nous fournissent les écrivains grecs et latins, et du silence presque complet que gardent les documents indigènes. On sait d'ailleurs par Seth-Typhon que les fonctions et le caractère de ces dieux ont subi de grands changements dans le cours des siècles. Dieux de l'homme, ils se sont modifiés avec l'homme , et en particulier le Génie du mal est devenu de plus en plus méchant à mesure que les Egyptiens comprirent mieux la vraie et criminelle nature du péché (P. I, 81)*.
Lorsque Typhon était encore Seth , le dieu de là guerre, on imagina qu'après la chute d'Adam il avait fait violence à sa mère (Nout) , la Nature bienfaisante, et l'avait contrainte à donner le jour aux animaux malfaisants et aux ronces des déserts. Tel est au moins le sens que nous avons donné au mythe de Paprémis
* Mars est devenu un Satan. Comparez ce que M. de Bomei (V, p. 216) raconte de Schelling à propos de SeUi-Typhon. — ■• de Bunsen confond d'ailleurs ce Seth, qui est le Scheth des MosbîtA (P. /, 39.3), avecSeth=M\iol\tts,\e«Vf^^^Kawax.
MYTHES D'osmiîi. !>ll
(P. I, 393), ainsi qu'à celui du Ciel qui, dans Sanchoniathon, malgré son divorce, fécondait la Terre au iomps de sa colère contre la race humaine (129 sq.),
Nout, concubine de Typhon, se nomme dans Plutarque Thouéris , c'est-à-dire Ti-oeri , la Grande-déesse, Elle prend alors la figure de son fils et amant : celle du hideux hippopotame. Dans le combat d'Horus et de Typhon, elle abandonne la cause de ce dernier, précisément comme la concubine du Ciel, comme Astarté, Rhéa, Diane, passent du côté de Saturne,
Nephthys ou Nebt-hi, la 7nattresse de la maison^ avec le portique sur la tête, est la déesse de la terre couverte de cités, comme Nout est celle de la terre bien ordonnée, mais encore déserte, et Neith celle de la terre informe du chaos. Nous comparerons Nephthys à Rhéa des Phéniciens, ou plutôt encore à leur Dioné (135), ainsi qu'à Hestia et Aphrodite des Grecs , à Vesta et Vénus des Latins. Elle a le vautour des Grandes-Mères. Les Egyptiens la disaient stérile ( comme Vesta), parce que la nature, depuis les origines de la société humaine, a cessé de produire des êtres nouveaux , et pour la même raison, les Grecs la nommaient Téleuté, la Fin. Mais cette fin est celle d'un long combat , qui a commencé avec le chaos et qui a duré pendant toutes les périodes cosmogoniques : Neith =Pallas a fait une rude guerre aux substances rebelles du chaos (P. I, 365), et Nephthys est une Victoirç. Cette déesse de la Victoire ^ pour épithète le nom de Salvatrix\ et elle sauve en effet les hommes de leurs souffrances par les joies ^(wiestiquesy par les charmes de la vie des cités , surtout f Par Tamour de la femme. Un de ses titres est la maîtresse ^es femmes, Maïs la mort ravage les familles e\ \es \>e\\-
i242 ÉGYPTIENS.
pies , et Nephthys a des fonctions à remplir dans l'Amenthès. Elle y prend une t^^te de lion ou de crocodile, parce que le lion est, en Egypte, le symbole des eaux, le crocodile , celui du dieu du déluge , Sévec , et que ia mort ne date, en quelque sorte, que du déluge (148). Aussi Nephthys est-elle figurée pleurant à genoux la mort diluvienne de son frère Osiris '.
Nephthys et Typhon sont contemporains , parce que le mal est aussi vieux sur la terre que la société humaine; frère et sœur, parce que l'amour et la haine sont sortis de la même source, Fâme de Thomme ; époux , parce que nos affections, même les plus passionnées, sont indissolublement unies à un esprit d'aigreur, d'ennui, d'animosité , de querelles, qui leur fait la guerre. Ces deux déités n'ont point d'enfant parce que de siècle en siècle la paix et la guerre n'engendrent rien de nouveau et ne font que se prolonger toujours les mêmes *.
Harouéris, comme frère de Nephthys et de Typhon, d'Osiris et d'Isis, est jusqu'à présent une énigme insoluble. Les monuments égyptiens ne nous parlent point de lui, et les écrivains grecs et latins donnent simplement à entendre qu'il ressemble à Apollon et à Hercule.
1 Platarque, de Iside^ 12. 38. 44. 59. LeemanR, Monuments étfyjhtiens du Musée de Leiden.
> Plus tard , ce sens si simple et si vrai se perdit complètement. Quand Typhon fut devenu un Ahriman, un vrai Satan, on ne comprit plus comment il pouvait être Tépoux de la douce et joyeuse déesse du foyer domestique. Nephthys devint la terre, Typhon la mer (P. I, 395), et leur hymen signifia que sur la côte la mer baigne la terre (Plutarqne, de Iside^ 38). ('e sont de ces pnérilitéa qui ne se produisent an grand jour que dans les temps où la foi eat en pleine décadence.
MYTHES D'OSIRIS. 2i3
Isis, sœur et épouse d'Osiris, est une Grande-Mère qui préside avec amour et sympathie à la terre habitée par l'homme. Si Nephthys est la reine des cités, Isis est celle de la nature au milieu de laquelle les cités se fondent et prospèrent, de la nature qui a été créée et ordonnée en vue de l'humanité , de la nature qui la nourrit par ses fruits et la comble de biens. Les affections d'Isis se portent , comme celles d'Osiris , tout entières sur les hommes ; mais la déesse, qui est une forme de Neith, ne peut s'identifier avec eux comme son frère et époux, qui est un théothée. Osiris, dieu de l'humanité, souffre et périt avec elle lors du déluge qui l'a anéantie , tandis que ce cataclysme n'a pu coûter la vie à Isis. 11 n'a pas, en effet, réduit à néant la terre, et Isis est une déesse de la terre ou de la nature*.
Fils d'Osîris et d'Isis, Horus est le sauveur de l'humanité, et il serait le messie égyptien s'il était né d'une femme mortelle. Au moins terrasse-t-il le Serpent infernal comme tous les demi -dieux protévangéliques
(P. Il, 71.79).
Les auteurs classiques font d'Anubis le fils d'Osiris et de Nephthys. Ce dieu semble être une forme de Thoth, On Thoth diluvien, un Hermès psychopompe. Peut-être 6tait-il originairement le dieu-Verbe des Allophyles du ûelta et des Hycsos.
Tels sont les principaux héros d'un cycle de mythes dont nous devons la connaissance à Plutarque et à Dio-
* Certains textes hiéroglyphiques font d'Isis la fille d*Osiris , et disent d'elle qu* elle pleure son père. Il serait fort curieux d'en coniialtre la date , dar ils expriment une pensée toute théiste : la terre (iroyenant du Dieu suprême. Dieu produisant la nature.
dore, et sur lesquels les monuments et les papyrus n'ont jeté jusqu'ici que fort peu de jour. Ces mythes se rapportent avant tout et originairement à l'histoire de Ihumanité primitive, de même que la lutte du Ciel et de Saturne, dans les traditions phéniciennes, ou que le combat des Géants et des dieux, chez les Hellènes et les Hindous. Seulement ces deux grandes guerres ont trait au fléau du feu sous Cain, tandis que le peuple du Nil, qui voyait sa vallée inondée chaque année par un déluge, a, dans ses croyances, gardé tout spécialement le souvenir du cataclysme qui avait détruit le premier monde.
Les mythes égyptiens des Osirides ont été altérés par plusieurs causes.
Et d'abord, les écrivains grecs ont rangé ces fables en un certain ordre chronologique plus ou moins arbitraire. Aussi, pour les bien comprendre , faut-il avoir recours au procédé que nous avons suivi dans l'étude de Philon : il faut isoler certaines scènes de tout ce qui suit et précède. 11 se peut d'ailleurs que les Egyptiens eux-mêmes, oubliant avec la suite des temps le sens de leurs propres fictions, aient été les premiers auteurs de cette confusion que nous reprochons aux écrivains étrangers.
Puis, Osiris étant le dieu bienfaiteur de l'humanité et Horus le sauveur de cette même humanité, l'histoire du fils n'est autre chose que la répétition de celle du père; et comme l'un succède à l'autre sur le trône de l'univers, l'histoire mythique se trouve être trop longue de tout un règne.
Ensuite, les traditions de Sésostris se sont mêlées avec celles d'Osiris , le type et le père de tous les rois. Les grandes expéditions du héros sont identiques avec celles du dieu, et Typhon, frère du Soleil dont les ardeurs
»ruleni la terre, reparaît dans le frère de Sësostris, oettant le feu à sa propre maison, où il avait invité le léros et sa famille.
Enfin , après qu'Osiris fut devenu un dieu cosmogolique et physique , ses mythes ont été mis en rapport wrec les révolutions du soleil et les crues du Nil ; et le (ymbole a jeté ses voiles multiples sur le sens historique t pnmitîf , que nous allons tirer, si possible, au grand lour.
« Le Soleil, ayant découvert les secrètes relations de Rhéa avec Saturne, prononça contre elle une imprécation d'après laquelle elle ne trouverait ni mois ni année pour faire ses couches. Mercure, qui était aussi Tamant de Rhéa, et qui veut la tirer de peine, joue aux dés avec h Lune et lui gagne les cinq jours épagomènes, qui sont IHés comme étant ceux de la naissance des cinq enhnts de Rhéa '. > Ce qui signifie que les dieux solaires H physiques qui régnaient sans partage sur la nature ivant la création de Thomme, firent leur possible pour «mpêcher les dieux de l'humanité de naître et de prendre leur part du gouvernement de Tunivers. Le soleil Pouvait le monde parfait : Tannée faisait sa révolution fégulière, chaque jour avait son génie protecteur, les douze mois se succédaient chacun, avec ses trente jours; B n'y avait ni dans le temps ni dans l'espace une place lîde que l'homme et ses dieux pussent occuper. Heui^usement, l'année n'était pas de 360 jours ; elle comptait cinq jours surnuméraires, et c'est pour ainsi dire pAr cette étroite porte que les jeunes dieux purent s'introduire dans l'univers et y amener avec eux l'humanité.
1 Plntarque, de Iside^ 12. Diod. Sic. I, 13.
Or, cette porte-là leur avait été ouverte par Mercure ou Thoth qui est la Sagesse divine, et qui, en cette qualité, avait naturellement un grand intérêt à ce que le monde fût enfin peuplé d'êtres sages comme lui.
Le sens du mythe une fois expliqué, nous en concluons que le culte le plus ancien des Ëgytiens (au moins à Héliopolis) a été celui du Soleil ou de Ré, et que dans ces temps reculés leur calendrier n'était point encore déiinitivement réglé; que plus tard ce dieu de la nature ne suffit plus à leurs besoins religieux et qu'ils voulurent avoir des divinités tout spécialement occupées à protéger Thumanité. Mais les prêtres de l'ancienne religion s'irritèrent contre cette innovation, et, maudissant les dieux nouveaux avant même leur naissance, ils déclarèrent que tous les jours de l'année appartenaient au Soleil. Alors, des disciples de Thoth, des sages découvrirent que la vraie durée de l'année était de 365 jours, et les fondateurs de la religion nouvelle réclamèrent et obtinrent les cinq jours épagomènes pour fêter les Osirides.
Mais pourquoi Mercure est-il l'amant de Rhéa? Rhéa est la mère d'isis. Isis a pour père ou Saturne, ou Mercure, ou Prométhée ^ . Quand elle est fille de Saturne, elle est au moins élevée par Mercure *, et Prométhée est, comme Mercure, un dieu de l'intelligence. Mercure= Thot est l'Intelligence divine, la Sagesse éternelle, qui a présidé à la formation de l'univers, qui donne à l'homme la raison, et qui, en particulier, lui enseigne à adorer la divinité. Prométhée est plutôt, comme la Minerve de Sanchoniathon (130), la personnification de l'intelligence pratique, le génie des arts mécaniques. 11 fallait bien qu'il y eût du Prométhée ou du Thoth chez Isis , puis-
* Plutarque, de Iside, 3. Sur les monaments, (sis est toiyourafilie de Sev.
* Diod. Sic. I, -27.
qu'elle est la patronne de Thumanité. Fille de Sev= Saturne qui est un théothée, Isis était une grande déesse, et elle transmettait aux hommes sa nature divine. Fille de Nout=Rbéa qui préside à la nature, elle était, ainsi que la race humaine, apparentée au monde physique. Mais d'où procédaient la piété et l'habileté que, seul de tous les êtres finis, l'homme déploie dans sa vie? Ce ne pouvait être de Sev, ni de Nout, ni de Ré, vieux dieu solaire. C'était de Thot et de Prométhée, les précepteurs ou les pères d'isis*.
Mais pourquoi donner Prométhée et Thoth pour pères à Isis seule, et non pas aussi à Osiris, à Nephthis, à Harouéris, à Typhon?
Parce qu'lsis est dans un sens tout spécial la mère et l'institutrice de l'humanité, et que les traditions relatives à Eve se sont comme fixées sur elle, de même que Seth s'est confondu avec Thoth.
Eve, dans la légende primitive, est une prophétesse, et Isis avait rempli la première, elle femme ! les fonctions de prêtre. C'est elle aussi qui avait fondé la médecine en découvrant de nombreux remèdes ; et elle se plaisait a guérir au moyen de songes ceux qui venaient la consulter dans ses temples*.
Eve est la Sibylle, la prophétesse à l'épi de blé (P. Il, 'iH)j celle qui par sa chute a introduit l'agriculture dans le monde, et qui, pour ainsi dire, a donné aux hommes le froment. Isis avait enseigné aux Egy[)tiens l'usage du blé et de l'orge. Mais le souvenir de ce bienfait était em- [)reint d'une tristesse dont on ignorait la cause : dans le temps de la moisson, on di*essait la première gerbe auprès de laquelle on se lamentait en invoquant la déesse.
* Plutarque (de Iside, 3) confond Prométhée avec Thoth , quand il fait da premier l'inventeur de la langue et de la musique. ^ Diod. Sic. I, 14, 25.
Pourquoi ces pU iiis au milieu d'abondantes récoltes? l*oui'quoi le blé, dont la culture réclame le bras vigoureux de Thorame, est-il le don d'Isis, d'une femme, et non d'Osiris? Parce que ces récoltes et les rudes travaux (lui les préparent datent de cette lamentable condamnation que la femme, quTve a par sa chute attirée sur l'humanité (P. II, 56 sq.)
La découverte du pain fait de lotus était attribuée par les uns à Isis, par les autres à Menés *. Or Menés est Adam, et Isis peut donc bien être une Eve divinisée.
Isis, ayant enseigné l'agriculture, avait donné à l'Egypte, comme Déméter Thesmophore à la Grèce, ses lois civiles et criminelles. Elle est à ce titre une des grandes déesses.
Mais quand on raconte d'elle qu'elle a la première filé le lin et le chanvre et fait de la toile, on ne fait que répéter ce que les traditions des Juifs disent d'Eve, et celles des Chinois de l'épouse de Hoang-tî = Adain (18. 205).
Isis, comme fille de Prométhée et comme fille de Thoth, est donc une image altérée, mais toujours reconnaissable de l'Eve biblique. C'est également par la Genèse que nous expliquerons la consécration du perséa à cette déesse *. Le perséa , qu'on croit être le cordia myxa (plutôt que le pêcher, le baobab ou le halanites d'Egypte) figurait la vie et l'immortalité. On le voit sur le cercueil des momies et sur d'autres monuments funéraires. 11 correspond donc en plein à cet arbre mystique du paradis dont le ft*uit aurait procuré à rhooime la vie éternelle. Le sycomore de Nout est un autre perséa aucjuel se joint la notion d'une eau vivifiante,
1 Diod. Sic. I, 43.
* Plutarqiie, d" Isidey U8.
et Nout=Rbéa, sous sa forme spirituelle, se distingue à peine, par ses attributs et ses fonctions, (l*lsis= Déméter.
Osiris partage avec Isis la gloire d'avoir civilisé les hommes qui étaient des anthropophages et menaient une vie ti*ès-misérable. Le tableau que Diodore nous trace de rétat primitif de l'humanité, s'explique comme celui de Bérose (68), et il se réfute semblablement par la tradition indigène elle-même. Nous verrons que Menés est Adam, et nul ne songera à faire d'Adam un mangeur de chair humaine.
Osiris a inventé l'art de cultiver le blé et l'orge, et tandis qu'Isis est la grande législatrice, il fonde Thèbes (la ville de Varche *), élève des temples, règle le culte à rendre à chaque dieu et établit des prêtres pour le célébrer *. Traditions qui indiquent au moins que les Egyptiens faisaient remonter aux premiers temps de rhumanité l'adoration de leurs dieux.
C'est au temps d'Osiris et d'Isis qu'on trouva l'or et le cuivre dans la Thébaïde, et (ju'on en fabriqua des armes, des instruments d'agriculture et des statues des dieux '. Il ne manque à cette tradition pour qu'elle ait sa vraie valeur, que le nom de Chrysor=Tubalcaïn : les listes des rois nous le fourniront.
* Thèbes s'explique fort simplement par Thébreu thebah, arche, ou par le copte thebi , eoffre, cercueil , caverne. Mais cette étyniologic serait favorable à la Réyélation, et il faut en trouver d'autres. On a proposé : te Baki, la Cité; mais les Grecs auraient dit tebakis, et non pas Tbebai. Au reste, le doute ne me parait pas même possible , car, d'après MM. Partbey et Charapollion, le nom copte de Thèbes est Tape, et tap signifie, comme thebi, coffre (arche). Comp. p. 66.
* Diod. Sic. I, 14, 15. Plutarque, de hide, 13. s Diod. Sic. id. 15.
Osiris, qui avait été élevé a Nysa et y avait pratiqué l'agriculture, y trouva aussi le vin et l'art de le préparer *. On pourrait croire au premier abord que d'après les Egyptiens le vin date des temps d*Adam; mais ils nous disent eux-mêmes que ce breuvage est le sang de ceux qui combattirent jadis conti^e les dieux, que ce sang, en se mêlant à la terre, produisit la vigne, et que le jus de la vigne trouble Tesprit, parce que, en le buvant, on boil le sang de ses ancêtres (P. II, 205) *. Les ancêtres de notre race, ce sont les Titans des hymnes orphiques; les Titans sont les Néphilim, les Géants antédiluviens. Le vin est donc, d'après les prêtres du Nil eux-mêmes, postérieur au déluge. C'est au reste ce que nous disait déjà le nom de Nysa (45 sq.).
Le secrétaire et le conseiller d'Osiris, c'est Mercure ou Thoth> qui façonne la langue et impose des noms à ime foule de choses qui n'en avaient point encore ; qui trace les premiers caractères; qui fonde la science de l'astronomie ; qui institue plusieurs pratiques touchant les sacrifices et les autres parties du culte , et qui imagine la lyre aux trois cordes qui répondaient aux trois saisons. Cette lyre est celle de Chin-nong, et les auti'es inventions ou institutions de Thoth sont celles delaaut:^ Alasparus=Seth '.
Les expéditions d'Osiris en Ethiopie, en Inde et en Thrace, telles que Diodore nous les raconte *, ont trop de ressemblance avec celles du Bacchusgrec, pour^tff un mythe purement égyptien. Nous y voyons réunis en
t Diod. Sic. id. 15.
^ Plutarque, de iside, 6.
3 Diod. Sic. id. 16.
^ Id. /7-20. Hut. 13.
un même événement les voyages des Noachides après la grande dispersion, ]es conquêtes des Pharaons dans la Nubie et dans la Syrie, et les colonies des Egyptiens en Grèce. Le récit de Thistorien grec est fort curieux par les rôles assignés à Hercule, à Busiris, à Antée et à Prométhée, à Pan et aux Satyres, à Anubis et à Macédon, à Maron et à Triptolème , à Apollon et aux neuf Muses. Grèce à Tétude des monuments et des hiéroglyphes, le jour se lève peu à peu sur toutes les obscurités de ce mythe; mais notre chemin nous mène ailleurs, et nous (passons au retour d*Osiris en Egypte et à sa mort violente, que Plutarque nous raconte avec de grands détails *.
< Typhon, en Fabsence de son frère, n'avait point osé donner effet à ses mauvaises intentions, tant Isis était sur ses gardes et lui résistait avec fermeté. > Pendant la durée du monde antédiluvien, le Génie du mal qui voulait le détruire, fut contenu par la divinité qui protégeait avec amour la terre et Thumanité.
« Au retour d'Osiris, Typhon lui dresse des embûches, avec Taide de soixante-douze conjurés et d'Aso, b reine d'Ethiopie. » Aso est probablement le copte JUO gale, dartre, maladie, et personnifie les affreuses maladies qui, d'après les mythes grecs et ariens, ont frappé les Antédiluviens (P. Il, 381). Les soixante-douze conjurés sont les 8x9 frères de Tchi-yéou. Ce chiffre, qui se retrouve à la fois en Egypte et en Chine, doit avoir un ^ns symbolique, et ne peut s'expliquer par les jours pendant lesquels le premier de ces pays est brûlé par les ardeurs de Tété avant Tinondation. Les Ethiopiens, sur lesquels règne Aso, sont dans certains mythes les représentants des Antédiluviens (P. 11, 167).
« Typhon enferme par surprise Osiris dans un eoffre qu'il jette dans le Nil, et le dieu périt ainsi le dixseptième jour d'Athyr à Tâge de vingt-huit ans ou après vingt-huit ans de règne. »
Le dix-septième jour d'Athyr était pour les Egyptiens un jour de deuil et de lamentation. A cette époque de l'année, cependant, le Nil est rentré dans son lit, les terres qu'il a fécondées sont ensemencées, et Ton récolte les produits des semailles du printemps. Ce temps devrait donc être bien plutôt un temps de réjouissance, et le mythe d'Osiris ne peut s'expliquer par l'histoire annuelle du Nil *. A notre point de vue, au contraire, l'interprétation en est fort aisée : l'année égyptienne commençait avec l'équinoxe d'automne ; le mois d'Athyr, (jui correspond à peu près à novembre, était donc le deuxième mois, et la mort d'Osiris avait eu lieu le dixseptième jour du deuxième mois. Or, c'est le dix-septième jour du deuxième mois que le déluge a commencé et que Noë s'est enfermé dans l'arche, ténébreuse comme le tombeau.
Les vingt-huit années d'Osiris^ sont probablement un chiffre symbolique : c'est un mois complet. Le monde primitif avait, lors du déluge, achevé la période qui lui avait été assignée.
La fête durait quatre jours. Du dix-septième au dixneuvième, on exposait une vache dorée (symbole de la terre), qui était enveloppée d'un vêtement noir de byssus à cause du deuil d'Isis (pleurant la destruction de la terre et de ses habitants). Dans la nuit du dix-neuvième jour, on descendait vers la mer (la mer diluvienne);
« Plut. 69, et note de Parthey, p. 23i.
* Â Philsc , où est représentée la mort d'Osiris, les i8 auni^s sont indiquées par "iS plantes de lotus.
es préires portaient un coffre d'or dans lequel ils rersaient de l'eau potable, et les assistants s'écriaient [u'Osiris était retrouvé. L'eau douce ligure la vie ; les irétres qui représentaient les dieux, l'épanchaient dans e cercueil qui avait contenu le cadavre d'Osiris (P. Il, 186), et Osiris, symbole et dieu de l'humanité qui avait )éri dans le déluge et qui renaissait après le cataclysme, slait ainsi retrouvé * .
c Les flots de la mer emportèrent le coffre d'Osiris rers Byblos, et le déposèrent doucement près d'une iMruyère qui, par une croissance rapide et extraordinaire, l'enveloppa et le cacha dans son tronc. Le roi du pays, frappé de la beauté de cet arbre, le fit couper et NI fit une colonne qui soutint le toit de son palais. » Ce nythe peut s'entendre de la végétation luxuriante qui couvrit la terre après le déluge et déroba rapidement MX regards le spectacle de mort, de deuil et de ravages que notre globe offrait de toutes parts à la nouvelle hu- ■lanité. Quant au trajet d'Egypte à Byblos, c'est sans doute une allusion à d'antiques relations qui existaient entre le culte d'Osiris en Egypte et le culte analogue îf Adonis en Syrie.
Cependant, c la nouvelle de la mort d'Osiris s'était répandue d'abord près de Chemmis où habitaient des Pans et des Satyres, et dès ]oi*s on donna le nom de paniques Mix épouvantes subites. > En lisant ces lignes, on se sent transporté à ce jour où le déluge surprit avec toutes ses terreurs l'humanité ensevelie dans la plus profonde sécurité ; et à quel dieu cette effroyable ruine pouvait-elle être plutôt rapportée qu'a celui de Chemmis, Khem=:Pan, qui avait produit le monde et qui le vouait à la destruction? (P. Il, 191.)
« Plut. 22.
<r Isis se coupe une de ses tresses, prend des vêtements de deuil, et erre en tous lieux demandant à chacun où était le corps de son frère » (P. H, 234). Ce deuil profond d'Isis est souvent mentionné dans les textes hiéroglyphiques qui disent de la déesse qiï*elle pleure son frère. Cette tresse coupée nous rappelle que les femmes syriennes se rasaient la tête dans des fêtes commémoratives du déluge. Ces voyages d'Isis à la recherche de son époux, comme ceux de Cérès à la recherche de sa fille, figurent tous ceux que les Noachides ont faits pour découvnr dans les contrées lointaines quelques tribus qui auraient échappé au déluge. La pensée que tous leurs frères avaient péri jusqu'au dernier, et que la terre au delà des frontières de Nysa était absolument déserte, devait les remplir d'une indicible angoisse, être l'objet constant de leurs méditations, de leurs rêves, et se formuler dans quelque mythe qui fut le pivot de leur nouvelle religion.
< Isis, guidée par des chiens \ trouve Tenfant que Nephthys avait eu par méprise d'Osiris, et qu'elle avait exposé par crainte de Typhon. Cet enfant devint sous le nom d'Anubis (le dieu-chien) le gardien et le compagnon d'isis. > Dans Diodore, Anubis est un des généraux d'Osiris. Ici sa naissance est postérieure à la mort du grand dieu. Enfant exposé, il figure l'état d'abandon et de détresse où se trouvèrent, immédiatement après la sortie de l'arche, les Noachides (P. II, 237 sq.). Il est fils d'Osiris, car les Noachides ne sont point une création nouvelle, et ils sont bien issus de la race anéantie que figure Osiris. Sa mère est non pas lsis=Eve, mais NephthySi c|ui est le genre humain habitant des maisons de pierre
' Voyez p. 1 85 , et plus bas, dans le Rig-Véda, la chienne de li prière.
MYTHES D'OSUUS. 255
et des viUes ; et la couronne de mélilotus que le dieu avait laissée près de Nephthys, si ce détail est antique, marquerait ces bancs de végétaux divers que les eaux du déluge ont du laisser sur leurs rives temporaires. Plus tard, ce mythe historique aura été appliqué aux inondations annuelles du Nil qui va féconder les bords du désert '.
Cependant, Anubis, qu'Isis adopte comme s'il était son propre enfant, ne ligure pas dans un sens général Ht absolu les Noachides. Il se nomme aussi Hermanubis*; il est donc une dernière incarnation de Thoth= Hermès ou de la Sagesse divine, et représente la renaissance de ia civilisation après le cataclysme (P. 11, 300) *.
« Isis arrive à Byblos. Le parfum d'ambroisie (ou d'immortalité) qu'elle exhale, fait naître au cœur de la reine Astarté, épouse de Mélicerthe, un vif désir de la voir. La déesse devient bientôt la nourrice de l'enfant de la reine. Au lieu de lui donner de son lait, elle lui mettait le doigt dans la bouche, et de nuit elle consumait au feu tout ce qu'il avait de mortel. Changée en hirondelle, elle volait autour de la colonne qui renfermait le corps d'Osiris et poussait des gémissements. Mais la
» Plut. 38.
^ id. 61.
' Suivant Diodore, Anubis aurait ctc le contemporain d'Osiris. Alors il appartient, comme le Saturne de Sanchoniathon, au monde d'avant comme à celui d'après le déluge, et aussi « quelques-uns, nous dit Plutarque, le prenaient-ils pour Saturne. • Mais la race engloutie sous 1«8 eaux a peuplé cet empire des ombres que les Grecs résumaient dans la personne d'Hécate, et Anubis, à la fois dieu des morts et des vivants, semblait à Plutarque être le même qu'Hécate, qui était pareillement une divinité souterraine et céleste. Après la révolution qui a fSût d'Osiris le soleil et d'Isis la lune, Anubis est devenu rhorizon, où se touchent l'hémisphère inférieur et invUvbl^ ^ et l'hémisphère visible et supérieur (Plut. 44).
reine, qui la surveillait, à la vue de sou enfant dans les llammes, jeta un cri et le priva ainsi de rimmortalité. Alors la déesse, se révélant à la reine, retira de la bruyère le cercueil, sur lequel elle se jeta en sanglotant avec une telle violence que le plu& jeune des fils du roi en mourut. Elle prit l'autre avec elle sur un vaisseau ; et comme au point du jour le fleuve Ph^drus, devant lequel elle passait, lui envoyait un vent trop impétueux, elle le fit tarir dans sa colère. » Dégageons ce récit de tous les accessoires qui en voilent le sens : écartons les dieux phéniciens Astarté et Mélicerthe, et le voyage en Egypte du fils du roi de Byblos ; passons légèrement sur cette manière de nourrir un enfant en lui mettant le doigt dans la bouche, simple allusion à Tattitude que les sculptures égyptiennes donnent aux jeunes dieux ; reconnaissons dans le dessèchement du Phaedrus une de ces innombrables révolutions locales qui ont été comme les derniers retentissements de la grande catastrophe diluvienne (HT. 155). Que reste-il? D'abord, la déesse protectrice de l'humanité, tentant, mais en vain, de communiquer son immortalité à la jeune génération, à ces Noachides dont la longévité diminua avec une effrayante rapidité ; on se souvient du mythe hindou de rAmrita (P. 11, 287), Puis, Isis transformée en hirondelle et pleurant Osiris ; ce qui rappelle la colombe voltigeant autour de l'arche où Noë est comme enseveli, ou plutôt les mythes, les contes de la Grèce, où l'hirondelle comme le rossignol déplore la fin prématurée d'une vie florissante, la destruction de la jeune humanité. Isîs enfin, faisant périr elle-même par ses cris de douleur cet enfant qu'elle avait voulu rendre immortel : image pleine de poésie de ce deuil immense qui remplit et rongea le cœur des Noachides au souvenir de toute la famille humaine anéantie, qui les porta, avons-nous vu, isa-
crifier des victimes humaines pour apaiser la colère divine, et qui, semble-t-il, fut une des causes morales de la diminution de leurs jours.
< L'enfant adoptif d'Isis se nommait Dictys S Palaestinus, Pélusius, ou Manéros. Suivant les uns, ayant surpris sa mère qui embrassait en pleurant le corps mort d'Osiris, il mourut de l'effiroi que lui causa son regard irrité. D'autres racontent qu'en cueillant des oignons, il tomba dans le fleuve et s'y noya. »
Ce Manéros passait aussi chez les Egyptiens pour le iils unique de leur premier roi ; comme il leur fut enlevé par une mort prématurée, ils chantèrent en son honneur des airs lugubres, qui furent leur première et pendant un certain temps leur unique chanson. Aussi disaiton de lui qu'il avait inventé la musique. Sa chanson était . la même que celle de Linus qu'Hérodote avait reti'ouvée en Phénicie, en Chypre et ailleurs *.
Les noms des personnages changent, les fables val'ient, mais le sujet principal reste toujours à peu près le même. Les Noachides, en se voyant vieillir et mourir à un âge qui pour leurs ancêtres était à peine celui de la jeunesse, déplorèrent dans de lugubres fêtes la brièveté de la vie, et tout en s'écriant : Malheur à nous (dans les langues sémitiques ai unou), ils renouèrent leur propre douleur soit à cefles d'Adam et Eve pleurant Abel, soit aux déchirants souvenirs du déluge. Ce cri d'Ai linou donna lieu chez les Grecs, qui n'en comprenaient pas le sens, à la fable d'un Linus, chantre antique, fils d'Apollon et de Calliope. Les Phéniciens, nous apprend Hérodote, connaissaient ces mêmes chants : il
t Plat. 8.
* Héroil. H, 79.
parait toutefois que leur grand deuil avait pour objet moins leurs propres soulfrauces que celles de leur Seigneur (Adon) Adonis que le déluge a fait périr. Chez les Hébreux, c'était plutôt le deuil d'Abel qui avait prévalu ; car ils avaient, eux aussi, une lamentation sur le Fils unique K Ce fils unique est sans doute le Manéros des Egyptiens ', et le nom de Palsestinus que celui-ci portait aussi, indique assez que la même coutume existait chez les Philistins (P. 11, 138. 298).
Manéros, fils unique de Menés, et qui meurt jeune, serait donc Abel. Mais cet Abel devient le représentant de toute Thumanité primitive qui a été moissonnée dans sa fleur comme le jeune fils d'Adam, et sous cette forme nouvelle, il périt dans les eaux du déluge. — Notons que la poésie serait née des larmes que versaient les Noachides sur leur vie si courte et si misérable.
Dictys, dont le nom ne parait pas être égyptien, est en Grèce Thomme au filet qui chasse et prend les âmes pour les entraîner dans les enfers. Son frère s'appelle, comme Pluton, celui qui reçoit une foule d'êtres, Polydectes. L'un comme l'autre est donc le chasseur Zagreus, ou Osiris, le roi de l'Ameuthès. Aussi Dictys a-t-il péri, ainsi que ce dernier, dans le Nil (P. 11, 209). Les oignons qu'il cueillait, sont le symbole de la renaissance de la terre diluvienne (P. II, 226).
« isis redemande à la déesse de Buto, Latone, son fils Horus qu'elle lui avait confié pour le dérober aux
I Jér. VI, 26; Amos, viii, 10; Zach. xu, 10-1 1.
* Je dois cependaat dire que, d'après Platarque et les textes hiéroglyphiques, Manéros est le cri d'appel qu'on adressait à Osiris perdu: HAA-\R-HRA, reviens; viAk-VE-n^A^viens à Ui maison, Manérofi serait donc Osiris lui-même ( Brugsch, Adonis , p. 24). — Mais le Fils unique, chez les Hébreux, n'est pas Osiris, et Manéros est le fils unique de Mènes.
loursuites de Typhon et qui avait été caché dans une le, alors immobile, aujourd'hui flottante ^ > Horus est le Us, la doublure d'Osiris. La mort de ce dernier n'est Niint celle de Thumanité tout entière. Son fils vit et 1 prendre sa place. 11 a été sauvâdes flots diluviens par me des Grandes-Mères qui a veillé sur lui pendant qu'il (tait caché dans une île flottante, Tarche.
< Typhon, qui de niiit, lors de la pleine lune, chassait IB sanglier, trouva par hasard le cercueil d'Osiris, parigea le corps en quatorze ou vingt-six morceaux, et les Sspersa au loin, ou les distribua aux vingt-six complices le son fratricide *. » La lune préside aux eaux ; la pleine ue marque un temps où les eaux sont le plus abonfaudtes. Elles ne Font jamais été autant qu'au déluge. Le langlier est un des symboles universels des ravages du Bstaclysme (P. 11, 211 sq.). La chasse de Typhon maripe donc le temps où le Génie du mal bouleversait la kce de la terre par les torrents diluviens. Cette même Bhasse était la cause mystique de l'horreur que les Egyptiens avaient pour le porc, et du sacrifice qu'ils faisaient de cet animal en un temps de pleine lune '. Les membres déchirés d'Osiris sont une image des cadavres des antédiluviens épars en tout lieu sur le sol (P. 11, 236). Mais pourquoi quatorze on vingt-six morceaux? Nous Ignorons. Le premier chifire est celui de la moitié des mnées d'Osiris ou de la moitié des jours du mois. Le lecond indique peut-être le nombre réel des villes égyptiennes qui prétendaient à l'honneur de posséder le tombeau du dieu.
« Isis rassemble les membres déchirés de son époux,
> Uérod. Il, 156.
* Plat. 8. 18. Diod. Sic. 1, âl.
5 Herod. Il, 47. Plat. 8.
moins un que les poissons avaient dévoré » et dont Fabsence signifie que désormais l'humanité sera privée de cette force de vie et de reproduction qui caractérisait le monde primitif. Cette perte était célébrée par d'indécentes cérémonies dans les mystères d'Osiris. « Puis Isis fit faire en cire autant de statues d'Osiris qu'elle avait trouvé de parties de son corps, en mit une dans chacune de ces figures, les distribua entre un nombre pareil de villes, et assura les prêtres de chacune de ces villes qu'ils possédaient le corps tout entier, voulant ainsi le soustraire aux recherches nouvelles de Typhon et en même temps rendre son tombeau célèbre dans toute l'Egypte '. • Ceci prouve simplement la haute antiquité d'une coutume qui existe encore en Perse où, d'après Chardin, à la mort d'un roi, on fait plusieurs (cercueils identiques qu'on dépose dans les mosquées de villes très-distantes, sans que les prêtres sachent quels sont ceux à qui le corps même a été confié.
Telle est l'histoii'e d'Osiris , de sa naissance, de ses inventions, de ses exploits, de sa mort. Nos lecteui*s seront sans doute surpris de n'y trouver aucune trace du fléau du feu qui occupe une si large place dans Sanchoniathon''. Mais les Egyptiens n'en avaient point perdu le souvenir, ainsi que le prouve « cette autre tradition » que nous a conservée Plutarque ' : t Apopis, frère du soleil, fit la guerre à Jupiter ; Osiris prit les ar-
i Plut. 18. Diod. Sic. l,âl.
^ Si le mythe d'Osiris était l'histoire symbolique de rannée égyptienne, les ardeurs de la saison sèche devraient nécessairement y occuper une large place, et s'y rattacher étroitement à la saison des récoltes et au retour de l'inondation. Mais il n'en est rien, et la fiible de Typhon solaire est à la fois peu importante et tout isolée.
MYTHRS d'OSIRIS. 2G1
mes pour le dieu et l'aida à vaincre son ennemi. Jupiter, reconnaissant, l'adopta sous le nom de Baechus. » Une inscription hiéroglyphique dit pareillement * : Le dieu Thoré [créateur j le dieu suprême Jupiter) dans sa haris a terrassé Apophis par la postérité de Sev (par Osiris, fils de Saturne). » Apop est dans les textes hiéroglyphiques un serpent, et ce mot en copte signifie géant. Ce géant-serpent est le primitif dieu du mal chez les Egyptiens, leur Satan, leur Ahriman (P. 1, 308). Dans les enfers, il est le grand ennemi contre lequel luttent les dieux et surtout Osiris. Plutarque fait de lui le frère du soleil, et l'explication qu'il donne du mythe en question, nous met sur la bonne voie : cet Apopis est non pas le soleil même, source bienfaisante de lumière et de vie, mais Tardeur dévorante que cet astre occasionne en certaines circonstances, et qui n'a jamais été aussi grande que lors du fléau du feu au temps de Méhujaël. Le combat d'Apophis solaire et de Jupiter est donc le même que celui d'Ahi et d'Indra, du Soleil et d'Etasa, des Titans H de Zens, du Ciel et de Saturne (129 sq. P. 11, 133 sq.). Apophis était sans doute le chef de ces géants que iKodore nous dit « avoir été détruits dans la guerre qu'ils avaient faite à Jupiter et à Osiris. On voyait sur les murs des temples ces monstres à plusieurs corps, frappés de coups par Osiris. Les uns les disaient issus de la terre au temps qu'elle produisait les animaux : selon d'autres, Ci'étaient de simples hommes qui s'étaient illustrés par leur grande force et par leurs exploits ^, • Ces géants Sont les Asouras, compagnons d'Ahi, et ces Asouras étaient originairement les Néphilim issus des Cainites et transformés dans l'imagination des peuples en des dé-
* ChûmpoUion^ Grammaire égyptienne, p.. 194.
* Diod. Sic. ï, 26.
nions qui avaient tenté d'escalader le ciel pendant le tléau du feu*.
Passons maintenant à Horus. Dans les bas-reliefs de TEgypte, Horus est le grand ennemi du mal. On l'y voit : debout sur un serpent nommé Âpop, ou sur une figure humaine qui est couchée dans un fleuve * ; enfant, entre Typhon, hippopotame-lion ou crocodile-laie, et un dieu protecteur; frappant d'un bâton le dieu du mal personnifié dans Tâne ou le lièvre ; vainqueur de ce dieu dont la tête dépasse la sienne, et ayant sous ses pieds des crocodiles, ou tenant suspendus dans ses mains ce même animal avec d'autres également consacrés à ce dieu, tels que Torix du désert*.
Le dieu vengeur de son père a donc eu de grands combats à soutenir contre Typhon. D'après Plutarque, c Osiris vint des enfers exciter au combat Horus. Celui-ci voit son armée s'accroître d'un grand nombre de transfuges, parmi lesquels était Thouéris elle-même , la concubine de Typhon. Un serpent la poursuit, Horus le tue. Le combat contre Typhon dura plusieurs jours. Bonis fut vainqueur. Mais Isis, à qui Typhon avait été remis enchaîné, le relâcha. Horus, irrité, arracha de ses propres mains la couronne de sa mère, que Mercure remplaça par un casque à cornes de vache. Typhon accusa devant les dieux Horus de ne point être né en un légitime mariage ; mais Horus, aidé de Mercure, se fit reconnaître par les dieux, et Typhon fut entièrement vaincu
* Quand on attribue à Hercule la défaite des géants égyptiens. Hercule est Horus=Harpocrate, que des médailles représentent armé de la massue (Macrobe, Saturn, U 20 ; comp. Diod. I, 24. Guigniaut, PI. LU, 138 a. UOa).
'^ Wilkinson, PI. 4*.
^ Guigniaut, PI. xxxii, xxxix, XL. Leemans.
MYTHES D'OSmiS. 2tî3
dans deux batailles. Isis eut d'Osiris mort Harpoorate qui naquit avant le temps et dont les membres inférieurs sont faibles. » Plutarque ne fait que mentionner la diiacératîon d'Horus, et le décollement dlsis •.
Son récit ne concorde pas en tous points avec ceux de Diodore. « Isis, aidée d'Horus, vengea la mort d'Osiris sur Typhon. La bataille se livra près du bourg où Hercule avait, du temps d'Osiris, fait périr Antée. Isis, qui resta fidèle à son époux, combla ses sujets de bienfiilts, et après sa mort reçut aussi les honneurs divins. * Bt ailleurs : « Elle découvrit le breuvage d'immortalité, par lequel non-seulement elle rappela à là vie, mais elle rendit participant de l'immortalité Horus, que les Titans ivaient surpris dans une embuscade, et qu'elle avait Irouvé sous l'eau. Horus fut le dernier des dieux qui régna sur la terre •. »
Pour mettre de l'ordre dans ces mythes, distinguons l?ant tout Horus, victime des Titans, et Horus, vain- (neur de Typhon.
Nous ne savons quels noms portaient en égyptien ces iRans, et s'ils se distinguaient ou non des Géants ou VApophis. Mais ils étaient certainement des puissances hkalfaisantes, des alliés de Typhon. Car ils ont fait périr Ibrus, le dieu de la jeune humanité. Gomment ont-ils Kécuté leur dessein homicide? En surprenant le fils nsis et en jetant son corps dans l'eau , dans les eaux kl déluge qui ont inondé à l'improviste toute la terre '.
' D'après le mythe de Zagreas, on peut supposer que les Titans KtMent déchiré les membres d'Horus et les avaient fait cuire dans Cl eaux d'une chaudière. Cette dilacération d'Horus doit absolument kroir le même sens que celle d'Osiris par Typhon, et pour nous Tune Somme l'untre est nn mythe diluvien ^P. II, 206}.
ïJOi Kr.YPTIRNS.
La mort d'Horus est donc la même que celle de son père, car ces deux divinités se rapportent à la même <^hose. Mais tandis qu'Osiris descend aux enfers pour y i*égner, son fils, qu*on dirait être un simple mortel, ou du moins un demi-dieu, reçoit de sa mère, comme une grâce à laquelle il n*avait aucun droit, l'immortalité qui le fait monter au rang des dieux. CetHorus mort et ressuscité ne peut s'expliquer que par Bacchus-Zagreus qui serait tout à la fois un Horus et un Osiris.
Cependant, si Typhon a fait périr par le déluge l'humanité primitive, par ce même déluge Dieu a délivré la terre d'une race qui la souillait de ses crimes, et Horus, qui est ici un AppoUon vainqueur de ï^thon, triomphe de son ennemi dont le corps flotte dans le torrent des eaux diluviennes, ou terrasse cet Apophis qui, sous Osiris, avait tenté de détruire la terre par les ardeurs dévorantes de son frère, le soleil «.
La guerre d'Horus et de Typhon a duré fort longtemps, et compte au moins deux grandes batailles , celle de la Sécheresse et celle du Déluge.
Nous disons que la première de ces batailles a trait au même fléau du feu que celle du Ciel et de Saturne dans Sanchoniathon. En effet, dans les deux mythes il y a des transfuges, et parmi eux est une concubine de l'ennemi des dieux bons (132). Nous la retrouverons dans les mythes ariens de Zohak et d'Ahi. Elle désigne la nuée qui, pendant le fléau du feu, a été enlevée par les puissances malfaisantes ou irritées qui veulent détruire l'homme. ^
Thouéris , que Typhon poursuit dans le camp d'Ho-
1 Le délage qui fit périr une grande partie des Egyptiens to temps de Prométhée et d'Osiris, et dont Hercule répara les ravigei, n'est sans doute qu'une légende très-altérée du grand cataelysinf
de Noë.
MYTHRfi D*0SIR1S. 2fir>
nis où elle s'est réfugiée, est délivrée par ce jeune dieu. C'est-à-dire le Génie du mal fit de vains efforts pour prolonger la sécheresse et empêcher les nuées de rendre à la terre V Abondance des pluies, Démaroon.
Après un combat de plusieurs joui's, que le Rig-Véda nous décrira en détail, Homs reste vainqueur, et la nature recouvre sa fertilité au temps des Lémécides, C'est alors sans doute que le dieu sauveur reçoit d'isis, sa mère, l'art de la médecine*.
La puissance du mal semblait anéantie : l'humanité rêvait un temps de paix et de félicité terresti'e. Mais elle reconnut bientôt son erreur aux nouveaux fléaux qui survinrent et en particulier au cataclysme. La bienfaisante Isis, la mère de l'humanité, la reine de la nature, avait de ses propres mains délié Typhon (P. 11, 79).
Alors, les hommes s'indignant de l'apparente malveillance du vrai Dieu , commencèrent à rendre un culte à de faux dieux, qu'ils figurèrent sous les formes symboliques les plus bizarres. C'est après le déluge qu'Astarté a placé sur sa tête des cornes de vache (I ii); c'est après le déluge que Thoth a substitué sur la tête d'isis, à son ancien diadème, un casque à cornes de vache.
Comment enfin les Egyptiens auraient-ils pu mieux figurer l'infirmité de l'humanité nouvelle, issue de Noë, que par la naissance de cet Harpocrate qui a pour père un dieu qui vient de périr dans le déluge. A peine cet enfant peut-il se soutenir sur ses jambes débiles !
L'opposition que, dans le ciel. Typhon fait à l'admission d'Horus, est un mythe à peu près sans analogue*. Le Génie du mal accuse Horus d'être un fils illégitime
« Diod. Sic. I, 25.
* J'aurais dit : sans aucun analogue, si liode n'avait pas le mythe de Tapothéose des Ribhous ou des Lémécides, contre laquelle plusieurs dieux ont protesté.
T. ni. \^
d'Osiris, sans doute parce que ce jeune dieu est mort et ressuscité : il doit avoir pour mère une mortelle (comme Bacchus, rOsiris grec). Cependant Horus est bien fils d'isis : il est un dieu sauveur, et non un demi-dieu, un héros protévangélique. Mais en venant sur la terre sauver les hommes, il s'est fait homme au point de perdre l'apparence d'un dieu. Toutefois Thoth, le Verbe, l'a reconnu pour son frère, et les autres dieux repoussent les calomnies de Satan=Typhon*.
Quant à la lutte d'Hercule et d'Antée , le sens en est fort simple. Hercule est un dieu ou un demi-dieu sauveur, comme Horus. Antée, fils de la Terre et de Neptune, est le sable (terrestre) du désert Libyen , qui a été jadis recouvert par les eaux (neptuniennes) de l'Océan (HT. 171 sq.). Le théâtre de la lutte était un district de l'Egypte où les sables typhoniens auraient envahi la fertile vallée du Nil, si le dieu sauveur n'avait pas béni la résistance herculéenne de l'homme.
* Si Horus est Apollon, ce mythe égyptien explique l'entrée étrange d'Apollon dans l*01ympe, telle que la raconte 1*11)1006 homérique en l'honneur de ce dieu.