‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation; (volume 3)Chapitre 95 sur 120 · VI. Zohak et FÉmnouN · texte numérisé non relu

VI. Zohak et FÉmnouN

Le Zend-Âvesta qui donne fréquemment à Féridoun le surnom de Vainqueur de Zohak, et qui décrit Zohak comme un serpent à trois têtes, n'entre dans aucun détail sur ces deux personnages mystérieux et sur leur combat. Le Boundéhesch est plus explicite ; mais M. Roth, qui est ici notre guide, ne se fie pas à la traduction d'Anquetil. Ferdousi se trouve ainsi être notre priucipale, pour ne pas dire notre unique source.

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< Sous la domination de Zohak naquit d'Âbtia et de Firanek, Féridoun. Zohak, instruit par un devin que cet enfant mettrait fin à son règne, voulut le faire périr. Mais Abtia seul tomba entre ses mains sanguinaires. La mère s'enfuit avec son enfant dans la forêt, où la vache merveilleuse Pourmajé le nourrit de son lait pendant trois ans. Firanek, ne se croyant plus en sûreté dans ce lieu, s'enfuit vers THindostan sur le mont Elbours et là elle confia l'éducation de son enfant ù un solitaire. A seize ans, Féridoun apprit de sa mère qu'il était de la race des rois issus de Thémourets, et il se prépare à tirer vengeance de Zohak. Dans ce même temps éclata contre ce tyran une révolte dont le chef était un forgeron du nom de Kavé. Les fils de Kavé avaient été tués pour servir de pâture aux deux serpents qu'un baiser du diable avait fait sortir des épaules de Zohak. Le père, au désespoir, avait donné le signal de la révolte, et pris pour étendard son tablier. Cependant Féridoun, auquel se joignent ses deux frères Kajanousch et Pourmajé, les prie de lui procurer des armes. Ils courent au bazar des forgerons qui font une massue en fer, de la forme d'une tête de taureau. Féridoun traverse avec l'armée de Kavé l'Arvand ou le Tigre, s'empare de la forteresse de Zohak, Beitul-mukaddès (qui est la désignation ordinaire de Jérusalem), et fait prisonnières les deux femmes de son ennemi, qui étaient de la famille de Dschemschid. Zohak accourt pour les délivrer, mais Féridoun le terrasse de sa massue. Il l'aurait tué sans l'intervention d'un génie céleste qui lui dit que l'heure de Zohak n'est pas encore arrivée ; d'après son ordre, Féridoun l'enchaîne sur le Démavend à un rocher. Zohak est encore là, suspendu, et son sang tombe de son ^ cœur goutte à goutte sur le sol. »

Voilà rénigme à résoudre, et en voici la solation, qu'on n'aurait jamais trouvée sans le Rig-Véda.

Le vrai nom de Zohak est Ashi Dahàka, le serpent mordanty pernicieux. C'est d'après le Zend-Âvesta « un serpent homicide à trois gueules, à trois têtes, à six yeux, | à mille forces; une divinité (devim) cruelle (oaroudj) " qui détruit la pureté ; un pécheur (darvand) qui ravage le monde, et qu'Ahriman a créé le plus ennemi de la pureté, dans le monde entier, pour l'anéantissement de la pureté des mondes *. >

Le Zend-Avesta ne nous dit point si Zohak détruit le monde par les fléaux de la nature, ou par la violence des armes, ou par les séductions du péché. Mais, dansleRijf- Véda, ce grand ennemi d'Indra est un serpent^ Ahi, et cet Ahi ou Ashi a dérobé à la terre toutes les nuées ou les vaches du ciel. Le règne de Zohak serait donc le temps d'une longue et terrible sécheresse qui aurait menacé riran d'une complète destruction.

La sécheresse causée par l'Ahi des Védas est celle de Gen=Caïn, tandis que Zohak a détrôné Dschemschid et que sa sécheresse est postérieure au déluge. On poiu^ rait dire, sans doute, que les Bactriens, qui avaient réduit à cent ans les seize siècles du monde antédiluvien, ont transporté aux temps de Dschemschid et des No»chides l'événement le plus considérable du premier monde. Mais ce transport, du moins, ne se serait pas fait sans cause ; car de nombreux mythes (P. Il, 290) rendent fort probable l'existence d'une sécheresse postdiluvienne (HT. 211).

Si Zohak est l'Ahi des Védas, son ennemi, Féridonn, doit être un Indra ; et si Zohak cause au temps desNoachides une sécheresse analogue à celle qu'avait pro-

* Traduction de Barnoof, du fX« Yacua.

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duite Epéoscho au temps d'Adam =Meschia, il faut que Féridoun soit un second Taschter, un génie, un dieu de la pluie et de la fécondité. C'est ce que M. Roth a mis hors de toute contestation.

D'abord, Thraétôna (nom antique de Féridoun) a pour père Athvia. Athvia n'a d'étymologie en aucune langue'; mais par la transposition d'une seule lettre Athvia donne Avthia ; Ferdousi dit Abtia, et Aptia en sanscrit signifie hahitanty maître des eaux. Or le fils d'un dieu des eaux peut bien être un génie de la pluie.

Ensuite, dans le Rig-Véda, Aptia est le surnom de Trita qui met en pièces, comme Féridoun, un serpent à trois têtes, et qui délivre les bœufs ou les vaches (les Duées) de la puissance de Twachtri , le dieu du feu et de la sécheresse.

La naissance de Féridoun fut une grâce que Homa accorda à son père Athvia, et c'est t par la force du soma (le homa des Védas) que Trita a mis en pièces Vritra. » Vritra est le génie infernal qui avait couvert le ciel de nuées qui retenaient dans leur sein la pluie. Ahi et Vritra sont deux personnifications de la même pensée.

Nous savons aussi par Kas^vini que les Persans associent dans une de leurs fêtes Féridoun a Mithra ramenant les vaches (les nuées) enlevées par les Turcs (les démons) (P. II, 291).

Enfin, l'arme dont Féridoun terrasse Zohak, est une massue de fer à tête de vache. La tête de vache, ce sont les nuées chargées de pluie (P. I, 488). La massue de fer, c'est le marteau de Thor (P. I, 494), l'arme de Trita, d'Indra, de Taschter, de Jupiter, la foudre ou l'orage qui a mis fin à la sécheresse et rétabli l'équilibre dans l'atmosphère.

Les moindres détails du mythe s'expliquent aisément, une fois le sens des deux grands personnages bien déterminé.

Dans toute sécheresse on peut distinguer l'humidité actuelle qui provient des pluies précédentes, et Hiumir dite virtuelle qui fera cesser un jour le fléau, et qui est déjà la, mais qui est trop faible encore pour prévaloir. La sécheresse, c'est Zohak ; Thumidité actuelle, c'est Abtia ou Athvia ; l'humidité future, c'est Féridoun. Zohak tue Athvia, mais Féridoun lui échappe.

Où l'enfant Féridoun trouve-t-il un asile? Dans les forêts épaisses où l'humidité se conserve dans les temps de sécheresse plus longtemps que partout ailleurs.

Qui le nourrit dans la forêt? Ce ne sera pas le ciel d'airain, le ciel sans nuées, le ciel sans pluie. C'est une vache du nom de Pourmajé, c'est-ù-dire la terre (P. 1, 503) ; c'est le lait de la vache, l'eau des sources.

Cependant, si la sécheresse se prolonge d'année en année, les sources finissent par tarir. Alors Féridoun s'enfuit vers les contrées lointaines, vers l'Inde où le fléau ne sévit pas, et d'où arriveront un jour les nuées bienfaisantes et victorieuses.

Si Zohak avait été aussi puissant qu'Epéoscho, Féridoun se serait retiré de l'Inde vers l'Océan, et enfin, comme Taschter, il aurait déserté l'Océan lui-même, qui aurait refusé de venir en aide à la terre consumée. .

Quand le fléau tire à sa fin, Féridoun revient vers l'Iran, avec ses deux frères. L'un, Pourmajé, porte le même nom que la vache, et marque l'humidité qui provient de la terre. L'autre, Kajanousch, est, d'après .M. Roth, Kavia Ousanas (P. I, 307) qui, dans le Rig-Véda, < par la force merveilleuse de sa vue prophétique, a découvert la retraite où Ahi, le serpent, avait enfermé les vaches (les nuées) ; qui a livré à Indra le trait armé de mille pointes (la foudre) dont il foudroie Ahi-Vriu^, et qui a lui-même forgé cette arme d'airain. > Féridoun, qui prend la place d'Indi*a, reçoit sa massue de

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fer DQH de Kajanousch lui-même, mais de forgerons (les Cyclopes), qui Tavaienl travaillée sur les ordres de la Terre humide (Pourmajé) , et de rintelligence prévoyante (Kajanousch).

Voyons maintenant qui est ce Kavé qui se serait révolté à la tête de la nation contre Zohak avant l'arrivée de Féridoun. N'est-il point le même personnage que le forgeron Kavia Ousanas? Et Kavé ne doit-il pas préparer la victoire de Féridoun, quand Kavia Ousanas est un sage, un voyant, qui était en rapport intime avec les dieux, qui les appelait au secours de l'homme et qui était comme leur allié contre Ahi=Vritra, le démon de la sécheresse?

Le fameux tahlier de Kavé, qui est resté l'étendard des Perses jusqu'à la destruction de leur empire par les Arabes mahométans, est le tablier de peau (karma) dans lequel les Hindous préparent le soma. Féridoun, que Homa avait donné à Athvia, triomphe de la sécheresse par la force de cette boisson mystique, dont le tablier est le symbole, et qui résume toute la religion des Ariens.

Les deux épouses de Zohak, de la race de Dschemschid, que Féridoun délivre et emmène, sont les nuées, épouses d'Indra outilles du pieux Dschemschid, qu'Ahi= Zohak avait enlevées (P. Il, 137).

* Enfin Zohak est enchaîné et non tué, parce que l'Iran est constamment menacé de la sécheresse, et que le mal, dans l'économie actuelle, peut être lié, mais non anéanti (P. I, 310).

Pour compléter nos preuves, nous dirons que de nos jours les Persans célèbrent la fête de Féridoun en s'ûwpergeant d'eau (de rose) (P. II, 291).

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