‹ Le peuple primitif, sa religion, son histoire et sa civilisation;Chapitre 126 sur 158 · III. Le Sacrifice · texte numérisé non relu

III. Le Sacrifice

Le sacrifice est l'acte symbolique par lequel les hommes expriment à Dieu leurs sentiments ou d'actions de grâce ou de repentance. A la vue des abondantes récoltes qu'il fait produire à la terre, et du rapide accroissement de leurs troupeaux qu'il bénit, ils lui rendent dans l'offrande les prémices de tous ces dons qu'il leur fail, confessant ainsi qu'ils ne possèdent rien qu'ils ne lui doivent, et manifestant d'une manière solennelle les sentiments de reconnaissance et d'adoration qui remplissent leurs cœurs. Tel est le sens du sacrifice non sanglant. Dans le sacrifice sanglant , et surtout dans VholocausU, l'homme qui pose sa main sur la tête de la victime, là charge de ses péchés, la substitue à lui-même et confesse qu'il mérite d'être consumé tout entier par le feu de la colère divine comme elle va l'être par le feu de l'autel.

L'offrande ^ date de Gain et d'Abel, ou d'Adam et des premières années de l'humanité ; l'holocauste, de Noe et du Déluge. D'où il résulte que le sentiment du péché ne s'est développé en plein dans le cœur des hommes pieux du premier monde qu'à la suite des terreurs du grand cataclysme, et, en effet, l'humanité dans sa première enfance ne pouvait avoir déjà compris toute la gravité du mal. Pour être initié à cette lugubre science, elle devait au moins avoir atteint sa jeunesse et fait l'expérience de la justice de Dieu.

Nous n'avons aucune observation à faire sur les offrandes du peuple Primitif. Mais il nous importe de con-

* MiNÉKHAH. Gen.iv,^w\.

i)U CULTE. 413

stater que le sacrifice sanglant d'expiation» la conviction du péché et la crainte de Dieu ont bien été le caractère distinctif du culte des Noachides et par là même du culte de la haute Antiquité.

Ce n'est qu'en partant de cette supposition qu'il nous est possible d'expliquer comment» dès les temps les plus anciens » les holocaustes ont dégénéré en sacrifices humains. Dans Sanchoniaton, les temps postdiluviens ont à peine commencé que Saturne immole et brûle sur l'autel son propre fils pour faire cesser une grande peste (ou les fléaux de la période typhéenne). De même » au Latium, on avait offert à Saturne des victimes humaines jusqu'au temps d'Hercule, qui apprit à les remplacer par des mannequins nommés Argées. Dans ce même pays» lors d'une sécheresse surnaturelle qui causait une affreuse mortalité» l'oracle aurait exigé des antiques Pélasges la dîme des hommes» mais ils s'y seraient refusés au milieu de grands troubles » et se seraient bornés à feire partir chaque printemps une troupe de jeunes gens d'élite. En Egypte , les taureaux des sacrifices avaient remplacé les hommes liés er égorgés dont on imprimait l'image sur leurs fronts, et Manéthon raconte que l'antique roi Âmosis avait aboli les sacrifices humains qui avaient lieu avant lui à Héliopolis, et qu'il avait substitué à ces victimes trois figures en cire. Chypre avait immolé un homme chaque année à Agraulus, Rhodes à Saturne, Chios, Lesbos, Ténédos à Bacchus, Phocée à Diane Taurique, Lacédémone à Mars. L'Attique, l'Arcadie, la Théssalie, la Grèce entière est pleine de traditions relatives à d'anciennes divinités qui se plaisaient dans le sang des mortels*.

^ C'est par les sacrifices humains que nous expliquerons non-seulement l'histoire ou la fable d'Âgamemnon et d'Iphigénie , d'Idoménée et de son fils, mais les mjthes de Lycaon, deT«Lik\;^«> ^K\x%»^ de Térée.

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