U LES ACTES
Ces sacrifices humains ne s'expliquent que trop aisément. Le pécheur qui tremble devant Dieu son Juge invisible, et qui veut l'apaiser à tout prix, ne reculera pas devant le sacrifice d'un de ses enfants pour sauver du moins les autres. Il est aveugle, et il ne voit pas que Dieu ne peut lui demander un crime en expiation de ses fautes ; il ne voit pas que Dieu a égard à la sincérité de la repentance et non au prix plus ou moins élevé de la victime imparfoite qu'on substitue au coupable. Il est malade, tous ses instincts sont altérés, et peut-être l'indicible douleur d'un tel meurtre a-t-elle pour lui un charme infernal qui l'égaré, qui l'enivre, qui le pousse à livrer un second fils au prêtre impitoyable. Le sacrifice humain est le comble de l'égarement humain , et cependant il y eut un jour dans la vie du pieux Abraham où , l'esprit troublé par le spectacle de ces flots du sang le plus pur que les Cananéens versaient sur les autels de leurs fauidieux, il se demanda s'il aurait bien, lui, le serviteur de Jéhova, autant de foi que ces païens, s'il aurait bien le courage d'égorger son Isaac '.
Le seul vrai sacrifice humain est celui de l'enfant par son père; car l'enfant seul est relativement assez pur pour mourir au lieu d'un pécheur, et sa mort seule peut causer, dans l'âme de celui qui veut apaiser Dieu, une douleur assez profonde pour qu'il tremble de l'offenser par de nouveaux péchés qui exigeraient de nouvelles victimes. Ce rite atroce a probablement pris naissance chez les Cananéens et les Phéniciens. Ce sont eux qui, par leurs colonies, l'ont propagé en Chypre, en Crète , sur les cotes de la mer Egée, à Carthage, en Sicile, en Sa^ daigne. C'est sans doute d'eux aussi que les Moabites et
< Nous ajoutons au texte biblique ; mais cette addition n'est-eUe pas nécessaire pour coiïipTceii^*iVoT^fe^^û\ft\i?
les Ammonites l'auront emprunté. Toutefois, il était en vigueur non-seulement chez les Syriens adorateurs d'Adonis» mais chez les Lydiens vers le nord, et chez les Arabes au sud , et on le retrouve chez les Scandinaves et jusque chez les races primitives du Pérou et du Mexique, ainsi que chez les sauvages de la Floride.
D'autres peuples qui avaient pénétré moins avant dans les mystères du péché de Fhomme et de la justice do Dieu, ou qu'yne conscience moins chargée poussait à de moindres sacrifices, ont cru que les dieux se contente raient de vieillards, de prisonniers de guerre, d'étrangers, de naufragés, ou de criminels. Tels les Égyptiens, les Syriens, les adorateurs de la Diane taurique, les Scythes, les Italiotes, les Celtes, les Germains, les Slaves et même les Perses, les Grecs et les Romains.
Mais rhomme ne s'arrête pas à volonté dans la route de l'erreur et du crime. On a vu les Mexicains , on voit encore certains peuples nègres de la Guinée égorger pai* centaines et même par milliers, en un même jour, des prisonniers de guerre, non point pour se rendre favorables les divinités , car ils se croyaient aimés d'elles, mais uniquement pour les réjouir ! Ce sont des tigres à face humaine qui se sont fait des dieux à leur image.
Cependant les païens sentaient que, pour que le sacrifice humain fut agréable à leurs divinités, il fallait que la victime allât volontairement à la mort. Elle devait au moins en avoir l'air dans le culte hindou de Cali ou de Dourga. Mais ce sentiment sublime n'était point toujours simulé. L'historien Diodore rapporte que, lorsque Agaihoclès parut devant Carthage , et que les assiégés eurent immolé deux cents enfants des premières familles, trois cents hommes d'entre ceux qui étaient poursuivis pour crimes, s'offrirent spontanément aux couteaux des prêtres. Peut-être le Dieu tout-puissanl et lovxV wmmç>^\-
dieux qui sait faire soitir le bien du plus grand mal, a-t-il permis que le spectacle des sacrifices humains, joini a uno foi inébranlable dans l'immortalité de Tâme, ail alimenté dans les cœurs des païens le mépris de la mon, une intime compassion pour les souffrances de leurs frères accablés sous le poids de leurs péchés, et le secrel, Tardent désir de mourir pour eux. Dans les temps historiques ou fabuleux Q. Curtius, Décius, Codrus*, Ménœcée, se dévouèrent à une mort certaine, non pqint seulement pour assurer aux leurs la victoire, mais pour apaiser la colère des dieux. Ils étaient bien moins de belliqueux héros, comme Winkelrield, que de pieuses victimes expiatoires. Ainsi encore le grand prêtre des Porusses, dans les temps de famine, de peste ou de grands revers, montait sur le bûcher et expirait pour sa nation dans les flammes.
On a dit et répété mille fois que les sacrifices sanglants des païens et des Hébreux étaient le type du grand sacrifice de Golgotha. Mais on sondera longtemps encore et le type et l'antîtype avant de les comprendre pleinement. D'ordinaire, on laisse trop dans l'ombre le dévouement spontané de Jésus-Christ, qui, dans son amour infini pour l'humanité qui gémit et se meurt, se charge de son plein gré de tous ses péchés et va volontairement an supplice pour elle. Mais il nous suffît ici de rappeler que la terreur de Dieu, qui s'était emparée avec violence de l'homme dans les jours du Déluge, et qui a couvert la terre d'autels sanglants, s'évanouit partout où se dresse la croix du Sauveur*.
* Le dévouement a aussi ses mythes. Ils ne sont nuUe part ao»i nombreux que dans la noble terre de r Attîque.
« Aux sacrifices d'expiation se rattache la confession des péchés *aite a un prêtre avant le sacrifice. On a prétendu que cette conftf «on était un des actes du culte primitif. Nous pensons, au contriiit. qu eue ne date ^^xie âie% ^wtàw^ %x^^\^^ ^^\ Woîdn^té. Non^ul«io«»
DU CULTE. il 7