V. Communion
La purification enlève les souillures passées ; mais elle lisse l'âme aussi faible qu'auparavant contre les tentaions, aussi exposée que jamais à se souiller de nouveau, l'âme déchue, sentant qu'il n'y a en elle qu'infirmité, coruption et mort, (cherche hors d'elle, en Dieu, la force norale qui lui manque. Elle cherchera à l'obtenir par la >rière. Mais la prière ne suffit pas , car de même que e corps ne vit que par la nourriture qu'il s'assimile, de Déme il faut à l'âme un aliment spirituel, une substance livine, un pain de rie * qu'elle puisse s'approprier. Or la )rière est le cri de l'âme qui a faim, et non le pain qui a rassasie. Le chrétien sait par son expérience intime ]ue la seule vraie nourriture des âmes c'est Jésus-Christ,
* Évang. de S. Jean, V7, 32 sq.
qui est la Vérité et la Vie, et qu^onse Tassiniile par la contemplation^, mais plus spécialement par la participation î\ la Cène, où le pain et le vin sont les porteurs de la vie divine qui se répand par ce moyen dans tout notre être. La question est ici de savoir si le peuple Primitif ne possédait point un sacrement analogue à celui de Teucharistie.
Le Paradis , nous Tavons vu , avait eu son sacrement, car riiomme n'aurait pas péché qu'encore il n'aurait pu se suffire à lui-même. Être créé, il n'a point en lui la source de sa vie ; être labile, il ne peut surmonter la tentation s'il ne puise constamment en Dieu des forces nouvelles. Aussi, dans les temps où l'homme ne se nourrissait que de fruits. Dieu avait-il uni aux fruits de l'arbre de vie des puissances célestes qui devaient pénétrer d'une vie éternelle et divine le corps et l'âme d'Adam. Mais après la chute. Dieu lui avait fermé l'accès de cet arbre, dont le souvenir a peuplé le monde de mythes qui s'associent ù ceux d'une eau d'immortalité.
Quels anneaux relient les fruits et Peau du Paradis au pain et au vin de l'Eucharistie? L'histoire seule de l'humanité peut nous le dire.
Aux fruits dont se nourrissait l'homme innocent, s'^ tait ajouté, depuis la chute , le pain qui était devenu le principal aliment de l'homme pécheur.
Après le Déluge, comme les forces de l'homme di^cnnssaient rapidement, le vin lui a été donné pour le ranimer et pour le soutenir dans ses fatigues.
Le fruit, le blé , le vin résument donc les trois grandes périodes de l'humanité primitive.
Or le fruit ayant reçu jadis de la souveraine sagesse et de la toute - puissance de Dieu une vertu sacr»-
* Évang. de S. Jean, n\, ^tQ»
mentellc, le peuple Primitif crut d'abord que le pain, puis, que le vin, avaient remplacé l'arbre de vie et qu'ils communiquaient à Thomme , dans certaines cérémonies sacrées, la nature divine.
En supposant cette croyance anléneure à la Disper sien, on explique en premier lieu le pain et le vin que Melchisédec offre à Abraham. Il peut sembler à un premier examen que ce personnage mystérieux restaure simplement comme roi, le patriarche fatigué de sa lointaine et rapide expédition, et qu'il le bénit ensuite comme prêtre du Très-»Haut. Mais toute la scène a un caractère trop solennel pour que le repas de l'hospitalité ne soit pas avant tout un acte religieux. Nous pensons donc qu'on doit inscrire le sacrement du pain et du vin parmi les cérémonies du culte primitif.
On expliquerait ensuite aisément par notre hypothèse : pourquoi les initiés aux mystères de Mithras célébraient, avant l'ère chrétienne, avec du pain et du vin, leur repas mystique ; pourquoi les mystères de Cérès et de Bacchus avaient aussi leur vin et leur pain sacrés; pourquoi les Druides, à la fête de la nouvelle année, consacraient du pain et de l'eau qu'ils distribuaient au peuple*.
Les Ariens ne connaissaient point ce pain et ce vin. Ils avaient tenté de perpétuer jusqu'au milieu des siècles
» Nous ne citerons ici (malgré M. Sepp et d'autres), ni le blé, les gâteaux et le vin qu'on offrait à Apollon sur le plus ancien autel de Delphes; ni le culte npn sanglant que Cécrops passait pour avoir institué dans l'Attique ; ni les gerbes de froment que les Ilyperboréens envoyaient à Dclos ; ni les gâteaux qu'on offrait à Apollon, à 'sis, à Baaltis, à Déméter, à Cérès; ni le far pinm que les époux patriciens mangeaient en commun ; car il y a loin d'une cérémonie de noces à un sacrement, et de simples sacrifices d'ofiVandes à la communion du peuple avec son Dieu.
i24 LES ACTES
historiques le sacrement du Paradis, et en buvant leur soma et leur hom , ils croyaient recevoir du ciel la vie divine.
On se demande s'il faut associer au soma ces boissons enivrantes auxquelles les barbares ou les sauvages semblent attacher certaines idées superstitieuses, telles que le kawa des Polynésiens et le kawi des Caraïbes.
Mais pourquoi le sacrement primitif du pain et du vin n'existe-t-il pas dans le culte lévitique ? Parce que l'homme pécheur ne peut se nourrir de la vie divine qu'après avoir été sauvé de la mort , qui est le châtiment du péché, et que le but de la loi de Moïse était de donner à l'homme le vif sentiment de sa culpabilité , de son impuissance à se sauver lui-même et de l'absolue nécessité d'une expiation. Aussi le grand sacrement des Hébreoi était-il le repas mystique de la Pâque, où ils mangeaient un agneau en mémoire de celui dont le sang les avait seul sauvés de la mort à leur sortie de l'Egypte. L'idée qui dominait en plein dans cet acte était celle de l'expiation, du pardon, de la délivrance ; en mangeant IV gnean , on s'identiiiait par la foi avec la victime immolée , et l'on ne prétendait nullement recevoir en soi une vie nouvelle.
Quand la Loi eut achevé son œuvre, le Christ, qui venait l'accomplir et l'abolir, apportait à la fois le pardon et la vie. Ceux qui croient en lui ffc périssent pcw, et de plus ils ont la vie éternelle*. Il fallait donc que le sacrement qu'il instituerait fût, ainsi que la Pâque de Moïse, un de ces repas oii le pécheur repentant s'assimile la victime expiatoire, et en même temps un repas semblable à celui de Melchisédec, où l'âme, par le moyen du
1 Ëvang. de S. Jean, m, 15, 16.
»ain et du vin consacrés, se nourrit de la nature divine, hins la Gène s'unissent donc intimement le sacrement es Hébreux, et celui du peuple Primitif, qui s'était conervé dans le monde païen. En effet, comme V Agneau qui
sur Golgotha ôlc les péchés du monde est Jésus-Christ, t que Jésus-Christ est aussi la Vie qui régénère le fidèle, ) Cène de Texpiation et celle de la vivificalion ne pouaient être deux cènes distinctes dont Tune aurait sucédé à l'autre ; il fallait que le sang de la victime fut en lême temps le breuvage spirituel de Tâme , et que le aln qui la nourrit fût en même temps la chair de l'Aneau immolé. Aussi le pain est-il le corps rompu du auveur, et le vin son sang répandu pour la rémission es péchés. La Cène, dans sa mystérieuse unité, satisfait onc en plein aux deux besoins fondamentaux de Tâme lumaîne : besoin de pardon, besoin de vie.
Nous devons nous attendre à voir ces besoins s'expriaer d'une manière plus ou moins grossière par des ac- Bs religieux chez tous les peuples de la terre. Mais il est art extraordinaire que ce soit au Mexique et au Pérou [ue l'esprit humain ait imaginé (peut-être sous l'influence u bouddhisme) les sacrements qui aient dans leur forme xtérieure, et peut-être aussi dans leur sens intime, le (lus de ressemblance avec la cène des chrétiens. Au ^érou, les vierges du soleil préparaient avec le maïs une îspèxîe de vin et un pain rond qu'on pétrissait avec du ang de lama ou de jeunes enfants ; les prêtres offraient ;e pain et cette liqueur, et mangeaient de l'un, buvaient le l'autre en l'honneur du soleil. De même, les Mexicains célébraient chaque année la fête du dieu qu*on mange, ^ dieu était une statue faite de la farine de toutes les lemences qui servaient a leur nourriture ; mais le sang ivec lequel on pétrissait cette pâte était celui d'une vierge